‹ Edgar Quinet sa vie et son œuvre CharlesLouis ChassinChapitre 23 sur 66 · LE PORTUGAL · texte numérisé non relu

LE PORTUGAL

en scollaiil ralliaiice île l'Orîenl el tlo l'Occident, célèbre l'âge héroïque de l'industrie , poëme non plus du pèlerin, mais du Topgear, surtout du commerçant, véritable Odyssée an milieu des factoreries, des comptoirs naissants des grandcvS Indes et dn hereenii ilii connnerce moderne, de même que TUdyssée d'Homère est u\i voyage à travers les berceaux des petites sociétés militaires et artistes de la Grèce. » — Et quel ^t ce poète? — Un grand cœur, un c< cœur magnanime qui embrasse les deux mondes et les unit dans une même étreinte de poésie, dans une même humanité, un même christianisme ; » « une âme aussi profonde que TOcéari, » et qui, comme TOcéan, « unit les deux rivages opposés. » — Poète, poëme, peuple, le miracle du pai^ revit dans toute sa splendeur sous les sombres murailles du couvent de Bélem.

A Lisbonne, quel changement ! de l'idéal le voyageur tombe dans la réalité, du passé glorieux au triste présent.

« La magiÉRcme de Lisbonne, écrit M. Quinet, est plus triste que les bruvèrecr de TEspagne : des rues sooiptiieuses, des places menses» la této d*un grand empire; et le silence, la solitude d^une nation ou d*une Gomonrlie engloutie.... Où sont les clmuls de SéviUe? oà sent les groupes de la Puerta del Sol de Madrid ? I/Bspagne danse Bur des ruinas; le Portugal agonise sur le seuil d^un palaie. ■

Caché derrière des jalousies à étroit grillage, le peuple

semble vouloir dissimuler combien il est devenu pauvre, lui, si riche autrefois ; et il dort, trop orgueilleux pour s adonner à tout ce qui ressemble à un travail servile, cr pendant que trente mille Espagnols de la Galice consentent seuls à se déshonorer en se servant publiquement de leurs bras. »

« La Lisbonne de doua Maria semble la capitale d'Inès de Castro,

i78 LES NATlÔNALlTés.

qui, déterrée, est assise sur un trône posthume, gouvernant, entre U banqueroute et le jésuitisme, une monarchie défunte. »

Le Portugal est-il donc mort au présent et perdu pour l'avenir? En répondant : Oui, ce pays est lUQrt^ cette patrie ne revivra pas 1 M. Quinet craindrait de conmieUrenn blasphème ; car il na jamais désespéré d'aucun peuple. Il , cherche donc si le feu moral ne couve point encore quelque part ; il cherche, ei il huit par retrouver Tétincelie . brillante au cœur des poètes.» Avec quelle ardente sympathie il salue lesHerculano, les Gastilho, les Almeida Garett, les quelques âmes d'élite qui ont gardé l'enthousiasme de Tantique histoire, qui pleurent sur le passé^ çt, entretenant la haine de 1 étranger, Espagnol aussi jbien qu'Anjglais et que tout autre, dépensent un génie véritable i ressusciter un cadavre, à rappeler à la vie une nation qui se laisse mourir ! Que la voix de ces patriotes portugais se perde encore dans le silence et qu'elle soit triste et sombre comme un cri d'angoisse, ce n'en est pas moins, pour le patriote français, une voix qui sort vivante d'une terre que l'on eût cru épuisée , ei cette voix amionce qu'un peuple ne tardera pas à soulever la pierre de son tombeau, lourde de deux siècles.

A la veille de reprendre la roule de France^ Edgar Qui^ net vit une chose qui eAt pu âHranlér fta foi :im cotqp d'État sans résistance ni des cortès, violemment dissoutes, ni du peuple, absolument inerte. — « Si je n'avais su, disait-il, que Lisbonne est, selon le mot de M. Herculano, une Palmyre morale, je laurab appris ce jour-là. » Et il se consolait en songeant que Lisbonne n'est pas tout le Portugal, et, persévérant quand même dans son illusion, il annonçait que, pinsque la capitale restait immobile, les provinces se lèvmient tôt ou tard et accompliraient l'oMivre de régénération sans elle et contre elle.

lEPORTUtiÀU 119

Peu après, en effet, l'Europe conservatrice fut réveillt'e en sursaut par la révolution portugaise. On sait à quoi ce grand mouvément aboutit : les patriotes vainqueurs furent écrasés^ par la main de la Firance de 1830 et au profit de l'Angleterre. ' '

Contre cette iniquité, plus haut que nul autre, Edgar Quinet protesta en 1847. Une brochure, la France et la StAntê'Allianee én Portugal^, sortit tout armée de son âme indignée. Jamais le professeur du collège de France ne rappela avec une plus entraînante éloquence les droits historiques d'un peuple diplomatiquement assassiné. Jamais il ne flagella de plus durs sarcasmes le gouvernement issu de la Révolution de juillet, et qui, tombé entre les mains des doctrinaires, déshonorait le pays au point de le faire rentrer dans la Sainte-Alliance, de lui faire jouer le rôle de bourreau pour le compte de ses ennemis. Jamais enfm il ne dégagea mieux, avec la smipie logique de l'histoire, les conséquences forcées du monstrueux exploit dont on salissait notre drapeau. Défendant, au nom de la morale politique et sociale, l'indépendance d'un petit peuple, qui mérite un éternel respect en récompense des services rendus par lui au genre humain, quand, avec si jieu de ressources, il ouvrit tant de points ignorés du globe à la civilisation moderne, M. Quinet montrait combien la résistance, dont on Taccusait comme d'un crime, était juste, ^naI|j^, nationale et généreuse, combien, en conséquenoe,il était inique et lâche, de la part de l'Angleterre et de la France, de replacer sur le trône une reine ensanglantanf, f pil royaume de ses caprices, et par la violation des serments les plus solennellements jurés le contrai* gnant à se soulever {)our défendre ses libertés constitutionnelles. Prévoyant, d'autre part, qu'à la remorque des flottes anglaises, nos flottes ouvriraient à coups de canon

180 LES NATIONUtTÉS.

des porte dont nos concurrente profiteraient seub, et ({ii'après l'expédition le Portugal , nationalité flétrie par

l'invasion, deviendrait une colonie exclusivement exploitée par la Grande Bretagne, le courageux publiciste accusait iiautement le pouvoir, qui avait commandé l'accomplisse* ment d'un acte aussi révoltent et aussi absurb e , d ' avoir trahi

et déshonoré la France ; il allait jns(|u'à le menacer des mêmes colères sous lesquelles avait succombé sou prédé* cesseur.

La Révolution de 1848 a répondu à cette menace. Mais, depuis, qu'est devenu le Portugal? Moins malheureux que ritalie, mais toujours prot^jr^ par les Anglais, malgré ses agitetions, — qui attestent sa vitalité , — il ne peut recouvrer la franchise de son essor vers Tavenir ; il reste entravé dans une forme de gouvernement d'importation étrangère et ne peut que se préparer lentement à la conquête de la liberté véritable dès que l'heure enfin sonnera de nouveau pour toute la race latine.

L'Italie est, de (outes les nationalités opprimées, celle dont la renaissance a le plus constamment préoccupé M. Quinet. Dès i 836, il la visita du nord au sud et revint de cette sainte terre, « qui nous a nourris de ses mamelles et velus de son soleil d'été, » l'àme éblouie de sa grandeur artistique, le cœur ù jamais rempli de haine contre tout i 'ce qui en a fait la plus esclave et la plus malheureuse des '/ nations. Un peu plus terd, il consacra ses premiers cours

* Allemagne et Italie; les hévoluttons d Italie; le» Jésuites, Icioii ; VUUramoiUanisme, icyuii, 0" Ic^u, clc. — Aux luuicii II, iU, IV cl VI das QBmfU complètes.

du collège de France à l'iiiterprclalion du génie italienj Partout, dans ses livres, dans sa chaire, à la tribune natio-. nale, il a élevé la voix en faveur de la nationalité italienne. ' Enfin il lui a consacré la plus considérable de ses œuvres, — une œuvre qui date dans la littérature historique con-' temporaine, — les Révolutions d'Italie^ et c'est là que se Irovve concentrée et fixée, sous la forme la plus admira-/ Me, toute sa pensée sur le passé, le présent et l'avenir d^ notre malheureuse sœur transalpine.

Le livre commence au jour où Gassiodore peut écrire dans les fastes consulaires :

•< Bn cette année, le roi des Goths, Théodoric, appelé par les vœui (le tous» envaliit Rome; il traita le sénat avec douceur et fit des largènes au peuple, t

Pourquoi T Italie est-elle morte et pourquoi n'a-t-elle pas | pu renaître? Telle est donc la première question posée. Mais • n*en eût-il pas fallu résoudre préalablement une autre, ' celle-ci : L'Italie exisla-t-elle jamais 7

Sans doute Edgar Ouinet n'a point embrassé l'histoire de la péninsule italique depuis l'origine des temps jusqu'à l'empire romain ; il n'a point exprimé, dès le début, cetté triste vérité, dite à la lin de son œuvre :

i II ne s'agit pas seulement • (au dix-neuvième siècle, — il ne sV gîsftait pas seutement» au oommencemenk du moyen âge) — < d^aiTranchir ritalie, mais bien de (aire ce qui n*a jamais eiiské un seul jourr de créer ime Italie. »

Nais, de ce qu^une introduction sur la dénationalUaixùn originelle de la péninsule italique n'ait point été ajoutée

aux Révolutions d ltalie^ il ne résulte pas que ce grand livre soit bàli sur le vide, partant d une fausse hypothèse

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1X2 tRS N.VnONALlTÊS

pour aller se pc^rtir^daus le iiéani d'un^ nation. l)fen au contraire, c^est à Taffirination de la nationalité' îtaîieitiie (|u'il aboutit, et par la seule voie féconde, j)ar celle de la biégation historique de tpusjes principe^) qui se sont opposés à sa formation. On connais la méthode liisloriqu« de M. Quinet. Il ne comprend un homme, un peuple, l'huluanilé, qu'en renvisageaiit sous le triple aspect de soii présent, d^ soi^.passp et de son avenir, U n'admet, fias 1^ faits en tant que faits accomplis,, tojgjoiirs utiles el ti^ijojurs louables, par conséquent ; mais il les discute dans leur moralité, comme s ils avaient, pu ou ne pas se produire, ou se produire autrement. Donc, — que les Révolutiofus éFhdie soient Oti ikdn édifiées sui' le p1àn'« d'une piire conception de l'esprit, » — elles n'en sont pas moins une admirable synthèse, où ae^trpuvent mesurées « les lois de la chute continue » des populalâons italiques-, « un modèle de physiologie sociale, » comme dit Marc Dnfraisse*, et, selon les expiassions de M. ]\lontanelli, « une magnifique oraison funèbre prononçée^p^jr ^a muse de la Révolution sur le vieux ^onde italien,.» afiii,.ajouteraî-je^ 4fu^ naisse le nouveau, afin que ritalie, prenant conscience d'elle-même, se décide à bri^r h. cercle infernal dans lequel elle a tourné avec TEmpire et la papauté. Comme la.grandeur passée de l'Italie gît précisimeat dans, des misim,* comme elle n'a pas vécu de la vie nationale pour être, en quelque sorte, l'atelier maudit où s'élaboraient en même temps et les fécondes et Içt^ fatale;^, idées qui ont gouverné l'Europe juaqu*au renouYeUemenl inachevé de 1789 9 — éludiet «ette nation idéale^ c'est étudier toutes les autres, celles uotam^

* lire rexceUente étude qu'a ffi^ijc des HéBqUUions tt!tttU^[&:i cxilé^ alors qué Ui critique se laisiiit rn notre France silencieuse; son t'indo » inMté riinnneur d'être mise en tête de l'édilion belge do livre de U. Qui' uet el de lij^ servir.. de j^|r,çiaçe.,. . ^ .

