‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 124 sur 135 · IV. — PR(MIÉTHÉE · texte numérisé non relu

IV. — PR(MIÉTHÉE

Il est facile de suivre, à travers les œuvres historiques et philosophiques d'Edgar Quinet, le développement du combat éternel que la foi et le doute se livrent dansTàme humaine. Nulle question, ce semble, ne Ta intéressé davantage, et personne mieux que lui n'a compris, sondé, analysé, décrit, Tincessante progression du scepticisme depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours.

Dans rinde, tout étant dieu et la personnalité humaine se trouvant anéantie, soit au sein de l'universelle affirmation, soit au sein de la négation universelle, à peine senton la révolte de la conscience contre la fatalité. Mais sous

« QEtwres campléfeê. i. Vïfl.

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la divinité de Jéhovah, seul maître responsable, le drame intérieur commence ; les lamentations de Job, injustement frappé, se font entendre, et le Tout-Puissant accusé ne sait qu'éblouir son accusateur du spectacle de ses œuvres, le terrifier de la crainte de sa colère. Job, non convaincu, n*osQ point essayer de résoudre Tinsoluble problème : il s'arrête dans le doute et se tait. En Grèce, Prométhée, châtié par Jupiter parce qu'il a fait le bien, parce qu'il a enseigné la parole, la justice, les arts célestes aux premiers hommes, Prométhée est déjà moins naïf que le pauvre Job. Quoique cloué au rocher, sur le sommet du mont sacré, il lance contre ses divins bourreaux une imprécation terrible, et, sous le bec du vautour, il ne se dédit pas. D'un mot de repentir, d'un signe de regret, il pourrait obtenir sa délivrance, il refuse de prononcer ce mot, de faire ce signe. Qu'enfin les Olympiens lui commandent l'humilité au milieu des éclairs, il les brave, il prophétise leur chute ; sa volonté seule est aussi forte que l'Olympe. Cependant, à tous les dieux antiques, le Dieu moderne a succédé. Voici d'abord Hamlet, qui, à l'aspect du crime triomphant, doute du Dieu catholique. Son « froid sarcasme » est pire cent fois que les lamentations courroucées de Job et les imprécations de Prométhée. C'est que son scepticisme d'esprit a pour racine l'irrémédiable scepticisme du cœur. « Je ne sache rien de plus profond, dit avec raison M. Quinet, que d'avoir fait dépendre le doute absolu de la nécessité de douter de sa mère. » Hamlet n'a rien de la violence antique, son mal est si grand, qu'il en rit. « Un fantôme errant sur les débris de l'intelligence humaine, voilà tout Hamlet.» Douteur absolu, il réunit Dante à Voltaire, il résume, annonce, dépasse les briseurs de songes, Arioste, Cervantes, aussi bien que Rabelais, et de son sarcasme fait le vide,

car <t ce sarcasme est froid comme l'éclat de rire d'un spectre, dans une tombe. » Y a-t-il encore un pas à faire dans le doute? Oui, et ce pas, Faust le fait. Faust, « c'est rincarnation de l'humanité actuelle tout entière, qui, infatuée de science, est devenue fataliste, et, au milieu des tourments de tant de questions irrésolues, fait son apothéose dans les larmes. » — En ces quatre types immortels : Job, Prométhée, Hamlet et Faust, M. Qui* net voit « toute l'histoire du cœur de Fhomme aux prises avec la religion. » Et cette histoire n'est point achevée, chacun de nous la continue, jour par jour, luttant, luttant sans cesse avec soi-mâme, pour croire ou ne pas croire. Faut-il s'en plaindre? Non, il faut s'en réjouir; la vie est à ce prix.

