‹ Edgar Quinet sa vie et son œuvre CharlesLouis ChassinChapitre 28 sur 66 · U HONGRIE · texte numérisé non relu

U HONGRIE

le fila du cabarelier-boucim de la Posïta , Alexandre f etœfi , est tombée république : die se reiè?era répu« •

l)lique.

Autre question graie : la Hongrie pourra-t^lle renaître leBe qu'eUe eai aj^arue eii.18485 avee toutes ses anciemieii

firovinces , et en hostilité contre les diverses races .qui peuplent plusieurs île ses pai lies liisloriques?

Quoique les enaemis de la Hongrie se compiaisent à poser cette question, je ne crois pas que Vheore soit propice pour la résoudre.

Cependant il esl bon de rappeler quelques lails qui prouvent que les erreurs d'^autrefins ne peuvent guira se reproduire. La loi ^nolée le 38 juillet par la diète de Szeged proclamail la liberté et Tégalité de toutes les natiouâbtés réunies sur le sol hongrois. Depuis lors, le 21 •août 1854, Kossutb ^ proekunait la réconciliation des aur •eiena ennemis et les conviait tous, Croates, Serbes^ Roumains, à riiulépeiidaiicc et à la fraternité. Eidin , au nom de réaùgration hongroise, Ladislas T* leki écrivait lors de la mort du général Bem, ce héros de deux peuples, des Polonais et des Hongrois BeeueiUons l'héritage qu'il nous laisse, protitons du le^s qu'il nous a iait : Ce legs s'appelle Amour. Jurons doue lîdélilé à sa mémoire, et partant amour et fraternité, sans distinction de races et de nationalités. »

Si tels sont les sentiments manifestés à l extérieur par les plus l%itimes représentants de la Hongrie vainoue, 4m mi aussi quels sont ceux qui sont journellement prouvés à rinlérieur. Confondues sous la même tyrannie, les nationalités rivales se rapprochent, et toutes allendent avec impatience le moment de se ruer ensemble sur Ten-

Dwcoufé proàioncc ù lluulej ^ui lu Guerre ii Ot ieui,

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nemi comrnim» le tainquear ppor eeOeM, le parjure pour celles-là.

L'Autriche disparue, — et il importe qu'elle disparaisse, car cette < eampie d'Arlequin » est fonôée de eadayres de peuples comas les uns eut avlres au moyen de toutes ie» iniquités politiques et religieuses; — l'Autriche disparue^ l'injustice diplomatique est à jamais rayée de Thistoire et le règii^ de la justice natîoDale commence. C'est à cause de cela que le point central de la question deatiationaKti» ' est toujours sur le Danube. Le nœud gordien ne peut être tranché qu'en Hongrie»

Dans la réorganisation (dus ou moins precbainey— mai» forcée, — de ce faux Orient qui se disloque, grâce aux sa-> vantes précautions prises par les diplomates, la Hongrie doit jouer un rôle conmdérable . Asiatique d'origine et de mœurs sous plus d'un rapport, habituée à la liberté par miBe' ans d'indcpoiidance et de constitulionnalisme, fortement imbue des idées de la Révolution française, nulle nationa* Uté n'est plus apte à renoue^immédiatem^t lelien rompir brusquement par un cataclysme. Son intime alliance aw> la Pologne l'empêche d'être ennemie acharnée des Slaves,, mais elle est assez leur adversaire pour empêcher leur union forcée d'être effectuée par le ciarisme de Sami-Pé* tersbourg. Catholique et protestante, eilrémement libé* raie au point de vue religieux , elle peut encore servir à entraver la formation d'un catholicisme grec, qui deviendrait fatalenmt aussi dangereux que Tautre. Enfin, géo* graphiquement installée entre le Danube et les Karpathes, elle seule est assez forte, assez militaire, assez sûre dès aujourd'hui , pour être la gardienne de cette citadelle avancée de la Révolution^

rOLlTIQlE NATIONALE DE L\ FRANCE.