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nient qui, cuimue elle, sonl latines et catholiques; décout vrir, sonder ses maladies politi(|ucs et sociales, c'est découvrir, sonder les nôtres; prédire enlîn coninieni (;lle pourrait achever de mourir, et par quels énergiques moyens elle revivra, c'est nous initier nous-mêmes aux lois de noire mort et de notre renaissance. A ce |K>int de vue, l'ouvrage de 31. Quinet, si Ibrt pai' la science, la poésie et la pbilosopliie, prend une im|)orlanco capitale, (i'e.st un des plus importants chapitres du catéchisme de la lie- i volution. ... i *

" ■ gn. ;

lia première cause de la dénattonalisation italienne est, selon M. Quinet, la perpétuité et rinslajjililé (l^ttiava^ions. Durant des siècles et des ^iècie^, ksbarl>acêi»-ae suooédérenl dam la Péniaoïle 8an& Foco^fier. tout entière et même sans fioovoir y prendre pied, S3ns devenir « téle de nation » dans les parties dont ils 3 étaient e^iparés. Les italiens natwnalistes qui regrettent que patrie n'ait pu être ni gothique ni lombarde^ unifiée, comme lu France et TKspagne, parle fait même de l'invasion, accusent les pa|)es, menacés dans leur ambition temporelle et par Je^<i indigènes et par les barbares, d'avoir perpétuellemeni montré à de nouveaux étrangers le chemin de Tltalie, grandissant ainsi en autorité à mesure (jue le pays baissait en nationalité. — Mais, lait .observer Kdgai* Opinât, les papes, eja appehint Té^ranger, n*exerçaientq!i*une minime violence sur les instincts des indigènes c nulle plainte ne se lit dans les clnonitpieurs contemporains. — Un Italien, M. J. Ferrari ^, s isolant dans le. passé, prétend démontrer

• En sa lonlc nouvelle Histoire fies Révolutions dltalie, i volumes ni-^*». • — ï.ù analyse vei imporUml anviii;,'c «Inns In !\eVHe (YunÇtnse (n<*' du et du 10 fecp^oiiibre; du 1" et du 10 ugtotirc I8ù8i. ,

M LKS iNATlONAlilTÉS.

que l'Italie tenait absolument à ne pas être une, qu'elle renonçait de plein gré, et avec raison^ à sa liberté politique, alin d eflectuer la longue série de ^es révolutions sociales, grâce à rétemellé dualité de TEglise et de TEmpire. — IMacé au point opposé de Thorizon historique, M. Quinet condamne trcs-vivement l'abandon que ritalie fit d'ellemême en ne résistant pas à («harlemagne. et salue avec enthousiasme l'éclosion des premières républiques indépendantes d'Amalfi, de Napies, de Pise et de.Venise. Plus tard, voyant le mouvement général des villes s'arrêter en ce qu'il avait de national ici et là tout en se propageant partout sous le rapport municipal, c'est avec désespoir qu'il constate que |)lu8 la cité italienne devient libre, plus l'Italie devient esclave. — M. Ferrari signale exactement le même fait lorsqu'il montre chaque progrès social payé par une décadence politique. Jugeant au point de vue de l'inlérêt immédiat, M. Ferrari approuve. M. Quinet désapprouve, jugeant au point de vue du résultat final. Mais . Tunet l'autre, cherchant la cause suprême de la contradiction, la trouvent dans le cosmopolitisme, L'Italie ne se livre d'elle-même que parce qu'elle espère embrasser le monde Cette idée, heureuse et iecoude, selon M. Ferrari, — elle l'est eh effet pour le moyen âge ; — stérile et fa* laie, selon M. Quinet, — elle Test pour le présent et pour l'avenir, — d'où piu vient-elle!'' Del'Kglise et de TEmpire, qui puisent leur vie en Italie même, depuis le pacte de tiharlemagne, confirmé, développé par Othon i*% et qui répandent cette vie ilaliemie sur l'univers entier. Suivant en ligne droite sa pensée fondamentale, — l'idéal national, — M. Quinet se désole de ce que l'Italie, en révolté contre le droit féodal, dès sa première heure de force intime, semble se demander : « Quel est mon maître? » et lie ce que perdoime ne lui répond : <c (^est toi-même 1 »

TTest-ce point parce que les ItaKens le considèrent comme

le successeur des Césars de Home (ju ils se prosternent aux pieds de l'emi^ereur germain et qu'ils s'arrêtent dès qu'ils pourraient l'écraser? N'est-ce point encore parce qu'ils rêvent la monarchie universelle , que parfois, en haine de l'Empereur qui les Ibule et les méprise, le grossier barbare I ils s'abandonnent à la direction du pape, représentant de Dieu sur la terre? Pape et Empereur I Que Tltalie les oppose l'un à l'autre, qu'elle s'imagine même obtenir par celui-ci on par celui-là une certaine manière de vivre, ou encore qu'elle espère les absorber tous les deux en elle, ritalie se trouve toujours égarée, hors de sa nationalité, entre l'étranger et « l'éternel étranger M »

^ Avant de in'occuper sp<^cialeiiicnt des Révolutions d' Italie f j*aî lu un brillunt travail inédit : Iai sintesi delta sloria d'Italia, par M. Petmcci Ni délia Gattina. membre ,du comité de saint pul lic à Naples. en 18iX. Il j>orle celte dé«licace : A. Edgar Quiiiet, il coi.ombo h'Ii ai ia. (Iiî n'est donc point une réfutation des Révolutions d'Italie, c'en est, au t tinlraire, la confirnialion, faite au point de vue exclusivement italien. M. Petruccelli ne se tmive en désaccord avec H. Quinei que sur un seul point. En dépit du iComùpoHiimey imposé par la papauté A l'iqgmiie^ de l'histoire italienne, il affirme la nationalité réelle, incessante, dta peuple indigène de Tltalie à travers les âges. Cette idée, si patriotique, et qui n'est scientiiiqucmcnt cx-> jwsée que dans livre, — œuvre de toute une vie, — m'a semblé d'une importance telle (jue j ai cru devoir l'indiquer ici, à large:: lrail:>, quelque incomplètement que ce lût.

— Pour bien comprendre le système nouveau, il faudrait remonter jusqu'à l'époque antéromaine» où H. PetrueoelK montre commeot une variété {rallique de la grande race des Celtes a formé, pour ainsi dire, la base gmniti^pic (le la population de l'Italie primitive. Sans entrer dans la fdiation ellmologiquc prés€uitée par l'auteur, qu'il suffise de dire que selon lui, rm- (tiffénnf ne se trouva pas t'iouffc. dès l'orif^ine, yoit par les Etrusques (Slaves orietilaiixi, soit par les Grecs, et los autres peuplades établies sut divers points de la l'énuisule. Fondée au ujilit u des tribus rurales galliques, pour leur >ervir de lien et résister à la pression extérieure des races orientales, Rome ne garda pas longtemps un .caractère exclusivement naUimal ilalien. Dans cette civilisation mixte, par laquelle elle se manifeste dans rhistoire, olle marie bientôt le principe étranger oriental au principe indigène occidental. La lutte de ces deux principes, tous forme d'aristot ratie et de démocratie, explique toute sa vir intérieure. A. l'extérieur, M. Petrucr^flU voit

m LES INATiOKALlTÉb.

ArrêteNris-nÀus à bdilâiiàérer cè €[ué ^A«NkMénl; '9om

l'Knipire et sous la papauté, leis liberttis des républiques italiennes et la liberté iiiéin& de ritaliè. ' * >

Roincn},'u- à Fuiile de son élément i-tr.)iigerir(l9 SOB pripigfa trieoliil,- afin de dominer j^us au^ment les fraclioiis des race» celtiques et slaves qu'elfe rencontre sotis ses pas. La résistance qui lui est drs lors opposée est lu réaction naturelle tic i'iiulip^cnnl, ei l'on voit s élever ^l^^ance, république italique on opposition à la réj»ul>Uque romaine, qui n'a plus riqn d'^Mlijîèue. Rouie néanmoins iriomplie,. elle louche aux Âlpeti. Floru^ peut regretter ^iVîlli'k).i mt'rrtn<iliiè«kt' M'dispetsaiitj* s'épiiittiit pour été» iiir.èfai]iii^ umvmelv au Keu de mi(^nitST toute sa focee ^m, le&^ûptM.toatureUea delà Péninsule et de s'eltôrcer d'y constituer un Êlat italien. En elfel, bi lutte inli^Micùre dè R(Ane èt do IHndigénat italien h'en continue pas inolus après qu'elle a pris ^on essor [mw delA les Alpes. (!t ses ennemis s'aperçoivent de sa division vu en prolilanl. Maiius, (iérar, Auguste, mmuhlent, aux yeux de M. l'etruccelli. représenter le travail latent, mais persévérant de rindigéiuii, taudis que Sylla, Pompée, Antoine, sont le.-^ vivantes maniiÎBstatioaa de l'élément étranger orientât Durant Fempire, la m^mi' lutte se produit par Galba contre Iflioa, titélBus cbnirè tfthon, etc. Enfin Rome, devenue de pInV en'plus'Orienialé,'' se déplace vei's l'Âsie, et Tinva^ sion peut tout d'abord iiq pas retironlrer trop de ré>istaoee» le« Iwrbarcii n'étant pas aussi hostiles aux Occi«ienlanx que les Uomains. Ï/Cs seules vraies résisUuices qui ^ont opposées aux envahisveurs sont celles «le Stilicon et d Aétius. car avec eux combalt:iil rc>pril nalional intlijîènc, non point l'esprit cosmopolite romain. Le succès de l'inva.^ion barbare en Italie e^t ilû, selon M. PetHid'dtf; t èe que, d'une piirl. elle répondait k fimitinri nalinlial des iuiKgcnes qui »e tronvaient en affiqité de race avec le:$ nouveaux venui^ h cè que, xl'^itre part, ,elte apportait uné organisation s<»cial(>!, par l'elTcl de hqilelle la csimpagnc se relevait contre la ville. classes rustiques indigènes contre les citadins élraiij^ei-is. Cependant l'indifrénal conserve onrore sa pcc^onnalilé, el la pn nve, c'est sa lenlonr à se fondre dans l'occupation barbare, c'est la latililé avec laquelle il la laisse rcnipla cer par une autre occupation barbare, c'est enUu rindiilérencc avec laquelle il voit l'invasion orientale des Grecs et des Sarrasins «e produire en op|p<»sîtinn à rinvasion occidentale. La cause de tout cela, c'est que b.féodalilt', qui eât ilû'être simplement fémaiicipatton dA fol iet partant • du paysiin. i!e Tindigène, devint un privilégiée et ainsi Ja continuation de Tancienne civili* sation par le cbanfçeniehl de l'esclavage en rcrvage. -— Après avoir ex|>osé les fautes des linrbar«'S. (îotbs et Lombards, qui auraient pu tendre plus rapidement à dcsenir iête de nation en Italie, comme aillciii>, M. Petruccclli l'ail rcnianpier conmient I action du christianisme devint l'atab; a l'orgamsation d*une nationalité italienne. Élément de civilisation étranger, oriental, le christlanbme, è ^son'séns, était arrivé à contre-temps, au moment où rindigiWiat était prêt a rompre avec la civHÎMilidn romaine, k ivlover le dmit contre la fm-e, la liberté du sol contre l'oppression de In

I/ITAMK. 187

H/Qumet nous fatt^it* la.féddaiifié daas la TÎe religieuse trois siècles avant d'exister dans la vie civile. Son Igernie est dépu6é le jour où l'homme fait au prêtre houi- ^ .

