XIII
Les balustrades sont inclinées pour aller rejoindre le sol plus élevé du côté de la via Strvzzi ; le trottoir intérieur, au contraire, est horizontal. On trouve sous ce trottoir des vases en terre cuite placés entre chaque arcade et qui étaient destinés à donner un abri an poisson.
J*a vue est prise par le petit diamètre- Le mur qu’on aperçoit au fond est un mur de clôture séparant la villa de la via Strvzzi .
Elévation principale et /dan du jxilais Salviati, via delta fjmgarn.
Ce vaste édifice fut construit par le cardinal Salviati pour y loger Henri 111, roi de France. Nanni di Baccio Bigio en fut l'architecte. (Quelques-uns cependant l’ont attribué au Florentin Baccio d'Agnolo. La façade, quoique pesante, est d’une belle apparence, surtout vue de la rive opposée du Tibre. L’architecture de ce palais, qui n'a pas été achevé, est traitée dans le style florentin; mais on n'y trouve ni le même goût, ni la môme grâce dans les proportions.
la*s appartements étaient enrichis de tableaux choisis, dont un grand nombre sont passés au palais des Borghese, qui héritèrent des ducs Salviati. Le gouvernement, ayant acheté ce palais, y a établi l’ Arehivio urbano , ou dépôt des anciens nctes publics des notaires. Une charmante villa, embellie de jardins et de fontaines, for-* niait la dépendance «le ce palais; elle fut négligée et elle était dans un état d'abandon lorsque Léon XIII en fit un jardin botanique destiné à servir d’école pratique îi l’université de la Sapienza.
I je plan «lu palais sur la cour principale est bien disposé ; les étages ne s'y élèvent que sur trois des côtés; le quatrième, n’étant qu'un mur «le clôture, orné de pilastres correspondants aux piliers des arcades du |K>rtique, permet «le jouir du coup d’œil des jardins et donne à cette cour beaucoup d’air et de grandeur. l<es dépendances placées au fond sont bien distribuées ; derrière les bâtiments les jardins, avec
ET CRITIQUES. - • W7
leurs fontaines et leurs cascades, occupent les rampes de la partie du mont Janicule qui conduit au couvent de S. Onofrio.
Plan de deux maisons, via di Monterone.
Ces deux maisons, assez proches l’une de l’autre, à moitié distance vin, 3, du Panthéon et de l’église S. Andrea délia Valle, présentent toutes deux une heureuse disposition de plan.
Pian d'une maison, piazza de' Cenci.
I j disposition de ce plan est bonne et assez originale. Au premier vit; j». [>alier 011 peut, on continuer à monter en face, ou bien, en tournant à gauche, prendre le grand escalier de droite, qui mène sur une hauteur •appelée Monte Cenci. '•
.■Intel sans emploi' dé/iosé dans le corridor conduisant à ■ la. sacristie de S. Xf. del Popolo.
Cet autel est un des plus délicieux monuments de ce genre. Ijes iv, i. proportions en sont bien entendues, les arabesque; gracieuses, les sculptures traitées dans un excellent style. Le soubassement, qui n’est aujourd'hui qu’un simple socle, a sans doute remplacé une base plus riche èt mieux en rapport avec le monument, lors de son déplacement. La tète du Christ placée au-dessus dans un demicercle est très-belle. ‘
Tombeau d’Hector Lcngtès, de sa femme et de sa Jiüe,
dans l'église S. M. sopra Xlinerva. ‘
• Ce tombeau est situé à gauche en entrant, près de la porte. Les ix, «.
NOTICBS HISTORIQtiKS
chapiteaux et les ornements, qui ont du rapport avec ceux du palais (iiraud, et la date de i5o8, nous |>orteiit à penser que Bramante en fut l’architecte. Les profils sont méplats et dans le caractère grec. Nous en donnons, à la planche suivante, un détail à une plus grande échelle.
Tombeau de Hemnnlo Seulteli <‘t de (riovnnni Atdbr, dons l’église S. M. drf/' Anima,
Ce tombeau se trouve à droite, près de la porte de droite-l.es araliesques en sont charmantes, et les sculptures délicates et bien traitées: mais il y a lieu de critiquer les chapiteaux, ainsi que la tète de mort du fronton, qui fait un mauvais effet. I.es bustes des deux personnages sont trop courts. Ce monument est à une très-petite échelle.
