AHASVERUS
la maison de son père, Ahasvérus écoute, hésite, et enfin se dit : l-a colère de ce peuple csl juste, sans doute! Et il se sent entraîné à crier : Moi-t au faux devin! Jésus est à quelques pas de lui, harrassé de fatigue. J'ai soif! aide-moi à porter ma croix I laisse-moi m'asseoir sur ton banc, sur ton seuil, demande-t-il d'une voix suppliante. — Marche! marche! — « Pourquoi Tas-tu dit, Ahasvérus? » répond le (Ihrist. Puis, d'une voix terrible il ajoute : « C'est toi qui marcheras jusqu'au jugement dernier! » Kl aussitôt le nom qu'il lui donne s'inscrit devant les yeux du coupable en letlres de feu : Le Juif eiiiiakt ! A-t-il entendu? voit-il? La foule s'est écoulée. Le silence règne. Peut-être n'était-ce qu'un réveî. . L'ange saint Michel se présente, et, la main appuyée sur la crinière d'un cheval qui sue du sang, il ordonne à Ahasvérus de partir... Ahasvérus rentre un mstant pour dire adieu à son vieux père Nathan, n sa sœur Marthe, si belle et si douce, à ses petits frères. Piien n'est plus touchant que cette scène, où la naïveté de l'enfance se mêle à la majesté de la paternité orientale.' Comme sentiment, eomme art, rien n'est plus parfait.
Saint Michel est remonté au ciel. Le Juif errant, « vêtu de ténèbres, » marche a sous le toit des tempêtes, » n'ayant que le désert pour compagnon. Déjà TOrient l'a fatigué. 11 le veut fuir, cherchant s'il n'y a « nulle part un autre Dieu meilleur que le Dieu de Judée. » Il marche, il marche en exhalant sa plainte : — « Je n'emporte, pour reliques, dans mon voyage, que ma plaie dans mon sein, et pour idole, sous mon manteau, que ma douleur. » — Il traverse une vallée, « semée de cendres, » la vallée de Josaphat. 11 voudrait se désaltérer. La vallée n'a pour lui ni puits ni citerne. Il voudrait s'asseoir. L'implacable
vallée s'allonge sous ses pas, et l'écho sans cesse lui ré-
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pète la malédiction du Golgoiha : ATarche toujours, maudit, loin, plus loin 1
Kn ce moment, un grand bruit se fait dans le Nord. t!e sont les barbares qui franchissent le Danube et se précipitent sur Rome. Les Goths, les Hérules, les Huns poussent leurs cris de guerre, auxquels répondent, dans un vague lointain, les Toix aériennes des fées. L'Eternel, sous la figure d'un ermite, apparaît à Attila, et lui montre le chemin. — Le vieux monde est anéanti.
L'intermède qui sépare celte seconde journée de la troisième est rempli par une éloquente interpellation du poète aux bourgeois de France. Leur rappelant le hennissement de leurs grands chevaux de bataille et la honte dont leurs fronts rougissent depuis l'invasion, il les excite à sortir de leur égoïsme, à se relever de leur abaissement. 11 est lâche et criminel d'ensevelir un si beau pays dans la boue des intérêts. Que la France se revête de sa gloire et recommence à faire tourner autour d'elle a la ronde des nations I »
La troisième journée commence. Nous sommes transportés dans une ville du moyen âge, sur les bords du Rhin. Au cri du veilleur de huit, des ouvriers attardés se hâtent; ils rentrent chez eux en chantant la complainte du Juif errant. Lorsque règne le silence, le roi Dagobert, de la fenêtre de sa tour, cause avec saint Ëloi des signes qui annoncent la fin du monde. Ailleurs, au fond d'une maison noire, a l'angle d'un carrefour, une vieille femme se chauffe dans les cendres. Près d'elle est assise une jeune tille, Rachel, ange tombé du ciel parce que ses yeux n'ont pas pu retenir une larme quand la malédiction du Christ s'abattait sur Ahasvérus. La femme, qui passe pour être sa mère, n'est autre que Mob, la mort. La mort, c'est la réalité qui hait, méprise, et bafoue l'idéal. L'ange tombé,
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c'est Tidéal qui, sans cesse, se ressouvient du ciel perdu.
