‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 82 sur 135 · I. DOCTRIMES FONDAMENTALES · texte numérisé non relu

I. DOCTRIMES FONDAMENTALES

L'idéal réalisé dans le Génie des religions est runion de la tradition profane avec la tradition sacrée pour former TAncien Testament, d'où nait le Nouveau Testament chrétien, confirmant l'autre et l'absorbant en lui. L'idéal nouveau auquel Edgar Quinet aspire dans les études variées, dont Tensemble compose son enseignement au collège de France, c'est l'union de toutes les Églises, romaine, protestante, grecque', dans une unité supérieure, sorte de christianisme éternellement progressif.

• Le concile de Nicéc, dit-il *, a décrété ce qu^on peut appeler la déclaration des droits de Dieu; tout le moyen âge a traTaillé à la dédaration des droits de TÉglise; enfin les temps modernes ont ajouté,

jamais, Edgar Qoinet a une réputation de mysticisme et d'insondable obscurité, qui éloigne de la lecture de ses œuTres nombre de gens auxquels ses idées seraient trcs-sympathiqucs. — Je ne recherche pas si cette réputation lui a été donnée par la légèreté seule ou par Tinimitlé; mais je déclare qu'il ne la mérite pas. Tous ses ouvrages, môme les plus synthétique», iieurent se résumer : donc ils se peuvent comprendre. Cependant, M. Quinet a un défaut, un grand défaut par le temps qnt court : il n'écrit pas que pour écrire ; il écrit parce qu'il pense et pour faire penser. Que ceux donc qui redoutent les idées ftiient ses livres; car ici le» Idées sont. aussi nombreuses que les roots, quelquefois plus. A ce titre, U. Quinet est trcs^ obscur, on ne peut plus mystique ; un libre esprit est indispensable pour cuivre au vol son intelligence audacieuse; un coeur est nécessaire pour mouler jusqu'à son idéal.

* Le Christiamme et la Révolution flraaçaise, leçon 5*.

• W., leçon i\

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dans TAsserablée constituante, à Tantique Credo la déclaration des droits du genre humain. Or ces professions de foi, faites endos temps différents, semblent d'abord se contredira et se heurter, quoiqu^lles soient nées les unes des autres. Qui les conciliera?... Cest là le travail qui, aujourd'hui, divise et oppresse le monde, t

Ainsi, Tœuvre de l'illuslre professeur n'a pas été, comme on Ta pu dire, une œuvre de haine, mais de paix et d*amour. La destruction quand même n'est point le fait de M. Quinet. Cet esprit ardent monte avec enthousiasme vers l'avenir, édiGant sans cesse. S'il lutte, c'est qu'on l'y contraint. S'il abat, c'est que l'obstacle que l'on dresse en face de lui l'empêche de voir le Vrai, le Juste, dans sa splendeur immaculée. Il n'a pas écrit les Jésuites, l'Ultramontanisme, le Christianisme et la Révohdiôn, pour soulever des tempêtes. Les tempêtes se sont amassées autour de lui, malgré lui. Il n'a point reculé devant elles, il les a affrontées avec une admirable bravoure d'âme, et il les a vaincues en élevant hors de leur portée son idéal infini, la liberté absolue de la conscience individuelle, l'égalité des hommes devant l'éternelle justice, et la fraternité du genre humain.

Si, comme tous ses contemporains, M. Quinet est intérieurcmçnt travaillé par le doute, le doute ne Tendorl pas dans l'indifférence ; il l'excite, au contraire, à s'élancer vers des cicux plus élevés, plus larges que les cieux anciens, qui ne lui suffisent ni pour lui-même ni pour l'humanité. Veut-on mesurer jusqu'où va ce que je ne saurais nommer autrement que l'inquiétude croyante d'Edgar Quinet, il faut lire VExamen de la vie de Jésus * et un morceau de quelques pages, la Religion dans les limites de la raison *.

* Œttvrrs complètes, tome III.

* Ultre sur Kant, du 18 août 18 il, au lomeX des OEutnres.^. 287-292.