Xi. — LA POUTIQUE HATlOrtALE DE Lk FiiAKCE.

ff Qoand il sera question de patrie, s^écrie tristemeat M. Quînet à la lia «le VHistoire de mes idées S quelques faornoMt da bonae Yoleaté se sottfieiidroiit de moi. •

AîUeurs il dit encore* :

fl Si une parole doit marquer après ma mort la place de mes os, ce sera pour avoir senli que depuis les stigmates de 1814 et de 1815 la Franoe, gorgée d*opprobre est tombée en servage, que Tinvasion continue, que sou œuvre cessera ^uand c e ss eront les traités imposés, e'est- Mire le droit de la violence. >

Et, en effet, nul ne sentit plus profondément qu*Edgar Qninet, nul ne comprit mieux la France ; nul ne faima

davanlage en ses jours de malheur comme en ses jours de gloire; nul ne travailla avec plus de constance à l'éclairer quand elle chancelait dans Tombre, à l'arracher aux hontes du présent, à lui montrer vers Tavenir un idéal immensément agrandi. Dans ce cœur, on peut le dire, le cœur de la patrie entière n'a pas cessé un seul instant de battre, et c'est à cause de cela que cette intelligence, éveillée en même temps par la haine et par Famour, a pu s'élever si haut, ralliant aulourde la patrie française luules les autres patries et de leur fraternel accord constituant l'harmonie humaine.

L'idée de patrie est la première (ju'ait conçue Edgar Quinet. A peine âgé de trois ans, il la pressentit, lorsque, comme il dit en son Aha9vAvs\ « tout petit enfant , il

* Œuvres comph'tes. tomi^X, p. 210.

• néuolutions dllnlir. 1. Il, ch. v.

^ Œuvres complètes, t. Yii, p. 755.

Oigitized

ISS HAnomufÉs.

suivait, pieds nus, à la ^uie, plus loin que la frontièfe, du côté de Cologne, les grands bataillons de la France ; lorsque ses soldats le prenaient dans leurs bras pour (lui) faire toucher, sans peur, la crinière de (son) chevâl de guerre. » Hais cette idée ne devint son âoie même qu'un peu plus tard, en i8i4, en ISIT), quand il vit, par deuiE fois, passer les longues files des cavaliers étrangers, et comprit à sa terreur instinctive, au rouge qui lui montait au front, que, sous le pas de ces cavaliers, la France gisait écrasée et 'souillée.

L'homme n'a pas oublié un seul instant ce que renfaut. sentit, vit et comprit. Sa vie entière a été consacrée à faire sentir, voir et comprendre l'écrasement et la somllure de la pairie. La lueur sinistre des tem de bivac de l'invasion s'agila toujours devaiU ses yeux. En toutes ses couvres politiques, — même en ses œuvres littéraires, -r^ on retrouve cette flamme, entretenue pour la vengeance.

< Assez de sophisQWS onl été entassés sur Tinvasion, lant6tpowB*eii distraire, tantôt pour s^eo gloi ifiur.. . On a cherché mille détours pour ne pas voir la plaie ; acceptons la douleur, si nous voulons en gné* rir*. •

Qu'cist cc donc que liuvasion?

« Après Waterloo, Byron clianto l<'s funérailles de la Fiance. On retranche du passé les trente années où elle a vécu le plus, comme on enlève à un cadavre, dans l'autopsie, le cœur et les entrailles. Son drapeau, ses couleurs, ses armes sont enterrés : personne ne peut dire ce qu'ils deviennent. La France est octroyée comme un butin. Le di-ape.iu blanc sert de linceul. Pour peser sur le cadavre et m répondrc au monde, on fait asseoir aux pieds et à la tèlc la vieille royauté et la vicillt! Église. Après cela, l'ancienne Europe prête encore une fois roreille. N'entendant aucun soufRc de vie, elle s'éloigne ; ses soldats repassent un à un la frontière sans détourner la téle »

* L(> Christianisme et la dévolution, leçon 14'.

