‹ Edgar Quintet, sa vie et son œuvreChapitre 104 sur 109 · NAPOLÉON · texte numérisé non relu

NAPOLÉON

Vous n'aimez rien que vous , et de vos éperpns Toujours TOUS harcelez le flanc des nations.

Craignez qu'en se cabrant Tindocile cavale Ne vous fasse vider la selle impériale...

Mais l'Empereur ne veut pas entendre. Au faite de la gloire, le vertige Ta pris. 11 se divinise lui-même, défie la fatalité et joue son empire à croix ou pile. Le monologue où ces idées sont exprimées est d'une grandeur véritable. Là, M. Quinel semble avoir, comme disait Gustave Planche, <( pénétré dans la conscience même » de son héros.

Tout s'assombrit dans le poëme. Le pape, délivré, lance Tanathème à son ancien geôlier. Napoléon répudie Joséphine, « son étoile.» A Saragosse, la vieille Espagne aiguise son poignard. « Sous l'orme de Leipsick, » la Germanie ressuscitée s'élance dans « la danse du glaive. » Moscou s'enflamme, et, à la poursuite des fuyards, FEurope entière inonde la France. Par deux fois notre frontière sacrée est violée.

Et maintenant c'est Theure où la terre des Gaules Gémit, comme une harpe, àTombre des vieux saules...

Toutes ces scènes de vengeances et de deuil sont reproduites par le poëte avec une énergie sublime. 11 y a là des élans de patriotisme, des éclats de poésie, qui sauveront l'œuvre de F oubli.

On peut sonder la profondeur du bonapartisme de M. Quinet en lisant ce testament du héros épique, puni à Longwood de son ambition :

lie lègue en ma pensée : aux peuples ma couronne ; Mon orage éternel au ciel qui m'abandonne, A chaque jour qui luit mon pesant souvenir, Ma gloire au genre humain , mon œuvre à Ta venir. Je lègue à mon enfant une place en ma tombe ; Et mon orgueil au Ilot qui s'élève et retombe ;

De mes projets altiers le sable à Tocéan ; De mes mille désirs la poussière au néaut ; Au sommet sourcilleux le veut de ma colère.

Et mon nom à Técho, mon trône au ver de terre.

En somme, Napoléon^ au point de vue purement artistique, est une œuvre remarquable, mais de beaucoup inférieure à Ahasvéms, M. Quînet, en prose si grand écrivain, semble gêné par le vers, au point de rester dans Texpression au-dessous de sa propre pensée. Néanmoins, emporté par le lyrisme de son imagination, il arrive souvent à écrire des morceaux merveilleusement rhythmés et qui sont, non d'un versificateur habile, mais d'un vrai poëte. Prométhée et surtout les Esclaves marquent, sous le rapport de la forme, un progrès considérable. Dans Napoléon on sent^trop le travail, on le sent moins dans Prométhée; dans les Esclaves on ne le sent presque plus, la pensée a fini par dompter l'expression rebelle.

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