‹ Èdifices de Rome moderne, ou Recueil des palais, maisons, èglises, couvents, et et autres monuments publics et particuliers les plus remarquables de la ville de Rome dessinès, mesurès et publièsChapitre 54 sur 104 · I. . / Pilai* de lilru · texte numérisé non relu

I. . / Pilai* de lilru

Nota

Lroa III

• a Laralier Saint, a Reair» de U Wd>lwr tWq daff-Mait* /• SiUaüoa de IV

beloqur de Su|r V

< de» b il 1 au- 11 U de

SVieuu de latrie . wo«« fkrediMton» m (Ale «le cette notree le plau qui repreiesle Crut de»

Coentmrliont aiant que Sut» V net y appurtri de f raed» rkauf eue»»

Ce plaa dut tire casapan à celai de ia plan* «-la t a l.qei e» |*nn»e l'état actnelde* loobtr* La «er qui r»t dm-

’ reprenante le palais a

r ItApiul ft.Mvalavr.

anterieure a Sutr \ . eut» elle ec roaeerde pe» parfaitement avec le»' uadkatiuu» de plae. I.'aee et l' autre taet «traits dr l'ouvrage de Coure Raapoai (De l*nii**ei p-thmrtktm L*t*e*m*nu ), qui mm doute les a lai aalue pu*»e» a de* uaree» ddlrrratea Ce* deux rruadgaeurota que août dour.out étant d'un irr*-baat iuttrdt, a ou* Mort» toala le» présenter inUrU et mm U Moindre altération. en laiaaaatao lecteur le au.n de faire les rc triicatinaa nécr*«airr. pour Mettre la «ik d aeeord am le pian

Après avoir livré tiataille à Maxence, son compétiteur à l'empire, '■ w i»t. Constantin le Grand entra victorieux dans Home, et choisit jiour lialii- !.*’ ',tl' " ’ tation, sur un plateau du Celius situé à l’est, un |>n lais (pii avait appar-

NOTICES HISTORIQUES

tenu aux Lalerani , ancienne et puissante famille dont parle Tacite à l'occasion de Plauti us Lateranus, mis à mort par Néron. Après avoir reçu le baptême des mains tle saint Sylvestre, Constantin , vers l’an 3a4, lit élever une basilique au Sauveur au milieu même de son palais, qu’il agrandit considérablement. lorsqu'il quitta Rome pour aller se fixer à Constantinople, il fit don à saint Sylvestre de l'église et du palais, qui depuis fut habité par les papes jusqu'à leur départ pour Avignon.

Cette basilique est considérée connue la principale église du inonde catholique; elle est le siège épiscopal des papes en qualité d’évêques de Rome, et on la regarde comme la mère et la tête des églises de la ville et du monde entier : Ecclesinrum urbis et orbis mater et caput. Son nom a varie à diverses époques : on l’a appelée bajilit/ue Constantiniemic , parce que Constantin en fut le premier fondateur; basilique du Sauveur , parce qu’elle fut d’abord dédiée au Sauveur par le même empereur; basilique <ü Or (Aurea), à cause des richesses considérables et des dons magnifiques dont elle avait été comblée; basilique du Latrau (basilica Lateranense), parce qu’elle fut fondée sur le palais des T,ateiani ; enfin, basilique de Saint-Jean , parce qu’elle fut dédiée aux saints Jean-Baptiste et Jean l’évangéliste.

I.a basilique primitive a subsisté environ mille ans, à l’aide de restaurations successives faites par différents pontifes, et principalement par saint Zacharie, saint Léon I", Benoit III, Sergius III, Adrien V et Nicolas IV ; mais en 1 3o8 elle fut , ainsi que le palais, presque entièrement détruite par un incendie; toute la toiture, le portique, l’habitation des chanoines, enfin le palais tout entier, à l'exception de la chapelle Saint-Laurent, appelée Sancta sancturum, à cause des reliques qu’elle contenait, devint la proie des flammes. L’incendie détruisit quantité de tentures d’or et d’argent, un grand nombre d’habits sacerdotaux, et les vases sacrés. Alors les papes résidaient à Avignon, et Clément V, qui en ce temps gouvernait l’Eglise, mit le plus grand zèle à réparer le désastre. Il excita la piété des fidèles

BT C.ftlTlgl KS.

|>our les faire coopérer à une œuvre aussi sainte, et dès l'année suivante il put envoyer à Rome des sommes considérables pour la réédilication de la basilique. Celle-ci, grâce à ses soins, ne tarda pas à se relever plus belle et plus riche que jamais. Mais un demi-siècle après, au mois d'août i36i, un nouvel incendie détruisit les nefs et les cha-

pelles, jusqu’à celle dite Sancta sanctorum ; rien ne fut épargné, et de tout l’édifice il ne resta que les murs (i). On peut se faire une idée de toute l’étendue de la catastrophe par ce passage d’une lettre de Pétrarque à Urbain V : « Le Latran, dit-il, git à terre; et la mère ■ des églises, manquant de toiture, est ouverte aux vents et à la pluie « Laterarmm hitmi jacet; et ecclesiarum mater omnium , tecto cuti. rens, et ventis palet ac pluviis. »

la* pontife Grégoire XI, cédant aux sollicitations des Romains, reporta le saint-siège d'Avignon à Rome; ruais comme le palais de Latran était en ruine, il dut s'installer au Vatican. D'après ses ordres, l’église fut réparée, et en cela il fut aidé, comme son prédécesseur, par la piété des fidèles. Diverses inscriptions [lortant la date de i364 et 1365 désignent même plusieurs particuliers comme ayant remplacé des colonnes détruites ou endommagées (a). On doit cependant croire que quelques parties de l'église furent épargnées par le feu, notamment la mosaïque de l'abside que Nicolas IV avait fait exécuter, et qui subsiste encore de nos jours. Grégoire XI fit divers embellissements à la basilique, et ouvrit une nouvelle entrée à l'extrémité de

i i) Ces deux incendies furent occasionne* par des ouvrier* plombiers occupé* à reparer U toiture. L'Incendie qui de nos jours, en i8»3, ■ consume la magnifique basilique de Saint-Paul hors les murs, provient de la même cause. A toutes les e|Miqucs,ct dans tous les pav*, ces ouvriers ont la même incurie, et on ne saurait trop te prémunir contre eux.

(9) Voici quelques-unes de ces pieuse* dédicacés :

In nomme Domini. Amen.

In nomme Domini.

In nomine Dont tnt. Amen

Anno Domini i365 , •iimim* Julii. QuesU colonn.i fret» fare Thomai degK Astalli, per l'anima di Alfsso filio tnio.

IM mese di marxo »36/i , Francesco Guttardodi Milano fece fare queste due colonne a riverenzia di messer santo Jo. Hattisla, in merito delf anima sua e di tutti i suoi rnnrti, r in riposo.

Anno Domini 1 165 del mese di ottobre. (Juexla colouna feee fare Cola suo per l'anima di Diello B«ncabella sut* padre.

fit

NOTICKÏ HISTORIQUES

In nef transversale, qu’il décora en marbre de Paros d’un beau travail. Après lui , Martin V Ht exécuter dans la grande nef un pavé d’un dessin agréable, et chargea Pisanello et Gentile da Fabriano des peintures, dont il aurait voulu, suivant Vasari, confier une partie à Masaccio. Ensuite Eugène IV fit revêtir en maçonnerie la plupart des eolonnes de la grande nef que l’incendie avait fort endommagées, remplacer par des arcs les entablements des colonnes, et construire la grande sacristie aujourd'hui à l’usage des chanoines. Sixte IV y fit des améliorations; il renouvela le clocher et les murs latéraux; fit daller les petites nefs, et ajouta quelques embellissements au-dessus du portique de la façade. Après lui, Alexandre VI fit exécuter le grand arc qui pose sur deux grosses colonnes de granit oriental, dont la hauteur est de cinquante palmes (i ini, >5), et qui s’élève au-dessus de l'autel pontifical. I<éon X y fit quelques travaux, cela est certain, mais on ne saurait dire en quoi ils consistèrent. Pie IV, après avoir fait réparer le mur situé au nord à l'extrémité de la nef transversale, éleva au-dessus deux nouveaux clochers qui existent encore de nos jours, et forma de ce côté une façade imposante (noyez planche aaô) ; il s’occupa également de l’intérieur, et on lui doit le magnifique plafond de la grande nef, auquel son successeur saint Pie V mit la dernière main. Sixte V a laissé ici de nombreux souvenirs de sa munificence. C’est lui, en effet, qui fit élever par Domenico Fontana le double portique en saillie sur la façade du nord construite par Pie IV. Ce fut encore lui qui fit bâtir, sous la direction du même architecte, le palais pontifical qui tient à l’église, et l’édifice voisin, la Scala sauta. Enfin; l’érection du grand obélisque qui fait l’ornement de la place est encore due aux soins du même pontife, au génie du même architecte. Sous les règnes suivants, les embellissements continuèrent. Ainsi en i 600 ( i ) Clément VIII chargea (iiacomo délia Porta de reconstruire toute la nef transversale, qu’il

| Celle d.ite, admise par plusieurs auteurs, me semble aventurée. Kn effet, en iStg, quand <■14 : délia Porta exécutait la grande coupole de Saint-Pierre, on parlait déjà de son grand âge, et on lui donnait un auxiliaire. On se demande si en i$ooilest probable qu'il vécut encore.

KT CRITIQCF-S.

décora de peintures et de sculptures. Il fit don à l’église du bel orgue placé à l’extrémité de la nef transversale et adossé au portique de Sixte V, et c’est lui qui fit exécuter les fresques de la sacristie.

Cependant, après tant de travaux et de restaurations, toute la partie principale <le l'église, la grande et les petites nefs ne présentaient pas un caractère de solidité rassurant ; aussi, sous Innocent X, la question de la démolition entière de l’ancienne basilique fut-elle agitée; niais le respect qu’on portait à la mémoire de Constantin et de saint Sylvestre fit hésiter, et l'on se demanda s’il ne valait pas mieux reprendre les vieux murs et les fortifier. Cette opinion ayant prévalu, Innocent X donna l’ordre à Borromini, qu’il avait choisi pour architecte, de se conformer à cette décision. Ia*s travaux furent entrepris aussitôt, et terminés en six années, pour l'époque du jubilé de i(>5o. Tout le système de décoration de l'ancienne église fut changé. Aux colonnes de marbre et de maçonnerie endommagées par le feu et les tremblements de terre , et jugées ne pas présenter des garanties de solidité suffisantes, Borromini substitua de forts piliers ornés de pilastres composites accouplés. I, 'ordre fut élevé jusqu’au soffite de Pie IV, que l’architecte eut le bon esprit de conserver' intact. les piliers furent reliés par des arcades, et les entre-pilastres décorés de grandes niches dont les frontons sont supportés par des colonnes de marbre vert antique, ayant appartenu à l’ancienne basilique. Pour se faire une idée de la restauration de Borromini , il faut comparer sur les deux plans les anciennes nefs avec les nouvelles. ( Page et planche aa4-)

Quelque considérable qu'ait été la restauration de la nef transversale au temps de Clément VIII, elle ne fut cependant pas complète. L’abside menaçait ruine (i), lorsqu’en tG63 Alexandre VII en ordonna la réparation. Ce même pontife fit enlever les panneaux antiques et de

(i) Ce fait démontre que la démolition entière, à laquelle on avait songe dix-neuf ans auparavant, eut ctè le meilleur parti à suivre, du moins au point de vue du constructeur. Mais on doit pourtant se féliciter de ce que plusieurs débris vénérables de l'ancienne basilique aient été ainsi e|>argnés.