ville el de l'empire. De ce mouvement agraii'e, déiiioi raliqiie et s«>fiul, les (Iracqiies cl Spartnius avaient él»î les axai.t-coiireui s. I.f clinsliaiiisme naissant s'en empara et r('X|iloila à >on profit : n'volulioiniaire, il s'it.len- .lilia, (quoique éVranger, avec le peuple ; -et, grâce an peuple, à l'indigémit ilalifiD, il triomplw des periéealîonB. Vainqueur^ il changea de rôle, de révoluUomiaîre il se fil fonserrateur, de démociaiique il devint aiûtoeralique ; lie pseudo^ind^ne tt redevint étranger. Monté' sur' le Irôhe ave<- Constantm, asiea fort pour ne plus rien ménager, iltroUTa son intLièt à se dt'harrasser du principe indigène, de l'alTranehissemenl social, civil el politique dont il s'était préiéilennnent endjartassé. Et alors, sans prévoirie schismi' futur, il relèfïna l'empire en Orient, c'est-à-dire dans sa patrie naturelle . et s'installa lui-même à Uouie, espérant s'investir du rùle, du caractère, de la poiisMoe àù' la Tille diemelle. L'indigénat s'aperçut enfin qii'H f'tatt tfrin. Rottieeitliolique deviht donc son ennemi de même que Rome paTenni*. IaÎ8, comme c'était une puissance spirituelle, il fiiUait rtttac|aer pr i Vsprit. I/ère des hérésies commença. Combattu à litre de tradition de l'idée romaine, le catholicisme aurait péri, s'il n'avait ku se trouver dos anviliaires'armer <lc la force, mémo infidèle (les Sarrasins), pour ré>islerà l'indigénat ipii le pressait de toutes parts, le menaçait jusqn en sa capitale. I,c meurtre de la nationalité italienne fut accompli délinitivement'â Tentrt'e du moyen âge par le cooronnenient de Gbarlemagne. V. Petrucoelll' montra on effet le premier rapprocbement des races autocUthoiies avec les'Wisigoths rompu par Yévèqm de Rome^ le seeond rapprodiemdnt, «ncore pins intime, de l'dlément indigène avec les Lombards convertis, — rapprochement h intime <\n' Anastane fiiblù)th(*ca ire pouxait dire : Una se quasi frotics fidci calena constriuxerunt liomani attpw Jxynfyobnrdi, — encore une lois » ( pour tonjoms brisé par le pape Adrien, appelant les Francs. Mais, iail-il observer, en créant un empire d Oc( ident, le catholicisme se figurait perlidement ne donaer au fité deTépin qu'une antoritâ illuj^oirc, reponssde en AHeoMgne eomme une importation romaine et comme une conquête germanique en Italie; de telle sorte que le pape, a»si8 sur la vraie ba^ie de l'emjpite; à Rome, eût eu ix)ur aunliaîre> contre Tempercur titulaire iri les princes italiens, et là les électeurs ecclésiastiques. Quoi qu'il en soit, l'indifrénal, qui voulait s'aflirnier, qui parlant devait haïr et renipcreur cl le pape, entama, à partir de 800. el contre !e CapiUde etctmlre le Vatican une lutte qui n est ^)as encore finie. — i\ous touchons au point important : an eo s mopelitisme. Après avoir déterminé le caractère des deux eoumnls contraires auxquels est désormais livrée l'Italie, courants également étranjSfem, Vun d'essence, lè catholicisme; l'autre de forme, l'Empire;''jiprès avo«r prouvé que l'un et l'autre, épousant la tradition de Rome àtttique. voulaient l'aire servir la IN'ninsule à la domination universelle, M. Pelruecelli allirme que le travail intime, latent -parfoÂs, mais permanent, de l'indigénat italien.

i88 LES NATIONALITÉS.

, niage lige de son âme, abandonne tout son cire moral h un seigneur spirituel. Or, si, dans l'Italie catholique,

l'homme se fait presque natiii ellement serf d'esprit, pres- I que naturellement aussi il doit croire qu'un patron politi- ] que lui est non moins indispensable qu'un patnon spirituel. La citadelle appuyée sur le temple , le temple sur le dieu indigène, tel était le principe des républiques de Tanti-

lot |irécis('ment de ne pas être cosmopolite ni avec l'un ni avec l'autre, d'essayer de la débarrasser de l'un et de l'aiilre, à l elTet de constiluer la nationaliU'- — Scion riilstorieri - philosophe , celte grande lutte présente trois phases déterininres pur la posilion n'ciproque des partis. Entre l'Empire el la papauté, deux unités constituées qui se dispuUtient la souveraineté italienne, seule, ritaUe avait besoin, elle ausai, d'être une dans sa résiataoce. Voilà pourquoi ou la voit se ranser tantôt d'un e6té, tanlM iTim antre, selon roocurrcnce, mais ploa souvent du côté de rempenor» moins absolument étrai^er, plus fiicile à dompta, -plus éloigné enfin en son Allemagne que le pape, siégeant à Rome, catholique, et tout excepté italien. Mais le pape et l'empereur, fiuoiqu'en rivalité perpétuelle, ne lardent pas à comprendre le jeu des Italiens, Aussi, dès que l'un d'eux se trouve isolé en face de l'indigénat, pour empêcher l'indigénat de vaindv,. l'autre accourt, se réconcilie au plus vite, préterant céder un peu que de perdre tout. D est à remarquer que ce Ait toujours le pape qui appela Fempereiir A son aide, dès qu'il se vit en danger. De la sorte fiit cm|iédiée Tonité matérielle de lltalie au mom^t même où son unité morale éclatait avec le plus d'ensemble. lii première phase s'arrête à Innocent IV. — Les Italiens se sont aperçus qu'il faut commencer par couper le mal à la racine, c'està-dire par se constituer indépendants. Un les voit donc, durant la secon e phase, constituer, arrondir leurs États, en dehors de la suprématie, soil pontiiicale, soil impériale. Le pape et l'empereur comprennent encore, mais le pape surtout, et pape et empereur s'alfioBt dès que Ton des deux est trop fiiible pour empêcher l'érection d'un État italien libre» comme à Venise, après la ligue lombarde. Cette période dure jusqu'à Clément Vil. . — Plus morcelée, plus asservie que jamais, l'Italie se retrouve en présence de l'unité catholique, rc^^taurée |>ar le concile de Trente, et de l'unité impériale, renforcée par (lharles-Quint. Que fait-elle? En dépit des difficultés, par l'organe de ses héroïques penseurs, elle veut, toujours pour arriver ù l'unité et à rindépendance, se donner, même sous les princes qu'on lui impose, des libertés intérieuies, grâce auxquelles se retremperait le earaetèra des citoyens. La papauté, qui n*est déjà pins catholique, c'est-à-dire .universelle, qui ne peut plus se porter héritière de Rome, se |ioseren rivale dei'Rmpire, la papauté, monarchie italienne imposée à l'Italie par l'univers, intrigue avec les princes italiens et empêche le réveil par la lihtMM • civile et politique. Cette troisième époque s'étend jusqu'à j'ie VJ, c e«l-à-

LITALIE. m

quilé. Tout aulre.est celui des républiques italiennes Jsur Dieu et leur droit sont en dehors d'elles. Autant les premières avaient une vitalité tenace, autant est éphémère la durée des secondes. Mi comment n'en serait-il pas ainsi ? Elles n'ont aucune' foi en elles-niémes : leur droit, c'est le titre d'empereur romain accordé à un souTerain allemand, qui vient en passant recevoir la couronne à liome ; quant

dire jusqu'à la Uévolulioii françabe. A ptrlir du eoucilo de Trente et en tout ce qui concerne la chaîne catholique de l'Italie, M. Pelruccelli dolla (inltina est d'accord avec M. Quinet. Leur désaccord n'est donc qu'en ceci : le second pose eu idéal ce que le premier prétend avoir trouvé en réalité, la nationalité italienne. — c L'Italie, dit M. Petruccelli, que je traduit ici, ritalie n*Mpu eetêé de iaUir r attaque permanente ocotre stperaonnalité. Elle n*a pas ceué d'y rAUter, attestant p«r là que m personnalité morale au moins vivait toujours, était toujours debout. nationalité» l'unité nationale d'un peuple n'est pas tint son isolement politique que son individiwlité ethnologique, géographi((ue, pliysiolot^ique. pédagogique; elle est toute dans cette synthèse de i'àuie <jui j);ir la même langue exprime le même but et par le même instinct concourt à la réalisation de ce but. Si l'on considère à ce point de Tue l'unité d'un peuple, nul peuple n'a été, n'est plus uni que le peuple italien ; — contrairement au préjugé diplomatique qui voit l'unité d'une nation dans l'absence des grandes villes, dans k ooitndiaation administraUve, dans la confttitutioo éphémère des États créés par un traité et qu'un autre traité dissout. Donc, non-seulement l'indigénat it;ilien a fait toujours une opposition, une réaction matérielle, historique, politique, à ces deux superlétations de l'Italie, l'Empire cl la papauté; niais <:ncure la manifestation de la pensée italienne sous toutes ses formes a été une praieUtUim eoiitInueOe oonirt l'Empire et ûne êtiaque permanente contre la papanté. La formule de ridée italienne peut être ainsi donnée : Guerre à kt pêpeuié, — . à la papauté comme homme, comme institution et comme dogme. — Tous les grands esprits de l'Italie, depuis (llniide de Turin (neuvième siècle) jusipi'à Niccolini (encore vivant), ont travaillé à cette œuvre. Dans celle lutte de quinze siècles, l'Italie a succombé en fait; la papauté est morte eu principe. Dr les laits sont é])hémère8, les principes éternels. Un événement politique ou «liplomatiquc peut mellre debout lllafie.. Eien ne peut fiiire revifre la papauté. Et oebi d'autant plus qu'au tocsin de la première Révolution firançaiae l'idée de la personnalité italienne ressuscita et s'aflirma comme un droH. Au tocsin de la seconde Révolution, le peuple prit les armes contre l'Empire, et les assemblées nationales prononcèrent la déchéance de la papauté. Voilà pourquoi la moitié de l'Italie est aujourd'hui en étal de >iége ; voilà pourquoi l Aulriche cl la France, l'arme au bras, font sentinelle des d»'ux cAlés de la bière de la papauté, et soulieunent le tait controversé de TEmpii e. b

m USS NATIONAUTÉS.

