AHASVÉRUS
nues, à une vie noureile» à des seuils entr ouverts au bout de l'infini et k des cieux meilleurs. » — « Mais qui voudrait te stiivi-e? v — fl Non pas nous, » crie la foule. — c Et moi, dit Rachei, je le suivrai, mon oeur n'est pas lassé. » — t Cette voix t'a sauvé, Ahasvérus, ajoute le Christ; je te bénis le pèlerin des mondes à venir et le second Adam. »
Alors Ahasvérus, recommençant son éternel voyage, entonne l'hymne triomphal de l'Avenir , que les peuples écoutent :
• ... Je veux voir ce qu'aucun œil ne voit; je veux toucher ce qu]aucune main ne touche ; jusqu'au moment de mourir je veux aimer
ce qui n'a point de nom. Tout est flni, tout recommence I^ temp
passe, le lendemain n'arrive pas ; et mes pieds ne se reposeront, croisés l'un sur l'autra, que sur le banc de l'infini. » — c Ahasvérus est rt:ofnme étemel, dit Jéliovah au Christ, tous les autres lui ressemblent. Ton jugement pour lui nous servira pour eux tous. »
Un concert angélique des trompes, des clairons, des violes et des orgues , que domine la lyre , termine le Mystère.
Cependant il y a encore un Êpilogt^e, qui nous transporte plus loin, toujours plus loin dans Tavenir. Christ a vieilli, il se prend à douter de lui-même.
« Qui ai-je été? se dit*il, qui suis-^e? qui serai-je demain? Verbe sans vie ? ou vie sans verbe? Monde sans Dieu ? ou Dieu sans monde ?... Je suis le rien qui toujours doute de son doute, et le néant qui toujours se renie. • — < Tout est iini, ajoute-t-il, parlant à l'Ëternité, étends-moi dans le sépulcre de mon père. Ainsi soit-il. »
VA rÉtemité, son héritière, reste seule, absorbant en elle et TÉtre et le Néant.
Le dernier mot de Tœuvre est le Moi de TEternité, jeté dans le vide. Est-ce à dire que tout soit fini? Oui, a tout est fini, tout recommence. » Après « le nouvel Adam, » un « nouveau Christ » renaîtra. On comprend dès lors la suprême signification du Mystère d'Ahasvénis. Avec le
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spectacle universel de l'iiuniaiiilé marchant à Iravers les siècles, escortée de la nature entière, il dévoile le Irouble intérieur des hommes d'aujourd'hui, malades « du mal de l'avenir. » Si donc il se termine par une parole vague, ni d'espoir, ni de désespoir, il reproduit exactement l'état indécis de nos âmes, qui déjà pressentent ce qui sera, mais ne le voient, ni ne le touchent qu*à travers les ombres les plus épaisses, se fatiguent de Tattendre, s'épuisent à le chercher, et, par moments, s'affaissent sur ellesmêmes, ayant « le poids de l'avenir à supporter dans le vide du présent*. »