‹ Edgar Quinet sa vie et son œuvre CharlesLouis ChassinChapitre 42 sur 66 · I. DOCTRWfiS I^AM3!TAIiE · texte numérisé non relu

I. DOCTRWfiS I^AM3!TAIiE

L'idéal réalisé dans le Génie des religions est l'union de la tradîlion profane avec la Iradilioa sacrée pour former l'Ancien Testament^ d'où nait le Pîouveaa Testament chré? lien, confirmant l'autre et Tabaorbant en lui. L'idéal neun veau auqjjçl Edgar Quinct aspjre dans les éludes variées, dont Tensemble compose son enseigneule^tau collège de France, p^at 1 «nini^ ^ \^ ^f}^i mmaing^ nmtestan te^' grecqu e ' , dans une unité suj^rieure, sorte de chris tianisme éleriieUeaient prog ressif»

c La Gmâh è»Ifkée, éif-îl a dtoété ce qu'on peut appeler la ^fédaration das droits da Owu; tooi le noyau âge a iimîUé à la déclaration des droit» de TËglise; enfin ka ifmf& inadamt ont ajouté,

jamais, Edgar Quinet a une n'imUiliun de niy.sticisnie cl d'insondable obscurité, qui éloigne de la lecture de ses ceuTre» nombre de gens auxquels aarkÛes scrucnt trèt-«ympathiquc8.-— 4e ne rechertbe pat tt cette répo» * tatm liit a été donnée . par 1> légèreté seule ou par l'inunîtiéi ma», je déclare qa*tl ne la niérite pas. Toa<; ses oorrages, même les plitt syntbé' tiques, peufent se rosuoiet* donc ils se peorent' comprendre. Cependant, M. Qnincl a un délaut, un grand défaut parJe temps qui court: il n'écrit pas que pour écrire; il éiiit parce qu'il pense el pour faire penser. Qnc ceux <lone qui redoutent les idées fuient ses livres ; car ici les idées sont aussi nombreuses que les mots, quelquefois plus. A ce titre, M. Quinet est très* <]hKm, ion ne peut plus mystique ; en fibre esprit est indispensable pour - tuivreau irol son inteHigcnce andaeieuse; on cosur est nécessaire ponr mon-> ier jusqu'à son idéal.

* Le Christianisme ei lê HéuoltUim ftWifÊm, legen ^% . » ijT., leçon k\ . „

38d LES B£UG10KS UOD£H}i£$.

âsm rAsBerobtée constHuante» à Tanlique Credo la déclaration des droits du genre faHinain. Or ces profeesions de foi» Élites en des temps diiTérentSy semblent d*abord se. contredire et se heurter, quoiqii'eltes soient nées les imes des autres. Qoi Tes conciliera?... C'est là le travail qui, %iijoiird!liuiy divise et oppresse le monde. »

Ainsi, l'œuvré de Tillustre professeur n'a pas été^ eoiiime on l'a pu dire, une œuvre de haine, mais de pai» et d'amour. La deslruclion quand même n'est point le fait de M. Quinet. Cet esprit ardent monte avec enthousiasme vers l'avenir^ édiflant sans cesse. S'il lutte, c'est ffu'on l'y contraint. S'il abat, c'est que l'obslacle que Ton dresse en lace de lui 1 empoche de voir le A^ai, le Jusle> dans sa splendeur immaculée. Il n'a pas écrit les Jésuites/ YVHrammtanime^ le €hfistuntime ét ta RévohUion^ pour

soulever des tempêtes. Les tempêtes se sont amassées autour de lui, malgré lui. 11 n'a point reculé devant elles, il les a affrontées avec une admirable bravoure d'âme, et il les a vaincues en élevant hors de leur portée, soil idéal infini, la liberté absolue de la conscience individuelle, Légalité des hommes devant l'éternelle juslicoi et lairaiernité du genre humain* . •

Si, comme ioiis ses contemporains, M. Quinet est intérieurement travaillé par le doute, le doute ne l'endort pas dans l'indifférence ; il l'excite, au contraire, à ^'élancer vers des cieux plus élevés, plus larges que les démc anciens, qui ne lui suffisent ni pour lui-môme ni pour l'humanité. Veut-on mesurer jusqu où va ce que je ne saurais nommer autrement que l'incjuiétude croyante d'Ëd* gar Quinet, il fout lire V Examen de la vie de Jésus ^ et uo morceau de quelques pages, la Religion dans les limites de la raison

* Œuvres compfèles, tome m.

^LeUrenarfUmi, du 13 août iUi, au ioneXdes ÛEttvreSf^, 287-292.

