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CONSTITUTION PHYSIQUE DU SOL

On observe à l’intérieur de Rome trois formations de terrains d’origine et d'époque diverses. Les unes comprennent, 1° des roches volcaniques provenant des feux souterrains ; 2° des terrains de sédiment déposés par les eaux de la mer lorsqu'elles couvraient les continents; 3° enfin des dépôts d'eaux douces et fluviatiles.

Rome moderne est assise sur un fond fluviatile : dans les parties basses, en effet, la marne et le sable apparaissent, tantôt séparément et tantôt. réunis : cette marne est argileuse, de couleur grise tirant sur le jaune. En certains lieux on rencontre un sable calcaire jaunätre, rarement homogene, et le plus souvent mélangé avec la marne. On trouve encore, mais plus rarement, un autre sable tirant aussi sur le jaune, composé de grains siliceux et mélé avec plus ou moins d'argile. Telle est la formation de cette légère éminence, où est assise S. Francesca Romana, entre le Palatin et l'Esquilin.

La marne, le sable calcaire et le sable siliceux-argileux qu'on rencontre dans le sol de Rome semblent donc prouver que dans les temps éloignés le fleuve a séjourné dans les vallées situées entre les collines, et formait là une sorte de lagune : ce qui doit paraître plus surprenant encore,

c'est qu'il a dü s'élever à une hauteur assez considérable pour atteindre

mét. pieds

le sommet de plusieurs de ces collines, à plus de 42 ) audessus des eaux moyennes du Tibre. Get état de choses n’est pas seule-

ment restreint à l'enceinte de Rome, mais s'étend au loin dans la cam-

pagne. Les flancs de la plupart des monts qui environnent cette vallée, soit en remontant le Tibre vers Ponte Molle, soit en allant vers Ostie, sont également couverts de dépôts fluviatiles.

Cette élévation du Tibre est difficile à expliquer, et ne peut guëre se concevoir qu'en supposant, d’après Léopold de Buch, minéralogiste prussien, que la mer ayant autrefois plus d’élévation avait dû exhausser le niveau du fleuve.

Ce fut alors que l’Anio et les autres tributaires du Tibre étant eux-mêmes

plus élevés, déposérent ces travertins et ces Lufs calcaires qu'on rencontre dans les plaines.

Au-dessous des dépôts dont nous venons de parler, on en trouve d’autres de formation antérieure. Ces dépôts, composés de matières volcaniques, constituent la partie principale de PAgro Romano et du patrimoine de Saint- Pierre, et peuvent être considérés comme la roche dominante de cette contrée. Les recouvrements fluviatiles , de quelque nature qu'ils soient sur les collines de Rome, ne sont que d’une épaisseur moyenne, relativement à la masse de ces collines. On remarque qu’ils ne sont pas à la même hauteur sur chacune d'elles, et qu'ils sont interrompus en quelques lieux ; ce qui doit provenir de l'extrême rapidité de la pente et de certaines circonstances locales qui n’ont pas permis l’adhérence.

Ces tufs volcaniques se distinguent de la lave en ce qu'ils n'ont pas, comme celle-ci, coulé à l’état fluide ; ils se composent d’une agrégation de scories, de cendres, de gravier et de sable, transportés loin des cratères qui les ont rejetés. Il en existe de deux sortes, qui peuvent se classer en tufs lithoides et tufs granulaires.

Le tuf lithoide est d’une couleur brun-rouge avec des taches orangées. Il est assez dur pour être employé dans les constructions comme pierre, d’où M. Brocchi a cru pouvoir lui donner le nom de tuf lithoïde que nous lui conserverons. On le rencontre sur plusieurs collines de Rome, et on l’exploite hors de la ville à Monte Verde, au Pont Nomentano et à Torre Pignatara hors de Porta Maggiore. Il est très-abondant à Ardée et le long de la voie Ardeatina. On trouve au milieu de ce tuf des pierres ponces qui témoignent de son origine ignée.

On en distingue une variété, d’une pâte plus fine, et qu'on prendrait pour une roche homogène si elle n’était semée de petites écailles de mica noir et argenté. Ce tuf a une grande ressemblance avec le peperino d’AIbano et de Marino, mais il en diffère par la couleur qui est grise dans ce dernier.

