‹ Èdifices de Rome moderne, ou Recueil des palais, maisons, èglises, couvents, et et autres monuments publics et particuliers les plus remarquables de la ville de Rome dessinès, mesurès et publièsChapitre 43 sur 104 · MIS · texte numérisé non relu

MIS

nous occuperons d’abord du premier de ces édifices. Son élévation étonne moins encore par la grandeur de sa masse que par le caractère imposant qu'on a su lui imprimer. Tout, en effet, et divisions d'étages, et détails , a été calculé de manière à obtenir du grandiose , et avec l’intention d’augmenter à l'œil des dimensions déjà considérables par elles-mêmes. La hauteur du soubassement qui domine les autres étages, et surtout ce couronnement énorme, cette corniche si mâle et si lière, avec ses consoles saillantes surmontées de créneaux , contribuent singulièrement à donner à l'ensemble un aspect imposant et formidable.

Toute cette façade est construite en moellons recouverts d'un enduit de pouzzolane de couleur grise. La corniche, les bandeaux et les croisées du rez-de-chaussée sont en travertin ; la porte d’entrée et les croisées du premier et du deuxième étage sont seules exécutées en marbre blanc.

I .u cour du grand palais est restée inachevée, mais le fragment qui existe suffit pour donner une idée avantageuse de l'ensemble s’il eût été complété. J «i longueur trop considérable des colonnes engagées du rez-de-chaussée, l’inconvenance du rapprochement du corinthien et du dorique, donné comme support immédiat au premier ordre, et quelques impuretés dans les profils, ne manqueront pas de provoquer la critique; mais, pour être juste envers Giuliano, on ne doit pas oublier qu’il a été l'un des précurseurs de l’art, et reconnaître en même temps que les arcades et les deux étages sont d’une heureuse proportion , que la masse des moulures est d'un bon rapport , enfin que, sans augmenter la dimension et la richesse de la corniche de couronnement, il est parvenu, à l’aide d’une adroite combinaison, à lui donner plus de valeur et d’importance, et cela, en profilant la corniche du rez-de-chaussée au-dessus de chaque colonne. Cet heureux motif semble lier davantage les deux ordres entre eux, et décèle, dans l’artiste qui l’a imaginé, une grande intelligence des effets île perspective.

Quelques auteurs ont avancé, mais sans pouvoir l'affirmer, que ce palais, ainsi que plusieurs autres de la même ville, avaient été cons-

RT CRITIQUES. a l (J

truits des débris du Colisée; leurs doutes à cet égard ne sont même pas éclaircis de nos jours (i); mais, ce qui parait plus certain, c’est que le célèbre amphithéâtre dut servir d'étude à Giuliano. Ix*s analogies de plus d'un genre qu'on retrouve entre l'architecture de cette cour et celle du Colisée en sont la preuve.

I^es larges voûtes des portiques, surtout celle du premier étage, dont le diamètre est d’environ 6", 5o, sembleront peut-être faiblement contre-butées. Cette crainte serait fondée, si la voûte n’était de peu d’épaisseur et même établie en mortier de pouzzolane, conséquemment avec une extrême légèreté. D'ailleurs les pieds-droits, sur lesquels cette voûte repose,' étant construits en blocs de travertin, présentent, par leur poids seul , une assez forte résistance à la poussée.

Plusieurs salles de ce palais ont de quoi surprendre par leur immense étendue en tous sens. Sous ce rapport , la pièce à l'angle de la place et celle qui la précède sont l’une et l'autre à citer.

L’élévation du petit palais porte le caractère d’un monument d’architecture militaire; pour les édifices de ce genre, pour un arsenal , par exemple , ce serait, sinon un modèle , du moins comme un type précieux qu’on pourrait appliquer avec succès.

Les étages de cette façade sont bien divisés, les arcades d’une bonne proportion, les profils pleins de convenance et de finesse, enfin le motif des arceaux et des créneaux d’un rapport parfait avec l’ensemble.

(I j On no poil! rejeter complètement la tradition populaire sur les dégradations commises au Colisee: mais s'il est probable que les énormes blocs de travertin, formant dans l'origine toute La partie méridionale du grand amphithéâtre, ont été employés dans la construction des monuments modernes, il est néanmoins douteux qu’ils en aient été arraches violemment, et qu'on ait ainsi dégradé comme à plaisir le majestueux et vénérable édifice. Cette dévastation me paraît d'autant moins croyable, que généralement les papes, depuis le milieu du XVe siècle , ne se montrèrent pas moins conservateurs xélés des antiquités qu’amis et protecteurs des lettres. Tout fait donc présumer qu'on se sera borné à enlever les débris gisant à terre, on seulement les pierres qui n'elaicut plus qu'impnrfaitcment liées à l'édifice. J£t comment d’ailleurs pourrait-on expliquer cette profanation de la part des grands architectes qui ont employé ces matériaux, lorsqu’on sait que, pleins d’admiration pour les chefs-d’oruvre antiques, ils ne cessaient de les étudier ?

NOTICES HISTORIQUES

L*i cour est carrée et entourée d’un portique à double étage; de même que la façade, elleest traitée dans un style sévère, qui ne manque pasd'agrément,etlui donne une physionomie particulière. Les arcades, les colonnes, les pieds-droits à pans coupés, sont dansdes proportions mâles et courtes, mais en harmonie dans les deux étages; les corniches sont d'une hauteur et d'une saillie très-prononcée; en un mot, l'on retrouve partout l’empreinte de la force et de la fermeté, caractérisée encore par cette ligne de créneaux qui se découpe sur le ciel d’une manière si * pittoresque.

Palais di Venezia; partie de F 'élévation et de la coupe du grand

palais.

i\ . sy Nous reproduisons ici, sur une échelle plus grande, une portion de l’élévation et de la coupe du grand palais, dont nous venons de présenter les ensembles. A l'aide de ces nouveaux dessins, on pourra beaucoup mieux juger du style de l’architecture de cette partie importante du monument , et apprécier l’exactitude des jugements que nous avons portés.

Palais di V enezia ; détails de l’élévation du grand palais.

i* , v Les détails de l'élévation étant bien assortis au caractère de la façade, et dignes d’ailleurs d’être connus, nous avons jugé à propos de leur consacrer une planche. Nous signalons plus particulièrement à l’attention la corniche de couronnement, la croisée du premier étage, dont les profils sont parfaitement bien entendus, et surtout cette belle porte du même étage, non moins remarquable pour la grâce et la richesse de ses ajustements, que pour la délicatesse de son exécution.

ET CRITIQUES

Palais di Fenezia ; partie de l'élévation et de la coupe du petit palais.

Nous renvoyons, pour cette planche, aux observations que nous ix.Vi avons déjà faites, sur le petit palais, à la fin de notre article, sur la planche 7/4 : l’échelle étant ici plus grande, on pourra juger lieaueoup mieux de la justesse de nos remarques. , ,

Patois di Fenezia ; vues du grand et du petit palais et de l’église

• - S. Marco.

Ces deux perspectives contribueront à donner une idée exacte et ix h, complète de l’aspect extraordinaire de ce noble et majestueux édifice . La première fait connaître la façade de l’église S. Marco et l'effet sévère et pittoresque du petit palais. La seconde indique, non-seulement la jonction des deux palais, mais fait comprendre tout ce que le plus grand a d’imposant et de gigantesque; ce qu’un dessin géométral ne pouvait rendre que d’une manière imparfaite.

En donnant beaucoup d’étendue à nos observations sur ce monument, notre but a été d’appeler l’attention sur cette œuvre si remarquable du milieu du xv* siècle, et d’engager le lecteur à en faire une étude approfondie.

Palais délia Cancellaria ; plan et élévation.

Ce palais, l’un des plus beaux et des plus magnifiques qu’il y ait Vi ,i à Rome, est situé entre la place Navona et la place Farnèse. Depuis Clément VII, il sert d’habitation au cardinal vice-chancelier, et de résidence à la Chancellerie apostolique. En i435 * le cardinal Ludovico

NOTICES HISTORIQUES

Mezzarota de Padoue y fit faire des réparations ; mais , d’après l’inscription gravée sur la frise du premier étage de la façade, le cardinal Raphaël Riario de Savone, neveu de Sixte IV, et enrichi par lui, le fit rebâtir à ses frais, à partir des fondations. Bramante Lazzari fut chargé de cette vaste construction (l).

On croit communément que la majeure partie de cet édifice fut construite avec les débris du Colisée (a), de l’arc de Gordien et de bains antiques existant dans la villa Ceretta, habitation située à l'est des thermes «le Dioclétien.

En considérant l’ensemble de ce plan , on découvre «le suite que l’architecte eut à surmonter trois difficultés majeures; il lui fallut:

(t) Ici se présentent plusieurs difficultés à l'egard du célèbre architecte : nous les avons e*aminecs avec le plus grand soin sans pouvoir arriver, selon nous, à une conclusion bien satisfaisante.

