‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 109 sur 135 · DE L'ENSEIGNEMENT DU PEUPLE · texte numérisé non relu

DE L'ENSEIGNEMENT DU PEUPLE

se produire publiquement el légalement ; et la masse, asservie, durant une quinzaine de siâcles, par un culte sacerdotal, traite d'irréligieux, d'impie, d'athée, tout esprit libre, qui ne se fait pas serf de l'iman, du rabbin, du pasteur ou du curé. D'où il suit que nous avons, au lieu d*une, trois ou quatre religions d'État, contradictoires en principe, mais, en fait, portées à s'entendre pour ne pas perdre le salaire et la domination. Ainsi la raison philosophique se trouve a murée entre le catholicisme, le protestantisme et le judaïsme ; » la France a consommé cinq ou six révolutions pour embastiller Tesprit humain sous la garde de trois ou quatre « polices sacrées. »

Sans doute, le péril de la démocratie n'est point dans la coexistence tolérée des cultes non catholiques, que pratiquent l'infime minorité des Français. 11 n'est, à vrai dire, que dans la domination protégée de la religion romaine, qui pas^e pour être adoptée par l'immense majorité de la nation.

Or cette religion, — on ne le redira jamais trop, — ne peut être réformée que conformément à l'esprit du concile de Trente ; son salut est dans la constitution par la force de cette société idéale, dont a parlé de Maistre, et à laquelle le bourreau sert de lien. La liberté, « erreur impie, » comme dit Bossuet, n'a été revendiquée naguère par le culte, hors duquel il n'est point de salut, que contre la liberté non catholique, pour noyer dans la liberté de r Eglise la liberté de tous.

11 n'est pas utile d'insister davantage, à l'effet de montrer combien Edgar Quinet, lorsque la RcpubHque existait encore, avait raison de dire et de répéter sous toutes les formes que, nous taisant sur la question religieuse, nous étions le sens et la portée à toutes les autres, et qu'à force àp. respecter, par indifférence ou par crainte, l'orga-

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nisation de l'Eglise, cette Eglise organisée, servii*ait tôt ou tard h vaincre la démocratie.

Cependant n'oublions pas de bien marquer ce à quoi Tillustre publiciste s'est arrêté dans la question de l'enseignement, question de premier ordre, car jamais rien ne sera garanti tant que les générations futures n'auront pas été spécialement préparées à la conservation des conquêtes des générations présentes.

A qui aitpartient le droit d'enieignerî — Dans les pays, où règne une seule religion d'État, à la religion. Mais, dans les pays où il y a plusieurs religions reconnues et salariées, l'éducation nationale leur appartient-elle à toutes à la fois? Mon, car ce droit ne peut être revendiqué ni par l'une ni par l'autre, sans que ce soit au détriment de celle-ci ou de celle-là ; car l'État, absolument indifférent ou supérieur à toutes, ne peut, sans se miner par la base, livrer à la séparation ou à la confusion religieuse ce qu'il a de plus intime, la jeunesse, l'âme tie la patrie.

L'hostilité naturelle du protestantisme et du catholicisme n'apparaît nulle part plus clairement que dans l'enseignement du peuple. Le protestantisme, dont le fondement est l'interprétation des Écritures, a besoin que le croyant sache lire. Aussi, dans tous les pays protestants, l'école existe-t*elle « comme une des bases essentielles de la religion et de l'État ; » et « l'enseignement étant une des conditions du culte national, devient naturellement obligatoire. » Le catholicisme, basé sur Tinfaillibilité du pape et du prêtre, na pas besoin que le fidèle sache lire; il serait même préférable qu'il l'ignorât, afin d'être mieux à l'abri de la tentation impie d'examiner les textes et de disculiT les mystères.

Si donc, dans les pays catholiques, où le même homme n'est pas à la fois pasteur et maître d'école, l'État tient à

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