‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 25 sur 135 · EDGAR QUINET ET LÀ JEUNESSE · texte numérisé non relu

EDGAR QUINET ET LÀ JEUNESSE

c Je sais qu'il est des temps où les oreilles et les cœurs se ferment, où toute vérité est une rêverie bomie au plus pour les enfants, où toute parole est inutile k ceux qui oppiriment comme à ceux qui sont opprimés. L'iniquité s*arooncelle en silence, sans rien craindre. Ce sont les temps où la Providence se réserve d*agir seule, sourdement, au fond des cbose.s, quand les âmes s'en sont retirées. Les hommes ne vous écoutent plus; ils ont trop à faire. Mais la justice continue de travailler en secret et de préparer ses représailles ; car tout For du monde n*a pas encore acheté, en sa source, cette conscience souveraine qui renaît éternellement de la mort de toutes les consciences. Son oeuvre ne se lasse pas dans la lassitude des hommes ; aucun fait n^est jamais accompli pour elle, et l'iniquité consommée n*est que le commencement de sa justice. Pauvres gens ! que leur serviront, à la fis, tant d'efforts pour tout corrompre ? ils n'ont pas encore acheté la Providence. »

Mais il est encore d'autres œuvres qu'Edgar Quinet n'a point publiées et que jamais il ne publiera, que toujours au contraire il s'efforça de tenir secrètes, mais dont il faut parler cependant, car elles entrent pour beaucoup dans l'influence qu'il s'est acquise et que, — quoi qu'il semble, — il a gardée sur la jeunesse contemporaine. Ces oeuvres, plus belles que les livres les plus beaux, plus éloquentes que les plus éloquentes paroles, il les accomplit en ses jours de gloire comme en ses jours de retraite, à ses rares époques de bonheur comme durant ses trop longues périodes d'infortune. Les actes, chez lui, ont toujours répondu aux mots ; sous cet homme de génie si modeste, si simple, si tendre chez lui, et à tous si accessible, on sent, on voit un homme de bien. Précepteur de la jeunesse française, il s'en disait « l'ami ; en vérité, il le fut publiquement, il le fut intimement. Au milieu de ses immenses travaux et de ses luttes, jamais il ne crut perdre son temps en donnant un conseil ou de père ou de frère ; jamais il ne refusa son appui, — appui non de l'épaule, mais du cœur, — à la vertu, au talent qui vint à lui en criant : — Maître 1 soutiens-moi I »

En somme, Edgar Qiiinct n^esl pas seulement un grand esprit ; homme politique, homme prive, c'est encore un {^rand cœur.

Au jour de l'action, il fut à son poste. 11 avait, si j*ose dire, arme les âmes. H devait donc se jeter en personne dans la bataille et risquer sa vie pour la victoire de ses principes. Un des premiers il entra aux Tuileries, le fusil à la main. L'alliance conclue par l'idée fut ainsi scellée dans le sang.

Presque aussitôt après la proclamation de la Répubhque eut lieu la réouverture solennelle du Collège de France. Ce fut une grande journée, non-seulement pour le Quartier Latin, pour Paris, pour la France, mais aussi pour le monde. Ce fut la fête et le triomphe de la libre pensée..

La foule était si considérable, que le Collège de France se trouva trop étroit. On dut se transporter dans le grand amphithéâtre et dans la vaste cour de la Sorbonne.

C'est là que, salué des cris : « Le prophète I le prophète ! » parlant pour lui-même et pour ceux qui, avec lui, avaient iHé victimes de la tyrannie, il s'écria : « Au nom de la République, nous rentrons dans ces chaires. La royauté nous les avait fermées. Le peuple nous y ramène !» — Et il prononça un admirable discours^, trop long pour être cité ici tout entier, mais dont il importe de signaler l'esprit.

« Il est passé, disait l'orateur, il est tombé, le règne de la matière . et de la force aveugle; il est venu le règne de Tàme, de la justice pour tous Amis, frères, pour une société nouvelle, devenons des hommes nouveaux! C'est ici le jour de Talliance et de la réconciliation, f

' Voir la liéforme du 9 mars 1848, et le Moniteur.

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