‹ Edgar Quinet sa vie et son œuvre CharlesLouis ChassinChapitre 10 sur 66 · DE 1848 A · texte numérisé non relu

DE 1848 A

de la déridnsian. Des prémisses posées dans ce livre, les

événemcnls venaient d'écrire la conclusion avec le sang versé à Milan, à r^aples, à Venise, à Rome. M. Quiœt devait afflrmer de nouveau que, morte par la papauté, ritaKe ne revivrait désormais que par Tabolition de la

papauté.

VEm^gtiemetU du j)enple parut en 1850 ^ J'aurai h revenir sur ce très -important ouvrage, ou Tautenr

exprime avec tant de force l'incompatibilité qui existe entre le principe catholique et le principe républicain, formule avec tant d'autorité un projet d'organisation de l'instruction nationale, tendant i rétablissement du* rable de la liberté. On se rappelle aussi quelle finesse et quelle passion il déploya dans une autre brochure : Révi' sian où il signalait les dangers imminents que faisaient courir à la République ses ennemis publics et secrets; relevait et dénonçait une à une toutes les perfidies, toutes les lâchetés, toutes les trahisons, au moyen desquelles on avait entrepris de perdre la liberté au nom même et pour le plus grand honneur de la liberté 1 En cette circonstance, Al. Quinet se montra vraiment révolutionnaire. 11^ ne prouva pas moins d'intelligence de la situation, quand (1850) il publia, dans la Presse^ des lettres concernant VImpôt sur le capital dans la république de Florence. 11 y posait le fondenieA historique de la réforme financière, ce grave détail de la question sociale. On relira avec attention les quelques lignes dont il en fit précéder la réimpression* :

« Qui ne voit que Ja société française ne peut rester immobile sur la pente où elle est? // faut que, de riaeUm m réactiùn\ die retombe

< Id^, cbei ClnnieioK Parts.

* tii-33, Paris, 18SI, a la Librairie nouvelle.

' In-lS, Paris, 1850, cites Ghamerot.

datis r ancien régime ou que la révolution fonde un muveiim iifS' lème économique, A tous les projets d'amélioration, le YÎeux monde répond par ces mots immuables : Spoliation, barbarie, impossibilité, folie. Toujours f i partout le même principe : la force au lieu de la discussion. L'interdit est jeté sur Tespéraiice. On menace les socialistes de livrer leurs arguments aux fourches. Se dêbarrasseni-t-on des faits par la même logique? •

Ou le voit par là, M. Quinet n'était pas anti-socialUle à la manière de certains ripnblicains. Embrassânl -dans

son ensemble toute la Révolution, il ne savait point, comme tant d'esprits médiocres et dangereux,*^ isoler la question religieuse de la question politique, et cellMtde la question sociale. Nul ne nous semble avoir mieux oompris que la Révolution doit être acceptée ou rejetée en son enlier : ne vouloir que la liberté sans l'égalité ou Tégalité sans la fraternité, c'est ne pas aimer, c'est eompro* mettre, c'est trahir la Révolution.

Dans la dernière session de l'Assemblée législative, plus qu'aucun autre de ses collègues, M. Quinet se préoccupait de l'influence croissante du pouvoir exécutif. Lors de la discu.ssioii de la proposition dt^s questeurs notamment, il haroela ses amis pour la leur faire accepter en dépit de leurs répugnances. Dans un dernier discours, prononcé dans les bureaux à la fin de novembre, il prédit que notre république subirait bientôt le sort des républiques américaines du Sud, et qu'elle périrait infiAlibleroent sous la dictature.

Quelques jours après arrivait le Deux-Décembre !

