DE L’ILE TIBÉRINE, DES PORTS ET DES QUAIS
Le Tuai, fleuve célèbre qui divise Rome <m deux parties inégales, était appelé Albula (i)à une époque très-éloignée. Il reçut des premiers Romains le nom de Tiberis ou Tibris , que les modernes ont changé en celui de Tevere.
(i) Les anciens donnaient communément le nom i'allml» aux eaux soufrées et gazeuse*.
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11 prend sa source au pied d'une montagne des Apennins , près de fiorgo di S. Sepolcro et de Cilla di Castello, et se jette dans la Méditerranée par deux embouchures près d'Ostie et de Fiumicino : son cours est de lüo milles romains, autrement de 373,366 mètres. Après avoir reçu plusieurs petites rivières et de nombreux ruisseaux, et avoir parcouru 176,000 mètres, il se , réunit au-dessous de Nanti à la Nera accrue du Velino. Avant le confluent de la Nera, il n'est qu’acciden tellement navigable, et seulement lorsque les eaux pluviales ont grossi les sources qui l'alimentent. Sa pente trop rapide est encore un obstacle à la navigation : elle est de t“',6o à a”' ,00 par 1,000 mètres (1). A partir d’Ortc, petite ville située à rua, 000 mettes de Rome, sa pente est réduite à o”" ,4g6 par 1,000 mètres : à la distance dé trois ipilles de cette capitale, il reçoit l'Anio ( il Teivrone). Sa largeur sur ce point est de 84"’*’ >9° ; mais elle se réduit à Cti“"-,oo au port de Ripetta.
Depuis ce port jusqu'à la mer, c’est-à-dire, dans un cours de 3g,6o4 mètres, sa pente est seulement de 6“’, 497 , ce qui ne donne que o",iGt par t,ooo mètres-, ou à peine un millimètre et demi par 10 mètres : de là résultent ces inondations terribles, le fléau de Rome, augmentées encore par des vents impétueux qui refoulent les eaux sur elles-mêmes.
Le Tibre, dans son état actuel, a, dans la traversée de. Rome, de 4”',36 à O**" ,o3 de profondeur, et nue vitesse de o"',aia à o"1 ,46b par 1,000 mètres. ' ' *
A l’une des extrémités de la ville s’élève, au milieu du fleuve, F Ile Tibérikk ou Dr'S: Bartolomeo. Comprise autrefois dans la quatorzième légion, elle appartient aujourd'hui au quartier xn. Au temps de i’aiiliquifé, elle se nommait Insu/a Tiberina ou Ljrcaonia.
Cette lie, dont la longueur est d’environ 333 mètres sur 100 mètres de largeur, fut formée, dit-on, du blé récolté dans le champ des Tarquins, et que le peuple irrité jeta dans le Tibre après leur expulsion. Ce blé, entraîné par les eaux , s’entassa à l'endroit du fleuve où sans doute existait déjà une petite Me, dont ce dépôt augmenta l'étendue.
Les anciens, en consacrant file Tibérine à Escuiape, l’entourèrent d’un
1) On s'est assure que le Tibre supérieur ne pouvait être rendu navigable qu’au, tuuyvn d'nn cnnnl biterat, dont U dépens. très- considérable, ne pourrait être couverte par le «venu.
RRWSEIONIOIKWTS DIVERS.
magnifique mur de quai construit en blocs de travertin, et, pour rappeler une croyance religieuse, lui donnèrent la forme d’un vaisseau. Deux temples furent édifiés à ses extrémités; celui de la poupe était dédié à Escuiape, et celui de la proue à Faune; enfin, pour figurer le mit d'un navire, on éleva au centre de l'ile un obélisque égyptien , dont un fragment a été transporté à Paris. • , .
De toute cette riche et élégante construction, il ne reste aujourd'hui qu’une portion de mur de quai qu’on ‘voit près du couvent de l'église S. Bartolomeo.
A l’intérieur de la ville, deux beaux ports ont été établis sur les rives du Tibre, l'un où aboutit la navigation supérieure, l’autre où s’arrête la navigation inférieure. Il est fort regrettable qu’entre ees ports et sur une longueur de 3,464 mètres la navigation soit interrompue par les débris du pont Triomphal, du pont Palatin (jjonle Rotlo), et du pont Sublicius. A ces obstacles s’en joignent d'autres, tels que des dépôts de toute nature et plusieurs barrages. L’administration française, en 181a, avait préparé sur ce point de grandes améliorations, et déjà même elle avait en partie déblayé le pont Triomphal.
Le premier port, Porto ni Ripetta, est l’ouvrage de Clément XI , qui, en 1^04, le fit exécuter par Alessandro Specchi. 11 se compose d'un mur de soutènement demi-circulaire, autour duquel sont disposés de larges degrés qui facilitent l’accès du fleuve. Le milieu est orné d’une fontaine, et les extrémités de deux colonnes graduées où l’on indique les crues extraordinaires. Toutes les productions du haut Tibre débarquent sur ce point.
Le second port, celui de Ripa grakde, est construit à l’autre extrémité de ta vide, à l’endroit même où le fleuve sort de Rome. 11 est beaucoup plus vaste que le port supérieur et formé de plusieurs rampes très-larges. On doit ce bel embarcadère à la prévoyance d’innocent XII, qui le fit élever, ainsi que les magasins et les bâtiments de la douane, par les architectes Mattià de Rossi et Carlo Fontana , vers l’an i6q3. Tous les chargements et déchargements de marchandises transportées par voie de mer se font sur ce port , qui présente un aspect très-pittoresque lorsqu’on y voit amarrés de nombreux navires.
Il ne parait pas que les anciens Romains eussent construit de quais pour
RENSEIGNEMENTS DIVERS
contenir le Tibre et pour établir la circulation sur ses bords, si ce n'est auprès de la ehmca Maxinut , parce (|uc les murailles de la ville touchaient immédiatement au rivage. L’on s’éloDne qu’un peuple si puissant, si prévoyant et naturellement porté vers les travaux utiles, n’ait rien fait pour arrêter l'effort des eaux et qu’il ait pu laisser ainsi une partie de la ville, son forum même, exposé sans défense au fléau des inondations qui, de tout temps, furent l’une des calamités de Rome. j
Les poctes et les historiens nous ont conservé le souvenir de plusieurs d'entre elles (i J. Elles étaient si fréquentes que Tite-Live en compte douze dans la setde aimée 565 : et cela se conçoit aisément , car le sol de la ville est élevé de nos jours de trois à six mètres au-dessus du sol antique, tandis qu'on voit par les assises des piles de divers ponts que le niveau du Tibre, à l'étiage, n’a pas sensiblement varié. Si donc, aujourd’hui, plusieurs parties de la ville sont submergées par une crue peu considérable du fleuve, combien durent être plus désastreux et plus multipliés de pareils débordements à une époque éloignée ! .
I -es inondations les [dus terribles dont on .ait conservé la mémoire sont celles de i 53o et i5q8. La première éleva les eaux du Tibre à i3“' ,684, et la seconde à i4“ , 287 au-dessus de l’étiage. Rome (Vit en partie submergée, et il en résulta les événements les plus déplorables.