XVIII NOTICE SUR LA VIE, ET LES TRAVAUX
avec bonheur certaines dispositions et résoudre des questions obscures d’attribution d'auteur. Il est digne de remarque aussi que plusieurs monuments décrits et gravés par lui ont été détruits et n'existent plus que dans son ouvrage.
Hi publia en 1841 un plan général de la ville de Rome, destiné à précéder le recueil de planches et au moyen duquel on peut trouver aisément lemplacement des édifices décrits: Ce plan, qui est un chef-d'œuvre de gravure, demanda cinq années de travail et exigea des dépenses considérables. Sa grande précision a été utile au génie militaire, qui s’en est servi pendant le siége de Rome. |
En même temps que le studieux architecte donnait ses soins à la belle exécution des dessins et des gravures, il rédigeait de brèves notices contenant l'historique et l'examen critique de chaque monument. Grèce à ses recherches assidues, il a pu se procurer pour plusieurs édifices des documents inédits intéressants pour l'histoire de l’art. Un juge compétent, M. Mérimée, appréciait ainsi Ces notices, 1l y a quelques années, dans la Revue des Deux-Mondes : « I y a dans les remarques de M. Le Tarouilly sur les maîtres une convenance parfaite et un ton de bonne compagnie trop rare aujourd’hui pour qu’on le passe sous silence... La clarté seule est un immense mérite; il y joint une élégance remarquable; son livre est écrit avec une pureté académique... — Les artistes de la nouvelle École préféreraient, je crois, à cet éclectisme qui préside à tous ses jugements, un choix passionné et des Aaines vigoureuses:.. Son but n'a point été de régenter l’art; il s'est borné à présenter des exemples avec impartialté, laissant ensuite aux bons esprits à se prononcer librement sur une question suffisamment éclairée. » La dernière partie de ces remarques, il faut le dire, s'adresse au premier volume des Notices. En avançant dans son travail el ayant Ja conscience de son expérience acquise et de la pureté d'un goût couüinuellement exercé, Le Tarouilly a plus osé, comme l’attestent plusieurs passages où l’imposante grandeur du nom de Michel-Ange ne l'empêche pas de signaler
l'incorrection et la bizarrerie de certaines de ses conceptions. La lecture de ses
DE R: M: LE TAROUILLY, XIEX
Notices ne laisse subsister aucun doute sur les préférences bien déterminées de son goût artistique. S'il professe une juste admiration pour les œuvres des Bramante, des Sangallo, des Vignole, son artiste de prédilection est Baldassare Peruzzi; 1l le compare à Raphaël à cause des analogies qu'il trouve dans leurs caractères et dans la nature de leurs talents ; et il proteste, de toute la puissance de ses sympathies, contre les hasards capricieux de la renommée, qui n’ont pas attaché au nom du grand artiste l'éclat et le retentissement de célébrité qu'il méritait à tant de titres.
Les Notices historiques et critiques sur les Édifices de Rome moderne sont précédées d’un discours préliminaire et d’un ensemble de renseignements relatifs à la topographie, à la constitution du sol de Rome, au Tibre, aux ponts, aux aqueducs, aux enceintes, à la population de la ville, aux matériaux de construction… Une des parties de ce travail qui mérite d’être particulièrement signalée, c’est la liste des principaux édifices classés suivant la date de leur cons
ruction et désignés comme types caractéristiques des styles du moven âge, de la première et de la seconde époque de la renaissance, des époques de transition à la décadence, de la décadence et du xvnr° siècle, temps d'imitation et de théories indécises.
L'auteur se proposait de terminer son ouvrage par des considérations géné rales sur l'architecture, sur les principes qui ont fait sa force aux belles époques de l’art, et sur les tendances que manifestent les théories et la pratique de notre temps. Là, conciliant le respect pour les nobles traditions du passé avec les modifications nécessaires amenées par le changement des mœurs et des habitudes. et tout en admettant qu’on laisse là voie ouverte aux innovations originales, il eût cherché à fixer les limites des écarts. Il se fût sévèrement élevé contre les mauvais entrainements de l’art facile et improvisé, contre la légèreté superticielle et les incohérences, contre la surcharge d'ornementation pléthorique dont les plus importants monuments publics de notre temps montrent des exemples si déplorables, qui semblent vouloir justifier les extravagances de l'architecture mer-
cantile appliquée aax constructions particulières. Avec l'autorité que devaient
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lui donner ses travaux, il eût adressé d’utiles conseils aux Jeunes architectes ; il se fût efforcé de leur inspirer la foi dans la vertu de l'étude. Les invitant à méditer les grands modèles, il leur eût fait bien comprendre que jamais le luxe d'une ornementation superflue, quelque bien exécutée qu'elle soit, ne peut masquer le vide de la pensée d'ensemble et le manque d'étude; et que les qualités fondamentales pour la beauté de l'architecture sont le juste sentiment des proportions, la convenance, le style et le goût. Il est regrettable que son ouvrage ait été privé de ce résumé judicieux, dont 1l nous à quelquefois entretenu, mais sur lequel il n’a laissé que des fragments incomplets.
Des regrets bien plus graves encore s'adressent à un autre travail que Le Tarouilly n’a pas eu le temps de mettre au jour : La BasitiQue DE Sainr-PierRE el le PALAIS pu Varican. Il se proposait de donner aux dessins consacrés à reproduire ce vaste ensemble tout le développement que sa richesse et son importance comportent. Embrassant son sujet dans toute son étendue, il voulait, remontant jusqu'aux premières années de l'ère chrétienne, retracer l’histoire de cette partie de Ja ville de Rome lorsqu'elle était occupée par les jardins et le cirque de Néron, qui plus tard cédèrent la place à la basilique de Constantin; comme sur l'emplacement de celle-ci devait s'élever, après: bien des siècles, la basilique moderne du monde chrétien. C’est surtout dans l’histoire si compliquée et si confuse de la construction de Saint-Pierre qu’il se füt attaché à mettre de l’ordre et de la clarté au moyen d’une discussion approfondie des diverses phases par lesquelles la firent passer les changements de règne des papes, la succession des différents artistes, les variations fréquentes du plan général et les modifications partüculières définitives qui l'ont transformé. «On.assure, » dit M. Adolphe Lance dans une notice écrite par lui sur l’auteur de ce recueil, « que, grâce aux découvertes faites par Le Tarouilly dans les principales bibliothèques d'Italie, bien des erreurs accréditées de nos jours sur les artistes et sur leurs œuvres eussent été dissipées par cette publication.» Outre la suite des plans adoptés et modifiés, il. eût donné — et cette partie de son travail est terminée — la série complète des
projets des divers architectes, parmi lesquels ceux des deux Sangallo (Giuliano