Ahasvérus, épuisé de fatigue, s*est assis sur un banc, aux portes de la ville; auprès de lui son cheval est étendu, mourant. Le maudit crie miséricorde! et rien ne lui ré* pond. Au moins s*il pouvait mourir! Mais non, le Christ impitoyable lui a ravi jusqu'à ce suprême espoir. Son cheval meurt. Lui, il vivra. 11 entre dans la ville, sombre, le cœur rempli de rage. Rachel l'aperçoit, et dès lors, tout autour d'elle, son sansonnet, son bouquet de giroflées, sa mandore, lui parlent de lui. — Prends garde, A jeune tille!
Mais quel est cet étranger, vers lequel un souvenir du ciel Tentraine? Sur Tesplanàde du château de Heidelberg, elle le rencontre, l'interroge. Bien qu'elle ne comprenne pas ses mystérieuses réponses, elle a foi. Troublée, elle s'endort. Les fées viennent visiter son sommeil; toutes les légendes amoureuses des poèmes du moyen âge s'agitent dans son rêve. Elle s'éveille pensant à lui. Elle s'agenouille pour prier. Les fées la poursuivent de la pensée de celui qu'elle aime, et sa prière reste inachevée. Seule, dans le jardin, sous les arbres, avec lui elle se promène devisant d'amour, comme Marguerite avec Faust. De ses lèvres d'enfant le mot suprême s* est échappé. .. Une vierge lui a dit : Je t'aime! Le reste du monde n'existe plus pour Ahasvérus, c'est ici qu'il veut rester. Mais que ses illusions lui sont vite arrachées ! Le Juif errant est immortel, aujourd'hui ou demain Rachel va mourir; lui, il l'aura entraînée dans la mort, et seul il continuera son éternel voyage I
Ahasvérus, sombre, creuse l'abinie de sa pensée. Voici Mob qui entreprend de guérir son désespoir. Si, pour se consoler, Ahasvérus s'adonnait à la poésie?... Plutôt au métier des armes, cela plairait mieux à Mob?... Pour-
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tant, cuninie eHe est la réalité, elle Tengage de préférence à se livrer à la politique.
« L'intérêt bien entendu, lui dit-elle, sera votre guide infaillible. L'équilibre des pouvoirs est d'abord la doctrine que je vous conseille. La monarchie a du bon. L'aristocrate sent son aïeul. Le démocrate est tout nerf et tout os. Le mélange est mon fait. Du positif, point de pathos. Le chiiïre seul, uu, désaimé, déchaussé, désossé, déhanché, entendez-vous? Tous les droits sont reconnus. D'un trait de plume vous enterrez deux ou trois peuples, et cela vous fait honneur. »
Cela ne vous convient pas, reprend Mob, jetez-vous dans la reliuion. Et elle lui propose d'entrer dans le niéthodisme, où « la vie se passe à vivoter. » Vivoter! certes ce n'est pas cela que désiré Ahasvérus. L'amour a éveillé en lui le désir de Tinfini. 11 se sent entraîné vers un nouvel idéal, et les railleries de la mort sont impuissantes à dégoûter le vivant de son rêve divin.
Mob a quitté Ahasvérus en riant aux éclats. La comédie est finie. La tragédie commence. Mais, avant la scène capitale que Mob |)répare, le poète a placé comme prélude une conversation, pleine de fraîclieur, entre Berthe, l'amante heureuse en ses désirs bornés, etRacheU l'amante tourmentée de l'infini. Aussitôt après, Ahaavérus entre dans la chambre de Rachel. Ses paroles ardentes troublent la raison de la jeune fille. Mais, tout en laissant tomber sa tête sur la poitrine de son amant, elle tremble, elle a peur. Ahasvérus la rassure. Elle pleure. Il boit ses larmes. Mais qu'a-t-elle vu? A son cou, son crucifix saigne... Elle s'arrache avec terreur aux baisers du maudit. — « Christ ! Christ I s'écrie Ahasvérus, dans une imprécation vraiment sublime, je te reconnais là ! » — Jesus I Jésus ! soupire Rachel. — « Pi'appelle pas le Christ, » hurle le Juif errant, en saisissant l'ange tombé entre se^^ bras. « Tout son sang coulerait jusqu'à terre, que mes
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lèvres ne quitteraient plus tes lèvres ! » — « J*ai cherché le ciel et j'ai trouvé Tenfer ! n crie Rachel ; et, dans sa folie, elle Texorcise comme un démon. Mais il parle. VA bientôt elle revient se jeter dans ses bras. Elle croit avoir rêvé. L'amour a-l-il déjà triomphé du céleste anathcme 7 Pas encore. Mob apparaît sur le seuil de la porte. ISachel et Ahasvérus se retournent et pâlissent au bruit de son éclat de rire sépulcral. La <x veuve du néant » ne veut point que Ton s'épouse sans cérémonie, elle entend marier les amants dans la cathédrale de Strasbourg.
