ALLEMAGNE ET ITAUE. — NAPOLÉON
le réveil de la nationalité allemande, il salue les poètes du glaive et de Taction, les Koerner et les Uhland^ — Mais les bras se sont lassés vite du glaive et, dans la paix, raclions* est évanouie. DeTimmobile spiritualisme de Goethe, TAUemagne est tombée dans la violente négation de Gœrres, et, sur la pente du scepticisme, « elle descend processionnellement dans le néant et scientiGquement dans le doute '• » M. Quinet ne cesse pas de dénoncer le mal et de présenter le remède, il tonne contre le doute, abandon de la vie, excite à Taffirmation de la foi nouvelle, à la réaction contre le vide menteur, à Tascension audacieuse vers la vérité étemelle, qui luit en avant. — Préparant sans retard l'œuvre de l'avenir, il brise les préjugés qu'a sur nous l'Allemagne et que nous avons sur elle, il apprend au peuple d* ombres à mieux connaître celui que le docteur Léo nomme le peuple de singes y sape les vieilles rivalités politiques, la dispute du Rhin, la gallomanie et la teutomaniey et, en vertu du principe et du fait de Tunité du génie des modernes, proclame la réconciliation '.
Cependant un grand changement s'était opéré dans la vie de M. Quinet. Il venait de se marier (1834). Ayant épousé une Allemande, il passa les premiers mois de son mariage à Heidelberg et à Baden-Baden. Il revint ensuite à Paris, où il fit imprimer Napoléon (1855).
Laissons-le expliquer lui-même et juger ce poème, où il ne faut voir qu'une suite à Ahasvérus, l'homme indivi-
I T. VI. — AlUmagne, vi. p. 187-194.
« AI., VII, ym, IX, p. 194-218.
' W., X, w, «ïf ""f »>*» »▼> XVI, p. 218 290.
duel , le héros, après Thomme éternel et multiple, rhominehumanité :
• J'ai choisi Napoléon poiir sujet d*un poëipe héroïque, lorsque ses restes étaient proscrits du inonde entier. J'ai dénoncé sa mémoire, sitôt qu'elle est rede?enue une puissance. Voilà le seul genre d'adulation dont j'aie à m'accuser.
f J*ai voulu faire Napoléon plus grand que nature, plus noble qu'il n*a été en effet. Mon héros légendaire est retombé sur moi ; il m'a écrasé de ses débris.
c J'ai cherché à fixer Napoléon dans cette région sublime, éternellement sereine et populaire où se sont maintenues les 6gures de Prométbée, d'Achille, des grands chc& de race qui dominent l'imagination humaine. Le vent du siècle ou plutôt la force des choses a été plus forte que moi. Napoléon n'a pu reslcr pour nous un sujet poétique.
• Il m'est arrivé la même chose qu'à Lucain. L'histoire s'est vengée de lui et de moi en substituant k son César et à mon Napoléon l'implacable vérité ^ »
En 1856, M. Quinet réunit en un seul volume ses études sur TAUemagne et ses impressions de voyage en Italie. Ces impressions, d'une toute autre forme que ces études, car ce sont de simples lettres à un ami, n'ont pas moins d'intérêt et d'importance. Elles promettent /^s Â^volutions d*Italie. Pour en faire apprécier l'esprit, il suffit de citer les deux derniers paragraphes :
« J'ai lu en Lombardie le livre de Silvio Pellico, et j'ai admiré autaut qu'un autre la sainteté de cette âme de martyr ; mais Dieu éloigne à jamais de nous le règne de semblables vertus ! Elles sont de celles qu'il faudrait souhaiter k nos plus grands ennemis. Si cette résignation sublime, si ce désistement de la volonté humaine était le dernier mot de Tltalie, rien ne resterait qu'k verser sur elle d'éternelles larmes; car elle aurait justement toutes les vertus des morts.
f Au contraire» tant qu'il reste un espoir et un souiïle dans ce grand corps, je trouve qu'il est convenable de ne se point guérir trop
• Âvertiuement au poème, daté de Mcyringen, 25 août 1857, imprimé à Paris la même année dans les Œuvres complètes, t. VIII. p. 137-139.