‹ Edgar Quintet, sa vie et son œuvreChapitre 80 sur 109 · ISLAMISME ET CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

ISLAMISME ET CHRISTIANISME

Les Mameluks, achetés sur les marchés circassiens , durant cinq cents ans, en Syrie, en Egypte, sur la terre des castes, réalisent c< de droit divin la dynastie de Tesclave. » — «Ma noblesse, c'est ma lance î » Voilà le mot de tout TOrient moderne. On ne le christianisera pas. Pour le régénérer, il faudra, comme l'indique Edgar Quinet, lui montrer un livre nouveau, réalisant immédiatement un idéal plus haut que l'idéal réalisé du Coran.

Du camp l'égalité passe dans la société pacifiée. Les terres, conquises dans un but spirituel, ne sont ni partagées, ni tirées au sort; elles restent propriété d'Allah, les hommes n'en ont que l'usufruit. Ainsi comprise, la possession est incertaine, sans stabilité aucune. Le vizir, délégué de Dieu, enlève à qui lui plait ses domaines ; il ne fait que rendre à Allah ce qui n'a pas cessé d'appartenir à Allah. — D'autre part, Tinstitution patriarcale de la famille est abolie : plus de droit d'aînesse; tous les membres de la famille sont égaux, sauf les femmes. Mais pourquoi? Allah est seul dans son ciel. Les femmes, n y ayant point de mères, vivent isolées sur la terre. Mahomet les repousse avec fureur de sa loi, parce qu'il est Tennemi acharne des idolâtries antiques qui, presque toutes, les ont divini^ sées. Ce n'en est pas moins la grande injustice de Tislamisme.

En somme, selon M. Quinet, la mission de Mahomet est aussi simple que sa doctrine. Il délie l'Asie de Toppression de la nature.

« 11 délivre pour jamais le monde de ce panthéisme matérialiste qui renaissait de toutes parts sous la forme des hérésies du christianisme asiatique. » -^ « Sa réforme est si radicale dès le commencement, qu'elle rend, en quelque sorte, toute réforme impossible dans Tavenir; le Moïse arabe est aussi un Messie. »

De là provient TimmobiUté de la société musulmane, et

non pas de la doctrine de la fatalité ou de la résignation. La fatalité a-t-elle empêché les Grecs d*dgir, et la résignation à ta volonté divine n'est-elle point un dogme chrétien? L'islamisme a dépensé toute sa force en son premier élan et il ne Ta point renouvelée par la tradition. « La grandeur de Mahomet est d'avoir usurpé et dévoré d'avance toutes les réiu)lutions de l'avenir, au point de vue arabe. »

M. Quinet reproche à l'Église du moyen âge, non d'avoir excité la résistance à l'islamisme conquérant, mais d'avoir incessamment mis aux prises l'Europe et TAsie, de telle sorte que « ces deux moitiés du monde ne se connaissent encore que par la haine. » Les croisades ne lui semblent ni méritoires ni glorieuses, car elles n'aboutirent même pas à la déUvrance du tombeau du Christ. c< Le Christ, dit-il, n'a pas voulu être affranchi par la haine. »

La haine, telle fut, en effet, la seule politique de l'Église de paix. Pour combattre le Coran, l'Evangile prit son tempérament, et il fut vaincu. N'eût-il pas été plus fort, n'eût-il pas été invincible par l'amour ?

Mais, à vrai dire, l'Église n'avait sur l'islamisme aucune prise. Impuissante à l'exterminer, elle était également impuissante à le ramener à la communion chrétienne. A des hommes ravis de la simplicité de leur culte et de leur société, elle n'avait à offrir qu' c< un chaos de doctrines, un échafaudage de rites, de liturgies, de traditions, » et d'inexplicables institutions sociales. Aussi combattit-elle pour combattre, sans intention préconçue de rallier, d'unir, de pacifier. Qu'en résulta-t-il? Après avoir entraîné le monde chrétien aux croisades, l'Église reçut le contre-coup de toutes les défaites des croisés ; elle parut incapable de miracles, perdit son prestige d'inviolabilité, et dès lors commença à chanceler sur sa base

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Tout autre eût été le résultat des grandes guerres trans-méditerrauéennes, «i elles avaient été animées du généreux enthousiasme et de la foi humaine de nos guerres révolutiànnaires. Celles-ci, entreprises pour le salut de la patrie, et' aussi pour le salut du monde, ont pro* dult , malgré tout, le plus miraculeux effet : victorieuse, vaincue, la France a triomphé par la pensée, et son sang, mêlé au sang des ennemis, a fait germer à travers l'univers la liberté, l'égalité et la fraternité des citoyens et des peuples. Grâce aux saintes batailles de 1793, le genre humain tend à se rapprocher. Grâce aux croisades impies, les deux religions, la catholique et la musulmane, restent en présence « n'ayant plus que la force de se haïr sans avoir conservé l'espérance de s anéantir Tune Tautre. »

Douze cents arts ont été donnés à TÉglise pour trancher les difficultés qui séparent les 4eux mondes. Elle a été impuissante soit à absorber, soit à exterminer, soit à réconcilier. L'histoire entière prouve qu'elle est radicalement inhabile à allier des races humaines. Or il s'agit aujourd'hui de rapprocher les mondes , c'est là le grand mouvement de notre siècle. S'il arrive que l'Arabie, l'Inde, la Perse, la Chine, se rapprochent enfin de l'Europe, certes ce ne sera pas l'Eglise de Rome qui aura prononcé la parole de fraternité, ce sera la Révolution, reprenant enfin sa marche vers l'idéal de justice que* lui ont montré les Pères de l'Église nouvelle, les héros de la Constituante et la Convention.

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