Je ne sache rien de plus audacieux, ni de plus grandiose, que cette fantastique animation du monument gothique, telle que M. Quinet la représente, en un style déb\)rdant de lyrisme et qui n'a plus rien de réel. D'abord c'est la cathédrale entière qui revit comme une seule personne. On l'entend enfler ses voix, bourdoimer de ses cloches, gémir, crier, hurler de ses orgues. On la voit, de marche en marche, de tourelle en tourelle, sur le dos de ses grifTons de pierre, sur les ailes de ses colombes et de ses dragons de marbre, prendre son essor et monter jusqu'à Dieu. Tout à coup, ce n'est plus elle tout entière qui vit et s'affirme. Chacune de ses parties prend corps et parle. A elle-même le Christ peint sur ses vitraux impose silence, et, d'une autre de ses fenêtres, saint Marc commande aux morts de soulever ses dalles... Il est minuit, [jes morts commencent leur ronde : les papes et les archevêques, mitre en tête, les empereurs et les rois, perlant leurs couronnes sur leurs fronts de squelettes, et six mille comtes. Ils tournent^ ils tournent, entre-choquant leurs os, et a la cathédrale bondit avec eux comme une barque, battue par la tempête, sur la mer de Galilée. » Kn dansant, les morts chantent; orgues et cloches accompagnent leurs chants. Attila, Arthns, Charlemagne, Si<re-
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l'roy, ie8 em|)ereiirs, les rois et les comtes, le pape Gré* goirc, les archevêques et les (Nrêtres; tous sont lassés d'attendre l'heure prédite; ils renient le Christ qui n'est pas venu les ressusciter. Ijes uns et les autres regrettent la couronne et la tiare; les femmes regrettent leurs sou* pirs et leurs larmes; les enfants, leurs couronnes de fleurs. A tous, la cathédrale répond :
« Moi, je suis i'Ëteriiité visible sur la terre. Vous êtes, vous, Theure errante qui s'est vêtue dans le monde, en courant» de son manteau retentissant... Je suis triste» vous êtes mon jouet ; dansez, danseï, rois et reines, enfants et femmes, jusqu'au matin ! •
Les portes s'ouvrent avec fracas. Mob entre, donnant le bras à Ahasvérus, la main à Rachel. Les morts saluent leur reine avec respect; avec curiosité ils s'approchent des deux fiancés. Ahasvérus leur demande « s'ils n*ont pas tu le Christ avec des yeux flamboyants. » — « 11 n'y a point de Christ, » crient-ils tous ensemble. — « 11 n'y a plus de (Jirist, répète Ahasvérus,... et plus d'enfer pour moi, n'est-ce pas, messeigneurs? » — « Ils te trompent, dit Kaehel, en s'élançant vers lui, j'en suis sûre, et tu vas perdre ton âme... » Kt, le regardant en face : a Qu'as-tu donc fait au Christ? — Rien, presque rien. — Mais, s'il n'y a point de Christ, qui donc nous bénira? qui nous sauvera?... »
Mob a fait approcher Grégoire. Le pape squelette va bénir l'union de l'ange et du maudit. — Votre nom, demande Grégoire? — Ahasvérus ne peut répondre. — a C'est Ahasvérus, crie une voix, le Juif errant, et moi, je suis le Christ, que vous avez cherché dans vos tombes. » — « Sois maudit, Ahasvérus, » hurlent ensemble les morts et toute la cathédrale. — a Sois béai, Ahasvérus, dit liachel; grâce pour lui, Seigneur! ouvrez-
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lui votre ciel I » Des démons la fouettent avec des lanières de flamme; mais son amour est plus fort que la douleur, et sa prière monte vers Dieu.