Le tuf granulaire est entièrement différent du tuf lithoïde. Sa couleur est d’un brun noirâtre et violacé. Il est léger et friable, composé de grains grossiers et peu adhérents. Ce n’est autre chose qu’une agglomération de petits fragments de scories volcaniques triturés, plus ou moins terreux ,

selon le degré d’altération qu'ils ont subi. Ce tuf est plus commun que tout autre sur les collines de Rome, et on peut le regarder comme formant Ja masse principale du Pincius, du Quirinal, du Viminal, de l'Esquilin et du Palatin. Aux environs de Rome on le trouve sur la sommité du mont Marius, sur la route de S. Paolo à S. Sebastiano, et dans beaucoup ‘d’autres endroits.

Quelques circonstances favorables ont permis de juger de la constitution des diverses collines; nous allons en parler brièvement.

Lorsqu'on exécuta des travaux pour l'établissement d’une promenade publique au Pincrus, on fit une tranchée qui mit à découvert les roches diverses qui le composent. Le banc inférieur fut reconnu pour être un tuf granulaire assez solide de couleur grise. Un autre banc de roches argileuses était superposé à celui-ci; un troisième banc semblable au premier venait ensuite; enfin au-dessus d’eux tous s’étendait un grand dépôt de gravier qui les masque entièrement, et arrive jusqu’au sommet du mont.

La constitution physique des monts voisins, du QuiriNAL, du VIMiINAL, de l'Esquinn et du Corus , ne diffère pas sensiblement de celle du Pincius. Suivant les observations qu'il a été possible de faire, le tuf granulaire y domine, et ne permet pas de douter qu'il n’en forme le noyau. Toutes ces matières volcaniques et argileuses ont été probablement rassemblées par les eaux douces, et l’on retrouve même au-dessus du tuf lithoïde un banc d'argile mêlé à des concrétions calcaires dans les souterrains de S. Pietro in Vincoli, à une hauteur qui excède 45"%*,497 (140%) au-dessus du fleuve. Sur quelques points du Qurinal, on rencontre un sable calcaire et marneux. Une argile jaunâtre a été reconnue uniquement sur l£squilin, et en un seul point. Enfin on découvre sur l’Esquilin et le Cœlius, le tuf lithoïde mêlé à la pierre ponce, et alterné quelquefois avec un tuf terreux.

Les reconnaissances sont difficiles à faire sur le PaLarTiN, qui n’est pour ainsi dire qu'un amas de ruines. On retrouve presque à fleur de terre le tuf granulaire dans une chambre souterraine de la villa Spada , dont le sol est à 13"*,318 (41%) au - dessous du sol actuel. Quoiqu'on n'ait pas rencontré de roches fluviatiles sur ce point, on ne saurait affirmer qu'il n’en existe pas.

La structure du CapPiToLE peut s’apprécier beaucoup mieux que celle des

autres monts, à la faveur d’un grand nombre de fouilles faites dans des temps éloignés, et qui l'ont ouvert dans tous les sens. Le tuf lithoïde en forme la masse principale. Dans les parties basses, du côté du Palatin, on rencontre le tufgranulaire; mais il diffère par la couleur de celui des autres collines : il est d’un gris verdätre et d’un grain plus fin; humide, il a de la consistance ; sec, il cède aisément sous les doigts. Dans les souterrains de l'hôpital de la Consolazione, on découvre non-seulement des dépôts de tuf granulaire et de tuf lithoïde, mais des produits d'eaux de mer. Les deux sommités du mont, celle de l’Ara Celi et celle de la roche Tarpéienne sont composées de tufs lithoïdes, et l’intermontium de sédiments laissés par l'ancien fleuve, lequel passait en cet endroit pour aller inonder la plaine de Campo Vaccino. Ces sédiments ont le caractère de leur origine plus prononcé ici qu'ailleurs, et contiennent un bon nombre de coquilles univalves et bivalves qui séjournent dans les eaux douces.