\ à leur Dieu^ il n'a point à lèsr prot^er en particnfier^ éhinl le Diéir de tôus, et '9on vieaire violerait le tnàtidat céleste

/ qu'il a reçu, s'il favorisait cei laines âmes naFtî6nales de préférenee aux 'âmes universelles, sir en un mot ^ il se montrait patriote' àu Iiëa*tte restér inlptirtial et ^eofimopo-

j lile. Durant tout le nioyen âge, les républiques ilalienues passent (lu pape à l'empereur et de Tempereur au pape, vassales de Tun, vassales de l'autre, écrasées dès qu'elles semblent vouloir s^aArânchir à la f^is et du droifl^t du dieu <îxlérieurî<. Au douzième siècle^ Arnauld de Bresse rêve une pairie, il invoque ren^êreur Frédéric au plus fort de «a colère- contreila so^.eraia pontiio.Adrien ^ tlfimpereur'le It1^i*0 au pape, qiir le brtitef Les déUt'eltf^fe du uionde liaissiiieiit jiutant l'un quii l autre la vraie liberté, et on les trouve toujours coalisés contre elle dès qu'elle apparaît., Cherchant perpétuellement isoîi ^int d'appui au dehors, soit dans TAHemand qui, devenant Italien^îe» siégeant à Home, eût perdu l'empire ; soit dans le vice-Dieu sans iiakionali(é qui, ée concentrant en lUàlie, renonçant à être à tous léé peuples; ëût përdù bt la papauté et le catholicisme ; — l'Italie, cosmopolite ^u milieu de l'Europe leodale, .chancelle dans le vide. Ancun de ses deux grands partis, guelfe^ gibeliny oé représentant la naijqn, c*^avec une facilité merveilleuse, avec une fureur smeère, que chaque citoyen change de drapeau, risquant aujourd'hui .sa vie pour telle idée et mourant demain pour l'idée con- Irairê.' Incapables de croire en elles, les .républiques sè vendent dès qu'elles se; possèdent. Leur magistrature suprême porte le cachet catholiqjie, elle est cosnio|)olile. Les citoyens ne veuleul point d'un podestat qui soit leur concitoyen, il leur faut un podestat étranger : on citoyen d'ArezKO gouverné Florence; un Florentin, Arezzo. En toules ces villes, le s^Miliment de la liberté uiunicipale est

I très-vif, extrêmettent ombrageux. Le seîilinieiit de rîiidé-

5 pendance nationale y est si faible que chaque |)arli vaincu 8 empreSDe d'ouvrir les porteë » Véivmjj^ : les répuhlicainft appeUeni les répubUques iKiisines^ iês gibdiB« i'Aiiemagne, les gneUes la papauté, TEuropev A-mesumqBe la papauté domine avec le parti oiielle, l'eisprit de riîl«;lise irioBiphe, et riialie croil avancer ett eivilisaiioii eii s ouvrwijl de* plus en plus ao'inonde, en rejetant) comme un reste de barbarie, Tesprît milîfaire^ le podestat conduit au cotidottiere.

l Dam rhistoire du moyen âge italien, il est pourtant un ^niQment admirable on il semble que l'Italie fit un effort klésespiTé pour s'engendrer. C'est* le moment <le la Ligue lombarde. — Rejetojis de nos épaules le jouy des AllémmidSy oriaîent, en il 74), des millions d'bommesi kt ils juraient de combattre l'étranger, j^rédérie,* l'empereur, sans paix ni trêve, eux et leiii s lils, jusqu'à ce i|ue toutes ses armées eussent élé rejetées de l'autre côté des Alpes. •^Mais « on s'était armé* contre lés colères de l'empereur, non eonfre le prestige 'et la fiiscination' des mois antiques. » Frédéric parlera donc, dans ses décrets, de la splendeur de la république et de l'empire romaiu. Et aussitôt, ajoute Edgar Qiiinet, « chaque ville en particulier hii fermait ses portes; l'Italie lui ouvrait ses'froiitièrts. On coniballait le uiaîlre, on respectait la servitude; 1 empereur, toujours vaincu, recouvrait par le droit ce qu'il avait perdn par le fait. » On se défendait contre lui, on ne Fattaquait pas. Cependant le voici abattu. Qui le relèvera? L'Italie. La paix de ConstHUce, imposée à Tempereur ressemble à une amnistie. De très-larges franchises sont accordées à chaque ville; toutes les villes jurent de conserver au maître clément les droits (ju'il a en Lomlmrdie; tous les citoyens de quinze À soixai^te-di^ ans

m LIS NATIONALITÉS.

lui prôteni sermiBiit de fidélité, serment renouvelable tons les dix ans. Voilà donc le résultat de tant de sang versé : « La vie des républiques, la mort de la nation italienne;... la servitude cimentée par la liberté même, n — 11 en est toujours ainsi, sous Frédérie 11 e^mune sous Frédéric V\ Négociant la paix au nom de l'Italie victorieuse, Alexandre 111 déclare avant tout : Etant sauf le oitotT A£iTigU£ DE l'Empuhe. Innocent 111 se contente de déclarer que la terre italienne â la fmmmOé étemelle de tEmpire. N*est-ce pas la primauté éternelle de la servitude? Tous, peuple et pape, guell'es, gibelins, bourgeois, ouvriers, poètes, artistes, s étaient entendus sur l'idolâtrie du vieil empire romain, avaient cru pouvoir fonder la liberté sans Tappuyersur la nationalité. Héroïsme, génie, gloire, tout est inutile, ildéal éditice bâti sur une double illusion croule, ' et de ses ruines tout est écrasé. La chimère gibeline s'évanouit la première : César n'avait apporté ft l'Italie que la servitude et la misère. La chimère guelfe ne tarde pas à suivi e sa rivale : le César du Vatican n'avait point acquis à l'Italie Tempire du OMmde.

Aussi, quelle chute immense! Au quiniième siècle l'Italie a épuisé tous les rêves, elle ne peut croire à aucune réalité. Les brillants fratricides des glorieuses rqHibliques aboutissent à la lutte du petiple mahjre contre le peuple gras, et l'on voit un Cosme de Médiciç, un banquier qui, du poids de son or et de ses lettres de change, écrase et la noblesse ancienne et le peuple nouveau, . achète la liberté et le gouvernement. Et c'est encore là, néanmoins, à Florence, que l'étincelle de vie se conserve! Contre Florence, pape et empereur, Charles-Quint et Clément VU s'unissent; en 1530, Tltalie est frappée des deux glaives, du spirituel et du temporel, et, pour parler comme Edgar Quiuet, « depuis ce moiueul

L'ITALIE. l'J3

ce pays est muet et une nation manque au monde. »

Dès qu'il a ainsi embrassé en son ensemble rexis'ence politique de la Péninsule italique, depuis son renouvellement par rinvaaion jusqu'au seiiième siècle, T historien-

f', philosophe s'arrête pour considérer ce qu*a laissé de du- Arable, d'éternel, l'ilalie du moyen âge. — Nous avons vu où Tout conduite les iaiU réels. Voyons maintenant où la conduisit Tidéal de ses grands poêles. — La partie des * ' Révolutions irilaUe où- cette question est traitée est la plus brillante du livre. Il y a là des pages et «les pages d^imagination pure, on plutôt de révélation qui, à elles seules, suffiraknt à mériter à leur auteur une des meilleures places parmi W plus grands écrivains de la littérature française. • .

I , Cet incomparable tableau commence par un exposé de ' YÊdueation des jmtpleê du midi de tEurope en générall — Trois sociétés se sont partagé le passé, la société orientale, la société grecque ou païenne, la société chrétienne. Dans la première, la littérature faisait partie de la religion et la poésie se confondait avec la liturgie. Dans la seconde, la religion était maîtrisée par Fart; elle n'était au fond que poésie et s'altérait au gré de chaque créateur. Dans la troisième, l'homme et Dieu étant profondément distincts, — distinction traduite dans les faits par celle de deux pouvoirs, le spirituel et le temporel, — la religion et la poésie se trouvaient séparées; il pouvait, il devait y • avoir une poésie de Tautel et une poésie séculière»

Le premier accent qui marque dans le Midi le renouvellement de la vie sociale est celui de la Provence. Après

m LKS KATiONALlTtS.

le nlenoe de la barbarie^ la l^rofenee Waie timidement

échapper un soupir do l'âme humaine. Ce soupir, c esl raccord de deux cœurs d'amanls chevaleresqueâ, ie chaut dea troubadours où « un.novvel Adam et une nouvelle Kye, au sein de Tamour, reconstituent entre eux une langue, une société, un monde, h Le trait distinctif des Irouhadours, c'est qu ils sont [)resque loua (ils de serfs et qu'ils aiment éperdument la dame dif fiianotp, mais d*iin amour respeelveux» et^^r jamaiaf^o'afÂn sa satisfaction, ti'esl donc pnr l'idéal irréalisahle, par ie mariage mysl tique de la noblesse et du peuple, qu'éclate le ver^>e nouveau^ la première expresaion de ^a- latigne «algatre chez les peuples chrétiens. Kt,-^cho8©qni ne peut surprendre! — le berceau de T art laïque est en même temp^ le berceau de I indépendance en matière rdij^enee. Les- Albigeois, premiers protestants, apparaissent sur te même sol que les troubadours, et ceox-ci sont noyés avec ceux-là dans la première Saint-Barthélemy.

Cependant l'Italie- reoseHie l'ébaache de la Provence et l'achève. Tout d'aWd la châtelaine dont eUe s'énamoure, c'est la Vierge. Ses premiers poètes, des moines, saini François, frère Uuonagiuata, irore Jacopone, frère Augelo,' s'en vont, ooide aux reins et vêtus d» eilice^ |m*opager la céleste chevalerie, les cruelles délices de l'amour divin. Une vraie révolution a lieu quand eniin la poésie échappe aux moines, quand le génie provençal tombe, romme* un rayon de soleil, dans la société laïque; On croirait que les jeunes hommes de ré[)oque municipale^ ressuscitant l'antiquité, vont au moins y transporter les brûlantes passions qui les animent. I^es Cino de Pisloie et les Guido Cavakanti- s'agenouillent avec méthode devant le Dieu amour, F archer souverain; leurs romances anuMireuses ressemhlenl à des thèses, et, « pour seuûi* battre

un cœur d-honme^ » il £aiu( aller jusqu'à Bante Aligbieri. Par lui s'ranrre la "rérilabl^' r^natissance .

I^es nombreux travaux d'Iiisloire et de critique parus depois peu sur le Danie, jiMqli'à Tadmirable U'aductimi de notre grand LtiineiiQm8,--^ eel autre ^Dante, -^ n'ont pas détruit» changé, altcrô une seule des lignes du porlrail. que, dès 1847, Ëdgar Quiuet mus.sk donné de l'inifliort^fl gibelm* Il eal infpMaibiede réduire,* sansr te proCMier, un |)orlniit aussi' vi?aiit, anss! admirablement éclairé de la llaiiiiiit! de ridée moderne. Je dois seulement signaler les rapports qui existent entre i'Ilalie et Dante, rapports que le phiioBopliO'bistorien tt recherehéB avec tittit de patience et tradirifs'avee une rarëtclarté. * ■> '

La jeunesse de Dante Aligliieri est la préparation di» âon œuvre. Né à Florence, dans la ville de ia dànocràiie, il grandit m inilîeu des docteurs* quf imitMil savamment l'art passiofmé de la Trovenee. A 9on= ami Uiétlo'H doit sa première vision des légions angéliques; et sa première passion se concentre sur un ange vivant, Béatrix, qui meurt avant l'Age d aimer. Ainsi « Tliomère^' chrétien » — « épousé le sépulcre; tel est le vrai commencement de la vie nouvelle. » Pour retracer au vif réterueile douleur, il faut qu'il soit mêlé à oe qu'il y a de ptus poignant dans les luttes civile». D'abord |)apiste et plébéien, il prend part aux combats des guelfes et des gibelins; il s'initie à la science des hommes, étant ambassadeur de ia couuni.ne florentine ; il goûte les joies du pomwir, étant Tun des cinq Prieurs dè la ville; exilé; vendii par Bôniftice VIII, il connaît l'ingratitude et la trahison. i^Iainlenant qu'il a amassé en son àme tous les chagrins de la vie humaine, il est bien réellement « celui qui revient de l'enfer. » S'il (4ait resté Florence, Ém poème eût été exclusivement florentin : grâce à Texilf il devient poëte national et uni-

m LES RATIONAUTÊS.

versel.gGrâce à Texil enoore, il est poussé à ne pas parler comme il eût parlé à ses concitoyens; il conçoit Tidée

(l'une langue nouvelle, générale; il invente, comme dil M. Quinet, il forge artiticiellement la parole de T Italie, Et quel est le premier usage qu*il en fait?

« Iin[»atient de ne pas voir les morts sortir de leurs tomber, (il) saisit ^li-rnème la trompette de l'archange Gabriel.... La confcienre humaine qui s'assied à la place de Dieu sur le trône des jugements, n'est-ce pas d^à là la révolte qui annoQoe et renferme toutes les autres? t

r)ui, sans doute, et chacun l'a senti en lisant V Enfer. 11 n'était guère utile qu'un excellent catholique crût tout récemment révéler au monde que la Dwim Comédie est hérétique et révolutionnaire. Cela avait déjà été prouvé par Edgar Quinet. (]'est également lui qui a montré le premier comment la Dioine Comédie rencontre son explication dans la conscience de Titalie; comment la sombre douleur qui l'inspire est celle que doit inspirer l'espérance vainement nourrie, éternellement déçue, d'une patrie terrestre, idée terrible d où nait sans cesse celle de la dernière heure du monde, commune à Joachim de Flore, A saint François d'Assise, aussi bien qu'ù Dante, à (Christophe Colomb, à Savonarole, à Campauella.