NOTICES HISTOHIQUES

bronze d'une porte de l’église Saint-Adrien , pour les adapter à la porte de l’entrée latérale sous le portique de Sixte V. Clément XI s’occupa plus particulièrement de la décoration intérieure. I .es peintures des médaillons ovales placés près des chapiteaux dans les entrepilastres de la grande nef manquaient : il en ordonna l’exécution. I,cs grandes niches qui leur correspondent au-dessous étaient restées vides ; grâce à ses soins, douze statues de marbre , représentant les douze apôtres et ayant 4“)68 de hauteur, y furent placées. Ces statues, généralement estimées, furent autant de dons faits à l'église par d'éminents personnages, et le prix de chacune d'elles s’éleva à la somme de cinq mille écus romains (environ 26,750 francs), qui équivaut aujourd'hui à une somme peut-être double. Le même pontife fil restaurer de nouveau le plafond et les peintures de la nef transversale, et réparer l’un des clochers de Sixte IV. Il songeait encore à reconstruire la façade principale, et déjà il avait institué une sorte de souscription ( mo/tiplico ) pour en couvrir les frais. I^es deux frères Pamlili , le prince et le cardinal, y figuraient même pour une somme de seize mille écus romains. Il était réservé à Clément XII d'accomplir ce projet qui l’honore, ainsi que son architecte Alessandro Galilei. Mais la gloire principale du prince et de l'artiste repose plutôt sur la construction de cette élégante et magnifique chapelle appelée Corsini, du nom du pontife, qu’on trouve la première à gauche dans l’église. Enfin, au temps de Pie VI, on exécuta des réparations importantes au soffite de la grande nef ; et, pour perpétuer le souvenir de cette restauration, les armes de ce pape furent placées au centre de la première travée. Les armes de Pie IV figurent dans la travée du milieu , et celles de Pie V dans la troisième et dernière travée : on a ainsi fait l’historique du plafond par ce rapprochement des trois papes qui ont commencé, continué et réparé ce magnifique ornement de la grande nef.

Nous avons retracé sommairement la suite des vicissitudes éprouvées par cette mère des basiliques ; mais notre tableau reste incom-

ET CRITIQUES. 4

plet , et nous y reviendrons pour y ajouter quelques autres détails quand nous aurons à faire l'examen des planches suivantes.

Considérons maintenant, sur la planche aa3, le plan d'ensemble, ou se trouve indiquée la situation précise des divers édifices qui se rattachent à la basilique de Saint-Jean de Latran. Comme nous allons les passer successivement en revue, il importait de bien définir les localités par un plan général. Quoique ces monuments soient ici groujiés en désordre et sans régularité , ils n’en présentent pas moins le programme le mieux écrit et le plus complet d'un grand établissement religieux dans une ville épiscopale de première importance. Les exigences de chaque édifice, les accessoires, les dépendances, et jusqu'aux projiortions relatives, y sont clairement exprimés. Vous y trouvez la cathédrale, le baptistère, le palais épiscopal, le monastère, l’hôpital des hommes, celui des femmes, le cimetière, la chapelle (ici la Scala santa), pour recevoir des reliques en grande vénération ; l'abside (/e triclinium), sorte de re|>osoir d’un bel effet qui figure avec à-propos aux abords des temples; le monument destiné à décorer la place, et qui, surmonté d’une croix , comme ici l’obélisque, annonce au loin la proximité d'une cathédrale; enfin la fontaine, qui répond aux nécessités du culte et doit être empreinte d’un caractère religieux. Un plan tel que celui-ci , qui renferme des éléments aussi sûrs, sera toujours consulté avec fruit par l’architecte qui aurait à produire une œuvre de ce genre et aussi complexe; il y trouvera les bases fondamentales de son travail.

La vue du haut de la planche vient ajouter quelques éclaircissements aux renseignements donnés par le plan général , et reproduit la physionomie des lieux. Le baptistère octogone s'y présente d’abord à droite, puis la façade latérale de la basilique; en face se trouve l'obélisque et la fontaine; derrière est le palais pontifical, et à la suite la Scala santa (i) avec, le profil du triclinium; enfin, des

(i) I /érection de ces quatre derniers monuments est duc à Sixte V et à son architecte LKjmenico Fontan.r * • - . .

NOTICES HISTORIQUES

débris d'aqueducs se prolongent au loin vers la gauche. Les édifices dont nous venons de faire l'énumération seront représentés sur une plus grande échelle et décrits tour à tour; mais comme nous n'aurons plus occasion de parler de l’obélisque, de l'hôpital et de ses dépendances, nous allons nous en acquitter immédiatement.

Hôpital et cimetière.

L'hôpital qui est situé à l’angle de la place et de la rue de S. Gio : in Laterano fut fondé en îaiti, sous le nom de Saint-Sauveur, par le cardinal Jean Colonna.' Depuis il a été restauré et agrandi. Il peut recevoir environ trois cents lits. L’hôpital des femmes, bâti en face, est moderne, et peut contenir soixante lits. A la suite vient le cimetière, auquel on arrive en montant une rampe en pente douce : à gauche est l'entrée de la chapelle funèbre, et à droite celle du cimetière, dont l’enceinte est fermée par un mur d'appui. Cette disposition est satisfaisante, mais la décoration est sans aucune valeur architecturale.

L'établissement est desservi, comme les hôpitaux de France, par des sœurs hospitalières installées, il y a peu d’années, par la princesse Doria.

Obélisque.

On savait que, depuis bien des siècles, un obélisque égyptien, le plus grand qui eût jamais été transporté à Rome, était enfoui dans le cirque Maxime, ainsi qu'un autre d’une moindre dimension ; mais on ignorait le lieu précis où il se trouvait, lorsqu’il fut découvert par hasard le i5 avril 1587, à la profondeur de palmes (5", 35)..

Sixte V faisait alors pousser avec une grande activité les vastes constructions qu'il avait entreprises au Latran. Il apprend la decouverte qu'on vient de faire, et aussitôt sa résolution est prise. Il veut que le grand obélisque serve d'ornement à la place Saint-Jean de La-

ET CRITIQUES

tran, qu'il soit placé en face de l’entrée latérale de l’église, et dans l'axe de la longue rue i/t Merulana ouverte par Grégoire XIII, et qui conduit à Sainte-Marie Majeure.

L’obélisque, qui est en granit rouge et chargé d’hiéroglyphes , fut d’abord, suivant l’interprétation qu’on leur donne, érigé à Thèbes. dans la haute Egypte par le roiTouttnosis II. Constantin, qui voulait le transporter à Constantinople, lui avait déjà fait descendre le Nil

jusqu’à Alexandrie, lorsqu'il vint à mourir; son fils Constant, changeant sa destination, le dirigea sur Rome , porté sur un vaisseau de trois cents rameurs. Le monolithe remonta le Tibre, entra dans la ville par la porte Osticnse, et fut placé, l’an 34o, sur la Spina du cirque Maxime.

Domenico Fontana, qui avait transporté et élevé avec tant de succès l’obélisque de Saint-Pierre, dut naturellement être chargé par Sixte V de cette nouvelle entreprise, qui présentait en outre plusieurs difficultés d’un autre genre. L’obélisque avait été retrouvé brisé en trois morceaux, dont on voit ci-contre la figure et les dimensions :

tn.

Le morceau du bas a de longueur. . 66 palmes, ou l4,7 >8

Celui qui vient à la suite 44 9,81a

Enfin celui du haut, compris la

pointe ou pyramidi uni 35 •, , 7,805

Longueur totale i45 palmes, ou 3a”335

A la base , les faces sont d'inégale largeur ; la moyenne est de 1.3 palmes t (a“, 917) ; au sommet, à la naissance du pyrainidium, la face est large de 8 palmes 7 (i",84o).

La première opération que Fontana eut à faire fut de retirer l’obélisque du terrain fangeux ou il était plongé à une profondeur, avonsnous dit, de plus de cinq mètres. Mais sur ce point déprimé de la ville le sol est constamment détrempé par les eaux qui y abondent ; aussi trois cents travailleurs sur cinq cents furent-ils constamment occupés

48s rCOTICKS HISTOHIQIIKS

à épuiser l'eau. Cette opération préliminaire terminée, l’obélisque, pour arriver à Saint-Jean de I<atran, dut suivre des rues étroites et toujours monter dans un parcours de a,35o mètres.

Le massif en maçonnerie destiné à recevoir l’obélisque fut établi à une profondeur de l\i palmes (9“,36<>), et porte de largeur dans les deux sens f\o palmes ( H™, 920 ) ; au-dessus s’élève un piédestal tout entier en travertin, dont la largeur est de 16 palmes r O". 679). et la hauteur jusqu a la naissance de l’obélisque, 38 palmes (8™, 474); enfin, la hauteur totale du monument , depuis le sol jusqu'au sommet de la croix, de ao4 palmes (4 "V” ,49 a)- Quant au poids, il monte, d'après |e calcul, à i,3io,4q4 livres de la onces, ou 491,435 kil.

Pour dresser l’obélisque de Saint-Pierre et soulever cette masse d’un poids énorme, Fontana avait imaginé un châssis formidable qui avait obtenu un plein succès. Mais ici se présentait une difficulté nouvelle, une question ardue. Il s'agissait d’asseoir les uns sur les autres des morceaux séparés, et de les réunir par un moyen puissant et sûr. L’habile architecte dut réfléchir longtemps et mûrement avant de s’arrêter à un parti. 1-e procédé ingénieux qu’il préféra et mit en pratique démontre combien son esprit était fertile en expédients. Il fit creuser, dans le joint inférieur et supérieur de deux des morceaux qu’il s'agissait de réunir, une entaille en forme de croix qui lui servit à deux fins : d’abord à maintenir les cordages qu’on introduisait dans cette entaille, et qu’on pouvait retirer à volonté; ensuite, à relier ensemble un morceau avec l’autre. Cette entaille fut creusée à queue d'hironde, c’est-à-dire plus large au fond et plus étroite à l’orifice, et de telle sorte que la croix supérieure rencontrât avec une exactitude rigoureuse la croix inférieure. Des blocs de granit de même nature furent ensuite taillés de manière à pouvoir remplir le vide des entailles; ces blocs ayant conséquemment ■ sur la face ex-

fcT CRITIQUBS.

térieure la forme d’une double queue d'hironde, plus larges aux extrémités et plus étroits au milieu, pénètrent sur les quatre faees jusqu'au rentre de l’obélisque; puis, étant scellés et plombés, ils rattachent et enchaînent avec une telle force le morceau supérieur au morceau inférieur, que, s’il était possible d’enlever l'oliélisque par la pointe, les deux morceaux dont nous parlons, et le troisième qui leur est aussi adjoint par le même procédé, suivraient le mouvement comme s'ils ne formaient qu’un seul morceau. La jonction . est si bien faite, qu'aujourd’hui il semble qu'il n’v a jamais eu de rupture.