Suivant Va&ari et d’autres biographes, Bramante, après avoir exécuté de nombreuse* constructions dans la Rnmngnc et dans le Milanais, ne vint à Rome qu'en i5oo. Il s’y livra d’abord avec ardeur à l’étude des monuments antiques et poussa se* recherches et ses excursions jusqu’à .Naples. Cependant l'inscription de la Chancellerie , édifice qu’on ne pourrait contester à Bramante, porte la date de liÿSj c'est-à-dire, fixe une époque antérieure de cinq années à l’arrivée de cet architecte à Rome : d’où il faudrait conclure qu’il n’eut pas , dès l’origine, la direction des travaux, et admettre , avec Pietro Ferreriu; la date de i5i*a , laquelle serait alors celle de l'achèvement du palais.

Yasari prétend encore que le cloître de S. «tf. délia pacc fut a Rome son premier ouvrage et ht sa réputation : or, d’après l’inscription, ce cloître fut bâti en i5o$ , la meme année qu’une autre çonstriielion très-considérable, celle du palais Giraud. Enfin, ce qui est encore plus en opposition avec le dire de Yasari, c’est la date du petit temple de S. Pietro in Montorio , hâi» en lüoa, et celle de i5oo, qu’on lit sur une frise delà maison f'icoio tlel gouermi vccc/ùu. Voyez pl . lî.} •

Maigre l’admiration que nous professons pour Bramante, et tout en admettant l’extrême fécondité de sou gciiie et son activité bien reconnue , nous doutons qu'il ait pu exécuter tant dr belles rhnscs en moins de dix années, ou même de quatorze, puisqu’il mourut en i S 1 4- H est egalement peu croyable que, deux ans après la construction du cloître de .S. AJ. drlla puce i il ail acquis en aussi peu de temps assez de crédit et de renom, pour mériter qu’en iSoG, Jules 11 lui confiât une entreprise aussi immense que la construction de la basilique de Saint-Pierre. D'après toutes ces considérations, je serais donc porté à croire que son arrivée à Rome est anterieure à l’an 1 5oo.

a) Voyez nos precedentes observations sur le Colisee, dans la note du bas de la page s 19-

RT CRITIQUES

aa3

i " Assujettir ses constructions au périmètre irrégulier du terrain. a0 Élever une église sur un lieu déjà consacré , avec l'obligation probable d’utiliser d’anciens murs.

3* Enfin, procurer de nombreux bureaux à l’usage de la chambre apostolique, en sachant conserver à l'édifice un grand caractère, malgré toutes les petites divisions exigées pur un tel programme : or, toutes ces conditions sont ici remplies sans qu'un s'aperçoive des efforts quelles ont dû coûter, L’entrée du palais est contmod.c , la cour d’une ordonnance simple, noble et régulière, les portiques spacieux, l’ escalier principal bien accusé, enfin Ta comnnmiratioh'avcc l’église, facile et directe. La petite cour, dont l’entrée particulière existe sur une façade latérale, proeure en même temps, avec la grande cour et le jardin, une communication utile, et satisfait ainsi à une foule de besoins. •

Après avoir donné, sur une petite échelle, le plan général de l’église, du palais et du jardin , j’ai cru devoir reproduire sur l’échelle ordinaire la partie la plus intéressante du plan, celle qui comprend la façade et la cour, et doit faire l’objet des planches suivantes.

I,a façade, qui est d’une composition si sage, d’un caractère si noble, offre à la fois de belles lignes, des divisions heureuses, et une foule 'de riches détails. Elle est empreinte au plus haut degré, de la manière du Bramante , et pourrait en être considérée comme le type véritable. Il est à regretter que Vignole et Domenico Fontana , chargés d’exécuter des travaux dans ce palais, n’aient pas conservé dans les adjonctions peu importantes qu'ils ont eues à faire à l’élévation , le style et le caractère du maître dont ils complétaient le chef-d’œuvre. S’ils lie jugeaient [>as à propos de suivre exactement les dessins de Bramante, ils devaient, au moins, imaginer des détails plus eu harmonie avec l’ensemble.

Les avant-corps qu’on distingue aux extrémités de la façade furent, à cette époque, un exemple fort rare encore, d'une pratique dont

NOTICES HISTORIQUES

on a fait depuis un usage si fréquent et si abusif, mais qui trouve ici une application raisonnable. Ces avant-corps prononcent davantage les angles et semblent leur donner plus de force. Leur saillie, quoique peu considérable, suffit pour rompre les lignes déjà trop étendues de la façade. Celle-ci est entièrement construite en travertin, à l'exception des croisées du premier étage et des colonnes de la porte d'entrée. I.es unes comme les autres sont exécutées en marbre.

Palais délia Canceltaria ; parties principales de l'élévation.

11 Comme cette planche ne pouvait contenir la façade entière, mise à l'échelle ordinaire des élévations, il a fallu, pour .donner une idée bien arrêtée de cette façade, se borner à en représenter les parties principales, savoir : l’un des avant-corps, et les deux sections comprenant d’une part la porte d'entrée'du palais, et de l’autre celle de l’église. On pourra donc, au moyen de ces portions de façades, nonseulement connaître les mesures ou cotes, niais juger beaucoup mieux que sur le petit ensemble de la planche précédente, du rapport des étages, de la proportion désordres et des croisées, enfin de l'eftét relatif des profils et des ornements.

La porte de l'église fut construite par Vignole, et se voit, pl. 8'f, avec tous ses détails. La porte du palais n’étant pas d'un goût trèspur, ne méritait pas, comme celle de l'église, d’être reproduite avec ses détails. Elle fut établie sous la direction de Domenico Fontana , lorsque le cardinal Alessandro Montalto , nevéu de Sixte V, fut nommé vice-chancelier.

Palais délia Cancellaria ; détails de l élévation.

Tous les détails du deuxième étage, et ceux du premier, à l’ex-

ET CRITIQUES

eeption tic la croisée, sont réunis sur cette planche. Ils sont recommandables autant par la délicatesse et la fermeté des profils que par l'excellente combinaison et le juste rapport des moulures. La corniche de couronnement, ré|»étée dans la cour du même palais, se retrouve, ainsi que les chapiteaux composites, dans plusieurs autres productions de bramante , et notamment aux palais Giraud et Doria. Ces chapiteaux sont du genre de ceux qu’on recherchait beaucoup à cette époque où l’on aimait surtout la variété. Ils semblent inspirés de chapiteaux antiques dont il existe d'assez nombreux exemples; Bramante, en les adoptant, a fait preuve de discernement et de goût; ils s'harmonisent parfaitement avec l’élégance des croisées et les autres détails, et la nature même de leur ajustement lait qu’ils conservent de la valeur et produisent encore de l’effet à des hauteurs même assez considérables.

PIANCHE 82.

Palais délia Cance/laria ; suite des détails de l’élévation, croisée du premier étage.

Rien de plus élégaijt que les détails de ces belles croisées; elles sont vi,»i. en marbre blanc et exécutées avec le plus grand soin. lz‘s arabesques, dont le fût des pilastres est décoré, sont d’une finesse et d’une variété cpti enchantent. Le balcon n’existe qu à la seule croisée du pan-coupé; quoique déjà très-remarquable par la richesse de ses sculptures, il l’est encore davantage pour le bon goût de son ajustement, l'heureuse combinaison des coasoles avec les panneaux, et la grâce de ses ingénieuses arabesques.

Palais delta Cancella ria; suite des détails de l’élévation.

Tous les détails du rez-de-chaussée sont rassemblés sur cette plan- n, ,v

NOTICES HISTORIQUES

aafi

du?. Il faut y remarquer la convenance parfaite du profil des moulures servant à diviser la hauteur du re/.-de-chaussée , et la noble simplicité du soubassement. Quant à la porte de l'église S. Ixirenzo in Dumazo, ce fut le cardinal Alexandre Farnèse, neveu de Paul III, qui la lit exécuter sur les dessins de Yignole. La pureté de ses profils, la forme heureuse de ses consoles, et rajustement du soffite du larmier, la font regarder, à juste titre, comme un des beaux modèles qu'on puisse offrir en ce genre.

Palais délia Cancella ria ; vues de la coure t de l'entrée de l’escalier.

. *i, >i On peut déjà, d'après la plus importante de ces deux vues, app’récier l'architecture de la cour de la Chancellerie : ectte architecture est à la fois noble, élégante et pittoresque, ta» effets de perspective y ont été calculés de la manière la plus brillante. Ainsi, tandis qu’on aperçoit sous les portiques une foule de lignes qui se croisent, l'œil suit en même tcnqjs avec complaisance , sur les façades, le cours régulier et calme des longues lignes horizontales des corniches. Ce contraste , en donnant lieaucoup de charme à l'ensemble , détruit en outre toute idée de confusion et de désordre. ,

La notice sur la planche suivante nous fournira l'occasion de parler plus en détail de cette cour si généralement et si justement admirée.

