‹ Edgar Quinet sa vie et son œuvre CharlesLouis ChassinChapitre 8 sur 66 · SUSPENSION DU COURS · texte numérisé non relu

SUSPENSION DU COURS

sentant de mieux en mieux battus par cette formidable

solidarité des élèves et des professeurs, étaient de |)lns en plus furieux, et leur haine se traduisait publiquement et secrètement, jusque dans les confessionnaux, par des calomnies, souvent ridicules, souvent infâmes. D'autre part, les doctrinaires, philosophes et hommes politiques, s'apercevaient avec désespoir que les esprits, entraînés vers de plm pures régions, s'éloignaient d'eux et de leurs théories fausses et débililantes. Enfin, les gouvernements étrangers voyaient avec terreur assemblés dans les amphithéâtres du Collège de France tous les proscrits de i*univers ; ils entendaient les àpplaijdissements que suscitait cliaque parole de malédiction prononcée contre les • oppresseurs, chaque parole d'amour dite en faveur de leurs victimes, diaque cri de guerre et d*espà*ance lancé du présent vers Favenir.

On discuta au (Château comment on ferait cesser sans retard une prédication révolutionnaire, qui suscitait tant d'embarras au dedans comme au dehors. M. Guizot proposa les mesures les plus violentes. M. de Sahandy était bien de son avis, mais il n'osait. 11 attendit donc, ou plutôt fit naître une occasion. M. Michelet était inattaquable : il professait Y Histoire et la 'Morale^ il avait donc le droit de tout dire. Mais M. Quinet occupait la chaire des langues et littératures méridionales et les professeurs du Collège de France avaient approuvé à plusieurs repi'ises son programme ainsi conçu : lÀltératnres et imtÛnîiom comparées de l Europe méridionale. Ce mol : institutions^ frappa le ministre. M. iNisard, bon diplomate s'il en fût, — car il possède une grande morale pour lui et une petite pour tout le monde, — M. Nisard fut dépéché vers M. Quinet afin de le supplier officieusement de faire plaisir au ministre en effaçant ce gros mot à'aistHuiiotts; naturellement, |

Oigitized

• dbaitron, le professeur n en eût pas moins été cooipléle- I ment libre dans son enseignMnentf H. Quinet refusa. Que lil-oii? Le lendemain, raltiche des cours parut sans le mot institutions. M. Quinet protesta avec énergie (5 décembre). Le mot ne fui pas rétabli, et la chaire des IHié^ ratures méridionales se trouva vide, le professeur ne voulant plus y monter les mains liées, la bouche bâillonnée.

Personne ne fut dupe de ce tiour jésuitique. Chacun comprit que le cours d'Edgar Quinet était suspendu, non par la mauvaise humeur du maître, comme on le faisuit dire, mais par ordre de r autorité. Tous les journaux libéraux s'en émurent, et la jeunesse prépara la manifestation de novembre 1845, qui sembla annoncer la révolution qui éclata un peu plus de deux ans après. Au jour dit, -trois mille ^unes gens, assemblés stir la place de TÉcole de médecine et sur la place du Panthéon, se réunirent *el se dirigèrent, en ordre et silencieusement, vers la demeure de M. Quinet.

La, un étudiant prit h parole au nom ife tons :

« Monsieur, dit-il, les écoles ont vivement ressenti le coup qui vou» frappe. Il était de leur devoir de protester par une manifestation solennelle contre tout ce que Tacte du miniatère accuse d'hypocrisie et de lâcheté...

« Nos applaudissements ont retenti au delà du Collège de France. On s'est épouvanté de voir parmi nous un patriotisme mi, l'enthousiasme des grands jours. On ne peut nous atteindre, on vous frappe...

c Nos sentiments sont connus, on sait quelles sympathies ifoos entourent, votre cause est la nôtre, ou hien plutôt c'est notre cause que TOUS soutenez, c'est pour nous que vous avez combattu, avec autant de fermeté que d'éloquence, cette réaction uitramontaine contre Tesprit de la Révolution.