Tous ces travaux furent achevés le 10 août ir>88, et accueillis par d’unanimes applaudissements. La croix plantée au sommet de l'obélisque fut saluée avec solennité, et en signe d’allégresse, par l’artillerie du fort Saint-Ange, et par celle qu'on avait amenée sur le muni Celius.

Basiliipie de S. Gio : in iMterano ; plan détaillé de l'église , du cloître, et du palais pontifical.

Le plan que nous avons sous les yeux est établi sur une échelle i. ...i, assez grande pour qu'on puisse l’apprécier dans ses moindres parties.

Nous ne nions pas qu’il n’ait plusieurs points vulnérables et accessibles à la critique. On y trouve des formes bizarres, des ajustements . mal étudiés, des liaisons combinées sans art ; mais à part ces détails, qu’on peut oublier pour ne considérer que le vaste ensemble, ou conviendra cpie l’église, le cloître et le palais présentent un groupe de bâtiments d’une disposition pleine de grandeur, des rapports de masse d’une rare justesse; qu’on y a ménage des accès nombreux, et rendu partout la circulation facile. Ce plan seul fait déjà pressentir une architecture d’un caractère imposant à l’extérieur, et une ordonnance à l’intérienr qui produira de brillants effets,

NOTICES HISTORIQI.'ES

I ai disposition de l’église rat d’une grande magnificence; elle est régulière, mais un peu décousue dans la partie du fond. Cela devait être ainsi ; et pour le concevoir il suffit de se rappeler que cette église, dans son état actuel, est le produit de restaurations successives opérées à de longs intervalles ; que la partie véritablement ancienne se borne à l’aljside, et au portique appelé Léonien qui enveloppe cette abside On ne doit pas non plus oublier que la restauration de la nef transversale n’a été effectuée que longtemps après ; qu’on a procédé ensuite à l’exécution du portique de la façade latérale du nord et du palais pontifical tout entier; puis au renouvellement total des cinq nefs, et enfin à la construction' du vestibule et de la façade principale. Toutes ces différentes parties , exécutées à îles époques si éloignées les unes des autres , par des artistes de doctrines si diverses , devaient amener bien des discordances , et il y a lieu de s’étonner qu'elles ne soient pas plus marquées.

Quant aux chajtelles, et il y en a de très-lielles , elles complètent l’église et lui donnent plus d'importance. On ne peut toutefois s’empêcher de regretter l’absence d’uniformité dans le périmètre, et que l'ordonnance du plan soit ainsi déparée par une suite de petits bâtiments incohérents. Cette irrégularité, si fâcheuse à l'extérieur, n’a pas le meme inconvénient à l’intérieur, et n’y produit pas toujours des disparates choquantes. - •

Lorsqu'on pénètre dans l’église du côté de la façade principale, on trouve d’abord un vestibule étroit, sans mouvement de lignes, et conséquemment sans effet ; seulement il est riche et orné de vingt-quatre pilastres de marbre blanc , qui se détachent sur un fond de marbre jaune antique, lais compartiments du pavé sont en marbres variés, et la voûte surbaissée est ornée de nombreuses rosaces, le tout, d’un goût sec et médiocre. A gauche et à l’extrémité du vestibule, on voit une statue en marbre de Constantin; elle manque de caractère, et elle porte dans l'exécution les symptômes de la décadence du goût au iv' siècle. Cinq portes avec chambranles de marbre donnent accès à

RT CRITIQRKS.

l'église; celle du milieu est ornée des panneaux de bronze i|u' Alexandre -VIF avait d'abord fait transporter à l’extrémité de la nef transversale, et qui furent depuis reportés par Clément XII à l’endroit que nous désignons. La porte qu’on remarque à droite, sous le même vestibule, est ordinairement murée , et ne s’ouvre que pendant l'année du jubilé.

A l'intérieur de l’église, la seconde chapelle de droite en entrant appartient à la famille Torlonia , qui l'a décorée avec magnificence. Lachapelle Massimi, qui vient ensuite, est d'une ordonnance dorique, et fut construite par Giacomo délia Porta. Du même côté, et Hans la seconde petite nef, on voit une peinture du Giotto, autrefois placée sous l'ancien portique du cloître; elle représente Honiface VIII, qui en i3oo publia l'indulgenre du jubilé. Hans la même petite nef existent des épitaphes et dit ers tombeaux, parmi lesquels nous citerons celui du cardinal Ranuccio Farnèse, arehiprétre de la basilique, exécuté sur les dessins de Vignole, qui fut son architecte; mais ce monument, qui manque à la fois de caractère et de goût, est peu digue de l’artiste. •

• Si oti se reporte de l'autre côté de l’église, la première chapelle qni se présenté à gauche en entrant est celle de la famille Corsini ; monument splendide, d’une élégance et d'un goût parfait, dont nous aurons bientôt à faire ressortiren détail les rares beautés, lai troisième chapelle, de forme ovale, fut décorée d'un ordre ionique par Onorio Lunghi; après avoir appartenu aux Santori et aux Leva, elle est aujourd'hui la propriété du prince de la Paix, I Kspagnol Gndoi. I.a famille Laucellotti possède la quatrième chapelle, qui fut élevée par Francesco da Volterra, et renouvelée pur Antonio de' Rossi. Après, vient le tombeau du cardinal Casanata, qui a bien mérité de la ville |H)ur l'avoir dotée d'une riche bibliothèque, placée dans le couvent de l'eglise de la Minerva. Le tombeau est une leuvre estimée de l agros, sculpteur français.

Plus avant , eu entrant dans la nef transversale , on voit à gaucliç

NOTICES HISTORIQUES

le grand autel du Saint-Sacrement, que Clément VIII fil exécuter par Pietro Paolo Olivier!. Cet autel est enrichi de matériaux d’un grand prix, mais il est d'une mince valeur artistique. I<>s quatre petites colonnes du fond qui entourent le tabernacle sont de marbre vert antique, tandis que les quatre grosses colonnes cannelées et composite» qui viennent en avant sont de bronze doré, ainsi que l’entablement et le fronton qu’elles supportent. Leur diamètre est de o" ,ga ; elles furent, dit-on, données à la basilique par Constantin. Jadis elles étaient rangées sur une seule ligne près du mur intérieur de la nef transversale, à peu de distance du maître-autel (t). On prétend qu’elles remontent au delà de Constantin, et que ce fut Auguste qui les fit façonner avec le bronze des éperons de navires pris sur les Egyptiens à la bataille d’Actium. Près de cet autel, et en face des bas-côtés, existe une chapelle servant de chœur d'hiver aux chanoines. Elle est ornée de très-belles stalles en noyer que la famille Colonna, dont les armes sont ici souvent répétées, fit exécuter sur les dessins de Girolamo Rainaldi.

Au fond de l’église et derrière l'abside, on distingue un portique dit Léonien , jadis ouvert, qu’on attribue à saint Ia;on I", et alors bâti vers le milieu du ve siècle. Sous ce portique sont disposés plusieurs monuments d’art et des tombeaux d’illustres personnages. On y remarque diverses épitaphes, et notamment Celles de l’architecte Alessandro Galilei et des peintres André Sacchi etGiuseppe Cesari, dit le Joscphin.

L'abside, qui vraisemblablement date de l’origine de l’église, fut réparée par Nicolas IV, ainsi que la façade principale. I,’ inscription qu’on lit à droite, près de l’entrée du portique Ix'onien , en fait foi : Pnrtem posteriorem et anteriorcm ruinosas hujns snneti templi a fundamentis reedificari fecit. Ce fut encore le même pape qui orna cette abside de belles mosaïques qui ont échappé aux terribles incendies de i Jo8 et 1 3fii . Ces peintures furent exécutées par Jacques Torriti, ap|>elé aussi Mino da Torrita, et par frère Jacques de Camerino.

(t) Voyez le plan tle l'ancienne basilique, mis en tête de celte notice (page 47^).

ET CRITIQUES

Elles sont signées ainsi : ♦ Jacobus Toriti pictor hoc opus / ècit , et fr. Jacobus de Camerino sortus magistri operis. En laya, Gaddo Gaddi , artiste florentin , y mit la dernière main en exécutant la partie inférieure, c’est-à-dire les figures placées entre les croisées. Nous ne donnerons pas la description de ces mosaïques, et il suffira de savoir que Nicolas IV y est représenté à genoux, les mains jointes, et revêtu de ses habits pontificaux.

Jadis le siège de marbre où trônait le pontife se voyait au Fond de l'abside; il. est aujourd'hui remplacé par l'autel des chanoines, dont . le chœur a été établi dans l’abside. En avant de celle-ci, et dans l'axe de là grande nef, est situé le maitre-autel, construit vers i367 par Urbain V, aux frais de Charles V, roi de France. Il est composé de deux étages, dont le second , destiné à recueillir de précieuses reliques, a reçu la forme d'un tabernacle. On distingue ce monument intéressant au fond de la vue intérieure de la planche aab, et nous en produirons le détail sur la planche aa8.

A l'extrémité nord de la nef transversale, on remarque deux belles colonnes cannelées de jaune antique qui supportent l’orgue. Ces colonnes, qui ont 8“, (jade hauteur, proviennent, dit-on, l'une de l'arc de Constantin, et l’autre du forum de Trajan. Derrière et à l'extérieur se trouve le portique à double étage d’où les papes ont donné longtemps la liénédiction, et qui fut construit à cet effet par Sixte V. Cette partie du plan, disposée par Fontana, se relie parfaitement aux anciennes constructions. Le même portique débouche d’un côté dans une salle où l’on distingue un piédestal qui porte ia statue de Henri IV, roi de France, élevée au monarque par les chanoines de la basilique, en reconnaissance du don qu’il leur avait fait de l’abbaye de Clérac, dans le diocèse d’Agen. I.a statue est de brome, et fut exécutée par Nicolas Cordier, sculpteur français. Le 1 3 décembre, jour de l’anniversaire de la naissance du roi, le chapitre célèbre une messe solennelle en son honneur.

4Hk

notices historiques

Palais pontifical.

*■ ,u’ Le palais de l'ancienne famille des Laterani, habité et agrandi jiar Constantin au commencement du iv* siècle, et cédé par cet empereur au pape saint Sylvestre, pour qu'il servît d'habitation aux souverains pontifes, a subi de cruelles catastrophes. Incendié plusieurs fois, .pille par les barbares, et enfin abandonne par les papes, il était réduit à l'état le plus déplorable, quand, à la fin du xvi* siècle, Sixte Vie fit rebâtir. D’après le petit plan et la vue mis en-tête de la page , on jieut se faire une idée de ce que pouvait être le vieux palais avant qu’il fût démoli. Domenico Fontana, qui a élevé le nouvel édifice, en adonné une description exacte, et nous croyons ne pouvoir mieux faire que d'en produire, ici la traduction. L'auteur indique les conditions du programme, et rend compte des dispositions qu’ila suivies pour y répondre.