Plan île l'église M. Andrea délia ! aile.
u. Cette église prend son nom du palais Valle, qui est sur la même place. Elle est située prés des ruines de la scène du théâtre dç Pompée, et de celles de la curie de Pompée, où fut assassiné César, la* cardinal napolitain Gesualdo la fit commenrer en i5<|(, sur les dessins de Pictfo Paolo Olivieri ; elle fut terminée par Carlo Mademo. I,a façade, que l’on a coutume de vanter comme une des plus magnifiques de Rome, est de mauvais goût; elle est couronnée d'un double fronton brisé; Carlo Rainaldi en fut l'architecte, ^/intérieur, d une assez, bonne proportion, possède des peintures remarquables et de riches chapelles : la première, à droite en entrant, a été bâtie par 1rs Ginnetti, d’après les dessins de Carlo Kontana; la chapelle Strozzi, la seconde à droite, est de Michel-Ange; l’architecture en est sèche et incorrecte. Elle est ornée de quatre tombeaux de marbre noir, d’un groupe en bronze placé sur l’autel, exécuté d’après la célèbre Piela, du Buonarutti, qui est à Saint-Pierre du \ aticau, et de deux
ET cm tiques. -'*(»< |
ligures, Haehel et Lia, également en bronze, copiées sur celles du
tombeau de Jules II, à Saint-Pierre in Vincoli. Cette' chapelle a douze belles colonnes de lumachelle; les chapiteaux sont en bronze; on \ admire aussi deux beaux candélabres en bronze. Au chœur, on remarque un candélabre aux armes de Sixte V : le lion portant la fleur.
la- dôme a 7/j palmes de diamètre. I^s peintures de la coupole, représentant la gloire céleste, sont un des meilleurs ouvrages de I .a titra ne, qui consacra quatre années à ce travail. I.a célébrité de l’église S. Andrea délia \ aile est due surtout aux quatre évangélistes, peints dans les pendentifs, qui sont des chefs-d'œuvre classiques du Duminiquin.
PI.ANLHR -27'J.
Détail t/'mi ante! dans l'église S. M. de! Popotu.
LVV»
Ce charmant petit niouuuient, dont la planche 278 reproduit l’en- o'. . semble, méritait d'être étudié dans ses détails sur une grandeéchelle, afin qu'on pût mieux apprécier le goût qui a présidé à la décoration du pilastre, du chapiteau, de la portion de niche et de l'entablement.
Détails du tombeau de Henwrdo Seulteti et de ( ütieamii Knibe.
Ia*s délicieuses arabesques de ce tombeau méritaient egalement, v. comme les détails de l'autel précédent, d'être reproduites en grand (à-s deux charmants motifs sont d’un sentiment distingué et d uue exquise délicatesse. , .
Détail fin tombeau de la famille Floridi.
On trouvera de même ici avec intérêt le détail, donné sur .une ix. ». plus grande échelle, de ce tombeau d'Hector l.englès, tle sa
notices historiques
femme et de sa fille, dont l’ensemble est gravé dans la planche précédente.
Plan de l’église S. Silvestro in Capitr.
L'origine de cette église est très-ancienne; on la fait remonter jusqu’à l’année 261. Son surnom, in Capitr, provient de ce qu’on y conserve, dit-on, la tête de saint Jean- Baptiste. Kl le fut reconstruite en 7Ü7, Sous le pape Paul 1"; puis, après être restée très-longtemps abandonnée, elle fut réédifiée sous Innocent III par l’architecte arétin Marchionne. A la fin du xvii* siècle, Innocent XI y établit un monastère de femmes de l’ordre de Sainte-Claire. Klle fut alors restaurée et embellie de marbres, de peintures et de stucs, d’après les dessins de Giovane Antonio de’ Rossi.
I# a façade, qui est de cet architecte, donne entrée à I atrium, au fond duquel est un portique sous lequel on pénètre dans l’église. Le plan en est lwen disposé; l'autel du fond est du temps de la renaissance, et traité avec goût. ....
Plan île /" église S. M. in rampa Marzo.
