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L'EGLISE ET LA RÉVOLITION

fliangements. Aujourd'hui je laisserais la légende, je m'en tiendrais à l'histoire. »

Cela dit, achevons d'esquisser la lutte de la Révolution et du catholicisme jusqu'au point où se sont arrêtés les cours du Collège de France.

En Orient, Bonaparte a vu un monde étahli sur l'accord de la religion et des institutions civiles. IVeniier consul, en rouvrant les éuflises, il entend réconcilier le catliolicisnie avec la Révolution. Le Concordat^ œuvre de pure [)olitique, est signé. La Révolution y somhie recoimaitre qu'elle n'a pas pu entraîner l'Eglise, et l'Eglise qu'elle n'a pas pu détruire la Révolution. Les deux irréconciables ennemies sont placées cote à cote cl forcées de vivre l'une en face de l'autre. « Ainsi, dit Edgar Quinet, le vivant se liait au mort. On voulait bien appeler cela la paix... Pour ne pas troubler cette fausse trêve, la France cesse de penser. »

Le rêve est si peu réaUsé, que, deux ans après, au sacre, on peut sonder l'abîme. L'Empereur avait enlevé le pape, l'avait amené de force en France; et le pape, « effaçant sur son front l'auréole de la Révolution, la rempla- <;ait par l'auréole des morts. » Napoléon eût voulu retenir en France le représentant de Dieu, au service de son ambition, et mettre ainsi son empire renouvelé du moyen âge sous la sauvegarde du pouvoir spirituel qui sacra Charlemagne Rar bonheur, il y avait tant de répugnance entre le pontife du passé et la France qui venait d'exercer la papauté moderne , que pape et empereur s'emprisonnèrent l'un l'autre, l'un d'esprit, l'autre de corps, si bien (pie l'union fictive scellée à Notre-Dame Unit par la haine et par l'excommunication. Napoléon vaincu retrouva son captif de Fontainebleau au milieu de ses vainqueurs schismatiques, bénissant l'.Angleterre, la Prusse et la Russie en marche

378 LES RELIGTONS MODERNES.

sur Paris, et anathématisant avec une sainte fureur la Hlle aînée de l'Eglise.

Voici l'invasion consommée. La papauté, relevée ]iar la Sainte-Alliance, « comme un être d'abstraction qui entre dans les calculs de la diplomatie, » reste silencieuse au congrès de Vienne quand les rois se partagent les troupeaux populaires ; elle n'élève la voix que pour défendre ses petits intérêts matériels, pour demander qu'on lui rende Avignon ! Que l'on déshonore la France, que l'on assassine ^'ey ou jMurat, que l'on parle de refaire le droit des gens, d'abolir l'esclavage, la peine de mort, le pape n'a rien à dire, et ne dit rien! Que des poètes éloquents surgissent de la foule laïque, prétendant ressusciter l'Eglise au souffle de leur génie, l'Eglise aussitôt s'effraye et tonne contre tant d'imprudence : le Génie du Christianisme est mis en interdit! Que les gouvernements, ses alliés, en un jour de lumière, prennent les armes pour aider le peuple grec à renaître, l'Eglise s'attriste avec de Maistre sur la renaissance des hérétiques! Aux hommes, aux nations, à l'humanité, l'Eglise ne sait que répéter le même mot : Servitude I De 1815 à 1850, en France, toute son œuvre se borne à étouffer la pensée, à abrutir et à corrompre, au moyen des Jésuites et des missionnaires de toutes robes, venus dans les fourgons des armées étrangères!

Un des priucipaux résultats et le plus net de l'insurrection de Juillet a été l'aboliJion de la religion d'État. Depuis lors, le catholicisme et la Révolution ont divorcé définitivement. Il ne peut plus y avoir, ni d'une part ni de l'autre, entente, accord ou simplement indifférence. Toutes les fois que l'Eglise monte, c'est que la Révolution baisse. L'Eglise, à cette heure, est triomphante ; est-ce donc que la I«évolution est écrasée? On le dit ; je n'en crois rien. J'affirme que la Révolution recommence.

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Eli sa dernière leçon sur le Chiistianifime et la Révolution, Edgar Quinet exprime avec nne rare éloquence quel est, selon lui, Yidéal de la démocratie. Tout d'abord, il tient à nous garantir contre les entraînements de la vengeance ; il ne veut pas que l'on rêve d'imiter la TerrfMU", car, dit-il, l'échalaud est un ressort usé.

« La vie de lïime, ajoiite-t-il, la conscience insatiable de vérité et (le justice, l'esprit de création qui descend perpétuelltîment en vous pour vous renouveler : voilà le ressort qui ne se brisera jamais, w

La religion est-elle chose morte? Non : car la conversation avec Dieu « ne peut et ne doit jamais manquer à riiomnie. » 31ais, depuis la Révolution et par elle, elle a cessé d'être chose publique ; le pouvoir spirituel est descendu dans le cœur de l'homme ; dans sa conscience, hors de toute atteinte, se bâtit la nouvelle Eglise.

« L'Etal ne peut rien sur cette Église, et cette Église domine l'État; car elle le juge, elle l'absout, ou elle le condamne; ses arrêts finissent par être exécutés. Un liomme, en grandissant intérieurement, en redoublant en soi, ))ar un effort sublime, la vie morale, fait, sans qu'il le sacbe, une révolution dans le genre liumain, qui, tôt ou tard, est obligé de se mettre à son niveau. »

L'individualité étant élevée si haut, Edgar Quinet la défend avec une admirable vivacité contre le matérialisme industriel, qui tendrait à n'en l'aire qu'un rouage servile de l'universelle machine. Il combat comme contre-révolutionnaires, toutes les utopies à la Campanella, qui tendraient à noyer l'homme dans des comnnmautés tyranniques, où il n'aurait plus ni nom ni âme. Les véritables théories de la Révolution sont celles qui s'étudient à concilier la personnalité et l'association, qui veulent, dès icibas, réaliser un monde meilleur, unir sans briser, mettre en pratique à la fois la liberté, l'égalité et la fraternité.

Individu, famille, patrie, voilà le trépied sur lequel

l'avenir repose. Que rindividu s'élève au plus haut degré de la vertu civique, que la famille avec la femme unie à l'homme dans une même pensée, non plus divisée par la foi, devienne une école de sacrifice, un véritable foyer d'amour; que la patrie, largement aimée, aime largement, par son propre bonheur, par sa propre gloire, accroissant le bonheur général et la gloire de l'humanité ! Tel est le triple idéal sur lequel s'élève l'idéal infini de la Révolution. Les obstacles brisés, elle veut être universelle, comme elle l'annonça dès son premier jour ; elle veut accumuler en elle tout l'héritage des siècles, concilier les principes sociaux épars dans toutes les civilisations, et, créant sans cesse, avancer de plus en plus vers la lumière.

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