• En venant aujourd'hui vous féliciter de votre attitude ieme et loyale, nous ne faisons qn'obéir à la voix de notre cœur et accomplir un devoir de reconnaissance. Entre les écoles et ceux qui reprcsen* tent leurs idées et leurs sentiments, il exbte une juste solidarité. Dans toute cette foule d'étudiants qui fous entourent, il n'en est pas un qui

MAIfIFESTATIONS DES ÉCOLES.

ne se regarde comme personnellement engagé Hans celte querelit;, pas un qui ne soit prêt à y apporter tout ce qu'il a d'énergie et de dévoui*ment...

(( Dans la lutte engagée, vous avez pour vous, monsieur, contre un acte de despotisme, le droit; contre un minisire, Topinion; contre les ' attaques de (juelques obscurantistes en retard, les sympatliies d'une nombreuse jeunesse qui applaudit à votre courage et s'unit de cœur à vos efforts. »

Edgar Quinet répondit :

« Messieurs, si Ton a pensé me ruiner monleinent, votre présence iii*aîde k croire qu*on n y a pas réassi.

« La' démarche éclatante que vous faîtes en ce moment, jointe aux démonstrations de la presse, prouve de plus qu*il s*agit ici bien moins de nia personne ifue d^une cause générale.

« Qu^importe au fond la cause d'une personne ! Le germe est semé, le cri du réveil a été jeté. La génération nouvelle Ta entendu. Elle ne 8*endonnira pas. Vous honorerex votre pays, et ce sera la récompense de mes ^orîs, si, en sifet, ils en ont mérité une. Promettons-nous ' donc encore une fois ici de persévérer, quoi qu*il advienne, dans FaU liance de la science et de la liberté. Quelle» que soient les droonstances où nous soyons jetés, ne cédons jamais rien de la dignité de Tesprit ni des droits de la vie morale. Ce doit être là le salut de cbacun de nous en particulier et de notre pays hii-méne.

« Maintenant, messieurs, si c'est Ik ma dernière parole, je vous dc-> mande de la suivre. Retirez*vou8 en silence et avec ordre, nos adver* saires vous regardent »

Oa sait, on devine le reste. La manifestation, en passant rue Cassette, sous les fenêtres de M . de Salvandy, ne put s'empêcher de crier: A bas les jésuites! et Vive Quinet! Pourtant elle ne se dirigea point vers le ministère de l'instruction publique, comme l'y excitaient cerlains hommes ^ à mine suspecte que personne ne connaissait. Arrivée à la place Saint-Sulpice, sur le conseil d'un étudiant, elle se dispersa sans bruit. Mais, à peine le prudent étudiant se trouva*t-il isolé de ses compagnons, qu'il fut assailli, battu par les agents provocateura dont il avait troublé les des*

< I^es Écoki, l..e., 200-302. i

m l/HOUy», SA ME ET SON INFLUENCE.

seins, et il eût élé tué si des amis n'étaient accourus à son secours. Ce guet-apens et cette lutte fournirent à la force

publique, prépaiéc depuis la matinée, un prétexte pour i'aire irruption dans le Quartier Latin. La cavalerie chargea les groupes, un grand nombre de jeûnes gens furent maltraités, et la police opéra d'iniques arrestations jusque dans l'intérieur de riÀoie pratique de médecine, parmi les étudiants qui travaillaient autour delà table de dissection. De tels actes n'étaient certes point de nature à faire aimer le gouvernement de Juillet par les jeunes gens des écoles. Au ^4 février 1848, donnant l'élan révolutionnaire, ils prouvèrent combien la baine, depuis deux ans, s'élait amassée dans leurs cœurs.

Malgré la suspension du Cours de littérature méridionale, le Cours de Morale et dllistoire fut ouvert le jeudi t29 janvier à une heure. M. Micbelet ayant une fois laissé tomber 'de ses lèvres le nom de son ami Edgar Quinet, des acclamations éclatèrent et, durant plus de cinq minutes, il fut impossible au professeur de continuer sa Icgon.

Plus tard, les professeurs du Collège de France s'étant

réunis pour arrêter le programme des cours du second .semestre, M. Letronne reçut du ministre l'ordre de rayer de nouveau le mot institutions du programme particulier de M. Quinet. Celui-ci (8 avril 4846) prolesta encore par une lettre énergique, adressée a M. l'administrateur du Collège de France.