« L’église de Saint-Jean de («atran, dit-il, étant la principale de « toutes les églises du monde, notre seigneur Sixte V avant pris cela « en considération, a voulu bâtir en même temps que la loge de la hé- «■ nédiction(i), et près d’elle, un palais apostolique d’une grande éteu- « due, autant pour servir d’habitation commode aux [lontifes, que » pour l’embellissement de ce lieu, qui auparavant était occupé par « de vieux bâtiments de peu de valeur, la majeure partie ruinés, sans « commodité aucune, et formaient un encombrement; bâtiments olis- « eurs et odieux à voir, surtout dans un lieu si révéré. Pour décrire « la superbe construction de cet édifice , je commencerai .par dire « qu’il est le plus grand de tous les palais de Rome (pii ait été fondé « et achevé par le même prince, -où l’on puisse loger, non-seulement « toutes les personnes attachées à son service , mais réunir , soit un « consistoire, soit un concile, et toute sorte d’assemblées. Dans la

<ij Cette lo{*e est le tlouhlc portique construit par Sixte V. en >iiillie sur la farntle Kitrrale l’eglise.

KT CMTIQl'ES.

« partie du levailt on a fait un escalier « cordons ( i), le plus grand de « ce genre qu’il y ait à Rome, puisqu'il est large de 3a palmes « (7“, i36)(a), d’où les papes, quand ils voudront faire chapelle, pour- « ront descendre en habita pontificaux avec une très-grande commodité, « pour entrer par la porte principale de l’église Saint-.lean, pratiquée « de ce côté sous un portique construit en avant, dans lequel aboutit « cet escalier. Dans ledit palais, outre cet escalier, il v en a beaucoup « d’antres pour la plus grande commodité; car, outre ledit escalier, « il y en a un autre qui est le plus grand qu’il y ait à Rome, lequel « est large de 17 palmes (3“,7yi;, et part du bas et va jusqu'au som- « met du palais, également fait à corduus (3). De plus, il yen a un « autre à limaçon et évidé , dont la largeur est de y palmes (a"\oo7J, « qui va depuis le rez-de-chaussée jusqu'à la loge qui s’élève an-des- « sus du toit ; et, vers le nord , il y a un escalier secret. Il y a cinq « portes d’entrée principales : une qui se trouve au milieu de l'église, « et qui correspond à un corridor très-long et très-large du palais; « une seconde sous le portique eu avant de la porte principale, de la « njème église (4) ; les trois autres entrées existent snr la place, au « milieu des trois façades du palais, une pour chaque. Il y a une cour, « la plus grande aussi qu’il y ait à Rome, excepté celle du Vatican.. « Cette cour est entourée, au premier étage, de loges formées de « piliers avec sept arcades sur chaque faee. Au second étage, lesdites « loges n'existent que de trois côtés seulement , l’autre côte étant « occupé par des chambres doubles. Au troisième étage , on circule « autour comme au premier, mais les arcades sont remplacées par des « croisées ; le premier ordre est dorique, le second ionique, et le trqi-

(1) L'escalier à cordons (a corrioni ) est forint* de marches rampante dont le yjron est oïdinairement exécuté en briques de champ, qui sont maintenu»* sur le bord par un ourlet oti cordon en pierre. Les Italiens désignent souvent cet escalier par le mot de cordon ma.

(a) Je trouve cet escalier indiqué sur d'anciens plans; aujourd'hui il n’existe plus.

(3) Je crois qu'il y a ici erreur; l’escalier n’est pas à contons : je ne saurais toutefois dire s'il a été modifié, et si dans le principe il était ainsi dispose.

(A) Depuis qu'on a élevé en ce lieu la statue de Henri IV, la communication avec le portique » été supprimée. .

NOTICES HISTORIQl ES

« sièine composite, de façon que desTermes sont placés.au-devant des « pilastres, et couronnés de mascarons d’une composition agréable.

« I .es salles et les loges du rez-de-chaussée sont toutes voûtées, ainsi « que l’étage principal qui est au-dessus, à l’exception de quatre salles « qui ont des plafonds en bois d’un très-beau travail, et dorés et « peints. Toutes les loges et les escaliers sont ornés de peintures ara- « besques et de paysages avec écussons variés. Les salles. du premier « étage sont toutes décorées de stucs, de dorures, et de peintures « d'histoire. »

Nous n’avons que peu de chose à ajouter à la description de Fontana. Nous applaudissons comme lui aux grandes dispositions du plan, qui répondent parfaitement aux nécessités d’une habitation pontificale. Ces grandes salles d’assemblée, ces larges portiques, ces escaliers spacieux, les accès rendus faciles, ont un mérite réel , et il y aurait injustieeà ne pas le reconnaître. (Cependant ce plan, aussi bien que les façades, se ressentent de la précipitation avec laquelle tout se faisait an temps de Sixte V. Tourmenté d’une agitation fiévreuse, ce pontife ‘ n'accordait jamais à l’artiste ces heures de méditation qui lui permettent d’accomplir une œuvre d’une véritable beauté. Il faut donc s'attendre à ne trouver dans les édifices de Fontana ni originalité , ni aucune de ces hautes perfections dans les détails qui manifestent une étude profonde et sérieuse des anciens. Sixte V , dan» le choix qu'il fit de Fontana, fut moins heureux que ne l’avait été Jules II, qui avait, comme l’autre pontife, une ardeur immodérée de produire, et qui lut si merveilleusement secondé dans ses projets par son architecte Bramante. Celui-ci joignait au talent. d'improvisation l'instinct du beau , de fortes études, et un goût inné qui ne l'abandonna jamais. Aussi, malgré les exigences d’un maître impérieux, ne cessa-t-il jamais d’être artiste. Fontana fut toutefois un architecte d'une valeur incontestable ; mais on regrette de ne pas trouver chez lui cet amour du fini et de la perfection, qui est aussi une qualité précieuse et indispensable. On ne s’aperçoit que trop, aux négligcncesde son style et à un laisser aller

HT CRITIQUES. 4;)'

sans grâce, qu'il h subi l’influence des doctrines nouvelles, et qu’il n’a pas sh résister aux entraînements de son époque.

I*e palais de Sixte Y fut abandonné par les papes à cause de son éloignement du centre de la ville, et parce qu'il manque de jardins. I es pontifes ont dû lui préférer le séjour du Quirinal, oit ils trouvent un meilleur air, des jardins spacieux, des eaux abondantes, une situation plus centrale , enfin des dépendances plus considérables.

Le. palais a souffert vie cet abandon et du manque d'entretien. Innocent XII, au commencement de son pontificat, y avait créé un hospice de jeunes orphelines occupées au travail de la soie. Au temps du gouvernement français, on y avait établi un dépôt de mendicité pour les hommes. Enfin, de nos jours, sous Grégoire XVI , les bâtiments ont été restaurés, et transformés en un musée de sculpture sous la direction habile de M. l'architecte Luigi Poletti.

Basiliipie de S. (Ho : in iMterano ; façade latérale e.t dépendances • • diverses de l'église.

Grégoire XI fut le premier qui ouvrit une porte à la basilique sur i la façade latérale. Cette porte, situce.au nord, à l'extrémité de la nçf transversale, était décorée de marbre de Paros d'un beau travail. Pie IV restaura cette- façade latérale et éleva les deux clochers qui existent aujourd'hui, comme cela est confirmé par son écusson réjn-té deux fois près de ces clochers. Il est probable que Pirro Ljgorio, son architecte, fut chargé de ce travail ; et quelques détails, par leur analogie avec ceux de la villa Pia, semblent même l'indiquer. C'était- dire côté, et d’un balcon incommode et fort dégradé par la vétusté, que les pa|>es donnaient alors la bénédiction au peuple (i). Sixte V ayant reconnu ces inconvénients, et voulant y porter remède , Foutana fut

(i) Sur 4c plan H b jn-tite vue de b |»*ge 4“<» b loge «le b bénédiction e»t désignée | tarie» lettre» 4' et K. %

, t «Mj. i uà ,

NOTICES HISTORIQUES

chargé par lui d'élever un portique à double étage en avant de la vieille façade, sans détruire les clochers de Pie IV. Ce portique s** compose de deux rangs d’arcades superposées; il est décoré de deux ordres de pilastres, doriques au rez-de-chaussée et corinthiens au premier étage. J«e tout est couronné d’une balustrade maintenue par treize piédestaux sur lesquels l’aerhitecte avait projeté de placer les douze apôtres, et le Christ au centre. On voit, d’après notre gravure au trait, que h'ontana a supprimé l'ancienne balustrade établie entre les deux clochers.

le motif de la loge nouvelle n’offre sans doute pas d’originalité. On voudrait dans les détails plus de fermeté et d'élégance , plus de décision dans la moulure et le profil; mais en somme il faut reconnaître que les arcades, comme les ordres, sont d'une proportion satisfaisante, bien qu’elles ne soient pas éxemptes d'une certaine maigreur; et l’on ne peut qu’approuver l'accouplement des pilastres aux angles, comme un ajustement sage, et inspiré par des raisons de solidité. L'inscription de la frise 11’est pas entièrement conforme à celle que Fontana a indiquée sur la gravure de son livre. L’une porte la date dé 1 r)8(i, et l’autre celle de 1 ’>H8 . Toutes les deux peuvent néanmoins être admises : la première exprime,-sans doute, l’époque tic la fondation, et la seconde celle de l'achèvement des constructions. Au rez-de-chaussée comme au premier étage, les voûtes sont ornées de peintures et de stucs dorés qui produisent un fort bon effet.

Scata santn.

1 ..s . Nous avons dit que le vieux palais de Saint-Jean de Latran, incen-

dié et ravagé plusieurs fois , était réduit à l’état le plus déplorable lorsque Sixte V le fit démolir pour bâtir celui qui existe aujourd hui. L’Kscalier saint ( laScala santn ) fut compris dans cette démolition. Ce monument est composé de vingt-huit marches en marbre blanc, qui passent pour avoir appartenu au palais de Pilate à Jérusalem, et sur

KT CRmylKS. 4«|H

les<|iiellt~> on pense «pie le Sauveur «lut monter lorsipi'il lut appelé à comparaître devant le juge.

