L'EGLISE ROMAINE ET U SCIENCE
terre cpii se meut dans l'espace et non pas le soleil. L'ouvrage, inédit du vivant de son auteur, disparait dans le silence ; mais les hommes d'avenir ont recueilli la doctrine de l'astronome polonais, Galileo Galilei la proclame, la confirme et la prêche. Alors l'Église s'inquiète, et sur la dénonciation de Bellarmin, le grand orateur des jésuites, l'inquisition interdit l'exposition et la discussion de rhypothèse de Copernic. En même temps sont déclarés suspects et les quatre satellites et « cet instrument de magie, le télescope, qui menaçait de bouleverser les cieux. » La Réforme grandissant, le pape ne pouvait plus souffrir qu'on lui dédiât une idée nouvelle, FËglise en péril avait peur de tout ce qui ressemblait à la vie.
Du reste, Galilée n'était pas homme à se courber sous le premier avertissement. Dans la sérénité de son âme, il rédigeait son Messager ^des Étoiles et ses admirables Dialogues y où, grâce à une forme simple, familière et charmante de franchise et d'ironie, il savait rendre les démonstrations scientifiques accessibles aux plus humbles. Or quelles étaient les conséquences morales et religieuses qui ressortaient évidemment de ces démonstrations?
« ... Si Fœil humain, dit M. Quinet, peut suivre la génération et lu naissance des inondes, que devient Tancienne idée de la création achevée en six jours? Le monde que Ton croyait clos pour toujours, comme une pièce de théâtre, se rouvre; il s'aceroit. En d'autres termes, la création continue à chaque moment de la durée. Le miracle est permanent; et cette idée, qui naissait naturellement et nécessairement de la première, était faite toute seule pour bouleverser des hommes dont la doctrine était qu'à partir d'un certain jour, d'une certaine heure, tout était consommé dans le monde physique comme dans le monde moral. ■
c Lhoinme et la terre, ajoute M. Michelot, nVHuient phisleniondo. Même le système solairo nVHiiit plus le mondo. Tout cela «Hait (iésor-
mais subordonné , mesquin , misérable et minime. Que noire petit globe obscur décidât, par ses faits et gestes, du sort de tous les mondes, cela devenait dur ^ croire. Du ciel ancien, plus de nouTelle. La TOÛte de cristal était crevée, et elle avait fait place à la merveille d'une mer insondable, d'un mouvement infiniment varié, mais infiniment régulier. — Théologie visible ! Bible de la lumière, ravissement de la certitude ! L'universelle Raison révélée dans l'indubitable en supprimant le doute ! La promesse de la Renaissance s^aooomplissait déj^ : • Fondation de la Foi profonde. •
Donc, la terre étant replacée dans les cieux et ne pouvant plus être considérée comme la vallée des larme^j le paradis étant déplacé, Dieu étant agrandi et transformé, un nouveau dogme se dressait en face de l'ancien : d'un côté, les canons et les bulles; de l'autre, « le livre de l'univers et les lois éternelles de la géométrie. » L'Église, immobilisée par la Société de Jésus, ne sut que haïr Galilée et son livre, les abandonner Tun et l'autre au saint ofBce, Si Ton veut sonder la profondeur du fait que de Maistre appelle en ricanant Yhistoriette de Galilée^ il faut lire les pages émues d'Edgar Quinet. Les tourmenteurs de la très-sainte inquisition savent seuls si le bon vieillard prononça au milieu des supplices son grand mot : È pur simuove! Mais là n*est pas le point important; quelle que fût la torture physique que subit Galilée, on sait quelle torture morale lui fut infligée. Il lui fut défendu d'enseigner, de publier rien; et toutes ses œuvres, faites ou à faire, furent prohibées. Relégué « dans sa geftle d'Arcetri », aveugle, sourd, et seul, — il venait de perdre sa fille, — rÉglise le redoutait encore ; l'inquisition de Florence s'informait si Galilée était triste! Enfin les travaux de toute sa vie , ses notes, ses observations , ses calculs astronomiques furent enlevés, dispersés, anéantis. — a Non, disait le Vénitien Micinzio, non l'enfer tout entier ne pourrait pas détruire de pareilles choses ! » — Rome a été