‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 6 sur 135 · L'INVASION · texte numérisé non relu

L'INVASION

phis. Encore après cela, que d^ëtudes, que de labeurs soutenus, que de loisirs etnpJoyës à ma seule libération avant que d'échapper au servage d'un grand tiomnie et d'oser lui demander compte de ma servitude passée ! n

Edgar Quinet était dans sa onzième année lors de Tin- Tasion. Tout ce qu'il vit et entendit à cette triste époque lui est resté profondément gravé dans la mémoire. C'est, en effet, de 1814-1815 que date véritablement sa naissance i la vie publique, et les impressions qu'alors il éprouvait, ont exercé une influence directe et persistante sur ses études et ses actes politiques, dont Tidée de patrie chaleureusement embrassée est la base solide.

Durant Thiver de 1814, Edgar Quinet vit poAir la première fois défiler sous les fenêtres de la maison paternelle, les blancs escadrons des envahisseurs. A cette vue, il comprit tout, son cœur se brisa, et il lui sembla que les pas des chevaux résonnaient a sur une tombe. » Quelle tombe? celle de la France I

l!n matin qu'il revenait de la chasse à la pipée, un de ses camarades lui dit •

— Sais-tu que Napoléon est parti?... Nous ne sommes plus un empire!... Nous ^mmes un royaume.

Edgar, frappé comme d'un coup de foudre, ne peut répondre. Il s'arrête, s'assied sur le bord du chemin et y reste plusieurs heures, pleurant et sanglotant. Ah! combien il regrettait d'avoir été enfermé deux jours dans sa chambre, et de n'avoir pas pu courir contre l'ennemi avec les jeunes volontaires ' de M. le duc de Damas! Et qu'il admirait ce vieux garde-française, le père Grenouille, marchant, au milieu des risées^ droit et ferme, contre l'envahisseur, et revenant frappé d'un coup mortel, « figure stoïque du pauvre sur les ruines de la France I »

Cependant une immense nouvelle retentit au milieu du

silence: TEmpereur s* est échappé de l*ile d'Elbe, il est débarqué sur la côte de France, il marche sur Paris, il rentre dans sa capitale I — Edgar avait suivi sa marche avec un indicible intérêt : son arrivée, son triomphe le rendirent presque fou. Aussitôt il courut chez son camarade, et, du plus loin qu'il l'aperçut, il lui cria en éclatant de rire :

— Eh bien ! nous ne sommes plus un royaume, mais un empire I

Et, avec ses petits amis, il s'élança à travers la campagne, portant un magnifique drapeau tricolore, ébranlant les échos du premier chant de Béranger qui fût arrivé jusqu à lui :

Il faut partir, Agnès l'ordonne.

Adieu plaisir, adieu repos !

Anglais, que le nom de ma belle Dans vos rangs poilc la tei reur !

Une grande joie lui était réservée. Il suivait tristement un régiment encore fidèle aux Bourbons, qui venait de traverser CharoUes. Sur la route, ce régimont s'arrête tout à coup, refuse de suivre plus loin ses officiers. Un sergent-major aperçoit Edgar, la casquette ornée d'une énorme cocarde tricolore entourée de violettes. — Petit, lui crie-t-il, donne moi ta cocarde! — L'enfant ne se fait pas prier. La cocarde est arborée par le régiment patriote, a Voilà, s*écrie M. Quinet en racontant lui-même ce fait, voilà le plus grand honneur et le seul que m'ait valu mon bonapartisme.»

La restauration de l'empire dura peu ; — on sait aujourd'hui par la faute de qui. — Les mauvais jours ne revinrent que trop vite, l'étranger, la trahison cl la honte.

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