‹ Edgar Quinet: sa vie et son œuvreChapitre 83 sur 135 · DOCTRINES FONDAMENTALES. 32S · texte numérisé non relu

DOCTRINES FONDAMENTALES. 32S

nouTcau, renaîtra velu d^one lumière plus vive que celle du Thabor. (Test Va au moins la foi 'de celui qui écrit ces lignes. »

Oui, c'est un croyant qui parle ainsi. Mais est-ce un chrétien, en employant ce mot dans le sens ordinaire? J'en doute. Le Dieu, dont il est ici question, je ne le crains point comme un maître pour l'humanité, comme l'invisible chef d'un sacerdoce quelconque, sanctionnant toutes les tyrannies de la terre. Ce n'est pas un Dieu de ténèbres, destiné par certains philosophes, les prêtres et le pouvoir, à retenir le peuple sous ta chaîne^ J'y reconnais, au contraire, ce Dieu éternellement et infiniment progressif, à l'affirmation duquel le genre humain a travaillé, non dans une seule, mais dans toutes les religions, le Dieu des dieux, que la conscience de chacun peut sentir, mais qui • ne prétend s'imposer à personne.

Selon M. Quinet , toutes nos luttes , tous nos systèmes religieux, politiques et littéraires se réduisent à deux. Dans le premier, Fœuvre de la nature et de l'esprit est achevée , la Bible est close et il ne reste plus qu'à imiter. Dans le second, la création continue chaque jour, à chaque instant. Dieu n'a pas fermé au moyen âge les portes de son Église et « il se promène à travers les créatures, évoquant à chaque instant, par leur nom, des choses, desfails^ des peuples , des générations nouvelles. » Edgar Quinet ne croit pas au Dieu mort du premier système ; il croit au Dieu vivant du second. Ce Dieu en l'homme, c'est-à-dire l'accumulation des grandeurs de l'histoire dans la mémoire el la conscience de l'individu, lui parait être l'idéal moral réalisé, comme l'idéal physique de la nature créatrice a été la condensation de toutes ses énergies vitales en son dernier né.

* Le Chrittlanitme et la RévotHiion, Icçoa 2*.

324 LES RtUGIONS MODERNES.

• Imaginez, s^'écric-t-ît, imaginez un homme qui. suivant les épo^ qoes de sa carrière, aurait senti la grandeur de la nature comme Moî&e sur l'Oreb, qui aurait eu TanMmr désintéressé de la gloire comme un artiste grec, qui aurait aimé son pys coimne un Romain, Thumanité comme un chrétien, qui aurait senti Tenthousiasme de la foi comme Jeanne d'Arc, Tenthousiasme de la raison comme Mirabeau, et qui, sans se laisser arrêter sur aucun des degrés du passé, continuei*ait de déTelopper en lui la scve de Fesprît; cet homme- li, Trai miroir de llmmanilé, en mourant pourrait dire : J'ai vécu *. >

Après le Dieu cherché, voilà Thomme rêvé par Edgar Quinet. Cet homme, ne l'a-t-il pas réalisé en lui-même? Le but de son enseignement n'a-t-il pas été de le mulfiplier dans la jeunesse française?

Suivant le flot des choses religieuses de l'Inde a la Révolution, il voulait faire un seul groupe de toutes les idées divines de Fhumanité, pour que Thumanité moderne s*en nourrit et que , fortifiée ainsi de la force accumulée des âges, elle se hâtât d'achever le grand travail commencé en 1789. Telle est Tœuvre de liberté, d'égalité, de fraternité, de vérité et de justice, consacrant Tunion des sectes, des philosophies et des religions du passé, dansTunité plus haute, plus idéale, plus divine de l'avenir, qu'il décorait encore du nom de christianisme.

Afin que nul ne s'y trompât, il disait :

« Je ne suis pas protestant et Je ne suppose pas que notre pays soit appelé à le devenir. • — « Le christianisme resta... enfermé dans les tombcaiit jusqu'à Thcure de la Révolution française, où Pon peut dire qu*il ressuscite, qull prend un corps, qu'il se fait, pour la première fois, touchei^ palper par les mains des incrédules, dans les institutions et dans le droit TÎTant. » — • Dirons-nous que le monde va finir ? nous dirons qh'il va i^ecommencer une époque nouvelle, qu'avant d'être surpris par ceux qui frappent à la porte, il faut préparer un nouvel esprit, ixmvrir le sceau fermé des grandes discussions, travailler encore une fuis à Tachèvement du christLiuisme * ?

* Le ChrMianUme et la Hévohaim, leçon !'•.

* CEuvfei compléUi, t. Hl, p. 163, 83-84, 87-88.

DU CHRISTUNI^IE PRIMITIF. 3tt

Ces citations » qu'il serait aisé de multiplier, suffisent à faire comprendre que le christianisme de M. Quinet n'est point celui des religions particulières, soi-disant chrétiennes. Il ressemble , sous plus d'un rapport , au christianisme philosophique et unitaire d'Emerson et de Channiiig ^ ; il en diffère en ce qu'il ne tend pas à la fondation d'une religion nouvelle , mais à la création immédiate d'un ordre de faits nouveaux dans le domaine civil et politique.

Cependant M. Quinet n'eût-il pas mieux fait d'employer un nom moins borné pour exprimer d'aussi larges croyances? — Je reviendrai plus tard sur ce point qui me semble important. — Pour l'heure, il me suffit d'avoir montré sur quelles doctrines repose tout ce qui a été enseigné au collège de France de 1840 à 1846.

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