Ce sont encore les instincts italiens que, dans son traité sur la Mmarehie, révèle le farouche gibelin. S'il hait le pape et la papauté de toute la vigueur de son àme indomptable, s'il répare le spirituel du temporel avec une précision que les modernes n'ont pas dépassée, — de toutes ses théories, si gavantes et au fond si libérales, de ses discussions sur la politique oblique et sur la politique droite^ il ne peut rien retirer de pratique, si ce n'est le droit du plus fort et la sanction du succès. Il invente ainsi le machiavélisme trois siècles avant Machiavel. Et pour*

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LITAUE.

taDl celte idotà&rie de la force^ — M. Quinel ie fait remarquer avec soin, — est,^ chez Dante, un acte de ciTisme.

( S'il ap|)elle la force vers sa patrie, et s'il la sanctifie d'a- ^ vance, c'est aiin qu'elle eOectue Tunitô de l'Itaiie, qu'elle ^ la recoDstHne romaine comme ani jours regretta de ^ Tantique empire vraiment romain, et que, libre intérieii- \ rement, extérieurement au moveii de sou empereur elle ' domine le monde.

Mais il n y a qu'une partie du Dante dans le De Manar' chia. 11 n'est tout entier que dans la Divine Comédie. Chacune des trois grandes divisions du poëme correspond à une époque de la vie du poëte. L'Enfer date des années de rage qui suivirent immédiatement l'exil; le Purgatoire^ des années d'apaisement passées hors d'Italie ; le Paradis^ des dernières années, où tout espoir est abandonné dans le. monde visible. Dans Y Enfer dominent les souvenirs politiques, dans le Purgatoire ib se mêlent encore à la philosophie, dans le Paradis les bruits de la terre ne se foi|tplus entendre. Au début, l'homme, réduit à ses propres forces, tombe de chute en chute jusqu'au fond de Vabîme ; par la douleur réparé, il gravit les degrés de l'expiation, et enfin, purifié par un nouveau baplèine, il .va, non plus sous la conduite de Virgile et de Béatrix, ' mais sous la garde du Christ, se confondre aii sein de Dieu. Voilà comment Dante a fait un vrai poème chrétien, où, comme il le dit lui-même, s(i trouve enveloppée la pensée catholique souê ïécorce vulgaire de la parole. C'est à cause de cela que l'Eglise a été entraînée à le croire orthodoxe et à ne pas craindre la vie nouvelle qu il portait en lui, mais dont l'immutabilité du dogme semblait arrêter à jamais l'expansion. Et c'est justement par la pensée intime, étouffée presque, seulement sensible, que Dante a grandi de siècle en siècle, toujours paniphlé-

LES NATlOlfiUJTÈS.

taire pour les proscrite, toujours révélalowr pour'l^ penseofs ilaliens. • * ' • , — . -

« Basseuiblez, s'écrie Edgar Qiiiiiet en terminant son admirable étude, T:)Sf;oni])lez les instincts originMix 4|in sdlrévèlent dbhs l'épopét^ du peuple italien, vo^ci les traits pmicîpaux'^e vous leBoontrei : le

sentiiiioiit continu de la mort d'un mondes le.fond des dogme^ de rÉglise interprétés avèc une liberté suprême; une tendance à Tuniver* salité religieuse, "qui va jusqu'à embrasser le p;)<::inisme lui-même • dans la loi de l'Évangile éternel; le saint-siége, faillible dbmillè |)Oiivoir spirituel, répudié, maudit, comme pouvoir temporel} |^iiiimous(> effort pour briser la tombe du moyen âge et entrer en possesi^iou derevenir; un reste dVspoir de r<'( omiuéiir la domination de la terre comme un'héritafre des (Césars; lu sanctification de la pbib)Sophie: Tapotbéose de la science laïque ; l'église rajeunie, démocratique, d'Arnauld de Bresse, de Joacbim de Flore, de Sa\onarole, plutôt qu»rÉglise itimiobile de Grégoire V^II et du concile de Trente; In vie nouvelle en toutes choses; c'est-h-dîre Topposé de cet id«'al de diclature religieuse et intellectuelle qui, depuis trois sièdes, s'obstine à encbi^ner l'humanité à Vaucien iiouime. »

Il y a toute une révolution entre Dante et Pétrarque, entre « l'Homère chrétien » et « l'Orphée iéodal. » Pétrarque a vu la papauté' à Avignon, il a étendu deux papes se salir mutuellémenl de leurs ahâtlièiTies I Né en exil, réfugié en Provence, promené de lieu en lieu duranl son enfance, il est d'avance cosmopolite, et les querelles italiennes, les guelfes et les gibelins, les blàncé et les hoirs, ne dorvènt rinquiéter que fort peu. politique et laYeK- «jrion ne pouvant plus être des sources d'inspiration pour lui, oiV puisera son génie? Dans Pamour. Pétrarque conlinue les troubadours quand leur teoÉps néài plus. Il hérite de

PAmc d'une société morte, »' mais, d'autre 'part,' « il remplit le vide que laisse dans le coiur tout un riioifde social qui disparaît. Laure occupe la place- de PËglise défaillante et souillée. » Lia gfdndeur de sèta céli^re, -c^est que dans ses Son/h'/5 tout le moyen à^e se pewt reconnaître : un monde à la poursuite d'une irréalisahle espérance. Kl

. LlTAUli. m

riMîe «He^mème r eweni blé-t-elte pas à Pétrarque, qui

f>oursuit de son amour cette Laure idéale qu'il sait ne 4levoir poster jamain?

Péirac^pie, m dMférenl du Uanie, ne s'en rapproche que par un seul côté. Il croit, lui aussi, que Tempire romain n'est pas mort, et s'il écrit des œuvres sériemes^ des poëaiei» latins qui resteront inconnus, comme son Africa, e'tst qu'il juge de immi detoir de remettre eh honneur la langucde I avenir! Lui aussi, comme Danle, il a jeté le cri d alarme, — ({ne nul n'entendît ; — il a eu la pasâion d'une irréalisable liberté. Apprenant la cimte de son ami Rienzi, la ruine de la restauration Massique de la République romaine : — « J'ai été rra|)[)é d'un coup defoudr(\ écrivait-il, je n'ai rien à ajouter; je reconnais le destin de ma patrie. De quelque côté que je me idurne, je ne vois que des raisons de pleurer, n -

Faut-il donc pleurer, parce fpie les Irisles résultats de la grande lutte entre l'Orient et l'Occident viennent de montrer à i'ItaUe guelCb le néant de la domination universelle promise* par la papauté? parce que le Christ a reculé devant Mahomet? — Inutile à présent serait le blasphème, :Comme les larmes. Voici venir 1 heure du rire. Boccace montre le chemin aux railleurs, « aux renverseurs de songes, » depuis Kabelaîs jusqu'à Voltaire. Pour devenir le grand railleur du moyen à«»e, il ii fallu que Boccace commençât par eh partager Fe^^altalion. Ses premières œuvres sont guindées « sur le ton des chevaliers d'Arthur, » et c'est entre elles et les ouvrages érudîts de son îige mùv qu'il écrit, sans y prendre j^^arde, le Décameron, son titre à l'immortalité. Là, en effet, avec le génie bourgeois des popokmi gramnii de Toscane, Boccace abolit la .féodalité dans les imaginations; il fait plus, il porte l'ironie jusque dans 1 Église, jusque sur le trône, poulilical,

jusqu'au ciel. Mais si le^ rire dissout, il conserve, pour ainsi dire, la dissolution. Les rieurs ont tout ébranlé, ik

n'ont rien délruil. H faut toujours aux Habelais, Lullier et Calvin; aux Voltaire, Rousseau et la Montagne. Avant Boccace, il sortait des profondeurs de Tltalie un long cri de haine contre la papauté, le cri de Joachim de Flore, de Dante, de Pétrarque. Après lui, lenjoueinent iblâlrr a désarmé la haine. Il semblerait qu'un pacte a été tacilement conclu entre Tart italien et TÊglise : l'art a la liberté \de tout dire, le clergé garde la liberté de tout faire. L'; 1 1 tpour Fart propagera désormais en Italie a un mai sans remode : l'indifférence de l'âme. »

Après Boccace, en effet, le rire se répand de plus en plus, et toutes les illusions tombent l une après l'autre en . mille pièces, illusions de la papauté, de T Empire et de la patrie. — « Vaincue et garrottée, l'Italie se venge en se moquant tout ensemble d'elle-même et de ses maîtres. » — En son poëme de Morgante^ Louis Pulci raille et la féodalité humaine et le ciel catholique; «mais, vrai bourgeois de la cour de ftlédicis, — il m peut achever son œuvre que ])ar une prière à la madone, prière qu'il est impossible de iie pas prendre au sérieux 1 — De plus en plus, la poésie s'isole de la réalité, etlon pourrait dire» avec Edgar Quinet, que l'Italie met tout son génie à s*oublier. Aux temps de Ludovic Arioste, il senil)le qu'elle n'ait plus qu'à mourir avec grâce. Plus le présent est triste, plus elle se complaît à suivre ses poètes dans le monde féeriquè. I^es Allemands, les Français, les Kspa- ^nols dévastent, asservissent le pays. C'est le meilleur moment de suivre Bradamante et Angélique dans les jardins enchantés où nul bruit de la terre ne s'entend. — Ainsi sont désarmés, par l'indifférence et par le ridicule, l'Empire et l'Eglise. Tous les leanres dont l'Italie a vécu

L'ITAUE. M

tluraiit quatre siècles sont épuisés. Il n'y a plus de guelfes, il n'y a plus de gibelins. Y a-t-il au moins des Italiens? i^ulci ne travaille qu'au proiil de la maison do Médicts, Arioste pour la gloire de la maison d'Estel Le citoyen désillusionné s'est fait courtisan, et l'Italie, bruyante encoie et couronnée de toutes les splendeurs de T^rl, n'est que trop réellement \' hôtellerie de douleur dont parle Dante, non plus la reine, mais le lupanar des twtumsl^^^ t

g IV.

Jusqu^ici Edgar Quinet nous a révélé de l'Italie du moyen Age la forme politique et la forme littéraire. Pour

achever le tableau, il doit nous la montrer sous la torme sociale.

1^ grandeur de l'Italie au moyen âge est de s'être élevée à la liberté par la démocratie. Dès le douzième siècle, — avant même, dès l'an KKiO, comme le prouve 31. Ferrari, — le principe féodal y était miné, la noblesse abat- . lue. L'aristocratie terrienne passait sous le joug de Tin^ • dustrie, et ce n'était déjà plus la propriété inerte, mais le travail vivant qui taisait le citoyen. Quiconque n'avait pas sou nom sur le livre des métiers, membre inutile, bouche parasite, ne- comptait pas dans TÈtat. Pour rentrer dans la cité qui les avait vaincus, les nobles étaient donc obligés de déchirer leurs titres et de se faire inscrire plébéiens. Ainsi, le sceau du déshonneur imprimé au travail par l'antiquité se trouvait effacé, et le vrai principe social, \\ le travail, devoir, droit, vertu, était at'Iirmé. Le monde en | doit une éternelle reconnaissance à la malheureuse Italie.

