‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 13 sur 135 · DÉBUTS DANS LA VIE · texte numérisé non relu

DÉBUTS DANS LA VIE

personniGées soit par un saint, âoit par un monument. Tous ces travaux, sans doute déjà pleins de lumières, sont restés inédits ^ Se défiant de ses forces, et ayant pour le public un respect que les littérateurs d'aujourd'hui semblent avoir perdu, le laborieux jeune homme ne voulut débuter que par un livre, sinon magistral, au moins sincèrement utile. C'est pourquoi, se voyant entraîné par ses propres instincts vers les idées déjà familières aux Allemands, il résolut de traduire une de leurs grandes œuvres, de faire connaître un de leurs grands hommes ignorés, avant de s'affirmer lui-même par un ouvrage original. Le peu qu'il apprit de Herder par les critiques français attira son attention sur ce philosophe, qui devait être pour lui un véritable révélateur; car, dans ses livres, il reconnut Talliance de Tesprit allemand avec l'esprit français au dix-huitième siècle, il crut enirevoir, selon ses propres expressions, « l'aurore immaculée d'un beau jour qui se lève sur l'humanité *. »

Tout à coup, le prochain départ d'un de ses amis pour l'Amérique dérangea le cours de ses nouvelles études. 1! s'éprit de l'idée d'aller visiter le Nouveau-Moade, — la terre de Washington et de la liberté. — Sa famille réussît d'abord à le retenir. Son ami partit sans lui. Mais bientôt décidé à le rejoindre, il se rendit en Angleterre, d'où il devait voguer vers l'Amérique, 11 s'y arrêta pour s'habituer par avance à la langue et aux mœurs anglo-saxonnes, et aussi parce qu'il avait rencontré sur son chemin un Herder traduit en anglais, tant et tant qu*il s'oublia un

' h t*si malheureux que les OEutfTes complètes n'en contiennent pas au moins quelques cxlnils. M. Quinet (t. X, p. 318] explique ainsi cctter lacune : Il e!»t à Bruxelles, et ses papiers sont en Fronce.

' AveriiMêement de 1857 à \Eutti tur les œuvres de Herder, (Ewres cn^fièU» dTEdifar Qmnet, t. U, p. 303. '

an à apprendre l'anglais en le lisant. Enfin, il allait mon> ter sur un paquebot transatlantique, lorsqu'il reçut une lettre de sa mère, lui annonçant que sa sœur était en danger de mort et l'appelait à son chevet. Ajournant aussit6t ses projets de voyages, il accourut en France embrasser sa sœur. Sa sœur vécut, et il resta. Entre elle et sa mère, sous l'inspiration de l'amour de deux saintes femmes, son génie prit son essor.

C'est à partir de ce moment que commence véritablement la vie littéraire d'Edgar Quinet.

De ses ouvrages publiés le plus jeune par la forme comme par la date (18^3), — est une fantaisie satirique, les Tablettes du Juif errant V En la laissant réimprimer aujourd'hui, l'auteur ne la ménage guère, il la dit « sans art, sans style^ sans invention d'aucune sorte, » ce qui est trop dire. Dans ces Tablettes du Juif errant^ qui contiennent le germe à* Ahasvénis^ il y a beaucoup de bon sens et même beaucoup d'esprit. C'est, en vérité, la première réaction d'une « pensée droite » contre les systèmes philosophiques et littéraires du temps, systèmes qui, par la restauration du moyen âge, sous toutes ses formes, n'aboutissaient à rien moins qu'à « redorer de vieilles superstitions et de vieilles chaines. » On y retrouve, — et l'auteur, critique de lui-même, n'hésite pas à Tavouer,

— « comme un premier instinct de la plupart des luttes sérieuses que la vie devait lui offrir. »

Mais Edgar Quinet ne s'arrêta guère à flageller les ridicules de son époque. Son talent était plus créateur que destructeur, plus sérieux que léger. Sachant déjà L'anglais, il apprit l'allemand avec plus de facilité. Bientôt,

— quand il eut totalement refait sur le texte original la

* CEuvrei cmpilteiy t. VU, p. 405-441.

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