Sixte V prescrivit à Domciiico Fontana de transporter cet escalier près de la chapelle voisine de S. Lorenzo, dite Sancta sanctoram, où l’on conservait des reliques aussi très-vénérées, et qui avaient échappé à l'incendie. Fontana disposa donc le nouvel édifice «le manière à recevoir ces précieuses reliques, «ju’il plaça au premier étage dans une enceinte murée et fermée de grilles ; et en avant de celle-ci il établit l’Kscaber saint, «pii ne se monte qu'à genoux. Four faciliter la circulation aux jours solennels , il ajouta de chaque côté deux nouvelles rampes «l'escalier. Cette disposition est parfaitement «ximbinée ; mais, pour bien l’apprécier, il faut recourir au plan détaillé sur la pl. 07 «lu Tome premier:

Quant à la faea«le, elle se compose au rez-de-chaussée «le cinq arcades ouvertes, sur un pareil nombre de rampes d'escalier. Ces arcades sont séparées par des pilastres doriques qui, au premier étage, ont pour correspondants des pilastres ionupies ; entre ceux-ci existent des croisées à frontons , qui répondent aux arcades. Cordonnance de cette décoration est bien conçue, mais n’a pas l’ombre d'originalité. !.a masse générale est d'une belle proportion; les ordres, tes arcades et les croisées ont un juste rapport ; enfin, le motif de l’accouplement aux angles est empreint d’une sage prévoyance, et produit un heureux effet. On regrette qne les détails soient pour la plupart incorrects ; que sur toute la longueur de la frise du rez-dechaussée l'espacement et la combinaison des triglyphes soient mal ordonnés; enfin, tpie plusieurs profils, surtout ceux des croisées, soient d’un goût bizarre.

Place S. Gio : in Latera.no ; vue de la fontaine.

(^ette fontaine est adossée au piédestal «le l'ol>étis<pie «pii décore la 1. place; elle est posée sur le premier socle de ce piédestal, et fait lace

NOTICES HISTORIQUES

à la rtv> in Meru/ana, qui conduit à la basilique de Sainte-Marie Majeure. Vue à distance, elle produit peu d’effet, à cause du monument colossal qui s’élève au-dessus d’elle; mais ce gracieux détail plait davantage lorsqu’on s’en approche. Il n’a pas une grande importance, mais il se rattache bien à l’obélisque, dont il forme comme le complément. La statue assise de saint Jean l’Evangéliste, placée ainsi en avant, est ici pleine d à-propos, et semble indiquer le culte qui lui est rendu dans les liàtiments placés derrière.

Cette fontaine pourrait être attribuée à Domenico Fontana, ou, avec plus de vraisemblance, à son frère Giovanni Fontana, qui a élevé à Rome un certain nombre de monuments de ce genre.

I ,a portion d’édifice qu’on distingue à droite dans la vue appartient à l’hôpital du Sauveur; cet hôpital est déjà connu du lecteur, nous en avous parlé à la page 4#o.

y ue du monument dit Triclinia Leoniano.

I* pape saint Léon III avait fait décorer d’une peinture en mosaïque l’abside du triclinium ou réfectoire qu’il avait fait bâtir dans le palais patriarcal du Iiatran(i). Cette mosaïque avait échappé à tous les désastres du palais, ainsi qu’à la démolition des vieux bâtiments, grâce aux soins du cardinal Francesco Barberini, neveu d’Urbain V III. I >orsque Clément XII fit agrandir la place, la mosaïque fut déposée par morceaux dans une petite chapelle voisine, d'où elle fut ensuite retirée par Clément XIV, qui, en 1743, chargea Ferdinando Fuga de restaurer ce précieux monument et de lui trouver une place convenable. Fuga disposa donc une abside dont la mosaïque fit le principal ornement, et décora cette abside d’un ordre dorique couronné d’un fronton. L'édifice est d’une noble apparence et parfaitement situé. Il

(1 ; La situation de l'ancien triclinium »e voit sur le petit plan de la page 47* i ce triclinium est désigné par Li lettre nt.

KT CRITiql'F.J.

est adossé à la Soalà santa, et mis à la fois en l’egard de la t>asili<|iie et

delà porte S. Giovanni,4pi<m trou veà mie faible distance. I .a vue gravée sur la planche a a1), « le dessin que nous donnons ci - contre, bien que l’un et l'autre d'une petite dimension, .suffiront pour faire apprécier l'ensemble et le caractère des figures.de cette curieuse [teinture en mosaïque, qui date des premières années du ix* siècle.

• PLANCIIK 226.

fiasilit/ur de ,V. dit) : in ! .(itérant) ; vue de. la façade principale de f église.

Nous avons dit que Clément \l, après avoir fait d'importantes ré- i, parafions sur divers points de la basilique de Saint-Jean de Latran , songeait à reconstruire en entier la façade principale, l’ancienne façade étant fort dégradée, et ne réjiondant plus d'ailleurs à la magnificence des nefs. Dans ce but, il avait déjà même provoqué des souscriptions, lorsqu'en 17*1 Ja mort vint l’atteindre. (Quatorze ans après cet événement, en 1735, Clément XII réalisait les projets conçus par son devancier. Un concours fut ouvert à cet effet, et vingt et tin dessins furent présentés à l'examen de l’Académie de Saint-Luc, qui les conserve encore aujourd’hui. Celui d'Alessandro Galilei, jugé le meilleur, obtint la préférence, et son auteur bit chargé de le mettre à exécution.

Les constructions élevées par Galilei ne se bornèrent pas à une

NOTICES HISTORIQUES

simple devanture, mais comprirent le vestibule attenant, que nous avons décrit. I-a façade, qui est bâtie tout entière en travertin, est d'une assez belle masse, quoique lourde; le motif a quelque mérite, mais l’étude en est peu satisfaisante. Ce motif consiste en un grand ordre de pilastres composites , portés sur un piédestal et accouplés aux angles. I a* centre est marqué par quatre grosses colonnes du même ordre qui sont engagées, accouplées et couronnées d’un fronton ; celui-ci est adossé à une balustrade qui règne sur toute la face, se prolonge en retour, et supporte les statues du Christ et des apôtres. I.e grand ordre comprend dans sa hauteur deux petits ordres composites ajustés l’un sur l’autre, de manière à former un portique au rez-de-ehaUs&ée et an premier étage. Ce centre est distingué par un ajustement particulier et plus important ; il est formé de petites colonnes disposées sur trois rangs en profondeur, dont le premier se détache en saillie, et supporte la loge où le pape se présente pour donner solennellement la bénédiction.

(.ensemble de cette façade , qui est tournée vers l’orient, est sans liaison avec le corps de l'église, ce qui lui donne l’aspect d’un bâtiment postiche. Considérée isolément, on trouve que la balustrade du couronnement est beaucoup trop élevee, les statues trop fortes et d'un style maniéré. I e piédestal qui porte la figure du Christ est' lourd et de mauvais goût; enfin, l'ornementation est généralement sèche, sans grâce comme sans finesse. Kn avant de cette façade règne une. vaste plate-forme qui comprend un magnifique perron.

I a» bâtiments qu’on aperçoit à gauche sur notre vue forment un groupe très-pittoresque. Parmi eux on distingue en avant la chapelle Corsiui, puis le corps de l'église, et au loin l'un des clochers de lu façade latérale. A droite, et à la suite de la façade principale, se développe l’une des élévations du palais pontifical, au fond l’imposante basilique de Sainte-Marie Majeure, enfin, vers la droite, la façade latérale de la Scnla sauta.

HT CftlTIQt'K*.

tfia.filù/iie .V. Gio : in Laternno; vue de l'intérieur de l’église, /irise de l’entrée.

Lorsqu'on jiénètre à l'intérieur de la noble basilique, on est d’aboiil frappé de la magnificence et de la majesté de la grande nef; mais la seconde impression est toute différente, quand l'œil, plus attentif, ne rencontre de tous côtés que bizarreries dans les détails. Sans doute le grand ordre composite de pilastres cannelés, et entre ceux-ci les trois divisions superposées, où l’on voit se succéder des ui- ’ rhes, des lias-reliefs et des médaillons peints, forment avec les arcades de grandes et majestueuses lignes; tuais, d’autre part, est-il rien de plus déplaisant que ces frises et ces architraves interrompues, res croisées aussi mesquines qu'incorrectes ; enfin, que cette décoration de niches à frontons anguleux , arrondis et déversés? D'après tout ce désordre, 11'est-il pas évident que l’artiste a cherché de l'originalité à tout prix, et qu’ainsi il est arrivé à produire le chefd’œuvre du genre excentrique ? Quelque répulsion que l'on ait pour ces extravagances, On ne |>eut cependant s'empêcher de reconnaître que sii l'étude des détails eùt répondu au grandiose de la disposition générale, l’œuvre de Borromini, admirée de tous points, eût été justement classée parmi les monuments dont Rome peut s’enorgueillir.

Korromini a fait preuve d'un bon esprit, d'abord en conservant le plafond de la grande nef, lune des magnificences de l’église, et qui pouvait gêner ses dispositions ; ensuite en cherchant a mettre de l’harmonie entre les principales lignes de son architecture et celles du plafond. Celui-ci présente trois grandes divisions , accusées par autant de caissons carrés, où sont ajustées au centre les armes de Pie IV, qui fa commencé ; à l’extrémité et vers le fond,celles de Pic V, qui l’a achevé; enfin, du côté de l’entrée, celles de Pie VI, qui a fait restaurer et dorer de nouveau ce beau soflite. la; profil de celui-ci . est d’une grande fermeté, les moulures et les ornements d’un bon

NOTICKS HISTORIQI KS

style , et les sculptures placées au fond des compartiments d'un dessin varié, qui exprime des ornements d’église , des attributs du culte, et en cela meme fort bien assortis à la place qu'ils occupent. I -e fond des compartiments est bleu ou rouge, avec quelques tons verts et blancs. La plupart des moulures sont dorées, et cette masse de dorures semble pesante, lai corniche du pourtour est daus le même parti ; elle est également blanc et or.

I a* soflite est attribué à Michel- Ange, et, selon nous, bien à tort. Non-seulement on n’y retrouve pas les profils usités par cet artiste, mais l'ouvrage fut exécuté vers i5(>4, c’est-à-dire peu avant ou peu après sa mort. Ne sait-on pas que , pendant les dernières années de sa vie, Michel-Ange, accablé sous le poids de l’àge et de la souffrance, ne pouvait qu’avec peine diriger les constructions de la basilique de Saint-Pierre? Il est donc probable que Pirro Ligorio, architecte ordinaire de Pie IV, est l’auteur de ce beau plafond ; ce qui d'ailleurs ressort assez clairement de la comparaison de quelques détails avec ceux de la villa Pia , bâtie par le même artiste.

Le pavé de la grande nef est exécuté en mosaïque d'un dessin trèscompliqué, et formé de porphyre, de serpentin, de granit blanc, et noir, et de quelques autres variétés de marbres. Il remonte au commencement du xv' siècle et au règne de Martin V .

La limite de la grande nef est marquée |iar cette large arcade quAlexandre VI fit cintrer vers l’ïqa, et qui repose sur deux grosses colonnes. En avant- de cet arc est le tombeau de Martin V, exécuté par Simone , frère du célèbre sculpteur Donatello. Il s’élève d’environ o“,bo au-dessus du sol, et se compose d’une caisse de marbre portée sur six socles également de marbre. Le couvercle est formé d’une table de bronze ayant peu de relief, et sur laquelle le pape est représenté revêtu de ses habits pontificaux. Derrière ce monument funéraire, et à l’entrée de la nef transversale, à laquelle on monte par quatre marches, ou aperçoit le maitre-autel, où règne au-dessus du ciboire, un tabernacle gothique, orné de frontons aigus sur les faces, et de petits clochers

HT CRITIQUES. 4^9

ou flèches aux angles. Au-dessus on distingue une faible partie du plafond de la nef transversale, <pii date du pontificat de Clément VIII, et par conséquent est postérieur d’environ quarante années à celui de Pie I V, avec leipiel.il a, du reste, beaucoup d'analogie. Knfin, au loin et au fond, parait l'abside, décorée de riches peintures en mosaïque qui remontent à la.lin du xm* siècle et aux règnes de Nicolas IV et de Célcstin V.