c D'ailleurs, s'écrie Edgar Quinet en terminant son admirable tableau de la torture intime de rhumanité, d'ailleurs» il n'est pas vrai que tout scepticisme soit stérile; il est un doute fécond comme il est une douleur féconde. L'Ancien Testament, dans ses chants de désesjK)ir, contenait le Nouveau» Le livre de Job a eu pour réponse TÉvangile. Le poème de Prométhée enfermait implicitement le plafonidsme des Cères grecs, et il a trouvé sa solution dans le monde moderne. Qui sait quelle réponse l'avenir prépare aux énigmes proposées de nos jours? Ne nous effrayons pas trop de ces abîmes qui s>ntr ouvrent tout à coup sous nos pas. Il en sort quelquefois d'éclatantes lueurs, qui ne sont pas celles de l'enfer. Ni h croyance ni le scepticisne ne sont épuisés : l'une et Tautre enfanteront des joies et des douleurs nouvelles. On verra d'autres Job, d'autres Prométhée, d'autres Faust, qui ne cesseront de chercher d'autres cieux et entreront plus avant dans les régions désolées ; car le doute est aussi un instniment de la vérité, et c'est pour cela qu'il est indestructible comme elle ^. *

Ainsi est révélé le secret de Tâme du poëte* Edgar Quinet doute, comme tous les hommes de son siècle; mais son scepticisme, au lieu de lui donner le vertige du néant, lui inspire la passion de ce qui n'est pas, F amour de ce

* Gém da rtUgmit 1- V, c v.

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qui doit être. Dans Aliasvérus^ il avait voulu peindre l'humanité entière, maudite, doutant d'elle-même, par l'amour se rachetant de la malédiction, et se sauvant du doute par Tespoir infini. Dans Prométhée, œuvre moins générale, il approfondit ce qu'il n'avait qu'indiqué précédemment : il choisit un certain âge du monde, il fait revivre une individualité légendaire, et cette personne vivante, ce prophète, « figure de l'humanité religieuse, d ouvre sa conscience et y montre le drame intérieur de la foi et du doute, de l'éternel supplice aboutissant à l'éternelle délivrance.

Les tragiques de l'antiquité n'avaient compris de Prométhée que le blasphème et l'anathème. En vain, s'étaientils essayés à délivrer le Titan, martyr. Des dénoûments cherchés par Eschyle, Sophocle, Euripide, il ne reste rien ou presque rien. Pourquoi? Sans doute, parce que le génie de ces grands hommes avait été impuissant à trouver le mot de l'énigme. Tant que subsistaient les dieux de l'Olympe, leur victime ne pouvait, sans leur céder, sans se renier elle-même, briser ses chaînes matérielles et morales. Il fallait, pour que Prométhée s'affranchit de la malédiction de rOIympe, qu'il n*y eût plus d'Olympe. La tragédie du Caucase n'avait pas de solution avant la tragédie du Golgotha. C'est à cause de cela que les Pères de l'Église, et notamment Terlullien, n'ont pas hésité à faire de Prométhée un Christ avant le Christ. A leur exemple, unissant les deux traditions, la chrétienne à la grecque, M. Quinet reprend le mythe antique, le complète, le transporte au sein du monde moderne, et, dans la bouche de l'élernel prophète, met de nouveaux oracles.

Une rapide analyse fera comprendre toute la grandeur et toute la nouveauté de cette dramatique épopée, qui n'a de classique que le titre et la forme.

Sur le bord de l'Océan, aussitôt après le déluge, Pro**

mcihée a recueilli le limon primitif, et déjà il en a ébauché des figures humaines de tous les ftges, qui apparaissent, immobiles, dans les bois, dans les cavernes et sur les flancs des montagnes. Pour l'heure, seul sur la terre, il modèle son chef-d'œuvre, une géante. Type de la beauté souveraine, mais encore aveugle, muette, sans soupir, sans battement du cœur, elle « n'attend plus que la vie. » Le Titan lui communique son âme. Elle s'éveille. Sa première sensation est celle que dui éprouver l'humanité à sa naissance. Elle cherche à se connaître et se retrouve en tout, dans l'arbre, le nuage, l'air ; la nature entière lui semble être elle-même, elle ne s'en peut distinguer. Le Titan lui donne un nom : Hésione. N*est-ce pas sa propre voix qui a parlé extérieurement ? Peut*il être un autre nom que le sien ? Lorsque Prométhée s'est nommé, elle lui demande :

D*un autre nom que moi pourquoi t'nppelles-tu ?

