AHASVÉRUS. H
dahie se fait enlendre. Le roi s'effraye. Ses courtisans le rassurent : ce n*est qu'un soupir de son peuple! Les portes se brisent, le flot entre en rugissant. — Secourez-moi ! crie le roi. — C'est ton héritier, lui réplique son satrape ; je ne te connais plus ! Et il s* enfuit. — Le roi est seul en face de TOcéan. En vain lui ofTre-t-il sa coupe d'or, son manteau , sa couronne. — Votre couronne I a J'aime mieux pour bandeau ma poussière d'écume. » — Que veux-tu donc? — « M'asseoir à votre place. » — Et l'Occan s'y assied, plus majestueux et plus fier que le roi détrôné. Mais la voix de Dieu retentit : la « Majesté d ecume » se courbe comme un esclave. Le Très-Haut lui jette un brin d'herbe à ronger.
l/eau se retire, le sol se rafTermit, le soleil dore le sable du rivage, l'herbeverdit la prairie et l'oiseau chante sous les arbres en fleur. Les tribus humaines, rassemblées sur le sommet de THimalaya, songent alors à se disperser. La première suit le cours d'un grand fleuve, le Gange. La seconde, guidée par un griffon, descend vers l'Iran. La troisième, à la suite dun ibis, s'achemine vers l'Egypte. Du haut du ciel oriental la lune et les étoiles fêlent en chœur le retour des hommes « sur leurs terres d'héritage, » et des sphinx jettent au vent les mystères des « jours de mille ans, » qui ne comptent pas dans l'histoire. Thobes, enfin, s'éveille de son long sommeil, appelle ses sœurs. Babylone, Ninive, Persépolis, Saba, Bactres et Palmyre lui répondent. L'Orient entier se révèle. H est déjà las de son panthéisme aux mille formes, et Babylone propose de fondre en une seule toutes les idoles jusqu'alors adorées. Qui sait le nom du Dieu nouveau, se demandent l'une à l'autre les villes d'Asie? — Moi, réplique Jérusalem. Et elle annonce qu'il vient de naître dans Bethléem. — Curieuses de le connaître, les villes dé-
pèchent vers lui leurs rois mages; et, ceux-ci, entendant « hennir l'Éternité du côté de Bethléem, » courent sur leurs chariots sonores, guidés par l'étoile qui les presse de ses chants. I^es voici arrivés. Est-ce là le palais du roi du ciel? Ils ne voient qu*une humble crèche, sur le toit de laquelle gazouillent les petits oiseaux. Jésus s'éveille. Les* représentants du monde antique, le lion couronné, le griffon et Taigle se soumettent à lui. Les rois mages, à genoux, lui offrent leurs riches présents. C'est un calice de vermeil : la Vierge voit an fond du fiel et de Tabsinthe. C'est une couronne d'or : la Vierge la voit faite de « piquants d*épines de bois de Judée; » elle lui semble être rouge de sang. L'Enfant-Dieu repousse donc les présents des rois mages pour accueillir les dons des bergers, <t une peau de loutre, un collier déparas, une croix de coudrier et une agrafe de huis ciselé. » — Un chœur idéal entonne le chant de mort du vieil Orient :
« Notre Dieu l'an est mort... un Dieu plus jeune de mille ans est né... Raisin des Gaules, mùris-toi sous ton chêne, cest lui qui te vendangera !» — c Passant qui chantez si bien, s^écrieun sphinx du fond du désert (i*Égypte, suTez-vous donc s'il n'y a plus au Liban du bois de Judée de quoi tailler une croix? »
La première journée du mystère est achevée par ce trait d'ironie. Avant que commence la seconde, les diables se moquent de la pièce qui se joue aux cieux. Mais silence a l'enfer I Le désert aperçoit Jésus qui monte au Calvaire. C'est le Fils de son Dieu, de Jéhovah, que Ton va crucifier ! Avec quelle ardeur il souhaite de l'arracher à ses bourreaux et d'ensevelir les déicides. Il roule ses sable^^ mais comme il rampe lentement I Arrivera-t-il?... Sa plainte vaine vient expirer aux pieds du Golgotha.
Cependant Jésus gravit la montagne. Une foule, ivre de haine, le poursuit de féroces moqueries. Debout, devant