, DCM}TaiN£S FOMDAU£SiTALE& 521

Kant, le vrai maître de tous les novateurs conlemporains, marque, selon W. Quinet, le point précis où les doctrines du dix-huitième sièçle conunencent à se Iransforoier sous l'influence morale du protestantisme du Nord. Diiis le livre sur la relujion^ où le grand philosophe de Kœnigsherg réduit le christianisme à une abstraction, le Christ à un idéal, et cela avec im cdme sublime, il voit le dcnoûment du drame de la croyance et de la conscience « dans un égal mélange de scepticisme et d'idéalité. » Sans doute il admire autant que personne le hardi faiseur de ruines, ne bissant d^out que la loi du devoir, et à Taide de cette seule loi reconstruisant tout un monde sœiai el^divin, au sommet duquel plane la souveraineté de la raison, le genre humain divinisé. Mais, se demande-tril aussitôt, ce stoïcisme, où Tâme n*a plus d'autre appui qu'elle-même, ne devait-il pas conduire /d'une part, à ce panlliéisme spiri- Inaliste, « qui érige la fatahté à la place de la Provi-' dence ; » et, d'autre part, à ce panthéisme matérialiste, « qui aboutit à la doctrine des intérêts? » Le Dieu de Kant n'étant plus un principe, une source de vie^ mais la conséquence, le ternie des choses, et par là la philosophie Q^nt intronisée à la place de la religion détruite, « le monde pouvait-il se contenter à jamais d'une doctrine qui sanctifiait l'avenir en analhématisant presque tout le passé? »

Néanmoins, se luUe (rajoulcr M. Qiiirict, « il est hon de reporter nos yeux vers cette cite morale, perdue avant d\ivnir été bâtie. Peutêtre un jour se rclèvera-t-ellc sur un autre fondcrnent. Dans tous les cas, plus d\ui cœur, n'en doutez pas, se retrem{)era dans raustérité de ses lois; et chacun estimera qu'il est surtout convenable de proclamer la souveraineté du devoir, dans les temps où il n'est rien qui nt* prétende remporter sur elle. » ^ . ^. • ,

Au début de sa réfutation du livre dù docteur Strauss^

^àg^ï^ Quiuel lait cette profession de foi

I cèrement croyante, je k ÛBoàrm pour {iIub respectable, à ce titre, que cette foule sans figure et sans nom qui, ne vivant ni dans la religion, ni dans la philosophie, ni nilnie daïMf la poésie, ne subsiste véritÀblemenl^ dans le vide. »

Puis, il décrit la tendance qui, de Kant à Sehelling et Hegel, de Gœthe à SIeiermacher, de jDaub et de Wette à Strauss et à Feuorl)ach,al^oulit à supprimer l ame de la tradition, et du christianisme fait ua squelette. ^ cette tendance il résiste, non à cause des superstitions qu'elle mine, iimis pour le salut des vérités fondamentales qu'elle ébranle.

.€ Slqueliçiuejeèofie, s'éerie^^ârdifltngne le chnalianisme det wU^ gîoDS qm Tont précédé, c^est^qu^il est rapoUrfoae, pon pins de la nature en général, mais de la personnalité même.... Le règne inténcur dHraeâme qui se troofe plus grande que Tunivers visible, voilà le pennaneot de rSvangile, »

rius loin, défendant toujours la persounaUté, il dit :

« ... Si la vie du Dieu (ait lioiiiine a un si ns comijréhensihle pour tous, irrécusalile pour tous, c'est qu\'lle montre que tla?is rintéricur de chaque consrionce habite l'infini, aussi bi.^n que dans Tàme du genre humain, et que la pensée de chaque lunnuie peut se répandre et se dilater jusqu'à embrasser et pénétrer tout l'univers moral. •

Enfin, voici comment il termine son Examen de la vie

de Jésus^ dans lequel je vois moins une réfulalion incomplète des idées allemandes qu'une admirable revendication des droits cbmprooiis de l'individu :

• ... Aujourd'hui le monde entier est le grand sépulcic où toutes les croyances, comme toutes les esiiérancos semblent pour jamais ensevelies; te sceau du doute y a été appose par une main invisible ; et nous nous demandons les uns aux autres, saisis de crainte, qui soulèvera la pierre de ce tombeau. Il en est un grand nombre d'entre nous qui pleurent en secret et qui n'ont plus de mnliance dans ce qu'ils ont le plus aimé. Mais cette pierre qui nous opprime tous sera, à la lin, brisée, fùt-elle plus pesante mille fois que tous les mondes ensemble. Du sein de nos téaèirres, le Dieu éternellement ancien, éternellement

DOCTRIKES FOR&ÂMEUTALES. 8S3

nouveau, ftmkn vèlu d'une lumière plus vive que edle da Thabor. Cesl là m nmoM h foi de Be\m qui écrit ces lignes, t

Oui, c'est un croyant qui parle ainsi. Mais est-ce un . ehréti», eiHefnpioyaiii ee mot dans te sens ordinaire? \ JTen donte! le IKeu, dont il .est ici question, je ne le crains point connue un maître pourriiumanilé, comme l'invisible chef d'un sacerdoce quelconque^ sanctionnant toutes les tyrannies de la terre. Ce s'est pas un Dkn de ténèbres, destiné par certains philosophes, les prêtres et le pouvoir, h retenir le peuple sous la chaîne ^ J'y reconnais, au contraire, ce Dieu éternellement et infiniment progressif, à Taffimation duquel le genre humain a travaillé^ non dans ^ une seule, mais dans toutes les religions, le Dieu des dieux,^ que la conscience de chacun peut seuiir, mai^ qui ne prétend s imposer à personne.

