‹ Edgar Quinet sa vie et son œuvre CharlesLouis ChassinChapitre 27 sur 66 · IX. — Ù 9ÙUmZ ET }A .SMTIIU · texte numérisé non relu

IX. — Ù 9ÙUmZ ET }A .SMTIIU

« Je dois constater, s'écriait Edgar Quinet en sa première leyon sur • VVltraniOutanisme^, saluci' coîiime un fait injj>ortant ce qui se passe à quelques pas d'ici, dans Tenceintc du collège de France. Au nom des Slaves, le premier poëte des Slaves, notre cher, notre liéroïfpie Miikiewicz, combat de sa sainte parole pour une cause qui bien souvent se confond avec la notre. Qui jamais a entendu une parole plus sincère, plu« religieuse, plus cbrétienne, plus extraordinaire, que celle de cet exilé, au milieu d'un reste de son peuple, comme le prophète sous les saules? Ah ! si Tàme des martyrs et des saints de la Pologne n'est pas avec lui, je ne sais où elle est. jamais, surtout, a parlé de notre pays, de la France, avec des entrailles de lils. si ce n'est cet enfant de la Pologne? Grâces lui soient rendues! Ces lionunes, ces frères d'armes ont toujours été à Favant-^MH-de de nos armées; il est juste qu'ils veuillent être encqrç, daus le uioiAVQu\e|it de lu.Fraucey à l'avant-garde de l'avenir. » . - i » -

. A\i temps oè ces éloquentes paroles étaient prononcées, Adam Mickiewicz, rimmortel auteur des Adieux et de JMi»*ai( WalUnfodj aoeompiissaitune graiidé eéliWo« *Po^ hmais, on Tentetideit avec stupéTaottou ptoftoiicer éllifii* veiir <les Russes des paroles de réconciliation et d'amour. S'olevant du principe de la nationalité au principe supé^ riuttr dri'untreraabté de sa race, il plaidaii atéc une indicible éloquence les^ droits de soixanté^olueé nnllions

LA POLOGNE ET LA SLAVIE. m

d'hommes et de leur cause commune, — affranchissement el fraternité, — il tentait de faire une cause française, une cause universelle. Car la France, disait-il, est « l'abrégé du monde; elle réalise en son sein l'idée d'une communauté chrétienne des peuples. »

Mais était-ce le panslavisme que Mickiewicz propageait avec tant de succès durant la seconde, la plus glorieuse période de sa vie tourmentée? — Non, si l'on entend par ce mot l'union forcée de tous les Slaves sous le sceptre du czar; oui, si par là Ton comprend une confédération générale des popidations slavonnes, affranchies et des dominations étrangères sous lesquelles elles restent si impatiemment courbées, et en même temps d'une tyrannie intérieure et soi-disant nationale, quelle qu'elle soit. — Il y a, en effet, deux panslavismes : celui de Pétershourg, qui ne tend qu'à réaliser le testament de Pierre par l'écrasement des nationalités; relui des Slaves, qui a pour but le raj)prochement fraternel de toute une famille humaine, agricole et communaliste sinon comnnniisle, par- • tant stationnaire et pacidque. Le malheur de ce pansla- • visme démocratique est précisément de ne pas être séparé du panslavisme autocratique, au point qu'il soit impossible aux esprits prévenus de les confondre l'un avec l'autre. L'union des Slaves, voilà leur idée fondamentale à tous les deux : mais, dans le premier, union veut dire liberté de chacun et fédération volontaire de l'ensemble des nations slavonnes; dans le second, union signifie esclavage général, unité du despotisme temporel et spirituel entre les mains d'un maître-dieu qui est tout, Mongol ou Allemand, excepté Slave. Mais si, en principe, l'hoslililé des deux panslavismes est radicale, elle a tendu long- ^temps, elle tend encore à diminuer, à disparaître, en fait, grâce, d'une part, n la duplicité byzantine des empereurs

de foutes l6s Riissies ; grâœ^ d'autre pari, à lindillSèrmce, à rinhabileté, à PinipuiMftiiee ptomèe» de la diplomatie,