I À se borne ce cpie nous avions à dire de ce vaste et splendide intérieur, dont l’effet est complexe : jugé à deux points de vue différents, soit d’après l'ensemble, soit d’après les détails, il peut provoquer ou l'éloge, ou la critique la plus amère.

Basilique S. Gin : in .La ter a nn ; chapelle Cnrsini.

Cette chapelle, la première qu'on trouve à gauche en entrant dans i. l’église, fut élevée par Clément XII à son ancêtre André Corsini, évêque de Fiesole. Elle fut bâtie en 1734, sur les dessins d’Alessandro Galilei, dont elle est le principal ouvrage. Tous les genres de magnificence y sont rassemblés : splendide décoration architecturale, marbres précieux et variés, statues, bas-reliefs, peintures, mosaïques, stucs dorés, y sont partout prodigués;. et comme la beauté du travail ne le cède (Misa la richesse (les matériaux", il en résulte que tout concourt à faire de cette chapelle l’une des plus belles qu'on puisse citer, non-seulement à Rome, mais dans le monde entier.

I .a forme du plan est celle d’une croix grecque. En face de l'entrée est placé l'autel ; deux grandes niches se trouvent sur l'axe transversal ; à droite, un petit escalier circulaire fait arriver aux combles et à la tribune particulière de la famille Corsini, ménagée au-dessus de l’entrée; au fond et à gauche, un second escalier circulaire descend à la chapelle souterraine; la sacristie et ses dépendances sont situées

NOTICES HISTORIQUES

mi delà et dernière l'autel ; enfin, le logement du sacristain est établi dans les étages supérieurs.

T ai décoration intérieure de la chapelle se compose d’un ordre de pilastres corinthiens cannelés. Cet ordre élégant et bien étudié est exécuté tout entier en inarbre blanc , à l’exception de la frise , dont le marbre est couleur de fleur de pêcher. Les encadrements du soubassement sont en marbres de couleurs variées et bien assorties. I . ordre reçoit la retombée de cpiatre grands arcs parsemés de caissons octogones d’un charmant effet, et au-dessus de ces arcs et des pendentifs qu’ils- supportent, règne un entablement circulaire appelé ronronne , dont la frise contient cette inscription :

DILEXIT AVDHKAM DOJIINUS IN ODOREM SUAV1TATIS.

Vient ensuite la coupole, dont le tambour, percé de huit croisées, est décoré de pilastres accouplés de l’ordre corinthien architravé : au-dessus se développe la voûte de la coupole, où se distinguent des caissons carrés parfaitement divisés, et formés de stucs dorés.

Dans tout cet ensemble on ne saurait trop louer la proportion des ordres et celle des autres parties de la décoration, l’harmonie générale, et le goût épuré de l’ornementation. L’exécution des détails laisse seule à désirer. Elle se distingue sans doute par la précision et le fini , mais on peut lui reprocher un peu de séebei'esse et de maigreur ( i). > ;

L’autel, qu’on aperçoit en face, est d’unè comjHisition simple, mais if est enrichi de marbres précieux, et de deux colonnes île

( i) Toutes les fois que nous avons eu occasion de visiter celte chapelle, production merveilleuse d'Alessandro («alilri, nous n'avons pu nous défendre de l'assimiler à une œuvre même de Perrier, l'illustre architecte de notre e|»oque; tant nous trouvions d’analogie dans le goût, hsfvle et le sentiment des deux maîtres. Cette analogie, elle se montre partout, même Jans leurs imperfection**, dans une certaine sécheresse d’exécution que l’on mi oblige de reconnaître chez tous les deux, («alilei, qui avait deyanré ses contemporains dans le progrès, dans le retour aux saines traditions de l'antiquité et du xvi* siècle, aurait donc été comme un précurseur de Percier ; mai**, moins heurruxque notre maître, scs doctrine* sont restées sans influence sur l’avenir, tandis que la nombreuse école formée par Percier a propagé l'enseignement de ce grand artiste dans rCuro|ie entière, ’ ,

ET CRITIQUES

Soi

vert antique dont les bases et les. chapiteaux sont de bronze doré. I /entablement est exécuté en marbre blanc, à l’exception de la frise et du tympan du fronton, qui sont aussi de marbre vert antique, avec ornements- de brorize doré. Deux statues, images /allégoriques fie f Humilité et de la Pénitence, sont assises sur le fronton. I,e tableau de l'autel, qui représente saint André Corsini à genoux et en prières, est exécuté en mosaïque d’après le tableau original du Guide , qn’on soit au palais Barberini.

l/es deux grandes niches situées à droite et à gauche , sur l’axe transversal, sont .décorées de caissons hexagones, et d’un petit ordre corinthien dont les deux colonnes sont en porphyre, ( .elle de droite contient le. mausolée élevé en l’honneur du cardinul Néri-Corsini Y ancien, évêque d’Arezzo (oncle de Clément XII), «pii mourut en 1(17#. l-e cardinal est représenté debout sur un piédestal. Deux autres figures sont placées sur des socles moins élevés : l'une est la Hriigiony qui se produit sous les traits d’une femme appuyant une colombe sur sa poitrine, et tenant un livre ouvert sur ses genoux. J, autre ligure est la Dou/ettr, sous la forme d’un enfant qui porte la croix épiscopale eu versant des larmes ; ce qu’il exprime en appuyant le revers de la maiii sur ses yeux. I,a décoration de la grande niche située à gauche et en face est entièrement semblable à celle de la précédente. C'est dans cette niche que Clément Xfl.a fait établir son propre monument. l/e pontife est assis sur un piédestal dans une attitude calme, et lève le bras pOur donner la bénédiction. A ses côtés, mais plus bas et debout , sont deux figures de femmes. Celle qui est à gauche du pape, et dont le front est ceint d’un diadème, est une personnification de la Magnificence. Elle tient flans une de ses mains le plan déroulé de la façade tic Saint-Jean de I,atran, et par ou geste de l'autre eHe appelle l'attention sur cette façade, qu'elle désigne du doigt comme une oeuvre fie Clément XII; à tes pieds est un enfant qui porte réunis en faisceau les instruments du sculpteur. J, 'autre figure, à droite du poulilc, représente I Mbtnnlarice : elle soutient une. corne d oit s’é- . ' '' ' «4.

5oa

ÎTOTJCES HISTORIQUES

e happent des épis et' des fruits que reçoit un enfant. Au-dessous de ee groupe est un sarcophage antique de porphyre. On croit qu'il contenait jadis les cendres d’Agrippa ; mais d’autres se bornent à dire que ce monument provient des Thermes que cet ami d’Auguste avait fait bâtir. Il fut trouvé près du Panthéon, et placé ensuite sous le portique du temple. C’est de là que Clément XII le fit enlever ; il y ajouta un couvercle en porphyre, et voidut qu'il servît à orner son mausolée.

Aux angles de la cliaf>clle, et. dans la hauteur du soubassement, sont ajustées avec goût quatre portes dont la corniche et les chambranles sont parfaitement combinés avec les moulures de ce soubassement. Au-dessus desdites portes apparaissent, dans des niches, autant de statues qui représentent les quatre Vertus cardinales; au-dessus de celles-ci sont des bas-reliefs en marbre, et à leurs pieds des sarcophages en marbre noir, dit pierre de touche , où sont assis deux jietits génies ailés. Telle est la décoration adoptée pour chaque travée aux quatre angles de la chapelle.

I .a première statue qui se présente à droite en entrant est celle dH Courage, et au-dessous un sarcophage consacré par une inscription au prince Barthélemy Corsini , neveu de Clément XII , lequel mourut en ly'ia.

En face, autrement à gauche en entrant, est la statue de la Tempérance, et au-dessous d’elle le sarcophage du cardinal André Corsini, né en i y35, et mort en 179Ù.

Au fond et à droite, près de l’autel, est la statue de la Justice , et au-dessous le sarcophage du cardinal Neri-C'vrsiiU le jeune {neveu de Clément XII), qui mourut en 1770. C’est ce cardinal qui fut le fondateur de la précieuse bibliothèque du palais Corsini.

Enfin 011 voit au fond, et à gauche près de l’autel , la statue de la Prudence , et au-dessous le sarcophage du cardinal Pierre Corsini , évêque de Florence et ensuite de Porto, lequel était mort en 1 4or>.

On reconnaît, d'après notre description, que la chapelle est consa-

., KT CRITlgllRS.

cive tout entière à l'illustration de la (amille Corsini, et que la mémoire de sept personnages des plus éminents de cette famille y est perpétuée par des monuments de marbre et des inscriptions, comme l'est, à Florence, celle de la famille des Médicis dans la célèbre chapelle de ce nom. On compte parmi ces personnages un pape, qnat re cardinaux, un prince vice-roi de Sicile, enfin un évêque canonisé par l'Eglise. . * - .

la* pavé de cette chapelle est fort riche, et exécuté en marbre de couleurs variées. Il est divisé en compartiments avec rosaces , qui répondent aux divers caissons des quatre arcades. et de la coupole.

I .a chapelle, dans la partie supérieure,- reçoit du jour de la lanterne et des huit croisées du tambour de la coupole; dans la partie inférieure, elle le reçoit des deux croisées qui correspondent aux grandes niches latérales. Cette, lumière, si abondante, produit ici un merveilleux effet : les marbres y brillent de tout leur éclat, et toutes les beautés de l’intérieur de l'édifice peuvent être ainsi appréciées jusque dans les plus petits détails.

l/es deux croisées latérales sont répétées nu fond de la chapelle, et du côté de l’entrée; mais celle du fond, au-dessus de l'autel, est feinte, et son ouverture décorée d’uu bas-relief en marbre. Du côté de l’entrée , au contraire, cette croisée sert à donner du jour à la tribune particulière de la famille Corsini.

l.a grille qui ferme l’arcade servant d'entrée à lu chapelle est fort riche ; elle est de bronze, et en partie dorée.

D'après ce qui précède, et les observations qu’on pourra faire soimème en étudiant les gravures, on reconnaîtra que tout, dans cette chapelle, a été exécuté avec un soin extrême, que les moindres détails ont été étudiés avec goût et un art infini, et quenfin l’ensemble présente à peine une ou deux taches légères. Aussi ctoyons-nuus que lé rare mérite architectural de ce monument peut être résumé par ces trois mots : élégance , harmonie , magnificence.

NOTICES HISTORIQUES

lUf.

Rasilir/ue de S. Cio : in Laterauo ; vue du maitre-autel ou ciboire.

