DOCTRINES FONDAMENTALES
nouveau, renaîtra vêtu d'une lumière plus vive que celle du Thabor. G'est là au moins la foi de celui qui écrit ces lignes. »
Oui, c est un croyant qui parle ainsi. Mais est-ce un chrétien, en employant ce mot dans le sens ordinaire? J'en doute. Le Dieu, dont il est ici question, je ne le crains point comme un maître pour l'humanité, comme l'invisible chef d'un sacerdoce quelconque, sanctionnant toutes les tyrannies de la terre. Ce n'est pas un Dieu de ténèbres, destiné par certains philosophes, les prêtres et le pouvoir, à retenir le peuple sous la chaîne*. J'y reconnais, au contraire, ce Dieu éternellement et infiniment progressif, à l'afGrmation duquel le genre humain a travaillé, non dans une seule, mais dans toutes les religions, le Dieu des dieux, que la conscience de chacun peut sentir, mais qui ne prétend s'imposer à personne.
Selon M. Quinet, toutes nos luttes, tous nos systèmes religieux, politiques et littéraires se réduisent à deux. Dans le premier, Tœuvre de la nature et de l'esprit est achevée , la Bible est close et il ne reste plus qu'à imiter. Dans le second, la création continue chaque jour, à chaque instant. Dieu n'a pas fermé au moyen âge les portes de son Église et « il se promène à travers les créatures, évoquant à chaque instant, par leur nom, des choses, des faits, des peuples , des générations nouvelles. » Edgar Quinet ne croit pas au Dieu mort du premier système; il croit au Dieu vivant du second. Ce Dieu en l'homme, c'est-à-dire l'accumulation des grandeurs de l'histoire dans la mémoire et la conscience de Tindividu, lui paraît être l'idéal moral réalisé, comme l'idéal physique de la nature créatrice a été la condensation de toutes ses énergies vitales en son dernier né.
^ Le Christianisme et la Révolutim, leçon 2\
524 LES RËUGIONS MODERNES.
« Imaginez, s'écrie-t>il, imaginez un homme qui, suivant les époques de sa carrière, aurait senti la grandeur de la nature comme Moïse sur rOreb, qui aurait eu l'amour désintéressé de la gloire comme un artiste grec, qui aurait aimé son pays comme un Romain, l'humanité comme un chrétien, qui aurait senti l'enthousiasme de la foi comme Jeanne d'Arc, l'enthousiasme de la raison comme Mirabeau, et qui, sans se laisser arrêter sur aucun des degrés du passé, continuerait de développer en lui la sève de l'esprit; cet homme-'là, vrai miroir de l'humanité, en mourant pourrait dire : J'ai vécu ^. »
Après le Dieu cherché, voilà Thomme rêvé par Edgar Quinet. Cet homme, ne Ta-t-il pas réalisé en lui-même? Le but de son enseignement n'a-t-il pas été de le multiplier dans la jeunesse française?
Suivant le flot des choses religieuses de l'Inde à la Révolution, il voulait faire un seul groupe de toutes les idées divines de l'humanité, pour que rhumânité moderne s'en nourrît et que , fortifiée ainsi de la force accumulée des âges, elle se hâtât d'achever le grand travail commencé en 1789. Telle est l'œuvre de hberté, d'égahté, de fraternité, de vérité et de justice, consacrant l'union des sectes, des philosophies et des religions du passé, dans l'unité plus haute, plus idéale, plus divine de l'avenir, qu'il décorait encore du nom de christianisme.
Afin que nul ne s'y trompât, il disait :
< Je ne suis pas protestant et je ne suppose pas que notre pays soit appelé à le devenir. » — « Le christianisme resta... enfermé dans les tombeaux jusqu'à l'heure de la Révolution française, où l'on peut dire qu'il ressuscite, qu il prend un corps, qu'il se fait, pour la prenûère fois, toucher, palper par les mains des incrédules, dans les institutions et dans le droit vivant. » — « Dirons-nous que le monde va finir ? nous dirons qu'il va recommencer une époque nouvelle, qu'avant d'être surpris par ceux qui frappent à la porte, il faut préparer un nouvel esprit, rouvrir le sceau fermé des grandes discussions, travailler encore une fois à l'achèvement du christianisme ' ? -
* Le Chrittianisme et la Révolulion, leçon V: » Œuvres complètes, t. HI, p. 163, 83-84, 87-88.
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