La petite vue prise en face de l'escalier sert à la fols à faire .connaître le vestibule, l’arrangement particulier des voûtes sous le premier portique ; enfin, l’entrée de l’escalier. Cette vue devenait indispensable pour donner une idée complète du rez-de-chaussée.

'niais délia ( ancellaria ; coupe sur là cour.

pénèlre dans cett*.|»elle. cour, si l’on est frappé de la

Vif tiré* '

KT CMTIQURS.

magnificence rare de scs jiortiqucs , et de l'heureux rap|>ort des étages, on n'est pas moins charmé de trouver dans l'ensemble une admirable harmonie. T/habile architecte avant à sa disposition les colonnes de l'ancienne basilique «le S. Ixirenzo in Dainazo , «lémolie lois de la reronstruction «lu palais, les«piell«a>, dit-on, appartenaient antérieurement au portique de Pompée, situé à peu de distance de «telle église, sut distribuer ces riches dépouilles autour de sa cour nouvelle, de manière à en former un portique à double étage. Cette première disposition seule procurait déjà de brillants effets; mais la tâche était loin d’être remplie, puis«pie des besoins nombreux restaient à satisfaire: il fallait établir «les bureaux , créer «les appartements d’habitation , élever même de nouveaux étages , et, comme les matériaux tout façonnes vinrent à manquer, on dut recourir au travertin pour remplacer le marbre aux étages supérieurs : alors dos pilastres placés au-dessus des colonnes en continuèrent les lignes verticales, et pour que le motif en fût mieux senti, un mur de briques d'un bel appareil servit à les détacher : heureuse combinaison «le matériaux où se montrent toutes les ressources, toute la fé«-ondité «lu génie, «pii sait, à l'occasion, dissimuler les difficultés qu’il avait à vaincre et justpi’à la pauvreté de ses moyens d’exécution !

Pour fortifier les angles, dont la solidité contribue tant à la durée d«*s édifices, l’architecte a judicieusement préféré des pieds-droits aux «olonnes, qui sont «les supports en général un peu grèlœ, insuffisants même dans certains cas; ce parti offre, en outre, l'avantage non-seulement de satisfaire l'oeil, en articulant mieux les angles de la cour, mais de permettre en même temps aux archivoltes d’achever leur course circulaire sans se confondre l’une dans l’autre.

Nous remarquons id , comme dans la plupart «les œuvres du Bramante, «pie les croisées des étages supérieurs décroissent d’une ma-

nière trèsrsensihle. Cette méthe forme aux lois «le la raison , dominée nar d’autres. l'intrus

>t vrai, u'a rien que de eonl'intériéur d’une habitation

inéc par «I autres, l'intensité de lumière doit augmenter à

NOTICES HISTORIQUES

mesure qu'on s’élève davantage au-dessus du sol. Cependant, comme la diminution des croisées n'est pas ici dans une proportion graduée, mais, au contraire, dans un rapport beaucoup plus considérable, il faut croire qu en plaçant de petites ouvertures à de grandes hauteurs, ce fut de la part de l’artiste un calcul fait en vue d’augmenter par des contrastes le grandiose et l'eflèt de ses masses. Cette pratique , d’ailleurs, trouvait plus aisément une excuse dans l’heureux climat où il exerçait son art.

Palais délia Canccllaria ; détails de la cour.

vi, iî Tous les détails du deuxième étage et une partie de ceux du premier ont été réunis sur cette planche. On observe dans la composition de ces détails le même goût, la même recherche, cjue dans ceux de la façade ; et la sculpture y est traitée avec le même soin. l/es chapiteaux du premier étage sont surtout remarquables par la grâce de leur ajustement. Bramante a dû les composer de manière à procurer une hauteur suffisante aux belles colonnes en granit dont il avait à trouver l’emploi.

La grandeur de l'échelle a permis d’indiquer ici l’appareil du mur de briques du deuxième étage, lequel, comme on peut en juger, produit en exécution un très-bon effet.

Palais délia Canccllaria ; suite des détails de la cour.

vi,»î. Sur la partie gauche de cette page, se voit la suite des détails du premier étage; on y distingue principalement une belle porte surmontée d’une mezzanine. Ce motif de porte est reproduit souvent dans les œuvres de Yignole , mais cet architecte a été rarement aussi heureux qu’en cette circonstance.

KT CBITIQL1KS.

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Tous les détails du rez-de-chaussée son! compris dans le cadre à droite de la même page : plus simples et plus sévères que ceux des étages supérieurs, ils sont traités dans le même caractère, et suivant le même principe , de sorte que partout règne l’unité la plus parfaite.

Les colonnes et les pieds-droits des portiques sont en granit rouge, mais les chapiteaux et les hases ont été exécutés en marbre blanc, ainsi que les médaillons entre les archivoltes et les cadres des armoiries. Pour les pilastres, corniches, archivoltes et chambranles, on a employé le travertin. Le mur du dernier étage, sur lequel se détachent les pilastres et les croisées, est seul en briques appareillées. •

Palais délia Canccllaria ; suite des détails de la cour.

Ces portes ont été comprises dans les détails de la cour, parce vi, qu'elles se trouvent sous le portique ou sur le palier du premier étage. Toutes les trois sont en marbre blanc et exécutées avec beaucoup de soin et de délicatesse.

Palais délia Canccllaria ; peinture de la voûte d'une des salles du premier étage.

Nous lisons dans Vasari qu’il travailla , ainsi que Baldassarre Peruzzi, vi, aux peintures des salles de la Chancellerie. Celles que nous avons représentées sur cette planche ne peuvent être attrihuées à Vasari ; c’est du moins l'opinion d'un grand artiste (t) qui a fait une étude approfondie de la manière et du style des maîtres italiens. Cette conception est d'un style si pur et si élevé, elle décèle d'ailleurs une connaissance si juste et si savante de la manière antique, que ce n’est

NOTICES HISTORIQUES

qu'en Peruzzi, et en lui seul, qu'on pouvait rencontrer réunis, le savoir et les talents que dénote un tel ouvrage. Peut-être avoueraiton que la composition en est un peu confuse , mais en reconnaissant , du moins, qu'elle abonde en charmants détails, et que les ornements du meilleur goût, les ajustements les plus gracieux , y ont été répandus à profusion. Les tableaux qui enrichissent les divers compartiments sont généralement bien composés : • quelques-uns sont traités dans le style de Raphaël , et cette ressemblance les lui a fait attribuer. Ces peintures ont été malheureusement fort maltraitées par le-temps; plusieurs parties même, ne se distinguant qu'avec peine, j'ai été obligé de prendre ailleurs l'un des tableaux , celui de la reconnaissance de Joseph par ses frères (i).

Pour donner une idée tout à fait complète de la cour, il nous a paru nécessaire d'en faire connaître l'effet-, lorsque le point de vue est reporté au premier étage. La cour, considérée à cette hauteur, prend un aspect moins sévère et devient plus pittoresque.

U perspective qui se voit au haut de la même page, indique la décoration de la petite cour et l'entrée du jardin.

Cette église et le monastère adjacent furent fondés par Lalino Orsino, fait cardinal l'an l 'po. Ce prélat appela de Venise des cha-

(i) J'ai revu ces fresques en 18I1, lorsqu’on était occupé a les restaurer. La voûte «le la salle, et toute la façade du palais donnant sur le jardin, offraient de nombreuses crevasses; un avait senti l’urgence d’une reprise generale, cj l’architecte, M. Valadier, l'exécutait alors.

Palais delta Cancella ri a ; vues des deux cours.

fi.glise et cloître de S. Saleatore

noines de Saint-George in Alga, destinés à desservir l'église : celle-

ET CRITIQUES

ri ayant été en partie détruite par un incendie, les religieux la firent restaurer par Ottavio Maseherino. L’ordre de ees religieux ayant été supprimé, l’église et le couvent, l'an 1(170, furent concédés par Clément X à la province des Marches. Iæs confratelli , ou membres de la confrérie, attachés à l’église, construisirent alors l'oratoire pour leur propre usage, et y fondèrent le collège, où, pendant cinq ans, sont élevés gratuitement douze enfants, dont la majeure partie doit être de la province des Marches ; les autres ne sont admis qu’autant qu'ils sont Romains.

Le cloître est d’un agréable effet; son architecture a quelque rap- |>ort avec celle des cloîtres de la Toscane, comme on en pourra juger d’après la coupe. plan général, représenté sur la même planche, donne de même une idée de l’ensemble de l’église et du monastère.