Mais interrompons notre récit et jetons un dernier re- 'gard du côté du Collège de France. 11 s'y était dit encore de fortes et fécondes paroles, grâce à la République. M. A. Dumesnil, puisant un grand talent dans sa grande affection pour son maître et ami, avait su garder avec succès la place si brillamment occupée naguère par M. Qui-

mHETURE DU COURS DE H. MICHELET. 71

net. M. Michelet, qui, par excès d'humilité, ne s'était pas cru capable déjouer un rôle politique, n^avait accepté de la République que la continuation du mandat qu*il avait si hardiment pris sous la monarchie. Ferme à son poste d'honneur, il avait élargi son programme de morale et d* histoire selon les exigences de la situation; son cours était devenu un véritable enseignement de démocratie pratique.

Aussi, quand le gouvernement de la République se crut assez fort pour attaquer la République elle-même, M. Michelet fut-il frappé le premier. La fermeture de son j cours, considérée par les jeunes gens des écoles comme I un coup d*Ëtat contre la liberté de penser, provoqua une double manifestation, dont TAssemblée législative ne voulut pas tenir compte, mais dont on ne put atténuer la portée, grâce aux brutalités de la police et aux nombreuses arrestations qu'elle fit faire et que la justice ne sut pas maintenir. A l'oeemion de cette manifestation, le nom de M. Edgar Quinet fut pour la dernière fois acclamé publiquement dans le Quartier Latin. Les étudiants lui avaient mtoio écrit et signé, dans la cour de la Sorbonne, une * lettre collective qui ne lui parvint pas ; ceux qui la lui portaient furent assaillis en roule, maltraités, emprisonnés.

Cela se passait en mars 1851 K

Depuis lors le Collège de France est muet ; muette aussi semble être la jeunesse.

Je ne saurais mieux clore la période active de la vie de M. Edgar Quinet qu'en citant une admirable page de M. J. Michelet mt la glorieuse école nationale dont, avec ses deux frères intellectuels, il a lui-même tant augmenté la gloire :

> V. les deux articles que j'ai publiés à eette é|:o)ue ('ans VÉvénetnent.

M Gloneuse école, qui attund encore son hisloive. Bile romj[»t la flcrnièra chaîne qui atUcliait Thonmie au passé, quand Ramus en immola la plus respectable idole, Aristote, et scella la rérolution de son

i Elle a eu deux gloires imoienses, enseignant surCout deox cboses, l'Orient et la nature.

<t Là, les rabbins Tinrent apprendre Thébreu aux leçons de Vatable. Là, les Parses vinrent de Tlnde redemander à Bumonf leur langue oublié.

« Cbampollîon et Letronne y ont exbumé TÉgypte. Gu?ier, Ânipère, Savart et autres grands infcnteurs y onl renouvelé les sciences naturelles.

M Celles de f homme non plus n*y ont pas été stériles, quand trois amis, d^une parole émue et sincère, suscitèrent, dans un temps d*ab* jectioD, une étincelle morale, et, dans un temps de discorde, enseignèrent la grande amitié,

* Mot saint qui, pour toute ftme miment vivante et humaine, veut > dire Tharmonie des cœurs qui Mi celle de Tesprit et féconde rimrention.

« Mot sacré, antique, par lequel Tinstinct prophétique de nos pères avait désigné la patrie.

« ÉtaitHce en vain? fitionsHious abusés? Fut-ce une illusîon qnand la flamme morale, tombée snr cette foule ardenle, nous revenait plos vive et plus profonde? quand les yeux répondaient des cours, qmoid ' Tédair de tant de rcganls jurait que la patrie était pour jamais fondée Ui?

' f Non, rien n^est efflné, et ce ne fut pas nne emnr. Noos nous obstinons è le croire. Les murs mêmes paraissent énnis, et tek ils sont restés, qu^on y regarde bien. Les voûtes frémissantes n^ont pas 'désappris cet écho * .

* En 1851 , après le Deux-Décembre, Edgar Quinet subit les conséquences de ses opinions.

Mais Texii a a point ébranlé sa foi ; sa force intellec-

< J. Ilichelet. Hiêtoire été France mt eeixiime iiiele, Béfitmie, p. 581.

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