Pi ■ès de S. M. sopra Minerva existait un couvent de religieuses de l'ordre de Saint-Basile, venues de Grèce à Rome vers 700 pour fuir la persécution des iconoclastes, et qui avaient apporté, entre autres reliques, les restes de saint Grégoire de Nazianze. Au xt\f siècle, cette communauté fut réunie à celle des Bénédictines de S. M. di camp» Marzo. A cette époque, l'ancienne église du couvent fut démolie, et l’on éleva celle-ci à la place, d’après les dessinsdeGiovane Antonio de’ Rossi. Sous la domination française, elle fut abandonnée à l'administration de la loterie; lors du rétablissement du pouvoir pontifical, elle fut rendue au culte, et ses peintures, qui étaient fort dégradées, furent restaurées. - ■
h T CRITIQUES,
[«» disposition de l’église est assez bonne et se combine bien avec le couvent qui s’y rattache. I^e maître-autel est décoré de peintures du P. Pozzi.
t'ue. extérieure et plans des deux palais Pietro Massimi et Angelo
Massimi.
Au xv* siècle, l'illustre famille de Massimi possédait dans le quar- vi tier central de llome une habitation considérable. Cette habitation, située sur la rue Pontificale ( Potuificia ), appelée aujourd’hui di S. Pantalea, du nom de l’église voisine, n’avait rien dans son architecture qui méritât de fixer l’attention. Un noble souvenir se rattachait seul à cette demeure: c'était là qu’en 1 455 Pietro Massimi avait établi une imprimerie , et fait à Rome le premier essai de typographie. fjes éditions sorties de ses presses se reconnaissent encore à cette désignation : In-doma Pétri de Maximir. Son fils Domenico hérita de cette projjriété. En i5a7, l’armée du connétable de Bourbon prit Rome d’assaut. On sait tous les irtaux que la ville et les habitants eurent à souffrir de cette soldatesque effrénée; les perso nues et les monuments, rien ne fut respecté; l’habitation des Massimi fut pillée et incendiée, comme tant d’antres. >
Lorsque enlin l’orage se fut dissipé et que Rome n’eut plus à redouter cette horde barbare, qui pendant plus de neuf mois (1) l’avait saccagée, chacun chercha à réparer ses pertes. En ce temps mourut Domenico Massimi, après avoir fait le partage de ses biens entre ses enfants. Ses trois fils Pietro, Angelo et Luca,- s’empressant de restaurer la portion de l’habitation paternelle qui leur était échue,
(l) L'armée du connétable de Bourbon entra dans Rome le 6 mai iSa? ; le prince d 'Orange parvint à l’en faire sortir le 17 février i5a8. De 40,000 hommes, cette armée avait été réduite par la peste à 1 >,000.
notices historiques
consultèrent Baldassarre Peruzzi, et lui demandèrent des plans (1). Ce grand artiste, qui lui-même avait eu tant à souffrir des malheurs de cette époque, était depuis peu de retour à Rome. Il avait dû quitter celte ville pour se réfugier à Sienne. (Voir la note page 6o4-)
Si jariiais architecte eut à lutter contre les difficultés d'un programme, ce fut, certes, Peruzzi en cette circonstance. Soit que ses clients lui eussent imposé des conditions d’économie (a), soit 'que lui-même il désirât de les réaliser, Peruzzi, au lieu de démolir une partie deg murs épargnés par le feu et de faire table rase, s'étudia, au contraire, à conserver 4a majeure partie des vieilles, constructions t il. se .conforma même pour la façade à la direction bizarre qui lui était donnée par les anciennes fondations. On verra plus loin, dans un examen plus détaillé, que le triomphe de l’architecte fut ici complet, et qu’il a laissé aux. architectes à venir le plus mémorable exemple de difficultés vaincues; tout autre que lui peut-être les eût jugées insurniontahles. Pour en triompher, il fallut toute la souplesse de son talent, toutes les ressources qu'il savait trouver en son génie. Sa construction,- même sans considérer les entraves qui le gênaient, serait-loiyours un chef-d'œuvre : de quel éclat n’est-elle pas rehaussée, quand on l’envisage avec tout son cortège de difficultés!