Hôpital de’ Genovesi.

Mario Duce Cigala, noble génois, fit construire l’église S. Gio- xm, vanni Battista de' Genovesi et l’hôpital qui en dépend. Il assigna une dotation à cet hôpital , afin qu'on pût y recevoir et y soigner, en cas de maladie, les marins ses compatriotes durant leur séjour à Rome. Depuis sa fondation, l'église a suivi diverses restaurations, mais la cour de J hôpital est restée intacte. I, 'architecture de celle-ci se distingue par sa convenance autant que par son extrême simplicité. D’après le ca théière qu’elîe porte , on juge qu elle appartient au milieu on à la fin du-xv’ siècle, le crois y «won naître la manière de Raccio Pintelli, et n’ai même que peu de doutes à cet égard. Il est vrai qu'on n’a d’autre autorité à citer à l’appui de cette opinion que le témoignage assez vague de Vasari, qui, après avoir avancé, dans la vie de Baccio .Pintelli, que cet architecte construisit à Rome une infinité d’églises, se borne à en désigner un petit nombre. Nous savons, toutefois, qu’à la même époque, Pintelli bâtit un autre hôpital, celui de S.Spirito in Sassia,

NOTICES HISTORIQUES

ce qui (lourrait autoriser à croire que la direction de celui de Genvvesi lui fut également confiée.

la* plan de la cour de ce dernier édifice étant parfaitement régulier, il nous a paru suffisant d'en indiquer le quart, pour en donner une idée complète. lai vue perspective fait juger de l’ensemble, et, d'après les deux portions de coupe, on connaîtra l’angle de la cour, le puits qui la décore, et jusqu'aux principales mesures.

Maison, via dette Çtuattro J butane .

Cette petite maison, située à peu de distance du palais Uarberini, fut probablement construite comme dépendance de ce palais. La dis- (Kisition agréable de son plan, le joli motif de la façade sur la cour, et l'arrangement ingénieux du vestibule, nous porteraient à l’attribuer à Bernini ou à quelque habile architecte de son époque.

Petit palais t 'orandini , via di Marforio.

Il est situé sur le penchant du Capitole entre les rues di Marforio et di Testa Spaceata. L’escalier qui aboutit à cette rue et lait monter <le ce côté au vestibule, procure une seconde entrée à l’habitation. Il est combiné avec adresse. On doit remarquer que la terrasse, se trouvant de plain-pied avec le premier étage, non-seulement donne beaucoup d'agrément à l'appartement dont elle dépend , mais qu elle sert en même temps d’abri à l’escalier que nous venons de mentionner.

Elévation d’une maison, piazzu Sert api.

la* caractère sévère qui domine dans cette façade, l ajustement de la (Kirte d’entrée, le bon effet du couronnement, enfin, l’élégant parti de la loge supérieure, méritent de fixer l'attention.

RT CRITIQUES

Plan du palais Sacc/u’tti, via Giulia.

Quoique ce palais ne soit fias cité comme un des filus considéra- \ blés de Rome, c’est un de ceux pourtant que les architectes observent avec le plus d'attention. Antonio da Sangallo le construisit pour sa propre habitation, et, travaillant pour lui-même, il put y déployer sans entraves, les théories de son art telles qu’il les comprenait (i). Il ne pouvait, au reste, choisir un site dans des conditions plus favorables. I.a façade principale est, en effet, établie sur la rue Giulia, à cette époque la plus belle et la plus fréquentée de la ville, et le jardin est situé sur le bord du Tibre, dont les rives pittoresques forment, avec les jolies habitations et la brillante verdure qui couvrent le Janieule, un tableau ravissant, que la vue solennelle du Vatican et de la coupole de Saint-Pierre, s’élevant sur la droite , rend encore plus magnifique et plus imposant. Une demeure qui réunissait tant d’avantages devait être un délicieux séjour pour Sangallo , si bien fait pour apprécier les beautés de l’art associées à celles de la nature.

Après la mort de cet illustre artiste , le palais fut acheté par le cardinal Gio : Pucci di Montepuleiano , lequel , ajoutant aux dépenses considérables déjà faites, chargea Nanni Rigio, architecte et sculpteur florentin, élève de Sangallo, de l’achever et de l'agrandir. Devenu successivement la propriété des familles Cevoli et Acquaviva , il passa enfin aux Sacchetti , qui le possèdent encore.

la disposition du plan est simple, mais d’une belle ordonnance; l'escalier est commode et se présente avec noblesse : il tire un effet pittoresque d’une petite cour qui l’éclaire à ini-étagc et à la hauteur du premier palier. Ce même motif a été répété par Sangallo, au palais Karnèse, et Michel-Ange l’a imité au palais de' Conversatori , situé

(i) On remarque dan» ce palais les armes du pape Paul III, qui avait discerne le génie de Sangallo et fait sa fortune. La reconnaissance de l'artiste est heureusement exprimée par cette inscription : Tu mihi </ uodeumt/ue hue renun est.

NOTICES HISTORIQUES

sur le Capitole. La loge , ou petit pavillon , bâtie sur les bords du Tibre, est dans une position délicieuse.

Élévation du palais Sacchetti.

î« 1 j réputation de cette façade est justiüée par la belle ordonnance

de son ensemble, l'excellent rapport de scs étages , l'heureuse répartition du rez-de-chaussée , non moins que par la correction et la beauté de scs détails.

Cependant elle n'est pas, peut-être, à l’abri de toute critique, et l'on pourrait, ce nous semble, reprocher aux .croisées du premier étage d’être trop peu importantes comparativement à celles du rezde-chaussée et du deuxième étage. On trouve, en outre, dans les premières, une particularité remarquable. Suivant le précepte de Vitruve, elles vont s'élargissant graduellement de haut en bas. Sangallo qui , pour les croisées et quelques portes du rez-de-chaussée de la cour du [valais Farnèse, a usé du même système, avait trouvé des exemples antiques d’une telle pratique , soit au temple de la Sibylle à Tivoli , soit à celui d’Hercule à Cora.

Toute la façade est construite en briques apparentes : ces briques, suivant l’intention probable de l’architecte, devaient être revêtues d’un enduit. Les bandeaux, la corniche de couronnement, la porte et les croisées , sont seuls en travertin.

Détails de l’élévation du palais Sacchetti :

m On pourrait difficilement offrir de plus beaux modèles de détails tant pour la nature des profils que pour la division des moulures. Us sont traités dans une manière large et sévère, et peuvent être cités pour la pureté du style. Nous avons représenté le balcon tel qu’il

ET CRITIQUES

existe aujourd'hui au-dessus de la porte d'entrée. Il ne parait pas, à la vérité, appartenir au premier jet de l'auteur, mais il pourrait bien être une adjonction que le besoin lui aura prescrite plus tard. I ai composition, au reste, nous en parait si gracieuse, qu’elle pourrait fort bien, et sans préjudice pour lui, être attribuée à Sangallo, bien qu’avec plus de vraisemblance elle doive être considérée comme l’npuvre d’un des continuateurs du palais.

Suite des détails de l’élévation du palais Sacchetti.

Les détails figurés sur cette planche sont , ainsi que les précédents, v. is fort remarquables. La croisée du rez-de-chaussée surtout se distingue par toutes sortes de mérites. Son ensemble est noble et simple, sa proportion heureuse, ses moulures hien entendues, enfin, ses consoles d’une forme et d’un galbe parfaits.

Cour du palais Sacchetti.

Nous n’avons consacré qu'une seule planche à la cour, la partie v, » la moins méritante du palais. Il n’y a même à y distinguer que le rez-de-chaussée et une portion du premier étage, les seules choses qu'on puisse raisonnablement attribuer à, Sangallo. la1 reste est évidemment l’œuvre d’une autre main, et probablement de son élève Nanni Bigio, lequel, loin d'imiter la correction de son maître , se jeta dans les impuretés que Michel-Ange introduisait alors, et dont ses démêlés avec le grand homme ne purent même le garantir.

NOTICES HISTORIQUES

Eglise et couvent de S. M. in 7 rivio.

ii,*j Cette église fut fondée par l’illustre llélisaire, l’an 627, sous le règne de Justinien. Grégoire XIII l’ayant depuis concédée à des religieux nommés Crociferi, ceux-ci, vers i‘38o, la firent reconstruire, ainsi que le monastère contigu , par Giaeomo del Duca. Leur ordre ayant été supprimé par Innocent X , elle passa aux clercs réguliers institués par saint Camille de Lellis pour secourir les malades. On l’appelle aujourd'hui S. M. in Trivia, à cause de la proximité de la fontaine de Trevi. Cette église est petite, mais jolie; la façade est d’un motif agréable, l’intérieur très-riche et décoré de peintures assez estimées. Le petit cloître est d’une disposition commode et se lie bien avec réglise;en!in, l’arrangement dujardinest combiné avec goût.

