ENFANCE
Edgar Quinet est né dans le département de FAin, à Bourg, le 17 février 1803 K
Quoi qu'on ait dit, Edgar Quinet ne tient à l'Allemagne que par son premier mariage. Sa famille, tant paternelle que maternelle, est toute française. Déjà établie en Bresse au temps de la réunion de cette province avec la France, elle a compté plusieurs de ses membres dans la magistrature, à Lyon et à Bourg. L'aïeul paternel d'Edgar était encore maire de cette dernière ville en 1791; son grand* père maternel a été maire de Yersoix. Son père, Jérôme Quinet, commissaire des guerres sous la République el durant les premières années de l'Empire, s'adonna avec passion à Télude des sciences ; il n'a laissé que la préface d'un grand ouvrage sur les Variations magfiétiques et atmosphériques du globe^ publiée à Bourg et qui eût pu lui assurer un nom parmi les savants, s'il avait mieux su se mettre en vue.
Edgar avait trois ans quand sa mère l'emmena rejoindre son père, alors attaché à l'armée du Rhin. Il traversa
*■ Lorsque j'ai publié pour la première fois la bio^phie d'Edgar Quinet [fJbre Bedierche, n? de mars 1858), je n'avais d'autres sources imprimées que la trop brève mais très-exacte notice publiée en 1848 dans la Biographie des représentants du peuple à rassemblée nationale^ et un article de M. L. Ulbach [Musée des Familles^ avril 1845). Depuis lors a paru, dans le X' volume des Œuvres complètes d'Edgar Quinet, V Histoire de mes idées, qui embrasse toute l'enfance de l'auteur. J'en ai dû largement profiter pour écrire les deux chapitres suivants. Par malheur, cette admirable autobiographie s'arrête juste au moment où Edgar Quinet devient homme, €t sa vie militante est tout entière à faire. C'est ce que j'ai essayé ici. Je dois des remerciments à MM. Dumesnil, Lévy et Bataillard, pour la fraternelle obligeance avec laquelle ils m'ont fourni tous les précieux documents qu'ils ont si pieusement recueillis sur leur illustre maître et ami.
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Paris, Bruxelles, Cologne et Wesel, et vécut toute une année sur l'autre rive du fleuve allemand-français, au milieu des vainqueurs d'Austerlitz. Choyé par les soldats qui l'avaient adopté enfant du drapeau^ il doit son plus ancien souvenir à ceux qui lui apprirent à prononcer le saint nom de patrie. Aujourd'hui encore, ce n'est pas sans émotion qu'il se rappelle le temps où, à côté de leurs grands chevaux de bataille, il trottait sur un mouton^ tenant fièrement en laisse un autre mouton chargé de paille et de foin.
De retour en Bresse, au commencement de 1807, Edgar Quinet passa son enfance à Certines, campagne « inaccessible, incomparable, » qui depuis trois siècles appartenait à sa famille. Sa mère s'occupa seule de son éducation première et les leçons qu'il reçut d'elle ont exercé une influence considérable sur son développemait moral et intellectuel. Du reste, madame Quinet était une femme d'une rare intelligence et d'un grand cœur, digne et capable d'enfanter deux fois un fils tel que le sien. A la vivacité critique, à la grâce malicieuse du dix-huitième siècle, elle unissait une profonde pénétration d'esprit, et une chaleur d'âme, qui s'enflammait pour tout ce qu'il y a de fort, de fier et de sublime au monde. Française de naissance, de race, de formes, elle possédait en outre un fond d'austérité et de gravité virile, qui provenait sans doute de ce qu'elle avait tout d'abord été élevée à Céligny, près de Genève, et dans les idées protestantes.
Quoique calviniste, elle avait laissé baptiser son fils dans le catholicisme, seul culte pratiqué en Bresse. « L'ignorance de nos provinces, qui confondaient les juifs et les protestants, lui avait été intolérable. )> A la campagne, retrouvant dans le vieux trappiste qui exerçait les fonctions de curé et dans son pauvre temple une image tou-
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