‹ Edgar Quintet, sa vie et son œuvreChapitre 74 sur 109 · DOCTRINES FONDAMENTALES · texte numérisé non relu

DOCTRINES FONDAMENTALES

Kant, le vrai maître de tous les novateurs contemporains, marque, selon M. Quinet, le point précis où les doctrines du dix-huilième siècle commencent à se transformer sous rinfluence morale du protestantisme du Nord. Dans le livre sur la religion, où le grand philosophe de Kœnigsberg réduit le christianisme à une abstraction, le Christ à un idéal, et cela avec un calme sublime, il voit le dénoûment du drame de la croyance et de la conscience « dans un égal mélange de scepticisme et d'idéalité. » Sans doute il admire autant que personne le hardi faiseur de ruines, ne laissant debout que la loi du devoir, et à laide de cette seule loi reconstruisant tout un monde social et divin, au sommet duquel plane la souveraineté de la raison, le genre humain divinisé. Mais, se demande-t-il aussitôt, ce stoïcisme, où l'âme n'a plus d'autre appui qu'elle-même, ne devait-il pas conduire, d'une part, à ce panthéisme spiritualiste, « qui érige la fatalité à la place de la Providence ; » et, d'autre part, à ce panthéisme matérialiste, « qui aboutit à la doctrine des intérêts ?» Le Dieu de Kant n'étant plus un principe, une source de vie, mais la conséquence, le terme des choses, et par là la philosophie étant intronisée à la place de la reUgion détruite, « le monde pouvait-il se contenter à jamais d'une doctrine qui sanctifiait l'avenir en analhématisant presque tout le passé? »

Néanmoins, se hâte d'ajouter M. Quinet, « il est bon de reporter nos yeux vers cette cité morale, perdue avant d'avoir *tc bâtie. Peutêtre un jour se relèvera-t-elle sur un autre fondement. Dans tous les cas, plus d'un cœur, n'en doutez pas, se retrempera dans l'austérité de ses lois ; et chacun estimera qu'il est surtout convenable de proclamer la souveraineté du devoir, dans les temps où il n'est rien qui no prétende l'emporter sur elle. »

Au début de sa réfutation du livre du docteur Strauss, Edgar Quinet fait cette profession de foi :

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(( Quand il n''y aurait parmi mes lecteurs qu^'une • seule âme sincèrement croyante, je la tiendrais pour plus respectable, à <ft titre, que cette foule sans figure et sans nom qui, ne vivant ni dans la religion, ni dans la philosophie, ni même dans la poésie, ne subsiste véritablement que dans le vide, t

Puis, il décrit la tendance qui, de Kant à Schelling et Hegel, de Goethe à Sleiermacher, de Daub et de Wette à Strauss et à Feuerbach, aboutit à supprimer Tâmede la tradition, et du christianisme fait un squelette. A cette tendance il résiste, non à cause des superstitions qu'elle ruine, mais pour le salut des mérites fondamentales qu'elle ébranle.

€ Si quelque chose, s^écrie-t-il, distingue le christianisme des religions qui l'ont précédé, c'est qu'il est Tapothéose, non plus de la nature en général, mais de la personnalité même.... Le règne intérieur d'une âme qui se trouve plus grande que l'univers visible, voilà le miracle permanent de l'Évangile. »

Plus loin, défendant toujours la personnalité, il dit :

« ... Si la vie du Dieu fait homme a un sens compréhensible pour tous, irrécusable pour tous, c'est qu'elle montre que dans Tintérieur de choque conscience habite l'infini, aussi bien que dans l'àme du genre humain, et que la pensée de chaque homme peut se répandre et se dilater jusqu'à embrasser et pénétrer tout l'univers moral. »

Enfin, voici comment il termine son Examen de la vie de Jésus^ dans lequel je vois moins une réfutation incomplète des idées allemandes qu'une admirable revendication des droits compromis de l'individu :

«... Aujourd'hui le monde entier est le grand sépulcre où toutes les croyances, comme toutes les espérances semblent pour jamais ensevelies ; le sceau du doute y a été apposé par une main invisible ; et nous nous demandons les uns aux autres, saisis de crainte, qui soulèvera la pierre de ce tombeau. 11 en est un grand nombre d'entre nous qui pleurent en secret et qui n'ont plus de confiance dans ce qu'ils ont le plus aimé. Mais cette pierre qui nous opprime tous sera, à la fin, brisée, fùt-elle plus pesante mille fois que tous les mondes ensemble. Du sein de nos ténèbres, le Dieu éternellement ancien, éternellement

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