Selon H. Quinet, toutes nos luttes, tous nos systèmes religieux, politiques et littéraires se réduisent à deux. Dans le premier, Tœuvre de la iuM.ure et de l'esprit est achevée , la Bible est plose et il ne reste plus qu'à imiter* Dans le second, la création continue chaque jour, à èha* que instant, Dieu n'a pas l'ermé au moyeu âge les portes de son Église et « il se promène à travers les créatures, évoq[uant à chaque instant, par leur nom, des choses, des faits, ' . des peuples , des générations nouvelles. » Edgar Quinet toe croit pas au Dieu murl du premier système; il croit au Dieu vivant du second. Ce Dieu en l'honmie, c est-à-dire raccumùTàlioh des grandeurs de Ihistoire dans la mémoire et la conscience de Findividu, hii parait être Fidéal moral réalisé, comme l'idéal physique de la nature créatrice a • été la condensation de toutes ses énergies vitales en son j dernier né.

t Imaginez, s'ccrie-t-il, imaginez un homme suivant les époques de sa carrière, aurait senti la grandeur de la nature comme Moï&e sur rOreb, qui aurait eu Taniour désintéressiî de la gloire comme un artiste grec, qui aurait aimé son pays comme un Romain, rhnraanité comme un (IntHion, qui auntit senti l'enthousiasme de la foi comme Jeanne d'Arc, renllioiisiasnio de la raison comme Mirabeau, et qui, sans se laisser arrêter sur aucun des degrés du passe, continuerait de développer en lui la séve de res|)iit;cet homme-là, vrai miroir de rtiun)auitC| en, mourant pourrait du'c : J'ai vécu ^. »

Après le Dieu cherché, voilà rhominc rêvé par Edgar Quinet. Cet homme, ne i*a-l-il pas réahsé en hii-même? Le but de son enseignement n*a4-:il pad été de le multiplier dans la jèunesse française?

Suivant le flot des choses rehgieuscs de l'Inde à la Réj volution, il voulait faire un seul groupe de toutes les idées . , dignes de rfaumanfifé, pour que Thumanité moderne s'en I nourrît et que , fortifiée 'ainsi de la force accumulée des âges, elle se hâtât d'achever le grand travail commencé j en 1789. Telle est l'œuvre de liberté, d'égahté, de fraternité, de vérité et de justice» consacrant l'union des sectes,' des philosophies et des religions du passé, dans Timité plus j haute, plus idéale, plus divine de l'avenir, qu'il décorait I encore du nom de christianisme.

1 Afin que nul ne s*y trompât, il disait :\

c Je ne suis pas protestant et je ne suppose pas que notre pays soit appelé à U devenir. » — « Le christianisme resta... enfermé dans les toinbesui jusqu'à Theure de la Révolution française, où Ton peut dire qu'il ressuscite, qu'il prend un corps, qu'il se fait, pour la première fois, toucher, palper par les mains des incrédules, dans les institutions etdsns le droit vivant, p — « Dirons-nous que le monde va finir? nous dirons ^ull va recommencer une époque nouvelk', qu'avant d'être surpris par ceux qui frappent à la porte, il fïuil préparer un nouvel esprit, rouvrir le sceau ferme des grandes discussions, travaitlef eBom* une fois k rachèvemeAt du christianisme *

* Le Cfirislîanisme et la RévoltUion, leçon I'*.

* Œuvres complètes, t. III, p. 105, 85-84, 87-88.

m CHRISTIANISME PRIUITIP. 3^

Ces citalioiis, qu'il serait aisé de multiplier, suffisent à faire comprendre que le christianisme de M. Quinet n'est , point celui des religions particulières, soi-disant chré- \* tiennes. Il ressenîl)le, sous plus d'un rapport, au christianisme philosophique et unitaire d'Emerson et de (]haniiing ^ ; il en diffère en ce qu'il ne tend pas à la fondation d'une religion nouvelle , mais à la création immédiate j d'un ordre de faits nouveaux dans le domaine civil et i politique.

Cependant H. Quinet n'eût-il pas nûeur fait d'employer

un nom moins l)urué pour exprimer d'aussi larjies croyances? — Je reviendrai plus tard sur ce point qui me semble important. — Pour l'heure, il me suffit d'avoir montré sur quelles doctrines repose tout cé qui a été enseigné ail

collège de France de 1840 à 1840.

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