Eglise S. Lorenzo in Piscibtis.

xiv. i.i II est vraisemblable que cette église fut ainsi nommée d’un marché aux poissons, qui probablement a existé en cet endroit à une époque éloignée : elle est fort ancienne, de même que les douze belles colonnes de marbre précieux dont la nef est ornée. En 1200, elle dépendait de la basilique de Saint-Pierre. Léon X la concéda ensuite à la confrérie des séculiers de ]’église de S. Spirito in Sassia. En iti'iq, elle fut reconstruite par la famille. des Cesi, ducs d'Acquasparta , sous la direction de l'architecte Franersco Massari, et livrée alors aux Pères des écoles pies. Ceux-ci établirent leur noviciat dans les bâtiments de sa dépendance , et une école pour les enfants des habitants du quartier du Trastevere. Sous le poTitifieat de Clément XII, on lit quelques augmentations et des embellissements à la façade sur les dessins de Navone. Le plan, que nous avons seul représenté, est recommandable par sa bonne disposition et sa simplicité.

ET CRITIQUES. l'i~

Plan et coupe de la chapelle Ghigi , située dans l’église de S. M. del Po/>olo.

Cette chapelle, la seconde, à gauche, en entrant dans leglise de i»,*. S. M. del Popolo, fut construite par Agostino Ghigi. Raphaël, chargé de la décoration de cette chapelle, lit les cartons de la coupole, des huit compartiments de l'attique, des quatre l'omis des pendentifs et du tableau de l’autel. L'une des quatre statues placées dans les niches qu'on voit aux angles est également attribuée à Raphaël : toutefois l’exécution en appartient à Lorcnzetto Ixitti, sculpteur habile, qui avait fréquenté l’école du grand peintre d’Urbin.

Malgré l'assertion unanime d'une foule d'auteurs, attribuant tous à Raphaël l’architecture de cette chapelle, je ne pouvais me résoudre • à confirmer une opinion hasardée , et à mon avis dénuée de fondement. En effet, je retrouvais partout, dans la composition comme dans les détails, les traces visibles d'études plus sérieuses et plus profondes que celles qu’on pourrait supposer dans Raphaël. Je cherchai alors à établir par des preuves une conviction dont j’étais pénétré. Je me demandai d'abord s'il était probable que Baldassarre Peruzzi, ayant toute la confiance d'Agostino Ghigi, son protecteur et son ami, n'eût pas été appelé dans cette circonstance; si, comme à la Farnesina, il n'avait pas travaillé de concert avec Raphaël, chacun d'eux chargé de ce qui avait trait à l'art dans lequel il excellait.

Je découvris ensuite des rapports si frappants entre l'ordre corinthien publié par Serlio , observateur constant des préceptes de Peruzzi , son maître, et celui de la chapelle Ghigi, que mes présomptions en acquirent un degré de certitude équivalant pour moi à des preuves. Depuis, j’ai retrouvé dans un seul auteur, dans Lalande, une opinion conforme à la mienne : j’ignore à quelle source il l'aura puisée.

Ce qui charme, ce qui enchante surtout dans cette délicieuse chapelle, c'est sa belle disposition et l’heureux rapport de ses diverses parties. les détails sont aussi parfaitement étudiés; ils sont, pour

NOTICES HISTORIQUES

l'exécution comme pour le choix des ornements , dignes d'être comparés aux ouvrages des anciens. La beauté, la variété et l'harmonie des marbres, le gracieux dessin des compartiments du pavé, et enfin, les peintures mosaïques de la composition de Raphaël lui-même, ajoutent singulièrement au prix de ce petit chef-d'œuvre , lequel, chose bien rare, n'est déparé par aucune tache de mauvais goût.

Détails de la chapelle Ghigi.

iv. i La correction des profils, l’agréable et savante combinaison des moulures, rendent ces détails extrêmement précieux. L'ordre corinthien, dont l'entablement a tant de rapport avec celui que Serlio indique, mérite d'être remarqué. I«i décoration de l’arcade de l’entrée de la chapelle est à la fois riche et de bon goût. La division des compartiments de la coupole est dans un très-beau parti, et les peintures mosaïques sont dignes du grand maître qui en dirigea l'exécution; étudiées d’une manière ravissante pour l'effet de l'ensemble, elles sont admirables pour la variété des attitudes et la grâce de l'expression. Enfin, de «leux talents aussi bien assortis que ceux de l'architecte et du peintre, devait nécessairement résulter la perf'eetion. Honneur donc à Ghigi, auquel ou doit ce chef-d'œuvre, et qui s'est immortalisé lui-même en mêlant son nom à celui des deux grands artistes dont il fut le Mécène !

Maison , piazza Borghese.

iv, w la1 plan de cette maison est d’une disposition sage et commode : quoique fort simple, cette disposition ne laisse pas de produire plusieurs effets agréables et pittoresques. la; charme qu'on trouve dans le vestibule peut s'apprécier à l’aide de la vue perspective que nous en

ET CRITIQUES

»3çj

donnons : bien que ce vestibule soit dépourvu de toute richesse, il plaît néanmoins pour sa forme, pour ses proportions, et parce qu'on y découvre, dès l'entrée, qu’on a songé et pourvu aux principaux besoins. I . escalier est bien situé et se présente tout d'abord et en face. Le passage ménagé dans l’arcade du milieu est d’une grande commodité. Ce motif facilite l’accès des voitures et permet qu’on puisse y monter à couvert. La façade participe de la simplicité «lu plan : elle a peu d’ornements; l'excellent rapport des étages en fait tout le prix (l).

Maison, via dclle Coppelle.

Cette habitation a peu d'importance, mais il y a dans son plan vin, pro V plusieurs bonnes dispositions qui lui donnent de l’agrément.

Maison, via di S. Litcia.

(Quelques combinaisons assez heureuses font distinguer le plan de vii,i>n. > cette petite maison : quoiqu'il n’ait d’ailleurs rien de fort remarquable, il offre pourtant une singularité assez, pittoresque dans la disposition de l'escalier, qui rappelle œux de Naples. Au-dessus de la partie de cet escalier, ponctuée sur le plan , existe une arcade occupant toute la largeur de la cour, et au travers de laquelle on voit les marches s’élever graduellement. La façade est intéressante, et, sous plus d’un rapport, digne d’attention. Les bossages et la porte rustique donnent un caractère de fermeté au rez-de-chaussée, «pie les chaînes de pierre continuent aux autres étages. Ceux-ci sont ornés de s tu «s, fort en usage à l’épotjue où ils furent exécuttis; ces stucs sont ici ajustés avec grâce et font un bon effet. Quant .lux croisées de l’entre-sol et du premier étage, elles ont une importance bien graduée :

(i) Cette façade (Tayaut été de&sincc que pendant mon dernier voyage, ne sera publiée que dans le second volume.

NOTICES HISTORIQUES

leur pro|x>rtion comme leurs profils sont très-convenables. On peut dire qu'en général tout, dans cette façade, décèle un maître habile, que toutefois je ne saurais désigner. Je crus d’abord y reconnaître la manière de SansOrino , auteur du palais Niccolini, représenté planches i4 et 1 1 , niais un plus mûr examen me fit abandonner cette idée. I,e nom des papes Jules III, Paul IV et Urbain VIII, gravé sur le bandeau supérieur, indique probablement que cette maison leur servit d'habitation; l’inscription que porte l'autre bandeau , contient le nom du fondateur (t).

Palais dit la Farncsina; plans.

xiii, h. Agostino Ghigi , riche et célèbre banquier du xvr siècle, connu principalement pour la protection éclairée et les encouragements nombreux qu'il accorda aux arts, fit construire cette charmante habitation d'après les plans et sous la direction de Baldassarre Peruzzi , et sur remplacement occupé jadis par les jardins de l’empereur Geta. La décoration des salles fut ensuite confiée aux peintres les plus habiles, jiurmi lesquels on distingue surtout Raphaël, Jules Romain, Sébastien del Pioinbo, Daniel de Volterre, et Annibal Carrache. C’est dans ce lieu enchanteur que Ghigi aimait a recevoir Léon X, divers cardinaux , et les plus illustres personnages de l’époque.

Si rien n’est plus simple que la distribution de ce plan , on doit convenir en même temps qu’elle est parfaitement appropriée à un édifice uniquement consacré au plaisir. Le judicieux architecte a su comprendre que, en cette circonstance, il fallait savoir tout sacrifier à la représentation; qu’ici, sa mission consistait à disposer, soit des gale-

(i) O uom était d'abord illisible , mais ayant fait depuis nettoyer la frise, on a pu distinguer l'inscription suivante :

PETRVS . CRIBELLVS . MKDIOLANEN . S1BI . AC SVIS . A . FV.NDAMENTIS . F.REXI T

ET CRITIQUES

ries, soit de vastes salles propres à des réunions ou à des fêtes, et en même temps susceptibles de recevoir les éclatants et poétiques embellissements de la peinture : le résultat brillant auquel il est arrivé a suffisamment démontré qu’on 11e pouvait ni mieux concevoir un pareil programme, ni mieux en remplir. les conditions essentielles.