* Le CnrUtianimeetla llévolutm, leçon Id*.

mmQOE wmuA be u fbance. m

Dès lors, l'Europe ne peut plus craindre la France. La France violée n'existe plus que de uom. Tout en elle, rojanté, aristocratie, démocratie, reste marqué du signe de la mort : son roi, c'est celui auquel h Bévointion, es* limée « chose de bonne prise, » a été adjugée conune telle ; ses nobles ont perdu leurs titres du jour où « ils en bourrèrent leurs fusils dans les rangs de Tétranger » ; quant à son peuple, il reste accablé des libertés qu'il doit à sa défaite, — car a ces libertés ne décorent que le tombeau de l'Élat^»

< Vnt nation lice à un gouvernement imposé, c^est le supplice qu« Ton vous rucontiît hier de cet esclave auquel on a suspendu sur k |)oiti'ine une téle de bœuf. Il faut qu'il s*en sépare ou qu'il voie luimènut sa chair nve se putréfier et tomber avec celle chair morte. Le gouvernement élahli, restauré par Pétranger, c'*est la mort du droit ; c'est la mort du génie, c'w>t la mort de la pensée, c'est la mort de Tâme d'un peupl»*. Voilà ce que savent en PVance les pierres du chemin. Yoik ce que les pavés de la rue crient aous le char des rois *. • -

M. Qutnet écrivait cela dans un pamphlet. Il écrivait

ceci dans son plus beau livre d'histoire :

« — Après l'expérience, j'ai peine II croire que Paris englouti dans ses lalaconihes par la main des Français, pour sauver la France, n'eût mieux valu que la capitulation qui porte son nom ^. »

Pour un patriote qui comprend ainsi la honte et le mal de rinyasion, quel doit être le but, le but unique de la poliliqiie française? La vengeance de la défaite subie, l'abolition absolue du traité qui consacra sa servitude.

• LeOitfiNfi éle halam de Waterloo, au t. YI des Œmni, p.57S-589 . *hk France ^HStibÊUÀUitmu en Perttigai, t. X de» ÛBfiir^f, p. tt. > Lfls AMmUm» r/VflUi^, I. ch. V

La Franco « no ddit pas faire un mouvement qni ne la mène à la (Iclivranoc du droit public des invasions. Tout ce qui est dans cette voie est bien, tout ce qui est confrairc est mal.... Il n'y aura parmi nous qu'une ombre de France et nos débats intérieurs seront stériles et pour le monde et pour nous-mêmes tant que, d\me manière quelcou* que, par les négociations ou par la guerre, nous ne nous serons pas relevés du sépulcre de Wattrloo. » Telle est « la ¥érité élémentaire (pic rien ne peut ébranler, le dclcnda Carthago que toute plume doit écrire, toute bouche doit répéter suus relùdie ^, »

Vais est-ce done la guerre, la vengeance, que préelie

Edgar Qiiinet contre tous ceux qui ont coopéré à l'asservissement de la France? Non, — et ceci doit surprendre les cosmopolites, — son patriotisme, pour être d'une ardeur incomparable, n'est point, à cause de cela, exclusif et jaloux. Les douleurs de sa pairie lui ont fait comprendre les douleurs des autres patries, et l'amour qu'il porte à la sienne les lui fait aimer toutes sans exception.

Dès reniaace, il s'était ému à la vue des prisonnier» espagnols traversant les rues de nos villes, « hâves, affamés, presque nus, défaillants, mourants à chaque pas ; »

et sa mère, d'un mot : « On pourra vaincre l'Espagne, non pas les Espagnols 1 » lui avait appris à respecter tous les peuples*.

Homme, il prêche sans cesse l'abolition du traité de

Vienne, parce que ce pacte d'iniquité n'a pas seulement consacré la servitude française, mais aussi la servitude de TEurope. Que la France soit libre, grande, glorieuse, et qu'avec elle, par elle, les autres nations soient libres, grandes, glorieuses, voilà le but qu'il poursuit.

Aussi, avec quel enthousiasme il salue la Révolution de

* 1815 et 1840. Œuvres compUlea, t. X, p. 25 et 20.

* Histoire de met idées, tomo X-des Œuvres complètes, p. 145, 14 i.

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