€ Dans ces circonstances, » y disait-il après avoir par la plus vigoureuse argumentation démontré et son droit propre et les francliiscs philosophiques du Collège de France, « dans ces circonstances, il ne loe reste qu^à déclarer qu'en effaçant, contrairement à Fordonnance royale du i2 mars iSol, le titre et le sujet de mon enseignement, M. le ministre me réduit à rimpossibilité absolue d'ouvrir mon cours. Il y a sans âouUi un inconvénient à ce qui se passe. Le dommage est ^rand pour moi, puisque je suis placé entro Toubli et la calomnie.

LE GHRISTIANLS}iË ET U liÉVOLlTIO.N.

MttU ce aeroît un him plus gi^and mal, et sans remède, si un professeur livrait lai-mème, et sans protestation, ce qu*il considère comme rbonneur et le droit du corps auquel il appartient ^ »

La calomnie, en effet, comme il l'avait dit, ne lui manqua pas. Quant à l'oubli, il n'a pas encore commencé pouc lui. Dès ce temps, la vaillante jeunesse des écoles siffla le suppléant qu'on lui voulut imposer, tant et tant que le pauvre homme dut se taire. Par contre, elle enleva feuille par feuille la fin du cours sur le Christianisme et la Réjolution, que M. Quinet s'était décidé à faire imprimer, ne le pouvant transmettre par la parole, et elle garda, comme un dépôt sacré, Y idéal de la démocratie j que le maître lui faisait entrevoir en sa dernière leçon.

U disait en terminant :

c Je TOUS ai donné .ce que j'avais de mieux en moi; vous m^atez donné en retour Tétincdle sacrée que toute âme jeune apporte dans ' le monde. Conservons le foyer qui s^est formé id du plus pur de nous^uèmes, et que ce soit Ik notre offirande au dieu du passé et de Favenir. En nous séparant, nous resterons amis. Je penserai loin de vous à ces heures de flamme ; vous aussi quelquefois vous vous souviendrez de nous '. •

Plus tard, M. Miclielet fut frappé, comme avait été] frappé son ami, plus injustement encore, s'il est possi- 1 ble. Les trois chaires de la démocratie se trouvèrent muettes en 1847. Dans la menaçante manifestation que firent alors les disciples, les trois mailres furent une fois de plus associés. Ce jour-là , la génération nouvelle se mit en guerre ouverte avec la royauté constitutionnelle dégénérée en despotisme, et bientôt, sous les barricades de Février, fut écrasé le trône qui s'était élevé sur les barricades de Juillet.

I Les cours du Collège de France de 1840 à 1847 peu-

* ÎM Éealeê, p. 347-349.

OBuvreêCM^est t. III, p. m

1)2 L'UOMVK, SA Vie BT SON IMPLllENCE.

rvent èlre oonsidérés comaie une des causes les plus directes de ce rëyeil national et universel.

fj Réduit |>ar la force au silence, Edgar Quinet ne cessa // ni de travailler ni d'agir.

^. 11 assembla, mit en ordre, rédigea les innombrables /'documents de son grand ouvrage : Les RévchUians d^I-

I talie^, qui est à la fois renseignement de l'Italie par la , France et l'enseignement de la France par l'halie. U y voulait apprendre « comment une nation chrétienne peut mourir et renaître plusieurs fois, » car l'Italie porte en soi toutes les blessures, indigènes et étrangères, politiques, ^' sociales et religieuses ; « ses plaies sont nos plaies, et elle \ ' né peut achever de raiaitte ou de mourir que nous ne l nous sentions nous-mêmes ou revivre de sa vie ou mourir •i de sa mort*. »

Cela était écrit le 20 février 1848. L'historien, qui déjà avait commencé à faire tracer le programme de Tavenir par le passé lui-même, dut s'arrêter au chapitre De la Guerre sociale.

En juillet 1847, M. Quinet, outré du rdle odieux auqu(1 un gouvernement sans principes venait d'abaisser la France, — au seul profit de l'Angleterre, — lança une de ses . plus vives brochures : la France et la Sainte Alliance en Portufjal^. On y peut lire ces phrases, annonçant la catastrophe qui surprit les plus habiles :

* ORmrt'it complèteê, l. IV.