Le plan général donne une idée de la position délicieuse «le ce Casin, situé à proximité d'une grande et belle rue, au milieu de jardins agréables, sur les rives pittoresques d’un fleuve, au delà duquel on découvre une partie des édifices de la ville.

ïJi

É/rvatiun du palais dit la Farnesina.

Cette façade est divisée en trois parties , et ses masses principales, xm', u. c'est-à-dire les deux avant-corps et le milieu , sont entre elles dans un fort bon rapport. O11 rie saurait contester que la loge du rez-dechaussée , ouverte par cinq arcades, n'accuse bien l'entrée, et que la décoration de cette façade, si remarquable par sa gràee et son élégance, ne soit bien assortie à la destination de l'édifice. Cependant, malgré tout le charme et tout le mérite de l’ensemble, on n’a pas laissé de reprocher à Peruzzi plusieurs détails : on a critiqué, sans doute à tort, la longueur démesurée des ordres; elle serait , en effet, choquante pour des colonnes, mais elle l'est beaucoup moins pour des pilastres. D'ailleurs , ees ordres ne sont pas de véritables doriques , ils ne le sont ni pour la proportiou ni pour les profils. Quant à la pesanteur de l'entablement supérieur, qu'on blâme également, ne pourrait-on pas l'excuser en considérant cct entablement moins comme le couronnement du second ordre, que comme celui de h édifice entier? Après tout, serait-il possible de 11e pas remarquer avec quel goût l'habile architecte a su lier à la décoration générale, ces petites croisées de la frise, qui n'v paraissent plus «pie comme de simples cadres?

Et comment ne pas admirer dans l’ensemble l’heureux rapport

NOTICES HISTORIQUES

des étages, la correction et la l>elle exécution de la plupart des profils (i).

V ue de l'extérieur du palais dit la Farnesina.

sut, u Cette perspective indique l'effet produit par le développement des deux pavillons en avant-corps, celui des ordres, des corniches, des arcades et des croisées, et fait même connaître l'une des façades latérales de ce charmant édifice, auquel Vasari a appliqué cette heureuse expression : Non murato ma veramente nato. ( II ne semble pas avoir été bâti , mais être vraiment né par enchantement.)

On aperçoit au fond , à la suite des jardins et de l'autre côté du fibre , diverses coupoles, et les palais Farnèse et Falconieri, dont l’aspect * varié et pittoresque ajoute encore à l'agrément de ce délicieux séjour.

V uc du vestibule ou Loggia.

Nous n’entreprendrons pas ici la description ou l’éloge des peintures admirables qui décorent les voûtes de cette galerie: elles ont été publiées plusieurs lois et ont reçu des applaudissements universels.

Raphaël , aidé de ses meilleurs élèves, y a représenté les amours de Psyché, d'après la fable d’Apulée, Ces fresques avaient beaucoup souffert de l'intempérie des saisons, lorsque Carlo Maratta les restaura ; mais le bleu trop foncé dont il a réchampi les figures, détache trop celles-ci et les rend dures. Les portes indiquées au fond de notre perspective, donnent entrée à une galerie faisant face au Tibre, et conte-

(*) li *(ir la façade quelque*, restes de peinture en grisaille, qui témoignent que la

totalité des murs en était autrefois couverte ; mais les vestiges en sont si rares et si incertains, qu'une restauration complète serait aujourd'hui impossible. On doit avoir d'autant plus de regret que ce* peinture» soient à jamais perdues, que les faibles parties encore visibles sont d’un très-beau style. Les figures assise» ou couchées sur le» archivoltes du rea-de-chaussée sont les mieux conservées. On pourrait même en recueillir, tant sur la façade principale que sur celle du côté du Tibre, un nombre suiBsaut pour compléter l’ornement des dix tympan» de» cinq arcades représentées sur nos dessins : et c’cst aussi ce que nous avons fait dernièrement.

ET CRITIQUES

nant une fresque célèbre, la Galatliée de Raphaël. On remarque dans la même salle des stucs peints par Ualdassarre Peruzzi, et d’une imitation si parfaite , que Titien lui-même y fut trompé , et se refusait à croire que cette décoration fût de la peinture : Egli per niun modo voleva credcre che rpiella opéra fusse pitturri, dit Vasari.

Des Ghigi cette habitation passa aux Farnèse , et elle est aujourd'hui possédée par le roi de Naples, héritier de cette dernière famille.

Petit temple de S. Pietro in Montorio ; plans , élévation et coupe.

Le roi d'Espagne Ferdinand IV et la reine Isabelle sa femme tirent élever en i "ma , dans la cour du cloître de S. Pietro in Montorio,ce petit édifice, l’une des plus admirables productions de Bramante, quoique pourtant l'une des moins considérables. Nulle paît, en effet , ce grand homme ne s’est montré plus pénétré de l'esprit des anciens: nulle part il n’a déployé autant de grâce, autant d’élégance et un talent d’ajustement aussi remarquable ; en un mot , et c’est à notre avis le meilleur éloge qu’on puisse faire de ce petit temple , deux maîtres tels que Palladio et Serlio l’ont jugé digne d’être reproduit dans leurs ouvrages et d’y figurer même parmi les monuments antiques.

Il est de forme circulaire, et entouré d’un portique composé de 16 colonnes (i), qui reposent sur un socle peu élevé, et autour duquel plusieurs marches forment comme line espèce d empâtement. L'ordre dorique est couronné d’une balustrade au-dessus de laquelle s’élève encore, mais en retraite, un attique correspondant au mur de la C’ella, et servant à supporter la coupole. Tel est l’aspect que présente à l’extérieur ce monument , aussi admirable pour l'ensemble de sa composition et scs heureux rapports , que pour l’élégance de ses détails.

(i) Ces colonne* boni en granit gris, mais les bases et les chapiteaux sont en marbre blanc, ainsi f|ue la porie et le couronnement de la coupole: tout le reste est exécute en travertin.

NOTICES HISTORIQUES

L’intérieur, où l’ordonnance du dehors est, sinon reproduite, du moins habilement rappelée, est traité avec une égale supériorité de talent. C’est bien encore un ordre et un attiquc; mais la balustrade intermédiaire ne pouvant s’appliquer ici sans inconvenance, a été judicieusement supprimée. Cependant, il résultait de là une difficulté sérieuse, car il fallait se raccorder avec certaines hauteurs du dehors, tout en évitant de grandir l'ordre, qui fût devenu trop important dans un si petit espace. L’adroite et seule adjonction des piédestaux a satisfait à toutes les exigences, et remédié à tous les inconvénients. Cet ajustement si simple, en apparence, et qu’on dirait trouvé sans efforts, a néanmoins produit un ensemble où tout paraît si heureusement assorti, si harmonieux et si parfait, qu'il faut bien reconnaître que les combinaisons de cette nature n'appartiennent réellement qu'à un génie supérieur.

La chapelle souterraine est ingénieusement placée au-dessous de l’autre, et forme comme une sorte de tombeau où la lumière ne pénètre que par le centre de la voûte, et par un évidement pratiqué audessous de l’autel de l’étage supérieur. C'.est , dit-on , dans une cavité qu'on distingue au milieu du pavé, et au-dessus de laquelle est suspendue une lampe ardente, que fut jadis plantée la croix où fut attaché le saint martyr.

La décoration de cette chapelle est visiblement d'une époque postérieure à Bramante, et date, sans doute, d’une restauration qui eut lieu en i(ia8', d’après l'inscription gravée dans la frise (i).

(i) Voici le texte de cette inscription :

ADHONOREM ET GLORIAM MARTI Ri PRINCIPLS APOSTOLORUM AN . M DCXXVUI.

Une restauration antérieure doit avoir eu lieu en i6o5, d’après une autre inscription qu'on aperçoit à l’extérieur sur une table de marbre posée au-dessus de l’attique :

APOSTOLORUM PRINCIPI ORNATISSI Ml VIRIJOANNIS FERNANDEZ

PHILIPPVS III HISPANIARVM REX PACECO MARCHON1S VILLENAE P1AM THOLVM HVJVSCE SACELU VETVSTATE OPER1S ANTI MEM0R1AM HEREDITARIA COLIfABENTEM DILIGENTIA RELIGION K RENOVAVIT MDCV.

Je suis porte à croire que le couronnement de la coupole appartient à la même époque

ET C1UTIQGES.

