IV. — ISLAMISME ET CHRISTIANISME
La yictoire du catholicisme semble être consommée, les temps de Tunité sont venus. Alors , le dogme étant achevé et la forme sociale choisie, Tesprit de TOccident s'arrête, s'immobilise dans le passé. C'est juste à ce moment qu'éclate l'islamisme, proclamé au désert par la même race qui a déjà enfanté le judaïsme et le christianisme. — « Au point de vue humain, dit M. Quinet, Moïse, Jésus, Mahomet sont de la même famille. » Et il signale avec raison que Jéhovah et Allah ont tous les deux le sentiment de leur patrie, l'Arabie Déserte. Ils diffèrent en ceci : Jéhovah s'est choisi un peuple, il détruit, ne convertit pas les autres; Allah, au contraire, ne se donne à aucun peuple en particulier, il ne s'isole point, il se répand, il aspire à être le Dieu du genre humain, partant^ il commande la conquête à ses adorateurs. Le mahométisme ne se comprendrait pas si on ne le rattachait au mosaïsme, car « il hérite des colères, des haines, des menaces du Dieu des juifs. »
« Il emprunte, ajoute Edgar Quinet, il emprunte ses paraboles aux mouvements des batailles; pour sacerdoce, il a le cimeterre; son livre de la loi est la proclamation du Dieu des armées. »
M. Quinet a vu, durant son voyage en Espagne, la fidèle image du mahométisme, l'Alhambra deSéville, la mosquée de Cordoue. C'est là qu'il a reconnu le vrai génie du Coran : une oasis de félicité cachée derrière des murs menaçants, dont l'aspect et les inscriptions expriment encore la fureur du Dieu des batailles, lançant les peuples de la
* Le Christianisme et la Révolutimiy leçons 7 et 8 ; Génie des Beliffions, p. 314, 315; Mes Vacances en Espagne^ ch. xxii et xzv.
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mer Rouge aux Pyrénées et des Pyrénées aux Indes pour courber la terre entière sous Tautorité d'Allah. — Dans le Coran, plus de médiateur, Dieu parle en personne et seul. Le livre « est un monologue de Dieu avec lui-même. » Mahomet n'invite pas le Seigneur à lui répondre, il reçoit le commandement sans le provoquer : ce il n'est pas le fils, il est Tesclave d'Allah. » En son œuvre, Edgar Quinet reconnaît une épopée intime, prise comme réalité par son auteur et devenant ainsi religion.
« L'histoire de rOrient moderne, ajoute-t-il, avec toutes ses vicissitudes, n*est rien que la grande âme de Mahomet, déployée comme un drapeau de siècle en siècle. »
La principale différence entre l'islamisme et le christianisme, au seul point de vue politique, consiste en ce que le christianisme ajourne ses promesses après la mort; tandis que l'islamisme les réalise immédiatement dans la société temporelle. Partout où passe, en Asie, le Dieu unitaire du Coran, les dieux inégaux disparaissent et, avec eux, les castes. En présence de l'inégalité du monde chrétien au moyen âge, « l'armée des Croyants forme une société de frères. L'armée, c'est le peuple. Tout soldat est prêtre du Dieu des batailles. » La guerre, que l'on prétend être la source du servage, la guerre en est ici la destruction. L'affranchissement civil suit immédiatement la conversion à l'islamisme. Ainsi s'explique la rapidité foudroyante des conquêtes musulmanes. Par elles, la vieille Asie est nivelée, et nulle caste, nulle hiérarchie, nul privilège, ne résiste au cimeterre sacré.
« Ce n'est pas tout : Tislamisme finit par aboutir k une société qui affecte si peu de mépris pour les esclaves, que, non contente de se régénérer par eux, c'est entre leurs mains qu'elle résigne rautorilé et le gouvernement. »
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