DES CLOAQUES
Les habitants de Rome songèrent de bonne heure à assainir leur ville : un de leurs premiers soins fut de construire des égouts ou cloaques, sorte
(j) Depuis plusieurs années, de grandes ameliorations se soûl opérées en cette ville ; esperon, que bientôt Paris n'aura plus à cuvier il Rome l'abondance de ses eaux; mais aurontelles jamais leur fraîcheur et leur limpidité ?
RENSKIONKMENTS DIVERS.
de canaux destinés au transport ou à l'écoulement des immondices (i).
Ces utiles travaux furent commencés par Tart[uin l’Ancien, cl continués par son petit-fils, Tarquin le Superbe. Ces princes entreprirent d’abord le dessèchement du marais de la vallée du Velabrum , située eutre le Capitole et le Palatin, et construisirent plusieurs égouts qu’ils réunirent dans un seul canal plus vaste, lequel commençait au Forum, et aboutissait au Tibre. Ce principal égout fut nommé Cloaca Ma. tinta.
De nos jours, la Cloaca Massima sert au même usage, et l'arc antique qui forme son ouverture se voit sur la rive du Tibre, voisine de la place delta Bocca délia Verità.
La construction de cet égout est assez curieuse pour mériter qu’on en donne une idée. Il est bâti en grandes pierres de taille en tuf, posées sans mortier. La voûte est formée d’un triple rang de voussoirs, placés en liaison l'un sur l'autre, afin d'opposer plus de résistance à la pression et à l'ébranlement. En plusieurs endroits des banquettes régnent le long des murs, et le canal se trouve au centre. On y voit encore des tasseaux de pierre destinés probablement à supporter des tuyaux de fontaines. La largeur de la voûte et sa hauteur sous clef sont l’une et l'autre d’environ 4 mètres.
A mesure que la ville s’étendait, il devenait indispensable de prolonger les égouts, sans quoi les pluies d’orage, qui sous ce climat sont si abondantes, en inondant les rues, les eussent bientôt rendues impraticables. On multiplia donc les cloaques , en prenant soin de surélever le sol des rues pour lui donner de la pente, et de pratiquer, de distance en distance, des ouvertures pour recevoir les eaux et les immondices, que le courant entraînait ensuite dans le Tibre.
Vers 5ya, environ 4oo ans après Tarquiu l’Ancien, les censeurs Marcus Calo et Valerius Flaccus firent nettoyer les égouts , et les étendirent sous plusieurs quartiers, notamment du côté de l’Aventin. Suivant Denis d'Halicarnasse, la dépense fut considérable, et s'éleva à mille talents, somme qui répond à environ 4 ou 5 millions de francs.
On a cru retrouver dans les deux embouchures antiques qu'on aperçoit entre la CJoaca Massima et les restes du pont .Sublicius, celles qui furent
(i) Le mot cloaque, cloaca, vient de rloare, qui devint ensuite cluerr , lequel aigui lie purger.
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RENSEIGNEMENTS DIVERS
établies par Caton et Flaccus. L'une d’elles reçoit aujourd'hui une sourre, la Marra na.
Ces égouts étant devenus insu (lisants, Agrippa, pendant son édilité, en fit construire de nouveaux, mais si vastes et si nombreux, que, suivant l’expression de Pline, il bâtit une ville suspendue et souterrainement navigable: U rite pensili subtrrrjur narigatâ. Pline ajoute : «qu'il rassembla les canaux de « sept fleuves (t), dont l'impétuosité, comparable à celle d’un torrent, em- « porte et nettoie tout ce «pii s’y rencontre. Ce volume d'eau prodigieux , « accru encore des pluies qui y tombent et des débordements du Tibre qui « y refluent, bat éternellement les murs de ce conduit, sans que le choc in- « térieur de toutes ces masses d'eaux, se heurtant sans cesse, ail altéré « en rien la solidité de l'ouvrage et la bonté des fondations. Le poids des « décombres provenant ou des incendies ou des maisons qui tombent en ruine « d'elles-mémes , les secousses des tremblements de terre, rien n’y porte al- « teinte. Ce! ouvrage demeure inébranlable depuis sept cents ans environ. »
Ces cloaques ont été célébrés par plusieurs historiens de l’antiquité, connue l’une des merveilles de Rome. Denis, qui vint en celte ville au temps d'Auguste, affirme que trois choses contribuèrent à lui donner une haute idée de la capitale, ses routes, ses aqueducs et ses cloaques. Cassiodore , préfet du prétoire sons Tbéodoric, au commencement du vi* siècle, avoue, dans une de ses lettres, qu'il ne trouvait rien à comparer aux cloaques de Rome pour la grandeur et l’utilité de l’ouvrage.
En tout temps les anciens Romains comprirent de quelle importance ces constructions étaient pour la salubrité de leur ville, et leur entretien fut toujours confié à des fonctionnaires d’un rang élevé. Sous la république, ce soin regarda les censeurs et les édiles; sous l’empire, des magistrats, désignés sous le nom de cnra/orrs cloacarum, en furent spécialement chargés.
Dans le moyen âge, au temps des malheurs de Rome, ces égouts, négligés, s’obstruèrenL On ignore combien de temps ils restèrent dans ce triste étal d’abandon : on sait seulement qu'au xni' siècle, Grégoire IX y fit faire
,1/ Ces fleuves riaient vraisemblablement formes des eaux des sept aqueducs qui existaient au temps d' A grippa.
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quelques réparations, el qu’il en établit plusieurs autres. Dans la suite, Pie \ et Sixte V nettoyèrent une |»irtie de ceux de la rive gauche du Tibre, el en construisirent de nouveaux sur la rixe droite, aux environs du Vatican; Patd V, Grégoire XV et L'rbain VIII les étendirent sous la partie la plus habitée de la ville (i). Enfin , on a depuis établi un système complet d’égouts, composés de canaux partie antiques et partie modernes, qui, recevant les eaux pluviales par de nombreuses ouvertures, ont achevé d'assainir la ville moderne.