* Id , t. IV. p. 13.

ËDGAa {imMT ET LA JËUMËSSË. 65

« Je sais qu'il est des tempe où les oreilles et les ooQors se ferment, où toute Térité est une rêverie bonne au plus pour les enfants, où toute parole est inutile k ceux qui oppriment comme à ceux qui sont opprimés. L^iniquité s*amoncelle en silence, sans rien craindre. Ce ' sont les temps où la Provideiice se réserve d*agir seule, sourdement, au fond des dioses, quand les ftmes s*ea sont retirées. Les hommes ne vous écoutent plus; ils ont trop à faire. Hais la justice continue de travailler en secret et de préparer ses représailles ; car tout Tordu monde n'a pas encore acbeté, en sa source, cette consdence souveniine qui renait éternellement de la mort de toutes les consciences. Son œuvre pe se lasse pas dans la lassitude des hommes ; aucun fait n*est jamab accompli pour, elle, et Tiniquité consommée n*est que le commencement de sa justice. Pauvres gens ! que leur serviront, à la fin,- tant d'efforts pour tout corrompre? ils n'ont pas encore acheté la Providence. »

Mais il est encore d'autres œuvres qu Edgar Quiaet n'a point publiées et que jamais il ne publiera, que toujours au contraire il s'efforça de tenir secrètes, mais dont il faut parler cependant, car elles entrent pour beaucoup dans l'influence qu'il s est acquise et que, — quoi qu'il semble, — il a gardée sur la jainesse contemporaine. Ces oeuvres, plus belles que les livres les plus beaux, plus éloquentes que les plus éloquentes paroles, il les accomplit en ses jours de gloire comme en ses jours de reti'aile, à ses rares époques de bonheur comme jurant ses trop Ion- j gues périodes d'infortune. Les actes, chez lui, ont lou-f jours répondu aux mots ; sous cet homme de génie si mo-' deste, si simple, si tendre ches lui, et à tous si accessible, on sent, on voit un homme de bien. Précepteur de la jeunesse franr;iise, il s'en disait « l'ami; en vérité, il le fut publiquement, il le fut intimement. Au milieu de ses immenses travaux et de ses luttes, jamais il ne crut perdre son temps en donnant un conseil ou de père ou de frère ; jamais il ne refusa son appui, — appui non de l'épaule, mais du cœur, — à la vertu, au talent qui vint à lui en «riant: — Maître I soutiens-moi I »

En somme, Edgar Qninet n'est pas seulement un grand

esprit ; homme politique, homme privé, c'est encore un grand cœur.

Au jour de 1 action v il fui a son poste. Il avait, si j*ose dire, armé les Ames. Il devait donc se jeter en personne '

dans la bataille et risquer sa vie pour la victoire de ses principes. Un des premiers il entra aux Tuileries, le fusil à la main. L'alliance conclue par Tidée fut ainsi scellée dans le ^nnçf.

Tre^ue aussitôt après la proclamation de la République eut lieu la réouverture sol^nelle du Collège de France. Ce fut une grande journée, non-seulement pour

le Quartier Latin, pour Taris, pour la Franco, mais aussi pour le monde. Ce fut la fête et le triomphe de la libre pensée.

La foule était si considérable, que le (Collège de France se trouva trop étroit. On dut se transporter dans le grand amphithéâtre et dans la vaste cour de la Sorbonne.

C*est là que, salué des cris : «Le prophète I le prophète ! » |)arlant pour lui-même et pour ceux qui, aveclui, avaient été victimes de ta tyrannie, il s écria : « Au nom de la République, nous rentrons dans ces chaires. La royauté nous les avait fermées. Le peuple nous y ramène !» — Et il prononça un admirable discours % ti'op long pour être cité ici tout entier, mais dont il importe de signaler l'esprit.

