‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 19 sur 135 · LA POÉSIE ÉPIQUE · texte numérisé non relu

LA POÉSIE ÉPIQUE

tôt di» b haine enracinoe par Péinirque et par Machiavel ; seule passion, après tout, qui empêche les morts de ^e dissoudre. Il ne faut pas que les peuples tendent les deux joues à leurs ennemis. Cela n*est ni chrétien, ni païen, ni divin, ni humain '. »

On ne peut s'empêcher de rapprocher de ce passage une autre page, écrite du reste la même année, sur le Champ de bataille de Wateiioo*. I/idée de pairie, défendue là contre la résignation individuelle, Test ici contre rindifférence générale, se dissimulant sous le voile du cosmopolitisme :

fl Mais, quand on aura violé ainsi tout ce que les ancêtres honoraient; quand Tidée de patrie, dégradée par son propre abandon, ne réveillera plus nulle part ni fierté ni amour; quand il n\ aura plus de barrière, plus de foyer, plus d'asile, il n^y aura plus de peuples, cela est vrai; mais aussi il n^y aura plus d'hommes. Avant un siècle, si persor^ie n'opposait ii ces maximes une barre d'airain, TËurope occidentale et continentale ne serait plus qu'une cohue de bourgeois sans feu ni lieu, sans valeur et sans cœur, prêts îi devenir, comme ceux de Byzance, la proie du premier venu qui leur ferait Thonneur d'abaisser la main sur eux. »

Peu avant Tépoque où le livre Allemagne et Italie obtenait en Italie même et en Allemagne, aussi bien qu en France, un succès mérité, un autre ouvrage avait paru : De rinstoire de la poésie épique^. Ce savant ouvrage est, pour ainsi dire, la préface et le commentaire des tentatives qu'Edgard Quinet a faites pour ressusciter en France le genre épique. C'est aussi un exposé rapide mais com* plet de la tradition poétique et nationale à travers les âges, de riliade au cycle d'Arthus, des Eddas et des Nibelungs

• Mai 4836. — Œttvreê complétée, t. VI, p. 547. — Le voyage en Iulie d'Edgar Quinet a d'abord élé publié dans la Revue des Deux Monde», sous le titi^ de : Voyage d'un tolitairej Uttres à un ami.

< Octobre i836. — Mélanges, ui, au t. YI des Œuvres complètes, p. 369-380.

> Œuvres complètes, 1. 1\. — 1836-37.

aux chants populaires des Slaves d'aujourd'hui. Là se trouve posée une question capitale, qui fait le fond d'un travail, non moins important, publié deux ans après (1 838) , Y Examen de la vie de Jésus-Christ % critique théologique, philosophique et historique du célèbre ouvrage de Strauss. Combattant avec vivacité les applications extrêmes qui pourraient être faites du système panthéistique du docteur allemand, M. Quinet s'efforce de prouver que l'Évangile, pas plus que les grands poèmes nationaux, n'est émané d'un auteur multiple, anonyme et irresponsable. Contre l'omnipotence de l'action des masses, absorbant les initiateurs, artistes, poètes, héros, prophètes, au point que ceux-ci cessent d'avoir une existence positive, il j)roteste, dans l'intérêt même du genre humain, auquel ainsi l'homme est sacrifié :

f Combien cette idée fausse, dit-il ', nVt-elle pas faussé d^excellents esprits ! Combien surtout elle a égaré les peuples qui Tont appliquée à la lettre dans la conduite de leurs affaires ! • — < Ne disons pas, ajoute- t-il ', ne disons pas trop de mal de Tindividualilé et de la conscience, ne nous fions pas trop du soin de sculpter de beaux marbres, d^accomplir de grandes œuvres, d*utiles actions, à la force répandue dans lunivers ; il s^agit de la ne même. La nature aussi se recueille dans des organisations vivantes ; elle ne laisse pas tout faire à rOcéan aveugle. »

Quelques mois avant TËxamen de la vie de Jésus^ Prométhée avait été imprimé. Par ce beau poème se trouva complétée la trilogie épique, dont Ahasvérus et Napo^ léon forment la première et la troisième partie, et dont les Esclaves semblent être en quelque sorte l'épilogue. De Prométhée, considéré comme le vrai prophète du Christ

* Œuvres comjMeê, t. TII.

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