, qui prétend sauver le monde de la prépondérance on de la conquête nioscoirite sans rien cliaDger à Tabsurde coostitutioB de l'Europe actueUe. Taaat qu*aveo Tappui ou pa^ le seul effet de la non-intervention en sens contraire de l'Occident, les Slaves orieataux ne se seront pas éniajicipés ei otg^oisès seloQ l^urs vosaiy larDUtade Conslaotinopie restera ouverte, et « qu'il se trouve, comme on {aitdire à Napoléon 1" dans le Mémorial de Sainte-Hélène y qu'il se trouve empereur de Ri^sie. vaillant, impétueux, ca* paîsle, en un mot, un^CKat qui ait de la jbarbe au moiton, et TEurope est à lui. » Dans Tétat actuel dèsehoses, main^ tenant que Vintégrité de l empire ottoman est menacée non d'une invasion,. maia d'une dissoiuUon, la question d*Qrient se pose exactement de la même maniire qu'avant la prise de Sébastopol. Si la Russie semble avoir perdu le protectûi^ai exclusif de sçs coi:eligionnaires . sur les terres du moribond^ je ne saebe pas que les coprotectenns des chrétiens oiientaux aient-plua fait qu'elle pour la sâreté dos personnes et des propriétés, pour l'affranchissement etl|i,^i:otectian des peuples. Le slavisme local, le panslavisme j^(^^ue ,rç8te, toiBj?|«^ 1 état darme.aon eswyée, ^m. rouillée peut-être, -r* eî H est évident que le panslavisdiè envaUisseur de Saint-Pétersbourg a dû largement profiter dés fautes et dçi»^ trahisons diplomatique de ses ennepis» On.ne s'en apercevra que trop tôt. . >^^l ^Ji^

Qu'est-ce que la Kussie? — Cette question mérite d'être posée de nouveau, car Ton a tojLalemcut oublié ce que I on disait d elle il y a in peu d'années. - - ^ «^f'

f Nous devonp, dit M. MidieU't*, nous devons envisager la Russie - ) m uiubse, pi-ovisoiremco( et simplement, cooinie une force, — force

W4^ni^tf^jrMeMb,£d. filets, p. ISH.

U VOUmt ET LA SUYIfi. Si6

l»iub;iro, monde sans loi, monde ennemi de la loi, qui no fait aucun pioyrès t'n ce sens, qui inart-lm à relioui's et rctoiii'iit' ;iux hai liaiics antiques. (|ui n'admet la civilisation mcKieiiic »jue pour dissoudic lu monde occidenlal el tuer lu lui elle-mèiue. »

Donc , que la RuMie fasse des chemins de fer et , à

cause de cela, se dise pacifique et civilisée; qu.elle émancipe même ses paysans et s'annonce comme socialiste, elle est toujours la lerre maudite des ezars , la citadelle de Taulocralie, la contre- révolu lion armée. — Cette Russie-là, la Révolution la tient pour son irréconciliable ennemie.

Nais sous la Russie officielle, — laquelle est un horrible mélan^^e de machiavélisme allemand , de jésuitisme italien, de corruption byzantine et d'ambition lartare, — il en est une autre « yraimeot slave » et qui mérite toutes les sympathies de la démocratie universelle. JevBux par* 1er de la lUissie populaire, qui gil plongée par le czarisnie dans « linfernale perdition, » et qui apparaîtra un jour ou l'antre 9ur les ruines de tout TéchaGiudage de mensonges par lequel elle nous est cachée. C'est celte Russie qui conspire et combat depuis Toccupation d'une autocratie d'origine étrangère, et que cette. autocratie exile, déport^, tue et empoisonne de ses épouvantables principes. C'est celte Russie enliti qui pleure sur la Pologne, sa sœur, et qui dit avec bakouniu : a La Pologne n'a pas encore péri tant que nous existons, » et qui igoute avec SasonolT : « Tant que nous vivrons, le ))euple russe aussi ne nioui l a pas; il vivra pour sa libel lé comme pour ia vôtre, Polonais M »

La Pologne, — seconde victime du czarisme, car Ih i^nssii* est la première, — a été tuée Ton sait comment : M!e n été dissoutc plutôt que conquise, clic a réussi à Ui^ pas pé: ir

* Uiv.riwni O. U»i,VHki, ieltrcs slat ts, ji. 22i.

