‹ Edifices de Rome moderneChapitre 18 sur 154 · BE —— MATERIAUX · texte numérisé non relu

BE —— MATERIAUX

Les habitants de Rome ont été heureusement pourvus par la nature de ae Q a! PRE 7 2 .

matériaux propres aux constructions. Ces matériaux sont en général bien supérieurs aux nôtres, et le climat moins destructeur contribue encore

à en perpétuer la durée.

On construit le plus ordinairement en assises de pierres et en briques,

car le moellon ou tuf ne s'emploie guère que pour les murs de refend.

La pierre dont on se sert pour les plus beaux édifices est le travertin, TRAVERTINO, appelé par les anciens lapis tiburtinus où pierre de Tivoli. C'est une roche calcaire blanchâtre tirant sur le jaune et donnant des blocs de la plus grande dimension : son grain est trés-fin, mais elle est persillée. Au sortir de la carrière elle est tendre et devient ensuite fort dure; sa ténacité la rend capable de supporter sans se rompre une charge plus considérable que la roche d’Arcueil et même que le marbre blanc. Il est vrai qu’elle éclate au feu , mais elle résiste à toutes les intempéries de l'air. Enfin, elle acquiert avec le

temps un ton chaud et coloré d’un aspect fort agréable. Un grand nombre de

(1) On pourrait, peut-être, avec les notions actuelles de la science, compléter aujourd’hui le beau travail de M. Brocchi et rendre raison de certains faits géologiques ayant dû se passer dans cette contrée, et qui sont restés sans explication satisfaisante. Mais cette tâche ne m'appartient pas, elle revient de droit à ceux qui, occupés d’une manière toute spéciale de ces attrayantes études, sont, plus que moi, en état d’y ajouter des observations nouvelles ou de présenter d'intéressants aperçus.

monuments antiques, tels que le Colisée et le théâtre de Marcellus, et la plupart des églises et des palais modernes sont construits avec cette pierre.

Le travertin est un dépôt calcaire d’eau douce, mais il n’est pas, comme les pierres des environs de Paris, disposé en bancs d’une épaisseur uniforme : sa hauteur varie, au contraire, pour chaque bloc; ce qui, afin de ménager la pierre, oblige à faire des raccordements. L’inconvénient d’avoir des assises non réglées diminue au reste pour le travertin, parce que les nuances des divers morceaux diffèrent infiniment peu entre elles. La plupart étant d’ailleurs posés sans mortier ou avee un mortier composé de sable tres-fin, les

Joints sont peu sensibles et l’irrégularité s'aperçoit à peine (x).

La pierre qu'on emploie le plus communément est le pépérin, PEPERINO : pierre moins dure, moins belle, moins homogène et plus poreuse que le travertin. C’est une modification à la roche volcanique que nous avons désignée sous le nom de tuf lithoide. Sa couleur est grise avec des taches brunes et des points brillants. Quoique tendre lorsqu'on Pexploite, elle supporte mal la taille : elle durcit avec le temps et résiste aux effets du feu. On l’extrait de plusieurs endroits des environs de Rome, mais surtout de Castel- Marana sur la route de Naples. Les anciens la tiraient principalement de Ga-

bies ou d’Albano et la nommaient pour cette raison /apis gabinus où albanus.

La PIERRE DE Marino est une espèce de peperino d’un bleu cendré, plus. compacte et d’un grain plus uni que le précédent. On en fait des marches d'escalier, des cheminées communes, et les parties des édifices les plus

chargées de moulures.

(1) Voici de quelle manière est dirigée l'exploitation du travertin au pied des collines de Tivoli, d’où l’on tire la majeure partie de celui qu’on emploie aux constructions de Rome: On découvre dans toute cette plaine, au-dessous d’une terre fertile et à la profondeur d’environ omt-,70 à o"t:,90 , une première couche de travertin de qualité inférieure, et interrompue de distance en distance par des fentes ou quelques parties terreuses. En conduisant la fouille à une profondeur de 6 à 7 mètres, on trouve une couche de calcaire crayeux d'environ oît:,12 d'épaisseur, d’où sortent des sources d’eau. Enfin, sous ce calcaire crayeux, on rencontre le travertin propre à l'exploitation. Cette division des carrières de travertin en deux couches bien distinctes rend plus facile l'extraction de la couche inférieure.

(Je doës ces détails à l'obligeance de M. Jay.)

SI à:

Le TUF LITHOÏDE, dont nous avons déjà parlé à l’article précédent, se trouve au Capitole et sur plusieurs autres collines à l'intérieur de Rome. Il s’exploite hors de la ville à Monte Verde, à Ponte Nomentano, à Torre Pignatara hors de la porte Maggiore, à Ardée, et le long de la voie Ardeatina. Sa couleur est d’un brun rouge ou jaunâtre avec des taches orangées. La texture de cette pierre ; qui est assez résistante, approche de celle de la pierre ponce. A toutes les époques de Rome elle à été fort employée dans les constructions et en blocs de dimensions diverses. Au temps des rois on en a construit l’arcade de la Cloaca Maxima et les murs de Servius.

Quelquefois on la taillait en petits cubes oblongs et assez mal équarris. C'est avec des matériaux de ce genre que sont exécutés les promenoirs du théâtre de Marcellus et les murs des basiliques élevées au temps de Constantin. Dans le moyen âge, on retrouve cette pierre débitée de la même manière dans les constructions dites sarrasines, telles que la tour qui forme sur le Capitole l'angle du palais sénatorial, les murs de la cité Léonine, ceux de la forteresse de Gaetani près du tombeau de Cecilia Metella, et enfin quelques-unes des reprises faites aux murs d'Aurélien. L'usage s’en était même conservé à l’époque de la renaissance, puisque la façade du palais di Venezia est ainsi construite.

Le tuf lithoïde a été extrait de l’intérieur de Rome, même dans les temps modernes. La carrière située sur le mont Aventin, près de S. Prisca, a fourni une partie des pierres qui ont servi, il y a environ un demi-siècle, à la construction du palais Braschi.

Les anciens désignaient ce tuf par les noms de saxum quadratum, lapis quadratus , et quelquefois par ceux de tophus ruber, saxum rubrum et saxum rubrum quadratum : ces dénominations diverses se rapportaient au tuf lithoïde seul qu’ils employaient ordinairement en morceaux carrés : on se tromperait done en supposant que Vitruve et Tite-Live ont voulu indiquer par ces expressions toute espèce de pierre carrée autre que celle qui ressemble au tuf lithoïide du Capitole et de Monte Verde (1). Aujourd'hui, le

1) Je n’ai pas été à même de vérifier cette opinion : elle appartient à M. Brocchi, dans l’ouvrage duquel je lai puisée.

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