Entrons donc dans la ville italienne du quatorzième et du quinzième mècle, quand la résistance de la noblesse est brisée, quand il n'y a plus en présence que le peuple

W LES NATIQiALITRS.

fjraSy la.grossQ l)QiirgeoisiQ,^Je }mpl^ waji^*ef bi pg^Hihce, la plèbe réellement populaire* Dès qite.la n«bl^e vaincue est rentrée, plébéienne, dans la cité, elle Irouve une auxiliaire naturelle dans la haule bourgeoisie qui ne demande pas mieux ipie d anoblir aea fillea-ei d eflaeer sous des Masons d'emprunt le prosaîame de ses origines. Dès lors, il y a guerre incessante enire la nonvelle bour- ^ geoisie et le peuple .véritabl^^ entre les grands el h^petiU métiers. Cette guerre remplit Thistoire intérieure des républiques italiennes durant toute la fin du moyen âge.

On s*est étrangement trompé, ~ et le bon Sifnondi

* plus que tout autre, — siv le principe fondamentabde la

ï république en Italie. Tour juger les républiques italiennes on s'est généralement placé au point de vue le plus modeme, et de cet anachronisme esi résultée lerreor h plus

\ manifeste. M. Quinet/; Unetlanl à nu la réaUté, y a reconnu,

* sans doute, la présence du sentiment, de la notion de j l'égalité, mais a^vec JL'absence la plus absolue de ce qu'au* ' jourd'hui nous appelons. ^légalité et liberté. Les classes / en lutte aspiraient invariablement* à' se dominer fVune

Taulre et à perpétuer leur domination, non point au moyen de constitutions assurant le libre exercice des droits respectiis pris dans ia bataille ott coneeolk «après la stetoire, mais par des exclusions, des proscriptions, des >^ massacres» des éci'aseiujeals en niafise, en un uiot par la \ terreur. Eb sonrnie^. néanmoins,.les réwhiÉions Aiimicipales italiennes paraissent. moins sanfiflanlts que Isi^difila^ lures de Marins et de Sylla. Mais pourquoi? Parce que Ton tuait rort peu par l'écbal'aud, éaoriuément par la mi- ^ i sère. L'ostracisme antiqae s'exerçait contre des indindus, i \ Tostracisme'' italien du moyen âge s'appliquait i des

* ' classes. Les .vaincus étaient dépouillés par des emprunts

1/ITAIilK.

foroés,' expiroppiés 4$u iiiêinc Uu)!^ quu eli«88éë« et Ton raflait lears ohnsoto. D'où yenaÂI,/ demande-t-on, ce tempérament terroriste des républiques italiennes, et pourquoi, u'ayant foi qu'en la violence, manquaient-elles M abioluineni 4k la conseienea 4ii droit, al»utifl«netit* ellea toutes à là tyraimie q«i les rendait éphémères, au lieu tic s'édilid par la légalité et de prendre pour hase l'incbrankbie droit ? — . Edgar Qi^iuet a donné la vraie raison ^ de ces cootn^ctiiMia élraagaa : «ea déroocratîaa étaient |i catholiques, par conaéqiieni eUes^ne damept- rieii..c^- '. prendre à la liberté.

« Oui, -r- et nous ne saurions mieux dire qiie Marc DufraiaaeS — oui, c'est bien la. raison de feur tenqpérauient dominateur ^et implacable. La terreur fut la politique constante de l'Eglise et sa pratique invariable, universelle... • L'inauguration politique de la terreur, dans tes républiquea naissaoles^ eBt.aontenporaiBet du treinème siècle, d'innocent lil, de l'Inquisition, de la ))erséculi()ii des Albigeois. El c'est justement que les Révolutions d'ita- \ lie .r»endeat lo .caUioli|ciame responsable de la voie où entra . néeeasaireiiieRt le. «peuple dont cUesToeoiitent les désas* Ires. »

Le terrorisme . politique était ai iréeilement la raison ). d'étroy le liîNideineiit et 1^ garantia de^. républiques ita- [ tiennes, que trioropliait quiconque savait s'en servir et que y

•|)érissait quiconque hésitait à on l'aire nsa^^e jusqu'aux i plus extrêmes conséquences. Ainsi ce furent les vrais démocrates, I^amis:des .f€tiU.niéèier9 qui finalement perdirent toujours leur propre.cauœi, et souvent mâne avec elle la UépubUque, parce qu'ils cédaient aux élans du cœur, parce qu'ila^ montraiant cléments et miaéricor-

m m NATIONALITÉS.

dieux. Les grandi métiers j au contraire^ anciens nobles, riches bourgeois, vaincus, grâce à la modération de leurs

adversaires, pouvaient préparer palieninient leur revanche ; vainqueurs, ils gardaient définitivement la victoire, ^habitués à manier le fer de sang-firoid, ne s'arrétant de* Ivanl aucun moyen, quel qu'il Mt, et capables de persistance dans la répression, dans la compression, dans Taiiéantissenient de l'ennemi par la force ou par la misère. — En Italie, comme ailleurs, les plus peureux devenaient toujours les plus féroces, et ceux qui s'étaient le mieux battus finissaient d'ordinaire par se laisser confisquer la victoire — à ibrce de bonté! Les démocrates, en effet, n'étaient-ils pas les premiers a redouter la démocratie? Avant que les habiles ne les circonvinssent, d'eux-mêmes, il arièlaient-ils pas la plèbe déchaînée, l apaisant, la désarmant, crojant à la paix avant la fin de la guerre, à la reconstruction avant la démolitioQ complète? M. Quinet est dans le vrai quand il risque ce triste aveu. A des siècles d intervalle, les Michel Lando, les Savonarole, les Soderiiii, les Carducci, les tribuns périssent tous parce qu'ils étaient les girondins de Tltalie, parce qu'ils voulaient bien la révolution, mais sans sa condition catholique : la ; terreur. Leurs adversaires, plus logiques, acceptaient la canlre4*évolution, sans réserve, et ils reprenaient le pouvoir, souvent des mains de leurs ennemis, au moment même où ii semblait qu ou le leur eût arraché pour tou-* jours.

11 est, dans les RévolntioMd^ Italie ^ un chapitre, simple

récit historique d une eiîrayante vérité, et que Ton croirait être uu roman imaginé, pour peindre, sous une fiction italienne, la dernière de nos crises révolutionnaires* Ce chapitre. Une Révolution sociale (1378), devrait être lu,

relu, appris par cœur par tous nos prolétaiiei>. Leurs an-

LITALIË.

cêtres, tes ctom/ii, les comptes de Florence, évoqués de la lumbe par le ^^énie de Thisloire, pourraient, sans les insulter^ leur raconler leurs propres malheurs. Connue les mêmes causes produisent éternellement les mêmes effets, ils les mettraient en garde contre eux-mêmes, conlre la n^ïvelé de leurs instincts, contre rinexpéricnce de leur héroïsme. Par la leçon raisonnée d'un triste passé, ils leur enseigneraient à ne plus recommencer dans l'avenir ce qui les perdit dans le présent.

Or voici ce que les ciomjji du quatorzième siècle ont légué en exemple à la viU muUitude contemporaine :

0 Une tentative de la fîrosso bourgeoisie guelfe, pour brider l'arrogance de la noblesse et la renveiser à son protit; les masses du peuple excitées à un soulèvement qui bientôt dépasse le but de ses auteurs ; rinsurrection reniée par la bourgeoisie, tant que lu lutte reste incertaine; les classes inl'érieui es étonnées de leur victoire, incapables (Fen jouir; les cbefs des ouvriers, elTraNés de leur bonne fortune, se bâtant de relever leurs ennemis et de partager avec eux une autorité qu'ils n'osent exercer; une partie de> révolutionnaires recommençant le combat contre leurs chefs assouvis ou épuisés par le sue<ès; les ennenns du petit peuple se conviant de sa clémence; puis, à peine entrés, tète basse, dans le gouvernement, se redressant à l'improvisto pour IVapper, ruiner, cbasseï-, anéantir leurs sauveurs; les vaincus, ledevenus U-s vainqueuis, sans combat, sans héroïsme, par la seule coniplaisaaci; de leuis adversaires, et par la grâce du bourreau; enfin, la tlestruction de la déujocratie par ses mains, le ti iomplie des classes riches, le peuple maigre n mplacé et dévoré à jamais par le peuple yrus; le prolétaire brisé pour avoir eu peur des conditions de son avènement; et la révolution la plus démocratique aboutissant, faute d^audactt et de génie, à créer uoe dynastie, un nom, une servitude sans trêve. » — « Après 1378, les Médicis, comme après 93, I^apoléon. »

En somme; la révolution de 1578, politiquement avor*

tée, ne lut pas sans résultats sociaux. KUe produisit, notamment, en 1427, une innovation considérée encore aujourd'hui comme une énormilé démagogique, Vimpôt

aur le cainlal, que la bourgeoisie dut subir aiin de ne pas • ' 12

2U0 KKS NAIl^NAilTÉS.

fOinproineUrc Sri violoire, vA fui, comuii; dil M..Qinn('l, Ja c( voii table loi agraire d*un peuple «Je banquiers. » {.v[ impôt, égal pour ^otto/selon les expressions (|e Machiavel, était établi proporthmellement àrnt richesses de chacun, en sorte que celui qui avait cent Horms de capital eut an deini-florin d impôt. En se faisant, les protecleurs du CfldastOj les i!il(Mlicis conquirent une popularité immense; ils gagnèrent les sympalliies inléressées des bourgeois, en s'opposant à ce que le petit peuple exigeât l'effet rétroactif de la loi nouvelle. De venips ainsi les médiateurs de la révolution sociale, ils surent maintenir l'ordre et couronner Florence de la gloire pacifique des arts et des lettres. A cette heureus;; ville une seule chose manqua sous la dbmination'des batiquiei's friiup^quifï, linè seule, mab qui est tout : la libertés , .

Sortons enfin de Tltalie du moyen âge et entrons dans

l'Italie des tenq)s modernes. ^ - - • .

Ivdgar Quinet a très nelteuient marqué l'étrange phénomène que présentent lés populations italiques do quiii-

' zième siècle, incapables de se grouper en un seul corps

. el même de se confédérer solidement, (piand partout ailleurs les nationalités s'affranchissent, s'unifient, s'attirment. Jadis, à Tépoqu^ du Dante, Tllalie avait au, moins une réalité à elle, le libre municipe : et cette réalité,

«quoique bornée, la faisait \ivre. A présent que toute vit;

; intérieure est éteinte, eUe.s'oublie pour le présent, et pour l'avenir, elle se réfugie de plus en plus dans Tantiquité,

j elle se noie dans l'universalité humaine. Infatuée de son incontestable supériorité intellectuelle due aux fébrilesi agitation» des temps écoulés, elle en arrive à mépriser

* L'ITALIE. ' m

loi^l ce qui ii est ^as esprit^ tout ce qui est corps, tout ce » qui n'egt pas théorie^ tout ce qui est pratique. C eat ainsi tfu'fra moment où le- monde entier s*arnie, se préparant

aux grandes luttes niililaires, elle, avec mépris, elle rejellei répée barbare el paye lies élraiigeis poui' l'aire, à la place des citoyens, la vile besogne des batailles. Bientôt , il est vrai, les étrangers mercenaires parWont italien, seront italiens, se li aiislornieront en cviidottlei i ; nationaux, les mercenaires seront encore plus étraugeis à la patrie^ prétoriens' sans cesse à vendre et à révendre, embrassant et trahissant' toutes les causes, n'ainianl que les avrnlures, n'ayant foi qu au pillage, se riant de Dieu, de la nation et de l'iiu inanité. Yi* nue donc le torrent des armées du >'ord èt du Midi ! L'Italie ne s* en étonnera pas. 1^8 descentes impériales né Toni-elles pas depuis longtemps habituée à l'invasion? (lharles VI 11, Louis XII, François l*^, Maxiniilien, Charles-Quint, les Espagnols, les AUemapds, les Suisses, après, avec les Français, passeront sur elle sans qu'elle daigne leur résister. Kt d^ail* leiiis, que hii inq)ortenl tous ces barbares! iNe les doniine-t-elle ))as de sa pensée? Alors même qu'ils la foulent sous les pieds de leurs l;Iiëvaiix, impassible, sereine, elle crée, par delà la région des orages, dans le ciel artistique, les chefs-d'œuvre de Léonard de Vinci, de Miehel-Ange, de Ka))baël, elle couvre le inonde des s]|)leudeurs du siècle dé Léon . î!