346 UBS KATlOmUTiS.

uioralenient au milieu de la dissolution de ce qui fut elle. Malgré l-Kurape iitdiffcrenté, hostile, malgré la France, pour laquelle elle versa tant de sang, la Pologne donnàntey • — ainsi la nomme admirablement M. iMichelet, — la Pologne chevaleresque de Sobieski, la Pologne déniocralique de Kosciiisko est parvenue à- se survivre. Unie, égalilaire, étemellerfien! aHiée h ceux dont les gouvernements font sans cesse ahandoiniée et livrée, elle est prêle pour l'heure du réveil des peuples , espérance antimoscovite de l'Occident républicain, espérance des 'Slaves eux-mêmes, dont elle est par l'amour le centre naturel de ralliement^ comme l'autocratie russe l'est par la haine et peut l elre pour la vengeance. — Depnis que le critne du démembrement a été commis, dépuis que hi Pologne a été rayée de la carie par des « meurtriers imbéciles, » il manque à l'Europe un organe essentiel ; elle n'a plus, à sou centre, de poitrine à opposer à Tinvésios barbare; elle n'a plus de cœm- pour recueillir ses idées et pour les répandre sympathiquement jusque dans les profondeurs inconnues des steppes septentrionales. Jamais il n'y aura de vraie « pux dans le monde, jamais il n'y aura d'faàrihonie fraternelle entre les peuples tant que cette vieille Pologne, rajeunie à force de souffrir, n'aura pas recouvré son existence nationale, tant qu elle n*auiii pas repris son ancienne missidn de dévouement et de conciliation.

Le troisième centre de la race slave, la Bohême, a spécialement attiré les regards d'Edgar Quinet. H lui a consacré un des plus beaux chapitres de son Uisîaire de la poésie ^ .

« Quand la nce germanique, dit-fl, eai sauvé TBiin^ des mvt» sionsdet Sarrasins du côlé de rEspagne, la race slave repoussa k son

' Tome IX. des Œutfres empiètes.

U POLOCMB KT U 8LAVIB.

tour à Olmiitz la dernière invasion de l'Orient sous les fils de Dschengis-Khan. Adossées l'une à liiutif, couinie faigle à deux tètes, ces deux rao.'s décliiquctèri iit, chacune à sa manière, le côté de l'Orient qui vint les attjquer. Après cette lutte, qui donna à l;« race toute son^ unité, toutes l(?s tnbus se déhandèrent. 1/une (relh's, vZ-ntable awiw turière, s'insinue plus avant au cœur de rAlleinii^aie. (-"est la Bohême.... Égarée dans sa route, cherchant foi tune à l'étranger avec se5 sorcièi'es, ses enchanteurs, ses bateleurs, ses villes des morts, sa langue vive et ré^oiniante, son origine équivoque ; heureuse, joyeuse sous le ciel de Prague, au bord des flots de TElbe, cette petite nation isolée est elle-même, dans l'histoire, une folâtre BoliLiiiieime au milieu du cei'clc grave des tribus germaniques dont elle est eutouiéc. » . .

Les temps tle la joyeuse Bohême ont vite passé. Désl époque héroïque ou elle produisit Jean Huss, Jérôme de Pra^pie et Ziska, les-arméet'catlioiiques la noyèrent dans le sang. Soumise, surtout depuis le règne de Feixlinand II, au despotisme, autrichien , et goi mauisée avec une cruelle ohsiiHiatiân^ elle a pourtant été de nôs jours nne des pr^ mières à retrouver 8ës origines et à affirmer sa nationa^ lité. Le bombardement de l^rague, en 1848, a coupé court à sa renaissance, par malheur entachée de pansia- Tisrae moscoifite.' Telle qu'elle est en réalité, aux deux tiers tchekke, allemande pour le reste, -elle semble être appelée , non à une mission de haine , mais à une mission d'amour. Elle fa(^rocbe deux mondes contraires , double, — et ponr jamais, elle est et doii-^re Tinter^ médiaire pacifique entre le slavisme et le germanisme.