A cet émouvant tableau, succède un intermède d'une extrême douceur. Le poète fait aux poètes la plaintive confidence de ses chagrins d'amour.
« Ah! que le cœur me pèse, dit-il, je ne sais comment faire pour écrire ce soir ma tâche. Mon encre n'est pas d'or, elle est faite de larmes, M;i plume n^est point d*un oiseau du ciel; elle est arrachée de Faito de mos rêves. Mon livre n*est pas fait de parchemin ; il est fait de mon àme ; nui, de mon âme et de mon désespoir. »
Kntre la troisième et la quatrième journée, des siècles et des siècles se sont écoulés. Comme au commencement du monde, l'Océan se plaint d'être seul; il n'entend plus sur son rivage le joyeux bruit qu'y faisait le genre humain. Ahasvérus a vu, lui aussi, la foule qui l'entourait se disperser peu à peu. Les hommes se sont éteints dans le doute, ayant renoncé à chercher l'introuvable idéal, s'étant abandonnés aux stériles négations. — Kt maintenant, demande Ahasvérus à l'Océan, a où vas-tu aborder? » — a Au néant... Dieu est mort; allons lui faire des funérailles. » — « Prenez garde que ce ne soient les vôtres, » réplique aussitôt Rachel, dont la foi a subsisté avec l'inépuisable amour. — Ahasvérus voudrait pourtant éloigner sa compagne, car, puisque tout meurt autour de lui, fatalement il Tenlraine à la mort. Mais Rachel ne veut pas retourner en arrière ; elle n'est point lasse ; que sans se désespérer il marche, elle, elle le suivra jusqu'au bout. Aux confins du monde, déjà aux trois quarts détruit, ils s'arrêtent. Rachel prie pour Ahasvérus. — « Ah I si je pouvais croire I » s'écrie celui-ci. Tout lui répond : Néant ! — « Tout est tari, tout est vide, hormis mon
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calice qui s'est encore rempli de lie ! » — « Donnez -le-inoi, jen vais boire lainoilié, » dit Itachel.
I.a fin du monde est proche. Saint Marc permet à son lion et saint Jean à son aigle de courir voir ce qu*est devenue la terre. Le lion et Taigle reviennent, annonçant (jue déjà sous les herbes on entend le murmure des morts (|ui ressuscitent. Kn effet, la trompette archaugélique a résonné. Athènes, Rome, Babylone, Paris, sortent de leurs tombes. Le dernier des vivants, le docteur Albertus Magnus, ne s'est pas aperçu que le monde passait ; bientôt, demain, ce soir, il aura surpris au fond de ses creusets le secret de la vie. — « Viens apprendre le secret de la mort, » lui crie Tange du Jugemeîit. — De tous côtés les morts se réveillent. D* abord apparaissent Sapho, Héloîse, la reine Berthe la blonde, Gabrielle de Vergy, Béatrix, mademoiselle Aïssé, la comtesse Guiccioli, Desdénione, Juliette, Clarisse Harlowe, Mignon, Julie de Waldemar, Virginie, Atsila, toutes celles qui ont vécu, qui ont aimé. Mais celle-ci, pourquoi est-elle morte? Elle n'a rien aimé. Et celle-là? Elle a voulu tout aimer. Celle-ci est née pour être éveillée à la douleur et à la céleste joie d'un seul mot d'amour. Celle-là est morte parce qu'en vain elle attendit celui qui, un jour, avait baisé la fleur tombée de sa main. Cette autre revit parce que, lorsque le monde ne rêvait plus, elle a rêvé, et qu'appelée par la terre, elle a pris son essor vers le ciel. — Au milieu de ces résurrections d'amour, par l'amour, le poète lui-même ressuscite.