Nous n'oublierons pas de mentionner le petit escalier à double rampe, qu’il faut descendre pour arriver à cette même chapelle. Il est compris dans la largeur des marches servant d’empâtement ou de base à l’édifice : et cette adroite combinaison a conservé intacte à l’empâtement sa forme circulaire. Comme l’escalier restait à découvert, il a fallu , pour l’écoulement des eaux pluviales, établir un puisard qu'on voit indiqué sur le premier palier.

Suivant le plan général conçu par Bramante, et resté mal heureusement sans exécution, la cour du cloître , aujourd’hui rectangulaire, devait former une enceinte circulaire décorée d’un portique à colonnes. De cette disposition résultait non-seulement un ensemble ajusté et harmonieux , mais le petit temple, ainsi complété, en acquérait luimême plus de valeur.

Il y a tant de mérite dans cette charmante production , une étude approfondie y fait découvrir tant de beautés , que la critique la plus rigoureuse a trouvé seulement à s’exercer sur de légères imperfections de détail. Ainsi, on a blâmé le chambranle de la porte, parce qu’il empiète et qu’il s’applique sur les deux pilastres adjacents; c'est une incorrection, sans doute, niais il fallait bien se -procurer une entrée d’une grandeur convenable, et le rapprochement des pilastres , suite obligée de l’exiguïté du monument, ne laissait pas d’autre moyen de surmonter la difficulté. On a reproché de même à l’attique d'être trop élevé; mais sans réfléchir que, d’après la disposition du plan général non exécuté , le temple ne pouvait être vu que d'un point assez rapproché, et qu'ainsi cette hauteur devait être diminuée pour l'œil. Enfin, l’on a condamné à la fois la masse trop pesante de l'amortissement de la coupole et le goût de son ajustement : nous devons avouer qu’ici l’excuse manque, et que même, tout en conservant la configuration, nous avons cru pouvoir, sans inconvénient, diminuer la proportion de toute cette partie supérieure de l’édifice. C’est le

NOTICES HISTORIQUES

seul point où nous nous soyons permis de nous écarter de la plus minutieuse exactitude (i).

Détails du petit temple de S. Pietro in Mpntorio.

xiii, «s. Si l’on se reporte à tout ce qui avait été exécuté en architecture depuis l'abandon des lionnes traditions, on ne peut manquer d’être surpris en trouvant dans ces détails autant de linesse que de correction. Uramante montra , dans cette circonstance, combien il savait mettre à profit les études profondes qu’il avait faites à llome et à Naples , sur les beaux restes de l'antiquité. Aujourd'hui même que de telles études sont singulièrement facilitées, et que les applications de l'antique aux détails ont été multipliées à l'infini, on reconnaîtra que celle-ci mérite d'être comptée au nombre des plus heureuses qu’on ait encore faites. L'ordre extérieur et son soubassement, le couronnement de l’attique, et la porte d’entrée, sont, parmi cm détails, ce qu'il faut principalement distinguer.

Suite des détails du petit temple de S. Pietro in Montorio.

xiii, Le plan détaillé que nous donnons ici, fait connaître d'une manière exacte, outre les mesures qui n’avaient pu trouver place sur les autres planches, ce que les plans, les élévations et les coupes avaient laissé d'indécis : savoir, la mosaïque du rei-de-chaussée , celle delà chapelle

(t) Pendant mon second séjour à Rome* j’ai vérifie avec soin sur les lieux nu** dessins graves, et je n’y ai reconnu aucune erreur, si ce n'est dans la balustrade qui couronne l'ordre dorique. On compte seulement trois balustres dans chaque entrc-rolonnemcnt , au lieu de quatre que j'ai indiques. F.n un mot, le nombre total de ces balustres nç s’élève qu'à soixante- quatre. La couverture de la coupole n’est plus aujourd'hui ht même; m la renouvelant, on l'a établie eu plomb.

BT CRITIQUES. ,** • ‘147

souterraine, la décoration des voûtes, et le soflite du portique. Les détails qu'on voit au-dessus ne sont pas par eux-mèmes tri-s- remarquables; niais ils ont cette sorte d'intérêt qui s’attache toujours aux moindres parties d’un bel ensemble (i).

Elévation du palais Cicciaporci , via del Banco di S. Spirito.

Cet édifice , l’une des plus belles productions de Giulio Pippi > Roniano , fut élevé vers l’an i5ai, pour Giovanni Alberini , noble romain, et acquis ensuite par la famille Cicciaporci, dont il porte aujourd'hui le nom. La façade en est d’une belle masse et d’un caractère imposant. L’appareil du rez-d e- e 1 1 a ji ssée est bien étudié , la corniche de couronnement d’un bon effet, enfin, le motif de la loge du troisième étage un amortissement très-pittoresque. Quelques détails méritent également d’être distingués; on peut citer surtout le profil du chambranle du portone, et le bandeau orné de postes. Malgré tant de parties recommandables, il faut cependant convenir qu’il en est d’autres, telles que ces pilastres, sans caractère assignable, et ces encadrements répétés aux deux étages, qui déparent singulièrement l’ensemble. Au reste, ce n'est pus ici qu’il faudrait chercher cette unité, cette pureté de style, ni ce sentiment délicat des convenances, qui répandent tant de charme sur les productions des Bramante , des Peruzzi, des Sangallo et des Vignole.

Presque toute cette façade est construite en travertin et exécutée avec un grand soin. l*e fond des murs et les pieds-droits de la loge supérieure sont en brique; les colonnes seules de cette loge sont en marbre. L’arcade de droite n’a pas été achevée; mais comme il en

(i) Pour donner une idée de l'état actuel du monument , j'ai indiqué sur le plan détaille le» deux entré» latérale» omises volontairement sur le plan d’ensemble, pl. toi. J’ai acquis la certitude, h la suite d’un examen attentif et d’après la nature et la disposition des matériaux, que ces ouverture» sont d’une construction postérieure.

a4S NOTICES HISTORIQUES

existe un arrachement, il nous a été permis de la compléter sur la gravure.

l-i cour est traitée dans un caractère qui a de l'analogie avec celui de la façade.

Palais Vicolo dell’ Oro ; plan et élévation.

v. ai L’architecture de cette habitation a quelques rapports avec celle des palais de Florence. On reconnaît dans son ordonnance une sorte de genre mixte, un caractère indécis dans le style, qui ferait croire que l’architecte chercha à sortir des habitudes romaines et à modifier son propre système, pour donner peut-être à son édifice, élevé dans le quartier des Florentins , une physionomie appropriée à la localité.

I-e plan offre une disposition simple et agréable, et la façade un aspect sévère. La proportion des étages et des croisées y est assez heureuse. On regrette de trouver quelques incorrections dans les détails et que la corniche de couronnement n’ait pas reçu son exécution.

F .a cour est petite et d’une disposition qui n’est pas dépourvue de mérite et d’agrément.

Palais Mattéi di Giove; pleins et coupes.

xi, i. Carlo Maderno fut l’architecte de ce palais, qu’il construisit pour Asdrubal Mattéi , sur les ruines du cirque Flaminius dont Pirro Ligorio nous a heureusement conservé quelques souvenirs. I,e plan est disposé dans un système de magnificence très-convenable pour la destination d’un édifice dont le propriétaire, possesseur d’un nombre considérable d’antiquités, voulait faire une sorte de musée en même temps que son habitation.

On pénètre dans l’intérieur du palais par deux entrées; l’une, située dans l’axe de la cour, y conduit directement, l’autre aboutit à

ET CRITIQUES. ?. (Q

l'escalier dont l'ouverture se présente en face. Une arcade ornée de compartiments accuse cet escalier. La première cour est la seule dont l'architecture soit digne d’intérêt. La seconde est restée dans un tel état d’imperfection, que nous avons cru ne devoir la mentionner sur le plan que par un simple arrachement, et seulement pour en indiquer l’existence. Elle est terminée par un mur de clôture qui la sépare du palais Negroni.