Plus loin, vers le Sud, nous avons vu surgir la Croatie^ malheureusement au proht de T Autriche, à laquelle elle sr fourni des bourreaux pour exécuter Tltalie et la Hongrie. Qu'elle ne garde point la responsabilité d'un pareil crime î Courhée sous le même joug que ses ennemies d'un jour, elle sait ce que coûte le salui de l'empire unitaire ; elle le bail aujourd'hui plus encore qu'elle ne parut l'aimer hier; fra-

m LBS NATtaNAUTÉS.

ternelleiiient uuie avec la Hongrie, elle revivra pour le détruire.

La plag avancée des natioius slaves du Midi et celle à la*

quelle semble iissi<;iié ie rôle le plus iniporlant dans les circonslances actuelles, c'est la Serbie. Petit pays qui compte è peine un million d'iiabitants, elle a plus d'une fois attiré sur elle l'attention de l'Rurope contemporaine. Traitée absolument en terre conquise, comme sa voisine la Bosnie, c'est à l'aide de son seul courage, les armes à la main, qu'elle a châtié les déprédations des janissaires et les concussions des paellas ; qu'elle a su s'imposera la Porte avec des droite identiques à ceux des deux autres principautés danubiennes^. Nul n'a oublié Tinsurrection générale de 1804, et personne n'ignore que la Russie en sut profiter pour s'introduire en Serbie à titre de protectrice. Le traité de Bucharest (1812), du même coup, garantit aux Serbes les libertés qu'ils s'étaient conquises et les plaça directement sous le protectorat moscovite. Depuis lors, la Serbie n'a pas cessé de travailler avec une persévérance admirable à la conservation de son autonomie et à l'amélioratioii de ses inalittttiOtts. nationales. Mus, pai* malheur, la Rus-<

sie, exploitant les affinités de race et de religion qui la raltacbent aux slavies méridiouaux, est toujours intervenue entns le suserain etaes vassaux révoltés, excitant sans cesse ceux-ci contre oelui-'là, et sans cesse empêchant la faix, conclue sous sa dictée, d'êti'e détinitive. Les Serbes n'ont pas manque de s'apercevoir, en plus d'une circonstance, qu'ils étaient les jou^ de l'ambition moseovile. H ne serait donc pas diffieile de les arracher à rinfiuence russe, si l'Europe, désormais protectrice, savait comprendre leurs vcsux; si, par exemple, leur permettant simplement do payer le capital du tribut qu'ils doivent au anltan, elle les laissait libres de s'afrrancbir, même saus bataille» du joug

LA l'OlAMiNE ET L\ SLWIE. W

lorc, de mmns en inmiis tolérable pour fous les chréticnd

d'Orient.