« Il est passé, disait Torateur, il est tombé, le règne de la matière t'I de la force aveugle; il est venu le règne de Tiiuil', de la justice pour tous Amis, frères, pour nne société nouvelle, devenons des hommes nouveaux ! C'est ici le jour de l'alliaacc et de la réconciliation. »

* Voir la Béfifrme da 9 mar» 1848, M le Uonitenr,

i84S. RËOUVEUTIUË. Dl COLLÈGE M l UAKCE.. 65

Et il répétait à la jcune<>sc les paroles qu'il lui avait dites en se séparant d'elle :

f Je ne veux pas setdeuient que la démocratie ait son pain quotidien; avec Tesprit de mon siècle, je veux encore qu'elle règne; voilà

pourquoi je demande d'elle des vertus souveraines Le souvenir

de sa démence dans le combat, la foi du volontaire de 92, Théroïsme cheYaleresque d'un Latour d'Auvergne, rinéhranlable constance d'un Carnot, le christianisme Spartiate de madame Roland, l'élan du serment du Jeu de Paume, Tàme d*airain de la Garde dans les jours de détresse, voilà la couronne idéale qui doit flotter sur son front; c'est le diadème que Dieu a préparé pour le sacre de la démocratie moderne.... On dira que je suis trop exigp:uit, que j'élève jusqu'au ciel l'idéal de la démocratie; cela est vrai; mais songez qu'il faut le ]>lacer haut, puisqu'il doit être vu. comme un phare, du globe entier ^ »

Entrant aussitôt au cœur môme de la question du jour, il posa les deux principes fondamentaux desquels dépendait la vie de la République: Tunion des âmes, à Tintérieur; à TeAlérieur, l'union des peuples. Les brillantes illusions du moment ne 1 avaient pas, comme tant d'au- ' très, ébloui au point de le rendre aveugle. Aussi n'hé- j sita-t-il pas à prêcher l'action, encore Taction, toujours > l'action, recommandant de ne se point reposer avant l'achèvement de l'œuvre, de ne point désarmer avant d'avoir asmré la victoire. Comprenant de quelle importance il était d'obtenir une assemblée nationale purement démocratique, connaissant du reste l'état favorable des esprits au lendemain d'une victoire, il pressa le gouvernement provisoire d'appeler immédiatement la nation à voter ses destinées délinilives : « Interrogeons-la, s'écriait-il, interrogeons-la pendant qu'elle est encore sur le trépied ! .. . C'est au milieu des flammes du Sinaï que les tables de la loi s'inscrivent sur la pierre. »

* Œuvres complètes, t. lil, 263, 2G4.

66 L'HOMME, SA VIE ET bO.N LNtLlEiNCE.

Mais le gouvernement provisoire ne voutnt point entendre. 11 inéféra faire d'abord i éducaliua du pays à l*aide de circulaires, dont ses ennemis surent travestir le sens, par la publication de brochures que Timmense majorité des citoyens ne pouvait pas lire. — Disons-le en passant, il y avait alors en France quatorze millions d hommes qui ne parlaient pas français. Aujourd'hui même, combien y a-t-il de Français qui ne savent ni lire ni écrire?

Entre la temporisation du gouvernement provisoire et • la précipitation du professeur du Collège de France, l'implacable jugement des faits n'a été, hélas I que trop tôt rendu. Si, dès la première heure, comme ce poète, les hommes pratiques avaient eu foi absolue dans la démocratie, la démocratie eût été fondée sur une base indestructible, lis ont douté de la République en la proclamant : la République n'exisie plus.

Lancé dans le mouvement révolutionnaire, nommé co- / lonel de la onzième légion de la garde nationale de Paris.

/ envoyé à l'assemblée nationnie par le département de / l'Ain, M. Quinet, il faut l'avouer, y parut moins grand, y fut moins lui-même que dans son enseignement public. Les sympathies cordiales qui l'avaient soutenu, au \ milieu des jeunes gens, lui firent défaut au milieu des \ hommes trop mûrs qui s'étaient chargés de la conduite des affaires, des vieillards qui, — è force de raison ! — i parvinrent à tuer la jeune république. (Contre les haines cachées, contre les dédains, contre les intrigues, Edgar j Quinet lutta comme un honnête homme qui est décidé à ^ mourir en accomplissant son devoir, non comme un

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