II se laisse voir et peu à peu elle comprend qu'il est et qu'elle est. Dès lors, elle vit. Mais qu'est-ce que vivre? Prométhée lui répond :

Dans tes bras de géante où dorment les chimères. D'abord tu berceras des peuples éphémères; Tu nourriras de lait les cités aux berceaux.

Mais, les larmes bienUU coulant en longs ruisseaux, C'est toi qui gémiras sur la première tomlie

Et il ne lui dissimule rien de ce qu* « il en coûte de naître, » le travail, la douleur, le rêve incessamment poursuivi et le désespoir après la vaine recherche.

Libre dans Tunivers, esclave de toi-mémc, Entre le ciel et moi, Tautel et le blasphème. Tu choisiras tes dieux; tu le peux, ta le dois. Et de ta volonté tu porteras le poids.

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II lui montre les fils qui naîtront d'elle, — Thumanité, — promis d'ayance à la mort, trop fiers pour obéir, trop faibles pour lutter, accablés par les cieux et en eux-mêmes soulevant des tempêtes. Contre elle et sa race les dieux ennemis se sont ligués. Prométhée seul est avec elle. Veutelle vivre ou mourir? — Vivre, se hàte-t-elle de répondre, et, jetant les yeux autour d'elle, elle salue la nature souriante :

Tout m^aiine, tout me plait et m*aimera toujours !

Lia scène change. Prométhée marche sur les cendres refroidies du volcan de Lemnos. Des flots de lave s'échappent du cratère et la montagne tremble, ébranlée par le marteau des Cyclopes, qui travaillent en chantant :

Des dieux fondons la cuirasse; Qu^un dur acier les embrasse Pour émousser la menace D*un invincible avenir.

A des dieux privés d*armures Tous les coups sont des blessures ; Couvrons d^acler leurs ceîntiii'és.

Les dieux ont peur de mourii*.

Prométhée, gravissant la montagne enflammée, fait appel aux dieux de l'avenir pour qu'ils le couvrent de leur ombre. Le voici « au foyer de la création. » Les Cyclopes ont achevé leur travail ; ils se taisent, afin de ne point réveiller les dieux qui dorment, et s'endorment eux-mêmes. Prométhée lance alors un superbe défi à « Jupiter-Scarabée ; » il se penche sur le bord de Tabime, il puise du feu sacré, et s'enfuit.

Sur les ordres de son créateur, Hésione poursuit la feuille errante, assemble les branchages blanchis, et, pour la première fois, est construit le foyer. Réchauffés par la flamme qui pétille, les modèles humains, épars aux alen-

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lours, s'animent, accourent. — D'où vene^veua? leur demande Hésîone. — Ils ne savent, ils viennent d'où vient l'étoile, la bruyère, Therbe, le roseau. Tonde murmurante. Nés comme Hésîone, a de Targile et des pleurs, » ils sont ses sœurs et ses frères. Us n'ont encore ni passé ni mémoire, ils s'appellent tous d'un même nom. Et, « où vontils? — A la mort, u A cette triste pensée une autre aussitôt succède : sur le sein des femmes, le nouveau-né boit la vie, il pleure, il bégaye, il sourit I — Dans la foule on distingue les rois, qui ne savent où conduire a leurs rudes troupeaux, » et les prophètes qui donnent l'essor à a l'hymne ailé. » — A ces hommes, si divers, auquel il a tout donné, jusqu'à l'espérance, a cachée au .fond de tous leurs maux, » jusqu'au feu, « père des arts, fils de la liberté, » Prométhée demande :

Que TOUS faut-il encore?

Ah \ donnez-nous des dieux !

Les Cyclopes, en ce moment, se réveillent. Ils voient avec effroi l'humanité naissante envahir et profaner le domaine immaculé des dieux. De leurs cris ils avertissent le ciel du vol de Prométhée.