Non ioin de la Serbie s'élève la Movtagne-Noh i\ où vU libre une popiiialion de héros. Les Monténégrins ou Tchernagores. de même race que les Serbes, paraissent descendre à iskoks ou réfugiés d'Herzégovine, qui sé sont soustraits à la domination turque. Quoiqu'ils soient à peine une centaine de mille âmes, jamais ils ne se sont re^ connus dépendants de qui que ce soit. Naguère, lors de la conclusion du Irai té de Sistov, il plut à rAutriclie, qui 9*airait aweun droit sur eux, pas mdoie celui du voisinage; de les livrer à titre de vassaux à la Turquie suxeraine. Lé Turquie fit envahir le pays par le paclia de Scnfari, à la tête de trente mille soldats: les trente mille soldats furent battus, massacrés jusqu'au dernier, et le crâne de leur chef alla servir d'ornement à l'église de Rettigne. — Le Monténégro, qui n'a que quelques pàtura«.^es, point de cultures, ne peut vivre que du produit des razzias exercées sur les terre» turques et albanaises^. Fer»é de toutes partsy sans industrie, sans commerce, c'est un camp, et chaque Monténégrin est un soldat. — Vous lui dites : Lu tel est mortl 11 vous réplique aussitôt : Qui l'a tué? Le Monténégrin ne comprend paai la mort antrem^nt que par répée. Et voilà pourquoi il est invincible. — I^e pays était goiiverué naguère par un viadilia, évéque et prince à la ^l^^é^jBt fêsmUt^ Niegusch ; aujourd'hui que la séparotien 4aè deux poilvqini a été effectuée, Damla Petrovisèh n'est que kniaz ou prince. Ce knia/, chef absolu quand la patrie est en danger, eu temps normal exerce son autorité sous la survéUlyiipi^'Mâ^a^^ les sessions durait de trente à q^armi joursO Chaque sénateur, délégué d'un viliag(», arrive alors à Cettigne avec une couverture et une provision de lartne ; op d^^tbère dans la grande saÀle d'un

Lts .NAllONALIlKS.

dans Its rangs de h Uiissie et de PAutriciic vaiticues. Que ieda^voira donesi elles étnirnit victorieuses? Ces mêmes Hongrois qui*ont prot^é hos pères contre Tiovusion de rislainisuie feimaieiit la barrière la plus soliile de la France contre rinvu^ion de PEurope cosaque. Ils couvraient de leurs poitrines notra Occident; ils formaient favant-garJe ines|iérée de la France; entoui'és de vos ennemis, ils les refoulaient par une suite de prodiges; ils ne Yons demandaient rien que de combattre pour .Totre propre cause, pour oelle de votre territoire et de \o(re indépendance. Et c'est le moment ^ vous choisissez pour aider à les massacrer \m derrière ! le coneours que vous donnez k TAutriche a '^aln pour elle cent uiilie hommes, qu'elle a pu en toute siU'etë rejeter amtre les Hongrois, fin sorte que du même coup vous avec frappé deux nationalités amies; et ce doul»le meurtre atleint'au conr la na» tîonaltlé de la France, i

31. Michelct a donné au peuple hoiigroU son vrai nom* H Ta appelé « le héros de TËurope ^ « ce peuple entre tous héroïque, qui, de ses actes, de ses souffrances, de sa grande voix forte, nous relève et nous fait plus grands! Datis toutcequ'ib foai ou qu'ils disent, j'entends toujours : Surmfncarda^ ! »,

Nul peuple, en effet, n'a eu à remplir une mission plus iiupurlaule que ce deruicr venu de l'invasion . De la (in du quatorzième siècle au milieu du seizième , il fut le soldai de la chrétienté contre lu barbarie triomphante*. Aidé quelquefois, par hasard, mais jamais d'une manière efficace ; le plus souvent al>andonné de tous, il accomplit son œuvre jusqu'au bout. Le Turc ne passa que sur son -ca-^ davre. Après la défaite Je Mohacs (152i>), rien n'existe de i'ancieuue Hongrie ; villes et hommes, tout a disparu; ce qui garde son indépendance Sous le protectorat de l'ancien ennemi, ce qui croit l'assurer en meltant la couronne de saint Élienne sur la tète d'un prince aulrichien,

^ V. iiioti cIikIc sur /esn ée Uimyad et la Hongrie au quintième siècle, iu-S«. P«ii>« iSôe.

U HOKORIE. * 355

ceci coQime cela n'est plus un peuple , c'est un double luitAme qui chmhe et se dispute débris éptrs de son corps abandonné sur le champ de bataille*

