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et Antonio) se présentent avec une fécondité d'invention et une variété de dispositions extraordinaires. |
Le Vatican, cette immense réunion de palais, ce dédale de salles, de galeries, de chapelles, de musées, de cours, de jardins, eût déroulé là toutes ses richesses, inventoriées par un seul et même artiste, interprétées d’une maniere uniforme, et rassemblées dans un seul recueil, tandis qu'il faut en aller chercher les descriphions partielles dans divers ouvrages volumineux, rares et anciens. Le travail de Le Tarouilly sur Saint-Pierre et sur le Vatican est déjà fort avancé. Dans les trois dernières années de-sa vie, comme si une voix secrète lur eût dit de se hâter, il s’y était livré avec une passion toute juvenile; il y consacrait toutes ses ressources disponibles : aussi plusieurs planches sont-elles déjà gravées; un grand nombre de dessins sont terminés ; une partie tres-considérable de l'ouvrage est préparée en maquettes, qui dépassent cent cinquante ; enfin certaines parties, telles que la 7#{{a-pia, sont achevées et prêtes à être publiées. Au sujet de cette dernière création si originale nous ferons une observation, qui est également applicable au palais Massimi. Ces deux merveilles des architectes Pirro Ligorio et Baldassare Peruzzi avaient déjà été publiées par des artistes français pleins de talent. Toutefois Le Tarouilly ne pouvait les omettre dans son ouvrage destiné à embrasser la totalité des édifices modernesles plus remarquables de Rome; mais, tout en profitant des travaux de ses devanciers, il s'imposa de les reprendre à nouveau, d'en compléter à son point de vue l'étude sur le terrain, de présenter les monuments sous de nouveaux aspects et d'en reproduire les détails avec un soin plus minutieux. Si nous n’étions retenu par un sentiment de réserve et de discrétion, nous pourrions citer iei de précieux témoignages de ses confrères, expressions spontanées du plaisir que leur avaient causé la nouveauté d'intérêt et les riches développements donnés par lui à’ un sujet qu’ils croyaient épuisé. Nul, du reste, n'avait plus droit que Le Tarouilly à une appréciation impartiale de ses travaux, car nul artiste n'eut une plus grande bienveillance naturelle; il jouissait des succès de ses confrères,
et nous l’avons souvent entendu déplorer, soit les exigences fàcheuses et les
XXII NOTICE SUR LA VIE ET LES, TRAVAUX entraves imposées à leur talent, soit les défaveurs imméritées de l'opinion dont il les voyait victimes.
€ I nous reste à parler, » dit M. Adolphe Lance, « d'un autre ordre de travaux qu'une corrélation directe rapproche d’ailleurs de ceux que nous venons de mentionner, et qui même peuvent en être considérés comme le complément. Nous voulons parler d'un recueil considérable de dessins et de manuscrits de ces vieux maitres italiens pour lesquels Le Tarouilly professait une si grande admiration. Le savant artiste, qui n'avait d’abord considéré ces pièces que comme des documents à consulter pour ses travaux, avait fini par s’y intéresser pour elles-mêmes, les recherchant curieusement, les recueillant partout avec amour, et souvent à grands frais, dans les bibhothèques, chez les amateurs, dans tous les recoins de lItalie. Il s'était épris pour toutes ces précieuses paperasses d'une véritable passion de collectionneur, mais de collectionneur intelligent. Le Tarouilly a classé méthodiquement les innombrables pièces qu’il a pu ainsi se procurer et dont les dessins seuls remplissent trois portefeuilles in-folio. Après avoir rassemblé toutes ces richesses littéraires et artistiques, son projet était de les publier un jour, afin'd’en faire partager les jouissances aux amis des arts ; mais pour cela encore il avait compté sur un avenir qui ne lui appartenait pas. On devine tous les précieux renseignements qui doivent être contenus dans cette collection inédite et tous les services qu’ils pourraient rendre. »
« Espérons que le gouvernement ne voudra pas laisser retomber dans loubli, d'où cet artiste les avait si laborieusement retirés, ces documents ignorés encore du publie, et tous ces précieux matériaux qu'il ne s’agit plus aujourd’hui que de mettre en œuvre. »
On voit avec quelle passion persistante Le Tarouilly ramenait toutes ses pensées au but unique de ses études. Encore n’avons-nous pas épuisé la liste de ses travaux et de ses projets : il avait entrepris, 1l y a une vingtaine d'années, une réduction à Peau forte des vues de Piranesi, et ces gravures, d'une exécu-
tion soignée el d’un format commode, devaient servir, avec une série de plans
DE P* M. LE/TAROUILLY. XXII également gravés, à illustrer une publication sur Rome, pour laquelle il espérait un succès populaire, interdit aux grandes publications spéciales d'architecture. Il se proposait, par cette description de Rome, d'initier le publie à son culte et à ses admirations, et il pensait trouver dans la vente de cet ouvrage des ressources pour l'achèvement de publications plus importantes et plus dispen- ‘dieuses. Mais cette entreprise elle-même devait entrainer bien «les dépenses avant de pouvoir être menée à fin; il fallut l’ajourner, quoique déjà fort avancée, et depuis lors elle n’a pas été reprise.
Nous venons de dire quels furent les travaux accomplis où seulement commencés et projetés par Le Tarouilly. Si l'on songe que son seul ouvrage terminé des Édjfices dé Rome moderne ne compte pas moins de 355 planches in-folio, de la plus belle exécution, dues aux graveurs les plus habiles, et que les dessins qu'elles ont reproduits furent exécutés eux-mêmes avec un fini et une perfection inusités jusque-là, on se fera facilement une idée des frais considérables d'une pareille publication. La liste des souscriptions, publiée en tête du volume, fait connaître quels encouragements il reçut du gouvernement. Malgré cette aide, Le Tarouillv dut engager dans son entreprise ses ressources personnelles. Ses habitudes sobres et modestes, son éloignement des plaisirs du monde, où cependant il était si bien accueilli, lui rendirent plus légers ces sacrifices. Sa vie, absorbée dans une contemplation unique, fut une vie d’abnégation. Elle eut cependant ses moments de vive jouissance : quand il parvenait à découvrir l'auteur inconnu d’un monument, quand il trouvait l’explication d'une divergence de style, quand il obtenait une bonne projection de perspective, quand il recevait du graveur une planche bien réussie. Mais il veut surtout pour lui une époque ‘de véritable enchantement, de joie enivrante, telle qu’en éprouvent seuls les vrais artistes : ce fut lorsqu'il eut pour la première fois communication des manuscrits conservés dans les bibliothèques du Vatican, de Sienne, de Florence, et que, dans un recueillement religieux, il put surprendre le premier jet de la pensée des grands architectes de la Renaissance, en deviner le sens et retrouver dans des fragments, quelquefois à peine indiqués, leur destination etleurs rapports.