‹ Edgar Quintet, sa vie et son œuvreChapitre 101 sur 109 · DE LA POÉSIE ET DU POÈME ÉPIQUE · texte numérisé non relu

DE LA POÉSIE ET DU POÈME ÉPIQUE

même en 1793 *, et Ton a vu, plus tard, les libéraux défendre recelé classique, tandis que leurs adversaires soutenaient le romantisme naissant. Ce n'est guère qu'après la lutte que la conciliation a pu se faire entre la liberté dans l'art et la liberté dans la cité ; et, certes, nul écrivain n'a plus contribué qu'Edgar Quinet à amener cet heureux résultat. Il a même fait davantage : en son style, comme .en ses idées, je crois retrouver les deux écoles ennemies, enfin rapprochées. Ses poèmes, notamment, quoique ayant pour but d'indiquer à l'imagination française le sommet d'où elle est descendue depuis le moyen âge, sont animés, non des idées d'hier, non des idées d'aujourd'hui, mais des idées de demain. La science des littératures étrangères, tant anciennes que contemporaines, s'y unit aux audaces les plus personnelles, et la forme ne perd rien de son originalité en se drapant parfois à la manière antique. Edgar Quinet, en effet, a trop appris et sait trop pour imiter servilement ou subir, malgré lui, une influence quelconque. Sans doute, en disséquant ses œuvres, on y retrouverait, ici l'Italie du Dante, là le Portugal de Camoêns ou l'Espagne de Calderon, ici et là surtout l'Allemagne de Herder et de Goethe, mais transformées par un génie individuel à la fois et français, c'est-à-dire universel. Dans ses études littéraires et politiques sur les peuples étrangers, M. Quinet poursuivait un idéal très-élevé : l'union du Nord et du Midi, de l'Orient et de l'Occident. Cette union se trouve réalisée en ses œuvres poétiques.

Si maintenant l'on veut savoir quelle muse de l'antiquité a été choisie de préférence par le poëte pour guide et divin modèle, il faut lire les belles études qu'il a consacrées à la

* Le ChHêtiahistne et la BévoMim, douBième leçon, fin ;— «n tome îll •les Œuvres complètes.

poésie romaine et à la poésie grecque K LamusQjromaine, c< fille de ravisseurs, x> comme il la nomme dans une trèsbelle ode, n'est point sa muse ; il la repousse de son toit, il lui ferme son âme, car, sans ailes, moins belle que riche, triste imitatrice, elle n'est qu'une « parasite à la table d'Homère. » Il ajoute :

Tous les grands ciseleurs d'une vide parole, Tous les beaux désespoirs qu'une rime console, Tous les prophètes faux dans leur vastd'cité. Des poètes sans cœur les rampantes extases, Tous les limeurs de mots, lete courtisans de phrases, Sont ta postérité

Que feraient sous nos toits tes petits dieux de plâtre, Et tes lares gourmands qui, rangés dans ton âtre, Nous cachent Tuni vers?

Maudit ! maudit cent fois le poète parjure Qui, le premier, livrant son aile à ton injure. Voudrait tout ramener aux lois de ton ciseau. Et, prenant ta quenouille où ta main Ta laissée,^

Dans ton froid gynécée.

En rimes filerait un servi! e fuseau !

L'archétype, duquel Edgar Quinet tiendrait à rapprocher son œuvre, ce n'est donc point YÉnéide de Virgile, c'est le double poëme d'Homère, V Iliade etYOdyssée, cette « Bible de l'art, » comme il dit. Le mélancolique Virgile a été l'initiateur du moyen âge ; aux Dante d'une époque plus robuste, il faut un conducteur plus fort, et c'est de rOlympe d'Homère, non du Panthéon de ses imitateurs, que jaillit la véritable inspiration épique. L'Inde avait chanté la nature tout entière, son épopée avait eu pour sujet le spectacle de l'éternelle création. Mais c'est avec la

* BUtoire de la Poésie. — Les systèmes allemands sur la non-existence d'Homère et sur l'épopée des trois premiers siècles de Rome s'y trouvent discutés, réfutés avec une étonnante profondeur de critique (ch. i à ix).

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