Le renouvellement de la vie hongroise est un des miracles de r histoire moderne. Dès le lendemain du désastre^ aux trois quarts envahie, divisée, k Hongrie IrouTe mcore la force, d'imposer au prince auquel elle se donne la reconnaissance de son indépendance et de ses libertés antiques : Ferdinand et tous ses successeurs jusqu'à Léopoldr'sontéhispar la diète et aucun d'eux ne règne par droit de succession. Maïs ces princes, loin de réparer les désastres d'un peuple martyr, ne songent qu'à lui dérober le peu qui lui reste de vie et de liberté; et sans cesse la Hongrie, usant du droit acquis en vertu de la bulle d'or d'André 11, se voit forcée de prendre les armes pour la défense des lois. C'est au nom de Tindépendance nationale et de la liberté religieuse, — car une grande partie de ta nation a adopté la Réforme en haine de l'Autriche catholique, — qu'Etienne Bolskai soulève en iC04 et contraint Rodolphe F' au xespeci de son sei inent. C'est pour la même cause qu% centre Ferdinand il, digne A&ve des jésuitea, Gabrid deBethlen par trois fois insurge ses concitoyens et pîar trois fois oblige le roi vaincu à reconnaître les droits de ses sujets. Un peu plus tard, soutenu par la Franee, Georges 1^ Ràkotzi oppose une révolution victorieuse aux essais de germanisation et de restauration catholique de Ferdinand 111 ; mais, abandonné des Turcs, il est forcé de mettre bas les armes à la veille du traité de Westphalie. Alors Léopold, — surnommé le firon^j par les adorateurs du succès, vainqueur des Turcs, grâce au Polonais et au Lorrain, par l'assassinat et regorgement en masse des patriotes terrifie la Hongrie et lui arrache ihérédité du trAne en foveur des eioés de la nuMoa d«

m LES NATIOSâUTëS.

Habsbourg. Bientôt pourtant le sang des marlyi s exécutés^ à Eperjcs enfante la révolte nationale de François llttàkotzy (1705-^17il). TrkttfipbftRte , comme les antres, elle s*sFrèle devant la même fiètion : un noinreaii serment .du souverain parjure! • ' Ici finissent les admirables prises d'armes par les- ^eltes, durant tout le éixrseptième siéde, la Hongrie morte a j^ou^ cpi'élle raffivait. Comme épuisée de son suprême effort, elle abandonne au doucereux Charles 111 (VI> rhérodké. absolue de la Sainte Couronne d'Ëtienne V\ Bientôt înéine les habiles* corruptions de Marte-Thérèse hii font oublier toute son Tiistoire; en un jour de folle loyauté, au cri de Moriamur pro rege iiostro Maria Theresfa / elle s'élance- au devant de la Prusse et de TAIiemagne coalisées, et sauve la monarchie aulriebienne, son éternelle ennemie ! Après un pareil suicide, Joseph H p( ut croire que la Hongrie acceptera, sans résistance et sous le couvert de ses réfomfes libérales, l'unité du chaos aulridiien qu'il lui plait de décréter: Mais- soudain les haines •endormies se réveillent et le pauvre empereur, pour sauver sa dynastie, doit en mourant renoncer à tous ses grands fèves. L'agitation nationale hongroise eût édaté en insurrection, si, à la diète de 1790, Léopold II ne s*était bâté de reconnaître de nouveau la complète autonomie de son royaume de Hongrie et deprôter serment è la constitntton de' saint Etienne.

Quoique elle ait été entraînée par ses rois dans les coalitions contre la République française et contre TEmpire^ —-•dont la triste eip^eifoe fonnue par k Pologne TempécAia sans doute d'agréer les avances, —- la Hongrie ne resta pas indifférente à notre révolution. En 1795, plusieurs nobles conspirateurs qui avaient adopté un programme conformé k notre DédaraHan des droiU de

LA iàOi)iGIUE. * M

i homme et du citoyen périrent sur Téchafaud *. Mais ce ne lut guère qu après i815, à partir de 1825, que le mottfement national se dessina sous Taction dos idées 'françaises. Quand éclata b Révotnlion de i846, la Hongrie n eut qu à proliU r des circonstances pour précipiter sa marche dans la \'oie déjà ouverte de la liberté et de régalité«