La mer est vide. Le monde n'est plus qu'une ruine. Sur cette ruine, Raçhel, épuisée, s'arrête. Ahasvérus voudrait aller plus loin, toujours plus loin. Elle l'a tant aimé, quelle lui a donné toute son âme et que maintenant c'est elle qui désespère, c'est lui qui aspire à l'infini. I /amour même ne lui suflit plus; par delà l'amour il entrevoit un autre
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jdéiil. Désormais l'éternel maudit aspire à Dieu; mais Dieu même lui suRira-t-ii? Il ne doute plus que de cela. Qu'il s'agenouille et que Rachel le baptise de ses larmes I
• Encore des larmes, cric-t-il, los tiennes sont trop tiëdes. Pleure dwicsur mon cœur, là, oui, là; cest là que j'ai soif. » « Et moi. se dit Raciiel» c'est la aussi, sans le vouloir, que (u me fais mourir, pour ne plus jamais ressusciter! »
Mob parcourt les restes du monde, ralliant les morts retardataires. Elle pousse Rachel et Ahasvérus vers la vallée de Josaphat: Les foules ressuscitées s' y entassent pendant que les saints chantent les prières et les litanies de la Vierge. I^es fleurs qui, les premières, « se rhabillent sur leurs tiges » entonnent un chœur auquel répond Marie, l-ies Montagnes, sous la conduite du mont Blanc études Alpes, se présentent à rÊternel. — Vous avez douté une heure, leur dit-il, de tous vos sommets, je me ferai « un banc de pierre pour m'asseoir sur ma porte. » — Et, se tournant vers l'Océan, il ajoute : c< Tu as douté jusqu'au fond de tes vagues; va ! je prendrai toute ton eau dans le creux de ma main pour en laver la plaie et le calice de mon Fils. » — Aux Étoiles, qui, elles aussi, ont douté, il reprend tous leurs joyaux « pour en faire une bague à son doigt. » — Mais bientôt, cette bague d'étoiles, il la donne aux femmes qui ont aimé sur la terre et dont les noces seront célébrées au ciel. Le Temps et Mob comparaissent devant lui, guidant le troupeau des morts. Que le* Temps lui rende son sablier vide, et Mob, sa faux désormais inutile! — Les Dieux morts s'inclinent devant lui. De ces « Eternités d'une semaine, » il fait ses éciiyers, ses cavaliers, ses fous de cour, pour l'amuser « dans sa vide infinité. » — Babylone, Ninive, Bactres, Thèbes, lui redemandent à vivre pour lui bâtir des temples et lui chanter des hymnes. « Moi-même, leur répond-il, je ne
i^i us i>o£mës.
peux pas retourner en arrière dans mon jardin d'Rden... Ce que vous avez été, vous ne le serez plus ! » — Athènes, )a reine du Beau, ne suscite point sa colère, comme Rome, celle qui a tué son fils à Golgotha. — Malédiction sur elle, crient les saints. — « Le Vatican expie le Golgo* tha, » dit Rome. — Rt les saints crient : Miserere! Miserere! — «Donne-moi ton épée, commande rÊternel, les javelots, la cuirasse d'airain, ta croix d'or, ta mitre. J*en ferai un trophée que j'attacherdi à la rampe de ma cité nouvelle. » — Les divers peuples du moyen âge et do monde moderne, ceux d'Allemagne, de France, d'Angleterre, d'Amérique et des iles de la mer l^cifique défilent et sont jugés selon leurs œuvres. Enfin, quand il ne re^te plus rien à maudire, apparaît Rachel soutenant Ahasvérus. Tous les morts reculent devant le Juif errant.
Jéhovah a cédé le trône de justice à Jésus-Christ. — Qui suis-je? s'écrie-t-il. — « Vous éles mon Seigneur, » répond Ahasvérus. — Qui te Ta dit? — « Ma borne devant ma porte, ma langue dans mon palais, mes pleurs sur ma natte, et Rachel à mon côté. » — Le Christ lui fait raconter son voyage. Ahasvérus achève ainsi son lugubre récit :
« J'ai cherclié le repos et j'ai trouve l'orage ; j'ai cherché Porabre et j^ai trouvé le soleil ; j*ai cherché le chemin rfe mes jeunes anuées H j'ai trouve le chemin de l'éternelle douleur. »
Sur rinterrogatoire du juge divin, l'Univers atteste que le voyageur a bu tout ce qui restait de douleur sur la terre. Donc sa tàcbe est finie. — Veux-tu retourner en Orient, lui demande le Christ. — Oh ! non. Seigneur. — Que désires tu ?
• Je demande la vie, non pas le repos Je vnudniis, s^ns lu* arrêter, monter jusqu'à vous les degrés de l'univers... Je voudrais hianchii mes souliers de tu )»oussiëre des étoiles, monter, monter toujcnirs. de inondes en mondes,... aller frapper toujours à des étoiles inooQ-