‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 12 sur 135 · DEBUTS DANS LA VIE. S · texte numérisé non relu

DEBUTS DANS LA VIE. S

de vers et, peut-être, de fautes d'addition pour s'y assurer une position sérieuse. Bientôt même, il rompit avec ce qu*il considérait comme un esclavage, non pourtant sans en avoir pro6té, car il eut plus tard à se rappeler la théorie de la banque et du commerce.

Sa famille se fâcha de la légèreté de ses résoluiions. Pendant quelques mois il dut vivre de cette vie sans lendemain, qui semblerait être une épreuve nécessaire pour quiconque a un nom à gagner.

Abandonné de tous, n ayant encore point fixé de but à sa vie, incertain de l'avenir comme du présent, longtemps il vécut dans la plus complète solitude, dévorant en silence et ses douleurs et ses rêves vagues. Un ami pourtant survint qui partagea bravement la moitié de sa peine. Celait un de ses compatriotes, aussi jeune que lui, simple dessinateur sur étoffes \ mais grand cœur d'artisan, digne de comprendre son grand cœur de poète.

Grâce à sa mère, qui comprenait l'originalité de sa nature et compatissait à ses souffrances, quoiqu'il ne s^en plaignit point, son père consentit enfin à ne plus le laisser ainsi dans la misère et dans l'abandon, si au moins il ne se refusait pas à reprendre Tétude du droit, qu'il avait abandonnée. Edgar Quinel se soumit aux Conditions pater- Delles,.à contre-cœur sans doute, car. n'ayant jamais cessé de poursuivre ses recherches dans le domaine purement intellectuel, il se sentait de plus en plus entraîné vers la poésie, la critique, l'histoire, la philosophie, vers les sciences idéales en un mot. Le droit pouvait avoir pour lui l'intérêt d'une étude théorique, se rattachant à l'histoire et à la philosophie ; il y pouvait chercher les manifestations du génie juridique des nations et des siècles, — il

* Article de M. Louis IHbach.

composa même un ouvrage reste inédit sur Tinterprétation historique et philosophique des lois '; — mais il n'y devait pas chercher le moyen de s'ouvrir une carrière, où tout ce qu'il sentait et pensait se trouverait fatalement comprimé. Rien, en vérité, ne le portail à désirer un jour plaider le mur mitoyen ou appeler l'analhème social sur un misérable vagabond. Néanmoins, grâce à TefTort qu'il fit sur lui-même, grâce aussi à son étonnante facilité, il se tira sans encombre de ses trois premiers examens.

Rentré en grâce, il allait chaque année passer ses vacances auprès de sa mère, au milieu des souvenirs de son enfance, dans cette terre de Certines, campagne sauvage et mélancolique, pour laquelle il a toujours conservé tant die prédilection.

La dernière année, il eut le bonheur d'y rester tout un hiver et, durant cet hiver, sa vocation fut arrêtée.

Tout en s*abandoniiant à la poésie qui chantait en lui depuis sa première jeunesse, tout en traçant le plan de plusieurs grands poèmes, dont aucun ne devait voir le jour, il se trouva, pour ainsi dire, naturellement entraîné à sonder l$s profondeurs de la métaphysique de l'histoire. C*est ainsi que sans connaître ni Yico, iii les savants philosophes de l'Allemagne, sans guide, sans modèle, il entreprit de suivre à travers les siècles le développement de l'individu et peu à peu mena à fin une Histoire de la conscience humaine et de la personnalité morale. Tlus tard, il acheva un ouvrage encore plus considérable sur les Institutions politiques dans leurs rapports avec la religion^ où les principales époques delà civilisation chrétienne étaient

^ Si ces graves études éUicnt {Mibliées, c elles monlreniient bien, > dit U. Saint-Renc Taillandier, c quelle préparation laborieuse a précédé chez lui les mystiques ivresses àe l'imagination. * — Revue des Deux-Mondes^ i*' juillet 1858, p. 150.

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