‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 41 sur 135 · LA GRECE MODERNE · texte numérisé non relu

LA GRECE MODERNE

trouvé la Grèce contemporaine si hésitante, si double dans son inaction, ou plutôt si impuissante à se mouvoir dans un sens ou dans un autre. Eussiez-vous donc voulu que la ' Grèce oubliât, en un jour, et ses inimitiés séculaires et ses trop coûteuses alliances ; qu'elle s* éprit sitôt d'amour pour le Turc et qu'elle traitât en ennemi le Russe qui avait eu l'habileté de ne pas lui faire payer Navarin aussi cher que l'Anglais? La Grèce, — nul ne le niera, — n'a point agi comme elle eut dû agir, au profit de TOccident coalisé; mais, — répétons-le après M. Quinet, — des nations européennes, c< quelle est celle qui est sans péché pour lapider la Grèce? »

Après les regrettables événements des dernières années, il faut relire le livre : La Grèce moderne et ses rapports avec iantiquité- Conçu savamment sous une forme attrayante, embrassant l'ancienne Grèce et la nouvelle, c'està-dire le passé, le présent et l'avenir, illuminé deci delà des joies de la victoire, mais d'un bout à l'autre assombri des tristesses du plus épouvantable des carnages, rappelant plutôt les temps de la Pélasgie sauvage que les grands siècles de l'Hellade de Périclès, ce beau livre n'est pas le stérile écho d'une époque écoulée, il porte au delà. Réimprimé aujourd'hui dans les Œuvres complètes^ avec les origines de la Grèce antique, il nous rappelle celles de la Grèce contemporaine, il nous aide à ne pas être dupes des œuvres partiales, — oserai-je dire de mauvaise humeur, — dont nous avons été accablés; il regagne aux Hellènes, sinon la vive passion dont les honorèrent nos aines, au moins la sympathie due à tout peuple qui a en la force de revivre.

On oublie trop aisément co qu'était la Grèce en 1820, avant le réveil. Aucun peuple ne paraissait être aussi profondément descendu dans la tombe. Les chrétiens qui.

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poussés par une artistique curiosité, rallaieni voir, voyaient, admiraient ses ruines, le cherchaient lui-même autour d'elles et ne le trouvaient pas. Cependant, de vallée en vallée, de bouche en bouche, de cœur en cœur, un chant vole... Quel est ce chant?... Souvenir sacré pour nous I ce chant, c'est la Marseillaise^ c'est-à-dire la révolution, l'âme de la France!... Aussitôt le cadavre remue. 11 s'anime. Le voilà debout. .. Au spectacle étrange de cette chose, hier sans nom, et qui se nomme aujourd'hui, qui signe de son sang son acte de vie, Tlturope se retourne. Mais il lui faut sept ans, — sept ans de duel implacable entre le conquérant et le vaincu, — pour qu'elle vienne dire à coups de canon au Turc : Cette chose n'est pas ta chose; au nom de l'humanité, que naisse ce peuple qui a voulu renaître !

En dépit de ce que l'on a dit et de ce que Ton a vu, — oui, la résurrection de la Grèce a été et restera l'un des plus glorieux événements de cet âge. L'Europe a servi la cause de la civilisation en reconnaissant ce miracle, et la Grèce en l'accomplissant. Effacer ce fait, en atténuer la portée, c'est blasphémer contre la justice.

Les détracteurs actuels des Hellènes ont négligé ou méconnu deux points capitaux qui se trouvent traités, te premier dans le livre même de M. Quinet, le second dans l'avertissement daté de 1857 qui le précède. Nous voulons parler du caractère social de la révolution grecque et de l'impossibilité où elle s'est trouvée jusqu'ici et se trouve encore de se développer selon ses principes et la somme très-restreinte de ses moyens.

Pour bien comprendre la révolution contemporaine de la Grèce, il faut remonter jusqu'à la fin de l'antiquité, jusqu'aux premiers siècles de l'empire romain de Byzance; se rappeler qu'à cette époque déjà, presque tous les cin-

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