L’AvenTiN mérite surtout d’être observé, parce que les phénomenes s’y montrent à découvert. Du côté du fleuve et sur le penchant de Péminence, on remarque une cavité quia été creusée dans une masse formée de trois couches différentes. La couche inférieure présente un tuf friable , composé d’un sable fin volcanique; la seconde un sable jaunâtre siliceux - argileux ; enfin la troisième forme un banc épais de tufs granulaires recomposés (1), contenant des fragments de laves et de cailloux calcaires. Ce tuf est couvert d’une série de bancs, partie de sable calcaire et partie de travertin, avec des coquilles terrestres et fluviatiles, lesquelles s'élèvent jusqu'au sommet de PAventin. Toutes ces roclies sont adossées à la partie occidentale; mais la masse du mont est composée de matières volcaniques originaires semblables à celles des autres collines. Le tuf lithoïde se trouve près de S. Prisca, et l’on en à tiré les pierres avec lesquelles on a bâti le palais Braschi. Une autre carrière existe dans la vigne d’Aste, et servit aux réparations des murs de la ville au temps de Flaminio Vacca, qui en fait mention. Sur l'autre partie de l’'Aventin, près de S. Balbina, existe une grotte où l’on voit le tuf granulaire.

(1) Le tuf recomposé est d’origine fluviatile, et formé de roches ayant eu d'abord un certain degré de solidité : ces roches, étant morcelées, s’agglutinèrent de nouveau et acquirent une nouvelle consistance. M. Brocchi a nommé ce tuf recomposé, pour le distinguer de l'original, avec lequel il est souvent assez difficile de ne pas le confondre.

De l’autre côté du Tibre se présente un autre champ à lobservation. Si les roches volcaniques et les roches fluviatiles composent la masse des autres collines, celles de la rive droite ont été manifestement formées par des dépôts marins. Ainsi, sur le mont Marius, qui est une continuation du Vatican , et s'élève à 142,930 (440%) au-dessus du niveau de la Méditerranée, on rencontre, près de la villa Mellini, un assez grand nombre de grosses huîtres, des coquilles et diverses espèces de testacés marins.

Au Varican, dont la hauteur est moindre que celle de la colline la moins élevée de la rive gauche, la roche dominante est un sable siliceux-calcaire jaunâtre; le plus souvent, il est détaché et incohérent, quelquefois il est aggloméré de manière à former un lit assez solide. Au-dessous du sable calcaire, est une marne bleuâtre contenant des coquillages.

Le Janicuze est semblable au Vatican. Le gravier calcaire s’y rencontre en mille endroits, et on peut l’observer sur un point assez élevé près des murs di S. Pietro in Montorio, du côté de la rue qui monte aux Fontanoni.

Malgré leur caractère neptunien, le Janicule et le Vatican contiennent encore des roches fluviatiles. On en trouve le long de la côte qui conduit au cimetière de S. Spirito. Sous les arcs qui soutiennent les murs de la cité Léonine, on remarque une terre marneuse blanchätre, remplie de petites coquilles d’eau douce; il y a encore de la marne grise d’origine fluviatile au bas de la côte qui mène à S. Pietro in Montorio.

Les roches volcaniques ne manquent pas non plus au Vatican et au Janicule; on les rencontre aussi bien à la base qu'au sommet. Le tuf granulaire, de couleur grise jaunâtre, qu'on trouve dans le jardin du Vatican, se montre également au sommet du Janicule, à droite de la porte $S. Pancrazio : ces matières volcaniques ont été déposées au-dessus des formations marines.

Les roches marines ne se limitent pas au seul mont Janicule et au Vatican, mais elles constituent autour de Rome une suite de collines qui s'étendent au nord et au midi vers Ostie et Cività-Vecchia. Comme elles proviennent d’un grand dépôt général laissé par l’ancienne mer sur la Péninsule, dans cet espace qui s'étend de chaque côté de lApennin depuis sa base jusqu'aux deux mers, on doit croire que ces roches existent également sous les matières volcaniques superposées, d'où il s’ensuivrait que le

\ . de À . . \ caractere neptunien devrait être celui du sol qui sert de base à toutes les y

collines de Rome sans exception, et cette induction est confirmée par les observations indiquées précédemment sur le Capitole, où lon trouve l'argile et le calcaire compacte sous le tuf lithoiïde.

Il est certain qu’on ne distingue dans Rome aucun indice de volcans locaux, aucun vestige de cratères, aucun courant de lave, puisque le plus voisin est celui de Capo di Bove, à deux milles hors de la porte S. Sebastiano. Celui-ci même est le dernier lambeau d’un courant descendu des collines d’Albano, dont on peut suivre le cours le long de l'antique voie Appia. M. Breislak, qui veut voir dans Rome des bouches vomissant le feu, se sert des traditions mythologiques, et cite à lappui de son opinion la description de la caverne de Cacus qui exhalait des flammes et de la fumée et qu'on place sur PAventin. Mais ni Denis d'Halicarnasse, ni Tite-Live, si jaloux l’un et l’autre de conserver les antiques traditions , n’ont fait mention, en parlant de la caverne de Cacus, de sa propriété de vomir le feu.