Pour l’un des palais, celui de messer Pietro, qui était l’aîné des trois frères, il y avait une donnée obligatoire. La- branche de la famille Massimi, à laquelle il appartenait, était désignée par le surnom de! Potiico, changé depuis en celui dette Colonne ; ce surnom à rap-
(1) Nous possédons un manuscrit de Peruzzi qui représente l’habitation de Luca Massimi, CdOÎnmc célle de ses frères, elle était située sur la rne Ponlifieia, mais de l’autre rAte'de cette rue, et en face de la maison de Pietro/ (Voyez lettre C, à la légende de la page 578.) Le manuscrit ne semble pas indiquer un projet de restauration, mais un simple relevé de* bâtiments. On ne saurait dire si Perùzzi fit jamais aucune réparation à celle habitation.
(a) Il paraît juste toutefois de rendre ici cet hommage à Pietro Massimi : qu'il (le dut pas entraver Peruzzi. Tout démontre, au contraire, qu'il fit preuve d’uo grand discernement en accordant pleinement au grand artiste (a Confiance, que celui-ci sut d’aîlleors si bicu justifier. Aussi lé nom de Pietro Massimi doit-il rester cher aux amis des arts. V
ET CRITIQUES
peler imposait à l'architecte la singulière condition d'un portique j» élever. Peruzzi fit deux projets, qui l’un et l’autre font ressortir ce point capital du programme. Notre heureuse étoile nous a fait découvrir Jes dessins originaux de lîaldassarre Peruzzi, et nous avons puisé dans ces manuscrits précieux des documents importants sur ce palais. Dans les deux projets, le portique extérieur a la même disposition, et les colonnes sont accouplées de la même manière. Mais dans le projet qui n'a pas été exécuté ( voir le plan à la page 578), la façade, et conséquemment le portique, ne sont pas cintrés; il est indiqué en lignes droites. La disposition de la cour est tout autre : à gauche se trouve un portique latéral , qui met en communication le portique de l’entrée de la cour avec celui du tond. Sous ce portique de communication est située l'entrée de l’escalier. On s’aperçoit, en comparant ce projet à. l'autre, que c’est un premier jet; on n’v retrouve ni la réflexion, -ni l’étude, qui se manifestent dans çelni qui a été adopté. Mais ce fut le point de départ pour arriver aux améliorations notables réalisées dans le projet définitif.
Le parti adopté par l’architecte est net et tranché : un portique à colonnes, ouvert sur la rue; de belles croisées à consoles avec balcon en saillie; des murs sillonnés de refends; enfin un riche couronnement, voilà ce qui caractérise le palais Pietro Massimi. I £ palais Angelo(i-), au contraire, est d’un style pins simple et plus male: la porte .d’entrée et les croisées du rez-de-chaussée ont des profils fermes; les fenêtres des étages supérieurs sont moins ornées. et moins délicates que celles du palais voisin; enfin, le mur lisse de la façade fait contraste avec le mur couvert de refends du |>alais Pietro. A l’intérieur des pala'is se manifeste la même opposition dans le style. Le sage architecte, conséquent avec lui-même, a continué ici, pour chaque habitation, l'ordonnance accusée par l’extérieur. Au palais Pietro,
(i) Ce palais esl souvent désigné sous le nom de Piyro, à cause d'une statue de Pyrrhus qu'on voyait autrefois dans la cour. Nous avons trouvé plus rationnel de distinguer chaque palais par le nom' du fondateur. ‘
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des colonnes, de» stucs, des refends, de riches sculptures, ornent la cour; dans la cour du palais Angelo, au contraire, on trouve une grande simplicité, des arcades au rez-de-chaussée, des murs lisses, et point d'ornementation. Partout l’artiste montre la logique la plus rigoureuse et en même temps le goût le plus délicat. Quel admirable talent! quelle souplesse et quelle fécondité! De combien de qualités rares la nature ne l'avait-elle pas doué! Nous ne pouvons nous empêcher de répéter ce que nous avons déjà dit souvent : Pernzzi déroute les critiques les plus exercés; si nous n’avions les preuves les plus positives qu’il fut l’architecte des deux palais, il serait difficile de croire qu’ils sont sortis de la même main.