Mais au moment où rilalie se croit la gloire de Tunivers, voici qu'une voix sombre retentit. — Tues l'opprobre du monde! lui crie le .moine ilorentin.

« Li grandt'ui* (If Savonarule, » stilou M. (Juinet, « est d'avoir «soiih (jiie pour samcr h nalioiialilc ilaliciiii*' il fallait porter la révolution \ dans la irli<j;ion an'Uit*. » — « Mais son iiM|)ui>saiir(', ajout<' M. Mirlicli t*, \

* Itetiaiêêance, p. 28.

rimpuisMiice de ritalie, dont il fut la voix, fut de croire que celte révohitkm se ferait dans l'enceinte de Tidée chrétienne, delà contenir dans la mesure du Christ qu'elle dépassait de toutes parts, comme' l'avaient senti Joachim de Flore et les ? oyants du tf^isiènie siècle. »

Cependant Jérôme Saifonarole yU clairement ce que nul autour de lui ne voulait voir, que tout ce qui avait fait la

vie italienne au moyen âge avait cessé d'être, et que rien n'y avait été substitué. Par malheur il 'acheva l'Italie précisément en lui révélant qu'elle n'était plus. — « Point de remède, s'écriait-il à chaque instant... c'est le moment de combattre et de tuer par la prière \ n — Et il enseignait à son paya non Tart de revivre en faisant sur lui-même un suprême effort, mais Y art de bien mawir; il appelait l'étranger, le barbare, pour réduire en poussière la pourriture nationale, pour en précipiter le renouvellement. Chose plus fatale encore! U voyait la vie nouvelle, non dans l'avenir, toujours dans le passé : il ne prétendait que ramener l'Eglise et l'État à ce qu'il supposait avoir été leur jeunesse primitive, il ne songeait pas à leur donner une autre jeunesse, la vraie vie après la vraie mort. Par lui l'Italie tomba de l'illusion dans le désespoir; elle se courba, pleura, attendit le miracle annoncé, le Christ proclamé roi d* Italie ^ descendant des deux! Mais le miracle ne se fit pas, Christ resta immobile à la droite de son Père; le saint, convaincu de s'être trompé, périt dans les ilammes; Alexandre fiorgia étala son infaillible infamie dans la chaire romaine, et le peuple incrédule s'abandonna aux hasards de l'invasion !

Donc, par la foi, par le sacrifice, par Tamour, par la démocratie chrétienne, le moine-tribun n a pas pu sauver son pays. Que reste-t-il à essayer, maintenant? — Dieu n'ayant rien fait, il faut se passer de Dieu ; Savonarole avait appelé le Christ, Machiavel invoque le prince, la

I/ITALIE. m

force, la politique de Satao. Machiavel, — lulgar Quinct l'a bien compris, — ne s'explique que par le milieu où il fut condamné à vivre. Dans sa jeunesse il admira, aima

Savxjiiarole ; jus(ju'à sa mort il le nomma un si grand homme. Mais, quand il l'eut vu brûler, il renonça pour toujours à « la politique des anges. » A lui, comme à tous ceux qui en furent témoins, les orgies et les crimes du Vatican inspirèrent le mépris des prêtres, le dégoût de la religion ; avec son temps il ne conserva du christianisme que la doctrine de la dépravation originelle. Maudissant à la fois et le pape et l'empereur, ne pouvant plus croire ni au bien ni au mal ; sans remords, il voulut fonder et •conserver sa patrie à l'aide du seul instrument qui ne liît pas encore ^ut à fait usé. Sans doute, en lisant le Pnnce, on se laisserait aisément entraîner à maudire rimplacahie esprit qui conçut froidement une pareille œuvre. Mais, si l'on arrive jusqu'au dernier chapitre, jusqu'à la sublime Exhortatiùti à délivrer V Italie des barbares ; du fond de l'enfer on entrevoit un coin du ciel. Si, jetant les yeux sur les choses réelles, on apercevait une Italie vivante et libre, n'oublierait-on point à quel prix et comment elle le devint; et, sans l'approuver, n'admirerait-on pas le ; génie qui rêva et effectua un tel miracle? La grandeur de Machiavel est en ceci : quand tout le monde autour de lui ' désespérait de la patrie, lui, il ne vécut pas une minute sans travailler pour elle. Républicain brisé par la torture, ' il ne renonça jamais à res[)oir de revoir la liberté, aimée du plus ardent amour; s'il rédigea le code de l'usurpaticm, le manuel de la tyrannie, c'est qu'il se figurait que le Ivran Wossirait à concentrer violemment toutes les vo* lontés, toutes les forces épaiscs, à faire enfin ce (]ui n'avait jamais existé, une Itahe. — Comme Ta si bien vu M. Quinet, il ; a en Machiavel du conventionnel.

2iO LES iNATlONALITÉS.

Du reste, même pris au sérieux el lu à la lettre, le Livre du Prince est hm de pousser la tyrannie jusqu'à ses plus logiques ('onséquences. Elevé dans la liberté, raudacieux politique s'arréle à moitié chemih dans la servitude : lisait enchaîner les corps, il ignore Vart, pitis mbderne, de river les àtnes au despotisme. Hobbes le dépasse, voulant que tout, y compris la pensée secrète, soit livrée au Prince. Loyola le complète : plus habile, il rend la tyrannie douce, il ènseigiie cèmnient la liberté doit être Inée au nom de la liberté e( par la liberté. M. Quinet a signalé avec une netteté admirable en quoi se ressemblent et en' quoi diffèrent' le n^chiavélisme et le jésirhisme.

« Le ni:iclu'a\ L'lisii:e, écrit-il à la fin <lo .son parulièlt', est la docliiiu* <Us peuples vaiiKjiuurs, qui abusent île leur roic<' exploitant la l'aihlesse des v;iin(us. »> — « Le j<'>suislisme est la (Itu triiic des peuples vaiucus, ((uikacc6pteutila:ilénHto en la.couvraiit (iu« uoin de victoire. »

(]ependant, en lisant les |)()iint's bouifons, comédies ou parades carnavalesques de Machiavel, on ferait tenté de croire qué Rousseau Vie s'est pès troi^pé eii voyant dai s le Prifieê là' satire des ëalîrés. Mais; avec M. 0"inëtl qu.» l'on approfondisse le comique macbiavélique, on y trouvera le même fonds d'inspiration que dans ToBUvre sérieuse, un immense mépris des hoihmes,* une immense désillusion de l'humanité; ici l'éclat de rire comme là la froide parole, dissimule un grincement de dents. Si, à présent, on parcourt les Légations^ la Cotrespondaneej YHistoire de Florence, si on lit surtout' le Discours sur Tite'IJvej (juel cbitn<<enient! Sereine et virile ap[)arait, au sein de la plus eltroyable des corruptions, cette àme que Ton eût cru pétrie de tous les vices, souillée de toutes les ignominies. On ne peu l, sans que le cœur halte plus vile, étudier r.4/7 de la (jnerre^ lant ce traité hrùle du plus pur patriotisme. Ln est entraîné à croire sur parole

i;iTAUE.

I lè maître ('lassi(|ne de la diiplicilé écrivant : « .l'ai enseii^né; aux princes la tyrannie, mais j'ai aussi appris aux peupl. s ; à s'en défaire. » Si l'on ne relisait le PrincCy malgré suilî Ton 'reviendrait sur Tènathèine lancé par le dix-sepiièuie et par le ilix-huilième siècle conire la mémoire du mystérieux citoyen de Florence, et Uiéme on lui pardonnerait tout en songeant qull ne retira rien, ni richesses, ni honneurs, de ses louangès décernées atix tyrans, qii*il mourut le plus uàailieureux des honunes, en voyant s'enfoncer de pliis en plus dans le néant cette Italie pour laquelle, apôtre du mal siippotô nécessaire, il s'était lovté '\ à l'exécration des «iénéralions fuUires. Son patriotisme, | j comme dit Edgar Quiuet, le u t'ait rentrer dans le sentier ; / des grands boittmeà. I» *

Une des ^^andeurs dë MàchiaVel est d'avoir, avant la , Réforme, avant le dix-lmiiiènu' siècle, démontré et prouvé ' \\

• l'incompatibilité absolue de la religion romaine et de la .> ^ liberté. '

« .... Puisque quelijues-ims \wmmU di8»t*i1>' que la prosiiériltf de rjUlie tient à rexisteme de PÉglise de Rpme, qu'il me soit permis d\ipporter conti'e cette opinion... deux raisons principales qui, sekui mot, ne se contredisent fias. L:i première est qiu*, par l*eft'et dos^ xem- {des oi iininels de In rdur romaine, cette |ii;oviiice a perdu toute piété, toute reU|iuit... Nous autres, Italiens,, nous avons donc à TÉgiise et aux preln*8 cette première obligation d'être impies et corrompus. Mais nous leur en avons uiie autre encore plus grande.... cause pour laquelle ritiilie.... n^a pu être ramenée au gouvernement d'unf> république ou d'un priitcc, c'est uniquement Tl^glise.... voudrait se convaincn* plus aisément de cette vérité par une eipérit'noe certaine, il faudrait «juM lïit assez puissant pour envoyer la oour romaine hahi^ ter avec Pautorité qu'elle a en lUilie, dans le pays des Suisses, lesquels sont aujourd'liui les seuls peuples qui vivent, quant h la religion et aux orilres^ militaires, conformément aux anciens; et l'on vciraît qu*en peu de lemps les pratiques criminelles de retU^ cour eanscniient plus (le r:ivn<(< s dans eetle province que toute autre calamité qui pour* rait la frapper dans une durée quelconque. »

Cependant Machiavel ne réussit pas mieiix que Savons-

rôle. Savonarole avait précipité la mort de l'Italie en la dé- Yoilanl. Machiavel ne ûi que bâter la dissolution du cada- ' vre. Avant lui, l'Italie avait encore une religion, la religion dont Barthole fut un des pontifes, elle croyait au droit romain considéré comme l'expression absolue et éternelle de .la justice. Après lui, cette religion a disparu et avec elle la / notion même du droit. Que Venise, en un jour de bataille, jette ce cri de ralliement ; Italie t l'Italie restera sourde. L'invasion passe sans éprouver de résistance, ne provoquant de vengeances que lorsqu'une autre invasion lui succède. Il semble môme, tant l'Italie a outragé la morale, qu'il faille, pour relever la conscience humaine, la frapper, la châtier comme une criminelle. Rome est enlevée, pillée par les luthériens; Floi'ence, marchandée, yendue au rabais. Et c'est, comme toujours, la papauté qui porte les derniers coups, par la main de l'étranger * Jules II à Venise, (élément Vil à Florence. Mais l'Italie peut répéter le mot de Ferrucci en se l'appliquant à elle-même : Tu poignardes un homme mort I

Ici, — après la peinture la plus navrante qui ait jamais été faite de l'invasion et de ses suites , — se dresse une question grave : Pourquoi Hidie est le tombeau des Fmii* f0Îè*f Pourquoi? Au seizième siècle, nous étions appelés par delà les Alpes, nous étions accueillis comme des libérateurs, « les arbres et les pierres criaient : France! » Mais, habitués au joug monarchique, nous ne comprenions rien à l'Italie républicaine, et, au lieu d'être les soldats de la justice, tels que l'on nous avait rêvés, nous ne nous montrions que hardis pillards et oppresseurs implacables. Bientôt, par conséquent, l'amour se changeait en haine, les palmes d'oliviers se (i aiisfomiaionl en poignards, et nous étions chassés I A qui la faute ? — Trois siècles, hé-

las 1 n'ont pas suffi à nous faire pardonner d'avoir Irompé les espérances italiennes, et Ton a vu les héros de notre

première République, qui apportaient la liberté, payer encore de leur sang les folies du temps de Charles YIIl !