Ce monument fut cievé pur les soins d’Urbain V, pape français , après le second incendie de la basilique, qui eut lieu en t36i; et ce lut Charles V, roi de France, qui en fit les frais. Lç ciboire se compose de deux étages séparés par une sorte d'attique ou de soubassement. Dans la partie inférieure est placé l'autel ; tandis que la partie supérieure, sorte de tabernacle, a été disposée de manière à y recevoir de précieuses reliques. On y conserve, en effet, les tètes des apôtres saint Pierre et saint Paul, retrouvées en 1367 par Urbain V dans l’oratoire dit Su net a sunctorum . En t368, ou selon d’autres en 1.370, elles furent transportées en grande pompe et renfermées dans ce tabernacle, qui est défendu par de fortes grilles.

O11 conserve à l’intérieur de l’autel moderne l’autel de bois (1 ) qui, dit-on, a servi aux cérémonies religieuses depuis saint Pierre jiis-: qu’à saint Sylvestre. I /autel actuel est nommé /xipul , parce que le pa|>e seul a le droit d'y officier, à moins que par un bref il ne délègue un autre pour le remplacer.

Au-dessous du maitre-autel existe une petite chapelle souterraine, appelée Confession de saint Jean l’EvahgélUte.. On y descend de la grande nef h l'aide d’un petit escalier de dix marches, et à double rampe cintrée ; et comme le sol de la nef transversale est élevé de quatre marches au-dessus du sol de la grande nef, et que celui-ci est de trois marches au-dessous du dernier gradin du maitre-autel, il s’ensuit que la chapelle souterraine est elle-même de dix-sept mar-. elles en contre-bas du maître-autel.

Cette disposition, assez, bien combinée pour obtenir une échappée suffisante, se comprendra aisément d’après notre plan, les quatre

( 1 1 |)an$ l'origine du cliriMKlimmc, au tciii|» de» persécution», le*, autel* étaient de Imis. atin qu'on pût le» placer et le* enlever promptement.

ET CRITIQUES. rHV»

l'olonnes aux angles du ciboire sont en granit". Du côté de l'abside deux de ces colonnes sont isolées, tandis que les deux autres, qui font l'ace à la grande nef, sont en' partie masquées par deux petits escaliers en bois qui s’y rattachent ; enfin, ceux-ci font arriver au balcon qui entoure le tabernacle.

Divers pontifes ont restauré ce monument ; on cite Clément VIII , qui fit dorer les grilles du tabernacle, et Innocent X, d’après l’inscription suivante qui l'atteste : Innocentât» X. Pontifex maximu». Xn.no jubilei ti>5o. Pontijicatis VL Enfin, Alexandre VU, dont on voit ici les armes, averti que l’autel était en péril, s’empressa de le faire consolider ; et comme Borromini venait de renouveler en entier les cinq nefs, ce fut lui qui, vraisemblablement, fut chargé de ce travail. Cela est d'autant plus probable, que Rorromini a composé quatre projets pour ce maltrè-autel, qu’il songeait à détruire (i): heureusement le pape, bien inspiré, résista, et nous a ainsi conservé un petit édifice qui offre un des types les mieux caractérisés de l'architecture du xiv* siècle. * , .

I,e monument est exécuté en marbre blanc. Le motif de l’ensemble a de. la grâce et de- l'élégance. la», proportions y sont en général bien gra- P p duéesj si ce n’est peut-être dans la partie

supérieure, qui semble un peu lourde :

plusieurs détails de l’ornementation ne manqueut pas d’une certaine (inesse. ltb souhas- 1 Tsementdu tabernacle est orné de huit statues

.placées aux angles dans des niches ogivales. Entre ces statues sont disposées symétriquement, dans , des cadres cintrés, douze peintures à fresque fort remarquables par leur

vT T ~i

(i Le plan qu’on voit ci-dessus représente le meilleur des projets de Horro«Z)ini ; c’est celui qui, pour ta disposition , se rapproche davantage de ce qui chiite aujourd’hui Mous ne parlerom pat «tes élévations qui répondent aux quatre plans ; a nctone ne mérite même un souvenir.

'$• jjh-'v-.-

• Jll *

NOTICES HISTORIQUES

lof)

grâce et leur naïveté. Ces fresques, qui ont beaucoup souffert des -retouches successives qu’elles ont subies, sont généralement attribuées à Berna, peintre de Sienne, qui florissait vers i'J^o.

ûnsilù/ue de S. Gio : in Laterano; vue du cloître.

. ■«# Il n’existe pas de document qui fixe la date de la construction de ce cloître. On ne connaît ni le nom du fondateur, ni celui de l’artiste qui en a dirigé les travaux. IjC caractère de l'architecture indique seul son âge, et le fait remonter à la fin du xu* siècle oq au cominenceinentdu xmr. On voit, d’après le plan de la planche aa4, que ce cloître est carré, et que la décoration extérieure se compose, sur chaque côté, île cinq grandes divisions marquées par de forts piliers reliés entre eux par une suite d’arcades plein-cintre, supportées par de petites colonnes accbuplées sur la profondeur. Ces colonnes, dont les chapiteaux sont variés, sont elles-mêmes de formes très-diVerses, tantôt à spirales, tantôt cannelées ou lisses, ou enfin incrustées de mosaïques. Hiles sont élevées sur un mur d’appui d’environ o”,yo de hauteur, et couronnées d’un entablement d’une pesanteur excessive, où les ornements ont été prodigués avec si pende mesure, que, pour en détacher la frise, il a fallu la décorer de mosaïques colorées, la sculpture étant devenue insuffisante pour produire quelque effet. Cette décoration luxuriante et irréfléchie du rez-de-chaussée ne se continue pas au premier étage, qui est resté pauvre et sans le moindre ornement. Elle est évidemment le fait d’un sculpteur, et non d’tin architecte. On s’aperçoit «pie l’artiste, inexpérimenté, a cherché:! dissimuler ses pauvretés architecturales sous la profusion des détails, et «pie l’art, alors déchu et abaissé au dernier tlegré, semblait ignorer ces principes éternels «pii placent la souveraine beauté bien plutôt dans la grandeur des lignes, le choix des formes ou la justesse des proportions, queilans cette ornementation déréglée et sans goût, comparable à la parure d’une courtisane.

On distingue sur notre dessin, à l’intérieur du cloître, de fortes eo-

KT CRITIQUES

tonnes adossées aux piliers et groupées aux angles. Elles sont évidemment autant de contre-forts destinés à maintenir la [>oussée des voûtes, et semblent avoir été ajoutées postérieurement, lorsque l'insuffisance des piliers aura été reconnue.

I,a disposition générale du cloitre nous semble vicieuse; cette suite de piédroits et d'arcades étroites, qui laisse a peine découvrir le ciel, jette sous les voûtes un voile de tristesse. I /impression est tout autre dans ces cloîtres du xve siècle, conçus dans des temps meilleurs, quand l'art et la science étaient en progrès. Alors l’air et la lumière pénètrent en abondance sous les arcades des [antiques, et l'on n'v retrouve plus au même degré l'austérité des âges précédents.

Le eloiti'e de Saint-Jean de L,atran n’avait d’autre titre, pour être compris dans notre publication , que celui d’appartenir à ta grande basilique dont il porte le nom. I/histoire cependant recherche ces monuments de la décadence, et les recueille comme les anneaux d’une chaîne qui relie entre elles l'époque antique et celle «le la renaissance. Sachons nous-mêmes apprécier les documents qu’ils apportent , accepter les enseignements qu’ils nous donnent ; mais évitons d’arrêter trop longtemps nos regards sur ces productions d’un art déchu. C'est en effet une aberration de l’intelligence et du goût , que d’étudier de préférence et surtout de vouloir imiter de pareils monuments. Cardons-nous de tels écarts ; que notre esprit s'élève , au contraire , que notre goût s'épure dans la contemplation assidue des oeuvres des grands maîtres, gloire immortelle des éjHKjucs où fleurirent les arts !

C'est parmi ces œuvres qu’il faut choisir scs modèles ; autrement il n'v a qu'oubli et dédain à attendre de la postérité.

Palais pontifical de S. Gio : in Laterano ; façades extérieures et intérieures.

L'histoire des constructions de ce palais a déjà été exposée aux i. i„:

NOTICES HISTORIQUES

pages 488 et suivantes, et nous y renvoyons, ainsi qu’aux détails que nous avons donnés sur les dispositions du plan; il nous reste encore à apprécier le mérite des façades extérieures et intérieures.

[.es trois élévations extérieures du palais sont à peu près les mêmes ; et si ce n'était quelques différences dans les largeurs générales et quelques variétés dans les portes d’entrée, ces façades sembleraient sorties du même moule. Nous ne eont. sterons pas que la niasse n’en soit imposante, les ligues grandes, les divisions d’étages dans de bons rapports, les croisées d'une belle proportion ; que le milieu de la façade ne soit parfaitement accusé par l'ajustement riche et sévère des grandes portes d’entrée; enfin, que la corniche supérieure 11e soit un couronnement très-digne et très-convenable. Mais d'autre part, il faut le dire, les croisées sont partout trop rapprochées entre elles, et celles du dernier étage ont une valeur relative trop importante: l'ornementation manque d’élégance et de goût, et, sur une surface aussi étendue, l'œil ne rencontre aucun détail qui le charme ou le captive.

I .a cour est certainement d’un aspect grandiose ; mais la proportion des arcades laisse à désirer, et l’etude des ordres et des autres détails manque de finesse. Le dernier étage , qui est traité en attique , ne satisfait pas davantage à certains égards, et l’ajustement des cariatides y est d’un caractère mesquin. Enfin, pour nous résumer, disons que l’architecture de tout cet intérieur, c'est-à-dire l’ordonnance générale, est d'un style banal et décoloré , et que le sentiment d'une forte croyance artistique 11e s'y produit nulle part.

Baptistère de B. Gio : in Laterano, dit Baptistère de Constantin , 011 de S. Giovanni in fonte.

1. 10C. On n’est pas fixé sur la destination première de cet édifice : les uns l'ont considéré comme un vestibule ou une dépendance de l’ancien palais de (Constantin, et d'autres comme une salle de bains du même

ET CRITIQUES

5og

palais. Nardini, après avoir cité et discuté le texte d'Anastase, afin de prouver que le monument était alors tel qu'on le voit aujourd'hui, en conclut qu'il était situé hors du palais, ainsi que la basilique voisine de Saint-Jean. D'autres (et c'est l'opinion généralement adoptée, qui, au reste, ne contredit en rien celle de Nardini) pensent que le baptistère a été expressément bâti par Constantin, sur le lieu même où il avait été baptisé par saint Sylvestre.

L'on cite un grand nombre de papes qui ont pourvu à l'entretien de ce monument. Sixte III passe pour y avoir mis la dernière main; Adrien IV, pour y avoir conduit l’eau de l'aqueduc de Claude, qu'il avait réparé; et Grégoire XIII, pour en avoir renouvelé le plafond. Mais il v a lieu de croire qu’Urbain VIII a pris un soin tout particulier de 1'édilice; c’est lui qui, après l’avoir fait restaurer, l’orna de toutes les peintures qu'on y voit de nos jours.