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Kant, le vrai maître de tous les novateurs contemporains, marque, sclon-M. Quinet, le point précis où les doctrines du dix-huitième siècle commencent à se transformer sous l'influence morale du protestantisme du Nord. Dans le livre sur la religionj où le grand philosophe de Kœnigsberg réduit le christianisme à une abstraction, le Christ à un idéal, et cela avec un calme snblime, il voit le dcnoûment du drame de la croyance et de la conscience « dans un égal mélange de scepticisme et d'idéalité. » Sans doute il admire autant que personne le hardi faiseur de ruines, ne laissant debout que la loi du devoir, et à Taide de cette seule loi reconstruisant tout un monde social et divin, au sommet duquel plane la souveraineté de la raison, le genre humain divinisé. Mais, se demande-t-il aussitôt, ce stoïcisme, où Tâme n*a plus d'autre appui qu*elie-même, ne devait-il pas conduire, d'une part, à ce panthéisme spiri* tualiste, « qui érige la fatalité à la place de la Providence ; » et, d'autre part, à ce panthéisme matérialiste, « qui aboutit à la doctrine des intérêts ?» Le Dieu -de Kant n'étant plus un principe, une source de vie, mais la conséquence, le terme des choses, et par là la philosophie étant intronisée à la place de la religion détruite, « le monde pouvait-il se contenter à jamais d'une doctrine qui sanctifiait l'avenir en analhématisant presque tout le passé? »

Néanmoins, se bâte d'ajouter M. Quinet, c il est bon de reporter nos yeox vers cette cité morale, perdue avant d'aToir été bâtie. Peutêtre un jour se relèTera-t-elle sur un autre fondement. Dans tous les cas, plus d*un cœur, n*en doutez pas, se retrempera dans Taustérité de ses lois; et chacun estimera qu'il est surtout convenable de proclamer la souveraineté du devoir, dans les temps où il n'est rien qui ne prétende l'emporter sur elle. »

Au début de sa réfutation du livre du docteur Strauss, Edgar Quinet fait cette profession de foi ;

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M Qaand il D*y aurait parmi nies loctenrs qu une seule âme sîncùreniciit croyante, je la tiendrais pour plus respectable, à ce titre, que cette foule s:ins figure et sans nom qui, ne virant ni chos h religion, ni dans la philosophie, ni même dans la poésie, ne subsiste ▼entablement que dans le vide. •

Puis, il décrit la tendance qui, de Kant à Schelling et Hegel, deGœlhe à SIeiennacher, deDaub et de Wette à Straus.'t et à Feuerbach, aboutit à supprimer rame de la tradition, et du christianisme fait un squelette. A cette tendance il résiste, non à cause des superstitions qu'elle ruine, mais pour le salut des vérités fondamentales qu'elle ébranle.

c Si quelque chose, s'écrie-t*il, distingue le ehrislîanisme des religions qui Tout précédé, c^est qu*il est Tapothéose, non plus de la nature en général, mais de la personnalité uiéroe.... Le règne intérieur d'une Ame qui se trouve plus grande que Tunivers visible» \oiIâ le miracle permanent de TÉviingile. »

Plus loin, défendant toujours la personnalité, il dit :

« ... Si la vie du Dieu fait homme a un sens compréhensible pour toys, irrécusaltle pour tous, c*est qu'elle montre que dans Pintéiieurde chaque conscience habite Tinfini, aussi bien que dans TAme du genre humain, et que la pensée de chaque homme peut se répandre et se dilater jusqu'à embi^asser et pénétrer tout TunÏTevs moral. »

Enfin, voici comment il termine son Examen de la vie de Jéstis^ dans lequel je vois moins une réfutation incom* plète des idées allemandes qu'une admirable revendication des droits compromis de l'individu :

«... Aujounriiui le monde entier est le grand sépulcre où toutes Ks croyances, coniir.c toutes les espérances semblent pour jamais enserclies ; le sceau du doute y a été apposé par une main invisible ; et nous nous demandons les uns aux autres, saisis de crainte, qui soulèvcni la pierre de ce tombeau. 11 en est un grand nombre d^entre nous qui pleurent en secret et qni n'ont plus de confiance dans ce qu'ils ont le plus aimé. Mais cette pierre qui nous opprime tous sera, à la fin, brisée, rùt-elle plus pesante mille fois que tous les mondes ensemble. Du 9ein de nos ténèbres, le Dieu éteniellemeni ancien , étemelleiueiit

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