Au seizième siècle, l'Italie, qui avait perdu toute illusitin sur le pacte de TÉglise avec l'Empire, semblait employer tout son génie à ne pas être une nation. Du reste, les événements, même les plus éloignés, se retournaient directement contre elle. La prise de Constantinople par les Turcs la faisait reculer du Bosphore à TAdriatique. La découvei le du cap de Bonne-Kspérance la reléguait hors du grand chemin industriel et commercial entre l'Asie et l'Europe. Elle eût pu néanmoins regagner au centuple ce qu'elle avait ainsi perdu, si elle avait, la première, par ses flottes «•énoises, pisanes, vénitiennes, abordé au nouveau monde. Un Italien Ty convia, mais elle ne voulut pas croire à la double vue du rêveur qui lui indiquait un monde par delà Tinconnu. Ce fut donc au profit de l'Es* pagne, et pour la ruine de sa patrie, que Christophe Colomb découvrit l Amérique. — Christophe Colomb est, à juste titre, considéré par M. Quinèt comme une des personnifications les. plus exactes du cosmopolitisme italien. Quand du nouveau monde, par lui révélé, il est ramené les fers aux pieds, il est, aux yeux du poëte historien, l'Italie même, « l'Italie enchaînée, garrottée, prisonnière / de tous les peuples, pour prix du nouveau monde idéal i qu'elle a donné au genre humain. »

Et pourtant, ce senible, tout n'était pas perdu déjà. L'Italie, serve du monde, en était encore la reine par ses arts. En efiet, quand le penseur ne pense plus, (juand le poëte n'est qu'un courtisan, l'artiste italien reste l'honmie le plus libre de la terre, et, grâce à lui, la révolution ccinlinue, recommence sous le voile du beau. Avec une pui^

tSli LES iNATlOflAUTËS.

puissance de criliijue, on pourrait dire de divination, (|ue ne possède, à dose égale, qu'un seul contemporain, — son ami, son frère, M. Michèle!, — rM. Quinet a trouvé dans les statues, sur les toiles, sur les murailles des inonnnienls, la renaissance même et la révolution reli|^ieuse, vainement cherchées ailleurs dans Tltalie abattue qui garde le silence. Lisez ses admirables portraits de Léonard de Vinci^ de Rapbaël, de Benv'enulo Fellini, de Micliel- An*;e, comparez-les à ceux qu'a tracés, et de main de mai- Ire aussi, M. Michelet, et vous aurez dans l'esprit le tableau d'ensemble le plus s|)lendide et le plus vrai Au grand duel de la nature avec la loi, de l'antiquité païenne avec le vieux inonde chrétien, pour la conquête de l idûal du monde nouveau,

Au milieu du seizième siècle, l'Italie ressemble à l'Egypte des PtoléiHées. C'est, pour me serVîf de la iméme image qu'Edgar Quinet, une fialîon « murée di^tts le tom* beau d'une relit^ion. » — Si Tltaiie , dont les grands ' hommes depuis Dante jusqu'à Machiavel tonnaient contre la papauté, Ài Tltalie, qui ne pouvait pas croire a TÈglise. contenant dans son sein la Bafoylone -sacerdotale j se fût arrachée au catholicisme quand la moitié de l'Europe sVn sépajait à la voix de Luther et de Calvin, de Zwingle et de Knox, du même coup ne se serait-elle pas éveillée à une vie nottvellef ^ Par malheur, la Réforme ne se rattachait à rien en Italie, elle n'était ni guelfe ni gibeline, et son premier eiîet était naturellement antipathique aux Italiens, ! puisqu'elle enlevait a Rome la suprématie rehgieuse, ra- . vissait Tempire des âmes et réternité même à la ville éternelle. Du reste, comme les peuples du iMidi en général, les

LiTAME.

Italiens, en particulier, n Oni jamaih pu coiiiprcndre ce que M. Qirinet nomme si bien <x la tragédie du libre arbitre, y* riinlivi<hi- prêtre, seul en présence d'un Dieu despote, riiouHiie libre int<^rpr(''tanl un texte lyraunicjiie, perdu ou sauvé, selon le bon plaisir, par la grâce du Très-Haut, irâiitre parrf'si'l^on songé à ricônoclastie des protestants, n la nudité de leurs temples, à la froideur de leurs céréniuuies, a la sévérité morale de leurs |)ialiqiies, un seul combien tout cela devait répugner à la facilité de mœurs, si l'enthoijisiasme artistique, aux pompeuses habitudes des » populations italiques. Enfin, la Rérornialion , Iransilion entre le catholicisme et la Révolution irançaise, point d'arrêt dans le cbristianisme, ne suffis^tit pas à la philosophie italienne, qui jamais ne connut le juste milieu, el de la vieille ndigion méprisée sauta toujours d nn l»ond ])ar delà le ciel de Jésus. Par conséquent, les quelques |)r()testants qui apparurent en Italie restèrent complètement isolés, ifnpies aux yeux de la plèbe, superstitieux, au dire des philosoplips. C'étaient, la plupart, (riionnélcs liltéiateurs, des savants, des poètes, incapables de faire secte, souvent même cachant sous des dehors catholiques leur schisme secret. H y eut pourtant des martyrs ()our cause de religion ; le Ter, le feu et la fosse ser virent à rE«»lisr; pour la conservation de son unité. Maiâ, en somme, . rilalie ne repoussa point la liberté de conscience avec hain^, avec rage, comme rEspa«(ne. Chose plus triste, elle dédaigna de se mêler aux batailles religieuses du teuqis par pure indifférence. Aussi, comme TE^lise romaine prolita de la trop heureuse situation qui lui était faite ! La nftsse n*ayant aucune envie de se prononcer contre elle", elle put séparer les penseurs de la masse , les lui rendre incompréhensibles, odieux, et parlant, les enqu'isofuier, les torturer, les brûler à son aise, corrompre, abrutir, t

216 LÊS ^ATlOi^AUTKS.

épuiser, étouffer moralement Fltalie à l'aide de l'Italie

elle-même.

C'est sous l'impulsion du concile de Trente que la nation transalpine fut ainsi brusquement rejetée dans le passé. Grâce aux fournées de prélats italiens, en^yés aux heures

douteuses pour enfler la majorité, — éclairée de la lumière de r Esprit-Saint, — l'Église fonda en Dieu même l'absolulisnie têniporel et spirituel ; et la religion de paix, armée en guerre, s'imposa et se fixa comme une conquête.

Le Tasse personnifie la situation nouvelle de la manière la [)lus éclatante. Le rêveur de Sorrente^ élève des jésuites de ISaples, commence, dès le temps du machiavélisme, à s*enfuir dans le passé, « mélancolique Don Quichotte, » à la recherche d une chevalerie qui n'est plus. Plus tard, s'apercevant avec terreur qu'il n'a pas fui assez loin du présent, qu'il a trop douté, il s'épuise à corriger, à refaire, vers pour vers, sa première œuvre ; et en réédifiant la Jévamlem conquise sur la Jérusalem délivrée^ il croit bâtir la cité de Jésus-Christ sur les ruines de la cité des honmies. Mais encore une fois il ne tarde pas à s'apercevoir qu'il u';i pas été assez orthodoxe; il se rend fou à force de chercher à fondre ses deux jjremières Jérusalem en une troisième d'un impossible mysticisme, et il meurt en recommandant au cardinal Aldobrandini de les brûler toutes I

Donc, voici déjà la poésie impuissante. Si celle voix se lait, quelle autre parlera ? La musique^, Le Tasse est complété par son contemporain Palestrina. Mais la musique de Palestrina est, elle aussi, triste et désespérée. Qu'est-ce (pie son Mi.çm'/r, sinon , comme le com|)rendM. (Juiuel, « le chant d'agonie d'un peuple mis en croix depuis les Alpes jusqu'à la Galabre?»

Dans la tombe, où le catholicisme Ta enfermée depuis le concile de II renie, 1 Italie rcste-t-eUe tout à l'ait immo-

tlTALlE. 217

ïiAc't — Les populations semblent teUeiuenl endormies que , les plus (pi:les paroles ne les réveilleraient plus. Mais il est encore des philosophes, les héros de la philosophie, ({ui • proleslent conlre le néant. Avecquel amour Ed^ar Qiiiiiet recherche les traces perdues des penseurs malheureux, tiiéaeorporeliement par Rome, étouffés spirituellement par ntalie catholique! Son histoire de la philosophie italienne ' durant les deux siècles de la décad^aice est le navrant tableau de la vie qui, malgré la mort, se dresse et retombe Mentôt, Oétrie, sanaaToir eu te temps de s'épanouir.

Au seizième siècle, Marcile Ficin,Pic de la Mirandole, Laurent de Mcdicis, avaient, dans T ivresse de la Kenaissanee, cru réaliser la réconciliation de Jéso»-Chrisl avec Platon, d'Orphée avec Noise. Illusi<m vaine! Après eux, \ les esprits, (\\\\ ne restent pas inaclils dans le sceplicisnie, ^ consacrent de plus en plus le divorce de la philosophie et \ de la foi. Cardano, Giordano Brunei, Vanini, périssent aux applaodi^ments de la foule, qu^its appellent hors du catholicisme, hors du chrislianisnie, vers la liherlé. Canq)anella, au contraire, démocrate, communiste cosmopolite, pour briser l-esclavage temporel, s'acharne à croire que l'esclavage spirituel, la force catholique, pourrait êlre un . levier. Transformant les vieilles utopies, il monte jusqu'au ciel, où il installe le Christ, monarque régénérateur du 'genre humain. Sa Cité du Soleil ira rejoindre dans Tabîme le rêve de Savonarole et les folies du moyen Age, la monarchie du monde par l'empereur et la démocratie catholique par le pape. A la hn du dix-septième siècle, les âmes se taisent comme les choses, « Tordre de Jésus s'assied sur I les ruines de l'Italie. » dépendant, au début du siècle sui-" vaut, Vico parait ; s'en aperçoit-on ?

' Veùt-on sayoir maintenant à quel prix la réaction ca« tboiique triompha, qu^on lise cette nécrologie :

818 LÈS MàTiONAUTBS.

c Dante, deux fois condamné à mort, et sa maison rasée. — Ârnauld de Bresse, briili' vif. — Jean de Padoue, brûlé vif. — Savonarole, iii*ùlé vif. — Piatina et les académiciens de Rome; uiis à la torture. ^Machiavel, mis à la ioitoe. — Spinuln, noyé. — Bonfadio, décapite et h\^\é. — Collenncio, nélranglé. — Tibertus, décapité, — Car» nesechi» Paleario, brûlés vifs. — Montalcino, étraiigl*'. — Dominîsj brûlé vif. ■ — Giordano Brmio, brûlé vif. — Vanini, la langue arrachée et brûlé vif. — Campanella, mis sept fois à la torture et emprisonné vingt-sept ans. — Sar()i, poignardé. — Berui, empoisonné. — Le Tasse, enfermé sept ans dans une loge de fou. — Galilée, mis à la torture et emprisonné à perpétuité. — Pallavicini, décapité. — Giannone, emprisonné vin^t ans. — Tencvelli, fusillé. — Mario Pagano, pendu. — Conforli, (toiilu* < — La «ttite-^eu^â^ Jir^; 4aD^iei PmoîM d© Svlvio PeiUc^. » ; . " .

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