Ixtrsque l’on étudie la construction de ce palais, on voit qu’il a été exécuté en travertin , mais que pour les étages supérieurs on a lait usage des matériaux les plus communs. I.a brique recouverte d’un enduit ou de stuc, ou le bois ont été seuls employés. Dans toute cette brillante décoration il n’y a de richesse réelle que deux colonnes de marbre, à la loge du premier étage. Cet exemple est une leçon d'économie que les architectes doivent recueillir. Cette manière si sage d'opérer ne doit-elle pas leur démontrer que la sobriété dans le mode d'exécution n'est pas un obstacle pour atteindre le point le plus élevé île leur art? Hommage éternel à Pernzzi qui a su, dans l’œuvre la plus minime, en tracer avec tant de supériorité les principes fondamentaux! Depuis plus de trois siècles son petit monument existe pour l’honneur de l’architecture et fait l’enchantement de ceux qui l'étudient. Il faut espérer qu’il échappera longtemps encore à la destruction qui menace sans cesse toutes les œuvres de la main de l’homme. .
C'était vers' l’an 1 53a que Peruzzi commençait les deux palais Massimi ; il était alors dans toute la force de son talent. Le goût et la variété infinie qu’il a mis dans l’ornementation, montrent combien il se complaisait dans son travail, étudié par lui dans ses moindres parties. Mais alors sa santé s'altérait profondément ; une vie très-agitée
ET CRITIQUES
et des fatigues continuelles avaient miné sa constitution. Peut-être aussi est-ce le poison, donné, dit-on, par quelque envieux ambitionnant sa place d’architecte de Saint-Pierre, qui abréga cette vie si remplie et si laborieuse. Il mourut en i536, dans un état voisin de lu misère. On ne doit pas s’étonner de cette fin malheureuse; Peruzzi avait à pourvoir aux besoins d’une famille nombreuse, et jamais il 11e sut obtenir des salaires proportionnés à son mérite et à ses services. Selon Vasari, dont nous acceptons le récit, les riches personnages qui mirent à prolit ses talents, abusant de la douceur de son caractère, de sa modestie et de son extrême réserve, songèrent moins à le récompenser qu’à l’exploiter.
Comme Raphaël , Peruzzi terminait sa carrière par son chefd'œuvre ; comme lui, il le laissait inachevé. Mais, avec tant d’analogie dans le caractère et dans la nature de leur talent, la destinée de ces deux artistes incomparables fut bien différente. Raphaël vécut dans l’opulence, aimé, considéré, ayant joui de toute sa gloire. Peruzzi, au contraire, n'arriva jamais à l'aisance ; ses travaux, bien qu’estimés, 11e lui méritèrent ni faveurs ni applaudissements; et cette injuste tiédeur de son .siècle s’est pour ainsi dire perpétuée. Son nom n'est pas devenu populaire; il n'est connu que de ceux qui se livrent particulièrement à l'étude de l’architecture. Que lui manqua-t-il cependant pour devenir illustre? Tl fut à la fois grand peintre, ingénieur habile et sublime architecte. Mais tels sont les arrêts injustes de l’aveugle fortune et les hasards capricieux de la renommée!
• Nous avons réuni sur cette planche les dessins qui pouvaient contribuer à donner une idée exacte des deux palais. Ainsi, la vue générale fait connaître l’aspect extérieur et l’effet de la façade cintrée, effet grandiose, qui a je ne sais quoi d’antique et de théâtral. Le petit plan du quartier explique la position des deux palais relativement aux habitations environnantes et aux rues voisines.
Les deux plans d’ensemble du rez-de-thaussée et du premier étage montrent comment les deux palais sont-enclavés l’un dans l’autre; on '
NOTICES HISTORIQUES
comprçnd en les voyant tontes les difficultés qu'on eut à surmonter |K>ur obtenir, pour l’un comme pour l’autre, une distribution commode et régulière. Toute la partie du fond dans les deux palais est antérieure à Peruzzi. Elle a sans doute subi quelques changements; mais,’ comme elle présente peu d’intérêt, nous nous sommes abstenu de la reproduire.