L'hypothèse du savant minéralogiste n'en est pas moins ingénieuse. Imaginant, en effet, qu'il existait un grand cratère dans la plaine de Campo Vaccino se prolongeant jusqu’à celle qui avoisine le Colisée, il suppose ce cratère entouré de six collines, du Capitole, du Palatin, du Cœlius, de l'Esquilin, du Viminal et du Quirinal, lesquelles en formaient comme les lèvres parfois séparées. Il prétend encore qu'une bouche secondaire devait exister dans lintermontium du Capitole, et une autre dans la vallée qui sépare en deux l'Aventin : et, comme il résultait de son système que des matières liquéfiées avaient dû sortir de ces bouches et de ces cratères, il a dû transformer en lave le tuf, bien reconnu cependant, du Capitole, et même celui de lAventin.

Ce système sur la nature et la constitution physique du sol de Rome ne saurait se maintenir en présence des observations consciencieuses et multipliées de M. Brocchi que nous avons successivement relatées, el se trouve réfuté par l'indication de faits constants.

En se rappelant ce que nous avons ‘dit précédemment concernant ces dépôts de matières volcaniques superposés aux dépôts neptuniens, on sera forcé de conclure que les volcans d’où sont sorties les matières qui composent ces agrégations de tufs, ont éclaté au fond de la mer à une époque

où elle couvrait encore une partie des continents : les pierres ponces , les

graviers, les cendres, les fragments de laves en scories, entrainés par les flots, furent transportés loin de leur origine et déposés suivant les lois que suivent tous les autres sédiments. Ils se disposèrent en bancs et en lits, s'accumulèrent de manière à former des éminences, des collines ; s’insinuerent dans les vallées partout où l’eau qui leur servait de véhicule avait acces, et furent mélés avec les cailloux calcaires, avec des débris de laves, avec des ossements d'animaux, des troncs d'arbres, enfin avec tout ce que la mer entrainait avec elle. Quelques-unes de ces matières restèrent détachées, incohérentes, ou se réunirent faiblement; d’autres acquirent la dureté de la pierre, selon que le fluide était plus ou moins tranquille, plus ou moins homogène, et tous ces débris réduits en poussière produisirent des roches de différente pâte, de diverse contexture et solidité.

Si l'on voulait rechercher de quels volcans proviennent les matières volcaniques qui couvrent le sol de Rome, on serait naturellement porté à les attribuer aux plus voisins , à ceux de Tusculum et d’Albano ; mais des raisons persuasives prouvent néanmoins le contraire : aux environs de ces volcans, on ne trouve, en effet, aucun vestige de tuf lithoïde, si commun dans Rome, au Capitole, et aux environs de la ville; mais ils abondent au contraire en peperino, qui est étranger au sol de Rome. Dans les monts d’Albano et de Tusculum, on ne voit pas un seul fragment de pierre ponce, qui se rencontre par couches au Pincius, au Quirinal, à lEsquilin, à lAventin, au Janicule, etc.,... et, dans ces pierres ponces , on distingue encore des fragments de cristaux, de feldspath, dont sont privées les laves et les autres roches volcaniques des monts Albains.

Il faut donc chercher ailleurs ces cratères, et on les reconnait säns peine au nord et au nord-ouest de Rome, dans les monts Cimini et dans ceux qui entourent le lac Sabutinus , aujourd’hui di Bracciano.

Le tuf lithoiïde du Capitole, de Monte Verde, etc..... provient évidemment de ces volcans , et les pierres ponces qu’on remarque dans les dépôts qui composent les diverses collines se trouvent également en grand nombre et parfaitement conservées aux environs de Caprarola ou de Bagnaÿja, situés au pied des monts Cimini.

On ne saurait déterminer les époques de ces dépôts volcaniques sans

chercher à pénétrer plus avant dans les secrets de la nature : qu'il nous

suffise d’avoir constaté la formation relative des diverses roches. Ainsi les tufs fluviatiles, les travertins, les marnes, les argiles de l'Aventin, du Vatican, du Capitole et du sol de Rome, seront modernes par rapport aux dépôts volcaniques, et ceux-ci, à leur tour, d’une époque récente relative-

ment aux roches d’origine neptunienne (1).

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