L'ordonnance de la première cour manque d’unité , le style en est peu correct, mais il y a dans l'ensemble des dispositions du mouvement et du charme. Les arcades et les pilastres des portiques, du côté de l'entrée, sont toutefois dans une bonne proportion , et mêmeassezbien profilés au rez-de-chaussée et au premier étage. Fæ deuxième étage, au contraire, est traité sans goût; il y règne une pauvreté choquante, et la hauteur en est trop considérable. Pour le fond de la cour, qui ne se compose que d'un rez-de-chaussée terminé en terrasse, on a suivi la même décoration; mais elle cliange sur les deux faces latérales : là, on a supprimé les ordres; de sorte «pi on y voit seulement des croisées et des mezzanines alternées à tous les étages. Cette répétition serait d'une monotonie fastidieuse, si elle n'était dissimulée par une foule de statues, de Imstcs, de bas-reliefs et d’inscriptions. Distribuées avec intelligence et ajustées avec goût, ces antiquités sont d’un très-bel effet, surtout du côté du portique. On en remarque encore un assez grand nombre dans l'escalier, dont les petites coupoles audessus des paliers sont décorées d'ornements en ■ stuc , gracieux et variés (i). Les voûtes des salles ont été peintes à fresque par l’Al— bane, Lmfranc, le Dominiquin, et autres élèves du Carrache. Iji façade principale n'offrant rien d'extraprdinaire dans le motif de son architecture , nous avons dû l’écarter. Elle est néanmoins digne d’éloges pour la bonne division de ses étages, et pour être conçue dans un

(t) Nous avons

de cet escalier, qu’on trouvera dans le second volume.

faire connaître celte intéressante décoration^ eu publiant deux vues

NOTICES HISTORIQUES

ÜJO

principe de grandeur et de magnificence qui semble encore appartenir aux beaux temps de l’école romaine.

Atout prendre, ce palais forme un noble et riebe ensemble, et peut être considéré comme le meilleur ouvrage de Carlo Maderno.

Palais Mattéi di Giove ; vues de la cour.

*,'.t fies deux vues font connaître les principaux aspects sous lesquels peut se présenter cette cour pittoresque , et donnent l’idée du charme qu’elle tire des antiquités qui la décorent.

Plan de l'église S. M. in Pallicella, dite la Chiesa nuova.

vi , ta Le nom de in l’allicella , donné à cette église, lui vient de ce qu’elle est assise sur un point déprimé de la ville, et formant une espèce de vallée. Construite d’abord par le pape saint Grégoire, elle menaçait ruine, lorsque saint Philippe de Néri, l’ayant obtenue de Grégoire XIII pour les Pères de son ordre, fut autorisé à la démolir pour la reconstruire en entier. Saint Philippe fut aidé dans son entreprise par le cardinal Pier Donato Ccsi , et par son frère, alors évêque de Todi. Grégoire XIII entra également dans les dépenses pour une somme assez considérable, de même que la famille Cesi, qui contribua à celles de la façade.

Les constructions, commencées d’abord en 1075, sous la direction de Gio : Matteo di Caatello , furent continuées par Martino Lunghi le Pieux. Celui-ci exécuta l'intérieur de l'église, et fit même le dessin de la façade, dont il existe une gravure; mais son projet ne fut pas mis à exécution. La façade fut ensuite élevée par Kausto Rughesi , d’après de nouveaux dessins de sa composition. Enfin, le i3 mai 1 jqf) , le cardinal Alessandro Mediei, depuis Léon XI, consacra cette

ET CRITIQUES

église, dont il avait posé la première pierre en La sacristie est

une adjonction due à Paolo Marucelli; mais l’oratoire, le cloître et ses dépendances sont l'ouvrage de Francesco Borromini. Cet architecte termina également la décoration intérieure de l’église , à l'exception des peintures et des stucs dorés qui ne datent que de 1700, et du pavé en marbre de la nef et des chapelles exécuté seulement en 1700.

Quoique le plan représenté sur cette planche soit l’œuvre successive de plusieurs architectes, il règne néanmoins dans son ensemble un accord et une harmonie dont on doit faire honneur à Borromini. Dans cette occasion comme en beaucoup d’autres, cct artiste a fait preuve d’une grande habileté à combiner un plan ; il y a dévoilé toute la souplesse , toutes les ressources de son talent , incontestable à cet égard.

L’église est vaste , décorée avec magnificence et d’un aspect grandiose. La nef est spacieuse, mais les bas-côtés, quoique suffisants pour la circulation, semblent néanmoins étroits. Les chapelles latérales ont entre elles une communication commode, et présentent une suite de culs-de-lbur dont le motif est d’un bon effet.

la» disposition du couvent n’est pas moins bien entendue. L’entrée en est parfaitement située, et les communications tant à l’intérieur qu'à l’extérieur sont établies avec une convenance remarquable. Toutes les parties accessibles au public, telles que le parloir, la sacristie, l'escalier, et la bibliothèque, judicieusement reportée au premier étage au-dessus de l'oratoire, sont distribuées autour de la première cour. La grande cour, au contraire, est fermée et généralement interdite aux étrangers. •

La sacristie est à la fols à portée de l’église et de l’oratoire. Elle existait déjà lorsque Borromini fut chargé d’exécuter le couvent. O11 doit lui savoir gré de l’avoir si habilement enclavée dans ses constructions. Les cellules des religieux sont- situées au premier étage autour de la grande cour. Celle-ci tire un grand agrément de l'eau des fontaines, de la verdure des gazons et des arbustes. Enfin, 1a troisième

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l'our, destinée aux besoins domestiques de la maison, contient à son pourtour le réfectoire et ses dépendances, la cuisine et ses offices.

Pour respecter la propriété d’un voisin qui se refusait obstinément à entrer en arrangement , Borromini fut conduit à donner au réfectoire une forme elliptique, dont il eut par suite beaucoup à s’applaudir, autant pour la beauté même de la courbe que pour sa convenance.

Dans les écrits qui nous restent de cet architecte, il parle encore avec satisfaction de la situation avantageuse des trois principaux escaliers , dont le plus important fait arriver à la bibliothèque et aux pièces voisines : celui qu’il a placé à l’entrée de la grande cour m£ ne des cellules à la sacristie et à l’église; enfin, le troisième, qu'on voit à l'autre extrémité du portique, se trouve à proximité du réfectoire, et forme une descente commode à la grande cour servant de lieu de promenade. Borromini s’arrête avec complaisance sur les détails dé cet escalier , qu’il se félicite lui-même d’avoir étudié avec un rare bonheur. « Il a « pu obtenir des marches qui diffèrent infiniment peu entre elles de « largeur et de hauteur; la proportion des voûtes y est partout excel- « lente, et les jours tirés sur la façade ne détruisent eh rien sa régu- « larité. v En un mot, il paraît si émerveillé de ce résultat, qu’il s’écrie : « Que lui-même a peine à y croire, quoique la chose soit « pourtant sous ses yeux : Dura J'atica a credcr bcnchè lo vedo ocu- « larmente che si siano potutc aver tante case. »

Nous nous dispenserons de signaler une foule d’heureux percés . » obtenus avec une grande sagacité, et dont chacun pourra , sans peine ,

reconnaître les avantages; mais nous croyons devoir faire mention de quelques parties du plan où se manifestent à un haut degré la science et . l’étude. Ainsi, nous engageons le lecteur à se rendre compte de la manière dont les communications de l’oratoire avec l’intérieur ou avec l’extérieur du couvent sont entendues, à examiner dans le même oratoire l’arrangement des petits escaliers circulaires conduisant aux tribunes, et surtout la combinaison de l'un d’eux avec le grand escalier; enfin, à porter son attention sur le grand escalier lui-même, et

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sur les liaisons qui existent entre le réfectoire, le lave-main, l'ofliceet

l'escalier voisin.

On doit vivement déplorer qu'une œuvre d'une conception aussi belle soit déparée par une foule d’extravagances. Pourquoi donc, au lieu de rester simple et naturel, vouloir, à tout prix, faire parade d'originalité ? Mais abstenons-nous de parler des élévations de ce vaste édifice , cherchons plutôt à les oublier, pour ne conserv er d’autre impression que celle de la beauté et du mérite incontestable de ce plan. m

Maisons du XVI' siècle, décorées en sgraffito (i), situées vicolo de’ Matricciani et vicolo del Governo V ecc/tio.

Dans un recueil où l'on s’est uttaché à faire connaîtra les productions v, de l’art a diverses époques depuis celle de la renaissance, on devait VI> " donner une idée du caractère de ces maisons décorées en sgraflîto, qu’on rencontre assez fréquemment à Home, et qui attestent aujourd’hui que ce genre de décoration fut autrefois fort en usage en cette, ville. D'habiles peintres ne dédaignèrent pas alors de consacrer leurs talents à orner l’extérieur des habitations particulières, et l’on cite parmi eux Polidoro di Caravaggio et Maturino. Tous les deux aequi- * rent une grande réputation dans ces sortes d’ouvrages, où non-sculè- > ment ils représentaient des grotesques et des ornements, mais traitaient • ■< même avec succès des sujets d’histoire.

I,a plupart de ces peintures, exécutées en grisaille, en clair-obscur, ou en sgraftito, ont été détruites avec l’enduit sur lequel elles étaient appliquées, ou bien ont disparu sous la couche de chaux dont, par insouciance, on les a malheureusement recouvertes, de sorte qu’il n’est

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(i) On trouvera, à U fin de notre chapitre sur les matériaux de Borne, U description du procédé employé pour exécuter ces sorte» de peinture» ivojrz page 88.) ~

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