Le baptistère de Constantin, que sa destination a fait aussi nommer.?. Giovanni in fonte , est de forme octogone; il se divise en deux nefs, toutes deux octogones, et séparées par un rang de huit colonnes situées à distance égale du centre et du mur d’enceinte, lai nef du milieu, où sont placés les lonts baptismaux, est entourée d’une balustrade, et l’on y descend par trois marches. Les huit colonnes que nous venons de mentionner sont en porphyre rouge; quatre d’entre elles ont pour chapiteau une sorte d’ionique; et sur les quatre autres, lieux ont des chapiteaux qui se rapprochent du composite, et deux du corinthien. Ces colonnes portent d’abord une architrave antique, et au-dessus huit petites colonnes de marbre blanc de l'ordre composite, qui soutiennent elles-mêmes un entablement très-lourd. lai décoration du dernier étage se compose d’un ordre corinthien dont les pilastres, cannelés et ployés, sont simplement figurés en peinture. Entre ces pilastres, et sur huit faces, sont disposés autant de tableaux d'André Sacchi , d’une composition harmonieuse et d’un bel effet, la; tout est couronné d’une coupole percée de huit ceils-de-bœuf, et décorée d'ajustements mesquins et sans goût.

NOTICES HISTORIQUES

5io

Sur la paroi (lu mur d ’euceinte , on remarque quatre grands tableaux qui représentent l'apparition de la croix à Constantin , la bataille de celui-ci contre Maxence, le triomphe du même empereur, enfin la destruction de l'idolâtrie. Ce dernier, le plus estimé de tous, fut peint par Carie Muratte.

la» disposition de ce petit édifice, aussi simple qu’élégant, est parfaitement convenable pour un baptistère. Si ce monument eût été construit dans des conditions meilleures, sous l'influence d’une époque plus favorable aux ails, Rome aurait pu enregistrer un nouveau chef-d’œuvre parmi ceux que l'antiquité païenne lui a légués en si grand nombre , ef qui ont pu être consacrés au culte chrétien. Au reste, tel qu'il est, il a plusieurs fois servi de modèle; il a été imité en divers pays, mais jamais surpassé.

Les fonts baptismaux,, placés au centre, sont formés d’une belle urne en basalte vert, surmontée d’un couvercle de bronze. Cette urne est posée sur deux gradins de marbre, et de forme circulaire.

I a>s deux chapelles attenantes au baptistère ont été élevées par le pape saint Hilaire, vers l'an 4<>i. L’une, celle de gauche, est dédiée à saint Jean-Baptiste , et l'autre, à droite, à saint Jean l'Évangéliste. Sur l autel de la première est placée une copie en bronze de la statue du Sauveur, par Douatello. La statue originale est en lavis, et soigneusement conservée dans l’une des chapelles de la sacristie de la basilique de Saint-Jean de Latran.

Du baptistère on entre dans l'oratoire de S. Yenanzio, grande salle située à droite , que Jean IV fit bâtir vers l’an G4<>i et que 1** famille Ceva restaura en 1700.

Le pape Anastase IV, vers 11 53 ou 11 54, changea la destination du portique qui est en avant du baptistère, appelé alors portique de S. Venaïuio, parce qu'il donnait entrée à l'oratoire de ce nom. 11 y établit deux chapelles , l'une à droite , dédiée à S. Cipriano et à S*' Giustina, et l’autre à gauche, dédiée aux S‘“ Rufina et Seconda ; enfin ce fut lui qui orna de mosaïques les deux absides.

KT CHITIQL'KS.

Pour donner une idée de l’extérieur du baptistère , nous avons présenté sur cette planche , mais à une très-petite échelle , Ja façade

. . du côté de l’ancien vestibule ou portique de

cvf-i.’.-:«iTgîàaarr??r S. Venau/.io, qui est en saillie sur le corps du baptistère ( i }. Les deux grandes colonnes composites qu’on voit au centre sont eu porphyre ; elles sont aujourd'hui en partie noyées dans

l’épaisseur du mur qui les maintient, vu les ruptures occasionnées par le temps, ou plutôt par les incendies. Ces colonnes, qui passent pour avoir appartenu au palais des Laterani , sont d’un beau style, et on en jugera sur le détail que nous plaçons en marge, les ornements de ( entablement du chapiteau et de la base (»), trop multipliés peut-être, sont du moins d'un goût irréprochable. Ms sont exécutés en marbre blanc, de même que les deux pilastres cannelés d’ordre corinthien qui de chaque côté accompagnaient jadis les colonnes. Un seul pilastre, celui de gauche, existe encore, et on le trouve indiqué sur la façade, à la suite des colonnes.

La perspective qui figure au bas de la planche complétera les renseignements déjà donnés par la coupe ; elle fera, mieux que celle-ci, juger de la décoration intérieure du baptistère et de l'effet généra] aussi pittoresque que monumental.

U) La vi* <L- la planrlu- n 4 m drjà donne, sous un autre aspect, l'extérieur du baptistère.

(a] Nous ne |MMivon» manquer d’a|q»der particulièrement 1 ’aLtention sur cette buse, qui par son profil participe k la fois tics bases ionique et attique. On y remarquera surtout cette haute moulure enroulée dans dus feuilles d'acanthe, que l'ingénieux architecte a imaginée pour augmenter la hauteur dr la colonne, dont, évidemment, il jugeait la proportion trop courte.

Fontaine Ftlice, piazza ch Terminé.

, s. Sixte V, dont l’esprit sérieux était tourné vers les grands travaux d'embellissement oii d’utilité publique, donna l’ordre, le jour même de son installation comrtie poutife.de pourvoir d'eau le quartier du mont Ouirinal. Toutes les habitations situées sur ce mont, le palais pontifical, séjour des papes pendant l’été, ainsi que les couvents du voisinage, souffraient beaucoup alors de la disette d’eau. L’exécution de cette entreprise, qui, par sa grandeur et ses difficultés, était digne des anciens, fut confiée à l'architecte Domenico Fontana. Celui-ci alla chercher les sources à quinze milles de Rome (voyez page i <»o ; mais, pour éviter les collines et les vallées, l’aqueduc dut s’écarter de la voie directe; aussi sou parcours est-il de vingt-deux milles, dont quinze milles sous terre, à une profondeur variable qui atteint jusqu'à i5*,6i, et sept milles sur des arcades s’élevant quelquefois à une très-grande hauteur; en plusieurs rencontres il fallut faire des tranchées dans le rocher même. Ce travail, qui dura dix-huit mois, occupa continuellement deux mille hommes, et même jusqu’à trois et quatre mille. La dépense s'éleva à 270,000 écus romains ( environ 1 ,444,30° francs ) , dont ar>,ooo servirent à indemniser les propriétaires dépossédés. Cette eau, appelée FeUce , du nom de Sixte V ( Felicc Mont alto), fut ensuite distribuée sur le Capitole, le Palatin, le CeJius et le Viininal. Son apparition sur les collines eut pour effet d’encourager à bâtir sur les parties élevées de la ville, lesquelles furent habitées de nouveau, après avoir souffert d'un long abandon.

La fontaine qui fait le sujet de cette planche est alimentée par l’eau FeUce ; elle est construite en travertin, et se compose de trois arcades ornées d’un ordre ionique, au-dessus duquel s’élève un attique. I«i masse du monument est satisfaisante, mais les colonnes ont de la maigreur, et I attique semble lourd. lat statue île Moïse, placée

KT CRITKJL’KS.

dans la niche du milieu, représente le c hef des Hébreu* frappant de sa baguette le rocher, pour en faire sortir l’eau, la-s bas-reliefs ajustés dans les niches latérales retracent des faits de l'histoire d’Aaron et de Gédcon. Trois nappes d’eau considérables s’échappent du socle de ces ligures, et se précipitent avec fracas dans un me me nombre de bassins; et, plus en avant, quatre lions vomissent dans trois bassins de marbre une eau qui pétillé et bouillonne. Deux de ces lions sont en marbre blanc, et lesdeux autres en basalte. Ces derniers, qui sont d’un travail égyptien fort beau, ont été, il y a peu d'années, transjiortés par Grégoire \VI au musée du Vatican, et remplacés par d’autres lions en marbre blanc, d’une sculpture très-médiocre. Des quatre colonnes qui décorent cette fontaine, deux sont en marbre cipolliu, et les deux autres en brèche grise.

la» inscriptions de la frise et de l’attique indiquent la date du monument, le lieu de la source, sa distance de Home , les sinuosités du parcours , la durée des travaux ; enfin, expliquent pourquoi cette eau porte le nom de Felice. -Ces inscriptions étant parfaitement lisibles sur la gravure, il devient complètement inutile de les placer dans le texte. .

Fontaine des Tritons , ninzzn N a voua.

Cette fontaine, qui forme un des principaux ornements de la place ISavona, fut exécutée au temps de Grégoire XIII, et vraisemblablement sur les dessins de Giacomo délia Porta. Klle se compose dedeux grands bassins concentriques. Quatre tritons distribués dans le bassin intérieur y lancent d'abondantes eaux à l'aide de conques ou coquilles en spirale, et quatre mascarons à double face, disposés symétriquement suites bords du même bassin, ré|>andent à la fois l’eau dans les bassins intérieurs et extérieurs. Enfin un triton colossal , placé debout et au centre, tient par 1a queue un dauphin qui jette l’eau par la bouche et par les narines. Cette figure, qu’on doit au ciseau de Bernini, est assez bien étudiée; mais la pose en est maniérée et théâtrale.

VI, ta.

NOTICES HISTORIQUE» ET CRITIQUES

F -es deux bassins sont formés de grands blocs de marbre de poitasanta. Celui de l'intérieur est anguleux, et les ressauts y sont trop multipliés, ainsi que les profils. L'ensemble de la fontaine est, au reste, d'un bel effet; l’eau y jaillit de toutes parts et avec abondance; enfin, le triple motif des figures qui la décorent est aussi bien combiné que parfaitement assorti.

Cependant, malgré le mérite bien réel de cette fontaine, l’impression qu’elle produit à la première vue ne lui est pas favorable. Cela tient uniquement à la situation peu avantageuse qu'elle occupe à l une des extrémités de la place IS avoua. Klle fait partie de la décoration de cette place, mais elle n'a dans ce grand ensemble qu'une importance très-secondaire. Située à proximité d’une autre fontaine, ornée d’un obélisque et beaucoup plus monumentale, que ( architecte liernini a élevée au centre de la place, la fontaine des Tritons est naturellement dépréciée par ce redoutable voisinage; de plus, elle est en quelque sorte amoindrie par l’effet imposant des somptueux édifices qui l’en tou rent, et par l'immensité de la place, où elle semble entièrement perdue. Supposez, au contraire, cette même fontaine occupant le point central d'une place de moyenne grandeur, ou transportée au milieu de la cour d'un palais ; alors elle brillera de tout son éclat, et elle retrouvera tout son prix. Tant il est vrai qu’en matière d’art, en architecture surtout, on ne saurait arriver à l'appréciation judicieuse et équitable d une oeuvre, sans faire la part des dispositions locales, sans tenir compte, soit des circonstances particulières, soit des conditions imposées I

ris i>es Nonces nu tome second .

NOTICES HISTORIQUES ET CRITIQUES

ht

Page 1