Rien de phia légal que la dernière révotolionshongroise

à son début. La diète, réunie en 18i7, conrorinément ciux consliiulions séculaires, refoniie F état politique du pays; die discute et foie ^es lois nou^ettas afee autant de droit qne toutes les diètes firécédentei». Sans rompre les liens qui unissent le royaume au roi, lequel est en même temps empereur d'Autriche, elle peut élargir la base de la li- ' bertér b^roise par t'abolition définitive des privilégei fiodani, elle peut prodemer TégiAté civile et reKgieitte des citoyens, à quohjue race qu'ils appartiennent, elle peut étendre réleclion et réligibilité par delà les classes privilégiées et enfin instituer on aÛDiatère national responsable. Le roi reconnu et couronné, Ferdinand V prouve que ses loijaux sujets n'ont point outrepassé leur droit acquis quand il vient en personnej le iO avril 1844$, remettre à leurs VepréaentratB ks trente et une toia noo- -velles eenfitmées par sa parole royale; quand il se dioisit . pour ministres hongrois Louis Batthyany, Kossuth, Sxe- .mere, Paul Ksterhazy, Heeaaros^ Etienne Siechen^fi, (M£t*

• vœs, Kknsaliet Deak'; quand enÎEai, s'indinant devant la volonté de sa fidèle naiion^ il déclare la vouloir heureuse

. du fond du oeiir, dans son bonheur irauvuui son propre

• bcnheur . • . 1 .

* Lire les Jacobins de Hongrie, dans le beau livre de de Gérando : De r Esprit public en Hongrie depuis la Révolution /Yançaise.

^ r. moo arlide U BmfHe an 1857, dans It HmeUHrii da 15 iraveintrelS57.

-m LES lUXlOKALlIÉS.

Se fiant à Tapparence, la Hongrie hésite longtemps, — trop longtemps, — à préparer sa défense. 11 faut que le ban de Croatie» agent de k cour^ ait violé son territoine; A fmt que les raees non tnagyam ae aoieni misea en uh surrection contre elle; il faut enfin qu'une grande armée ^autrichienne l'ait envahie, pour qu'elle se décide à se séparer de la dynastie de Habsbourg^ El encore ne le fidl- •dle qu'an dernier mond'enlc, dors que céfle dynastie n'a plus pour chef Ferdinand V, roi reconnu, et que l'Autriche conquérante prétend lui imposer ua^j^^r qui ne Ini esl rien, absôlnnient rien, puisque aon prédécesseur mant et seul règne légalement, en vertu de la pragmatique^ncLion, de son inauguration et de sou ser- •ment.

C'est donc contrairenient i tontes les lois tenues ponr

sa(^ées même dans les pays monarchiques constitutionnels 4}ue la Hongrie a éUi.conquise en 1849, en présence de la Réfwhliqtte françaiâe\HnoQiobile et de rAngieterre enno* ane, et que ju^qù*à ce jour éle reste e&nqme.

On a trop répété que la Hongrie était morte par sa iauke, et du fait des nationalités soulevées contre elle. Si je ponvtts desoendre au fond de. ce déplorable eenflit*, je montrerais sans peine que Ton ne doit pas en accuser les Hongrois seuls. La lutte fratricide des nationalités sur Je sol hongrois, en 1848-49, eut un double caractère, «elle fut austro-panslave. Voilà pourquoi on vit des peuples, au nom de leur indépendance, aider le despotisme à tuer la liberté dans l'Europe orientale. Mais ni la guerre «ciWle, éie fut ré^mée^ — • ni la gume autrichienne, <-«rAutriche fut battue et bien battue, — ne stiffirânt

* On le trouvera complètement expliqué dans Y Histoire politique de la BMuUmie Hen^rU en ISfS-ISIO, 2 ▼dûmes in-S*, que j'achète es «dIakHtUoii tvec M, Dinhl Inmgi,

U HOKGRIE

pour vaincre la Hongrie révolutionnaire. Il fallut que- François-Joseph appelât la Rn^e et que le Russe, en violation de tous les traités européens, y compris même le traité de Vienne^ lançât ses années snr les Hongrois Tictorieux. 11 ftillut encore que Georgey, traîlre , mît bas le? armes et empêchât Klapka de traverser les bataillons auinehiens, d'entrer dans Vienne, d'y mourir ou de réveiHer P'Kirope etieore mal endormie. v " ^t^- i < % » .