Le plan du soubassement est également limité à cette partie du palais remaniée par Pernzzi. Ce plan était nécessaire pour ne rien laisser -d'indéterminé dans l'oeuvre . du maître. Ici nous devons signaler une hardiesse qui appelle la critique : le mur cintré du vestibule ne pose pas complètement sur le mur du soubassement. Bien que ce porte-à-faux ait été consacré par le temps, cette témérité de l’architecte n'en est pas moins condamnable. Nous aurons à mentionner plus loin une fitnte semblable, à laquelle on ne saurait trouver d’excuse que dans les difficultés sans nombre que présentait cette restauration.
I.e plan d'ensemble des deux palais, au deuxième étage, offre un tel décousu, que nous nous contentons d’en donner ici, gravée sur bois, une réduction qui complète, avec les, trois plans de la planche 280, la connaissance de ces palais à tous les étages. En retrouvant à ces divers étages une suite de rom lunaisons pénibles pour dissimuler les angles et les irrégularités de l'espace, on s’étonne qu'une famille assez' riche pour se Construire un palais d'une architecture aussi élégante n’ait pas pu en régulariser l’étendue, en acquérant des terrains contigus; ou plutôt qu'elle n’en ait pas eu le désir.
KT CRITIQUES
Pions du rezrde-chausséé et du premier étage (i) et élévation principale du palais Pietro-Massinri.
Avant de commencer l'examen détaillé de. ce palais, nous devons, v ■ dès l’abord, fnireune remarqueque sa première vue suggère : e'est qu’il est conçu dans des conditions qui rappellent sous plus d'un rapport les maison» antiques. Peruzzi vivait plus de deux cents ans avant la découverte de Pompéi ; mais il était tellement versé dans l’étude de l'antiquité, que son savoir et plus encore les instincts de son génie lui tirent retrouver les habitudes et les distributions de la demeure des anciens patriciens, sur les seules indications des auteurs latins, il y avait, au reste, une sorte d’à-propos à élever un palais antique à la famille Massimi, qui, croyant descendre de l’illustre maison de Fabius Maximus. avait adopté pour devise ces mots d'Ennius : eunctando restituit.
Si l’on essaie de faire la comparaison , ne trouve-t-on pas que le portique extérieur est une imitation des portiques, qui, dans l’ancienne Rome, servaient d'abri aux prolétaires sans asile? Les vastes . salles du rez-de-chaussée et du premier étage ne forment-elles pas dans l’habitation comme la partie publique, celle qu'on destinait aux clients? Enfin, l’appartement du fond, celui des femmes, n’est-il pas entièrement-séparé (a)? Il a son entrée particulière, ses escaliers, ses dépendances, une cour qui lui est propre. Cette analogie déjà si frappante dans la disposition générale du plan, ne l’est pas moins pour
(i) Nous n’avons figura tle c*-% deux plan» que la partir restaurée par PcriiMÎ, la seule qui pouvait être un objet d’etude. Les numéros, inscrits sur le plan du premier étage, servent à designer diverse* salles, dont les plafond» seront représenté» dans les planches suivantes. Ces numéros seront rappelés, lorsque nous aurons à parler des plafonds.
(a) On dirait que le proprietaire actuel, le prince Mnssimi, a voulu rendre l’analogie plus complète, en ne permettant aux femmes d£ service de communiquer avec l'appartement du devant qu’au moyen d'un tour, situé à l’extrémité du corridor, au-dessus de la fontaine. Ce . tour correspond au palier de l'escalier do premier étage. «
NOTICES IIISTORiqVBS
SjS
la décoration. L'architecture senilile en effet du temps des Antonins; elle en a le caractère; l'étude des ordres et des profils tient de rette époque, et l’emploi des stucs sur les voûtes du vestibule et des portiques ajoute à la ressemblance. Les dieux, les sujets de la mythologie qui y sont représentés, les statues, les bustes, les bas- reliefs qui décorent la cour et l’escalier, complètent l'illusion. Cette habitation, du reste, est moins grecque que les maisons de Pompéi ; elle est plus dans le goût romain.
Nous avons dit, à l'occasion de la planche précédente, que l’architecte avait d'abord proposé une disposition différente de celle qui a été adoptée. Quoiqu'elle soit moins parfaite sans doute, il est néanmoins intéressant de la comparer avec le plan définitif. Afin de faire mieux suivre ce parallèle, nous avons réduit ici le dessin de Peruzzâ à la même échelle que nos plans.