La première partie du poème n'était qu'un prologue. Nous sommes au cœur de l'action. — Au nom des douze Olympiens, Némésis ordonne aux Cyclopes de clouer Prométhée sur le sommet du Caucase. Des anneaux inusables retiennent le ravisseur du feu éternellement attaché au roc éternel. Hais son corps seul est enchaîné. Ne pourrait-on pas enchaîner son âme et, comme ses membres, briser son orgueil ? Qui lui arrachera le souvenir? Le vautour sera-t-il assez affamé pour fouiller jusqu'au fond de sa poitrine, là où git l'espérance ? Non, et c'est ce qui

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désespère Némésis. LesCyclopes^qui lui ont obéi à contrecœur, semblent railler Timpuissance des Olympiens, ils regrettent Saturne et les anciens dieux^. Némésis les engloutit et remonte vers le ciel.

Prométhée est seul. Se plaint-il ? Non.

Je suis content; j'ai fait ce que je voulais faire. Mon œuvre parlera si mon cœur doit se taire.

Dieux sourds, voyez ! je ris; que sert de m'en cacher? Car, de ces mâmes mains qu'enchaîne le rocher, Tout un monde est sorti qui tous hait et qui m'aime.

La première voix qui monte vers le Caucase est celle de rOcéan, ému des souffrances du Titan. Prométhée Tinterrogc. Il a hâte de savoir ce que sont devenus les hommes. Redisent-ils son nom? — Les hommes Font oublié, et ce sont les dieux, sei? ennemis, qu'ils adorent, car

Toujours dans le plus foii ils voient la récompense. Et rOcéai? ajoute :

De l'aveugle avenir, enfin, qu'espères-tu?

Les dieux possèdent tout...

Excepté l'inoonnu I

interrompt Prométhée. Que l'Océan le convie n prier ses bourreaux, lui, il réserve son encens pour des divinités plus puissantes. Ses ennemis ont vaincu TUnivers, mais le Titan reste insoumis. En dépit des vautours, en dépit de ses chaînes, son âme est libre. Que lui importe d'être seul ! Le droit reste avec lui.

I/Océan s'est retiré^ prenant en pitié l'orgueilleux insensé. Du flanc de la montagne, un cri s'élève. Hésione, épuisée, ne peut se rapprocher de Prométhée. Etendue dans le ravin, elle implore celui qui l'a fait naître, car elle sent que sa vie est épuisée, et elle veut renaître encore. — Prométhée^ impuissant, la voit mourir !

440 LES POÊHES.

Cependant les Sibylles sont venues chercher Tinspiration sur le Caucase. Muettes sur leurs trépieds, au milieu des foules qui affirment et qui nient tout à là fois, désertent les autels, et n'en élèvent pas d'autres, elles demandent au Titan s'il ne voit pas de meilleurs jours. — Une grande joie illumine l'âme désolée de Prométhée. Ce que lui disent les prophétesses du genre humain ne prouve-t-il pas que les dieux vont périr? Par delà son Caucase, il voit apparaître un autre Caucase, etsurce mont de malheur un jeune Dieu qui bénit Tunivers, et le délivre lui-même... Les Sibylles ne comprennent pas, refusent de comprendre. D'ailleurs ne voient*elles pas un des Olympiens, Hermès, descendre des nuées, et s'avancer vers l'audacieux blasphémateur?

Que Prométhée nomme ce Dieu nouveau qui doit briser l'empire de TOlympe ! — Mais le Titan ne veut pas répondre. Avec un superbe dédain, et malgré les supplications du chœur des Sibylles, il reste muet. — D'un seul mot, tu peux te racheter, lui dit Hermès. — Non, il ne dénoncera pas l'enfant de l'avenir. — Que l'aigle donc vienne achever l'œuvre du vautour I — « Dieu ne peut me tuer tout entier! » crie encore Prométhée. — Au bruit du tonnerre, à la lueur des éclairs, les « douze immortels s'abattent sur leur proie. »

La douleur a été trop profonde. I^e cœur de Prométhée est vide, et c'est lui maintenant qui se ronge lui-même. Le monde rit du faux prophète. Si le monde avait raison?

Grands dieux ! si par hasard tous étiez immortels !