La Hongrie n'a pas été vaincue. Elle a été trahie à l'intérieur et à l'extérieur. Elle a été écrasée, république naissante, par les deux pins forts em{Hres dn monde. Donc, eRe n'est pas morte» et TAulriche le sait bien. — Durant plus d'une année, l'Autriehe pendit, fusilla, massacra, embastilla et pilla sa victime. Puis, la croyant épuisée, elle la jeta , coupée en morceaux, dans l'amalgame monst^oeux, in-^ venté par le prince de Schwartzenberg, et que l'Europe croit être un puissant empire unitaire. — Depuis lors, que des'ti^tlealois hongroises, il ne reste plosrien, que la Hon-^ grie, sam dittef^sMIMiiltats, ne soit pins qu'une pro^ vince exploitable à merci par les étrangers et livrée pieds et poings liés à la bureaucratie allemande, chargée de la genmuiiser; qn'en twtu du concordat, les jésuites, avec Taide des gendarmes, s'étudient' à eitifper sa tolérance en matière religieuse, aient reçu la mission de convertir ceux de ses enfants qui sont protestants et d'apprendre a tous comment la tyrannie est une oeuvre de Dien aisément supportable ; qu'on lui ravisse jusqn*à sa langue, interdite dans l'administration et même dans les écoles supérieures; tout cela est inutile. La Hongrie parle hongrois et refuse d'entendre rallemaiid,elte se Gdt protestante en faaine des jésuites, on bien dépasse protestantisme et cathoHcisme ; elle se laisse insulter, voler, sans mot dire. Mais, quand son empereur passe, elle ne le salue pas, à moins que

,,f;>i^iti^prlh^/(;nr»o[p

'<i5S LES NATIONALITÉS.

forcée à coup de bâions'du Bumifesler 86n eiiihoiiMaâme)

elle ne le traduise par un Eijen Kossuth vi^oureuseuieut prononcé 1

Une diose m'eflrayail dans celle Hongrie serve : eon immobilité et son silence depuis bientôt dix ans. Elle

n'est immobile , me fit-on comprendre, que parée qu'elle sait que l'Europe d aujourd'hui ctit tout entière Hsottlre elle; elle s'est silenôeuse que parçe q«eUe ne petit p» agir. Pas un seul de ses paysans n*a oublié ni hier ni le passé; tous ont l'âme rmplio de haine et tous se lèveront comme un seul homme a la pr^ère.bonne nouveBeque le télégraphe leur ap|K)rtera , n'importe quand ,.de Milan ou de Paris. A 31ilan, à Paris, ils renverront aussilùt celte autre bonne nouvelle : il. n'y a plus d Aulricbiens eu Hongrie et nûua marchons sur Vienne ,* Eljen a ham l Vive la patrie!

Le premier reproche que j'ai entendu laire aux Hongrois, c'est d'élro fiws. Certes, ils peuvent l'être, ayant écrit de leur sang la grande épopée du quinsièmesièele^ et, dans celle époque contemporaine, l'aulre épopée, plus sublime encore, de la guerre de l'indépendance. — Les pacifiques déd^^ent en eux un peuple militaire. Mms là où tout homme est sddal, le soldat n'est point à craindre. Tant qu'on est esclave, il est bon de savoir manier le sabre et le lusil. £t d'ailleurs la vaillance hongroise n'est elle point, comme dit M. Hiehelet, «c la manifealation d'un haut état morale » — Knfin, il est des démocrates igno- . ranls auxquels rAutriche a fait croire que c étaient, que ce sont encore des aristocrates. Oui, certes, repUquerai*je, toujours . avec N. Niehelet , « la nation «tière est une aristocralie de vaillance et de dignité. H y a là cinq millions de chevaliers. » La Hongrie, poussée à k république par d'héroïques citoyens, entre antres rpar son premier poSIc,

Page 1