Le Dieu attendu est si lent à venir I Et puis, « ses doigts Tont-ils touché? n S'il venait, serait-il moins cruel envers lui? En vain l'aigle l'a mordu, il a « ri sous le vautour. » Mais sa pensée a chancelé dans le doute, elle a

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ouvert en lui-même une plaie qui ne peut guérir. Les douze immortels sont restés impuissants contre leur en* nemi.

Mais Prométhée a seul subjugué Prométhoe.

Les Sibylles, qui refusaient de croire à la grande espérance du Titan, résistent à présent à son immense déses* poir. Elles ont soif de foi et d'immortalité. Elles osent briser « Tautel de la Peur. » Le Dieu nouveau « gonfle leur poitrine ; » des yeux de Tâme, elles le voient ; elles le sentent en toutes choses. Qu'il vienne donc, le rédempteur I Elles l'attendent en le priant.

Celte prière qui termine la seconde partie de l'épopée est un morceau lyrique d'une élévation peu commune. Du reste, tout le combat de Prométhée avec les dieux et avec lui-même, suivi par le chœur des Sibylles, compose un tableau admirable, moderne par le mouvement, antique par la majestueuse sérénité de son ensemble.

La troisième partie s'ouvre par un dialogue entre les deux archanges Michel et Raphaël. En volant à la surface du monde, ils ont surpris les mouvements secrets des cœurs; ils ont entendu les sanglots, les soupirs des cités; tout leur prouve que le monde est prêt pour la bonne nouvelle. Ils aperçoivent sur le sommet d'une montagne un géant crucifié. Ils replient leurs ailes, et descendent vers cet inconnu, dont le visage rayonne comme le leur. Le Titan est anéanti par la souffrance. Qu*est-il ? D'où vient-il ? Il a tout oublié. Aux douces paroles de ses deux visiteurs, peu à peu il recouvre le souvenir et bientôt il peut leur raconter sa terrible histoire. Des ombres entourent son berceau. Qui fut son père? Quelque temps il erra par la solitude universelle, le sentant partout et l'appelant en ses élans d'amour. L'âge finit par « briser

l'aile de ses rêves divins. » Orphelin, il perdit jusqu'au sentiment filial. Un jour, s' égarant loin des cieux, sur rOlympe il trouva les dieux assembles. Admis à partager leur couche et leur nectar, il se lassa vile de ces vanités. 11 quitta les Olympiens en riant de leur folle divinité et visita l'abime. Au milieu du monde encore vide, il rêva tout à coup de le peupler. De Fimpur limon, il ébaucha des êtres, et le premier d*entre eux, un demidieu, il ranima de son àme. Pour les autres il déroba le feu sacré, et, dès qu'Us respirèrent, les arracha à la fatalité et leur enseigna les premiers arts.

J*ai trop aimé, peut-être aimé-je trop encore. Voilà, Toiià pourquoi ce vautour me dévore, Et pourquoi sur ce mont, deux fois déiiié, Des mains de Jupiter je suis crucifié.

— Jupiter est tombé de son ciel, dit l'archange Michel aussitôt que le Titan a achevé son récit ; les dieux idolâtrès sont détrônés, « TÉternel a reconquis les cieux ! » — Mais Prométhée n*y peut croire. Il a trop longtemps espéré. Dans son doute, il va jusqu'à craindre que le dieu nouveau, comme les autres, ne soit fécond en promesses... — - L'un des archanges Tinterrompt en brisant ses entraves au nom de Jéhovah , tandis que , d'un coup de flèche, l'autre tue le vautour. — Si ce n'était qu'un songe, s'écrie Prométhée, libre, doutant encore...

A ses pieds, il aperçoit les anciens dieux qui demandent à renaître pour réparer le mal qu^ils ont fait. Comme le peuple aux rois détrônés, Prométhée leur répond : « Il est trop tardi » Les dieux ne demandent plus qu' « une place pour ramper. » Les archanges les chassent avec mépris. En se retirant, les dieux lancent l'ana thème à Jéhovah, leur vainqueur :

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