FRONTISPICE
Le frontispice d'un ouvrage doit, autant que possible, en présenter le résumé : selon nous, il doit être composé dans l'esprit de l'ouverture d’une partition musicale et contenir une partie des motifs qu'on retrouve ensuite épars dans le cours de l'ouvrage.
Suivant ce point de vue, nous avons supposé un vestibule décoré
d’arabesques, de peintures et de sculptures empruntées aux plus
célebres de Rome (1). Pour caractériser davantage notre sujet, nous avons placé au centre du tableau les attributs de la papauté , les clefs et la tiare; enfin, pour rendre hommage aux pontifes et aux princes romains qui ont le plus encouragé les arts, nous avons inscrit leurs noms sur l'imposte de l’arcade et sur son prolongement. Les noms des architectes dont les travaux ont le plus contribué à l’embellissement de la ville, figurent de même sur l’archivolte : disposés en demicercle autour de la tiare, ils en forment comme l’auréole (2).
On ne pouvait se dispenser de rappeler à l'esprit combien l’architecture de la ville moderne est redevable à celle de l’ancienne. Nous avons cherché à exprimer cette idée en plaçant sur le premier plan et au centre du vestibule l’image antique de Rome. Cette statue à recu pour piédestal un tombeau, celui des Scipions, sur lequel on voit la louve et l'inscription caractéristique S.P. Q.R. Derrière cette figure apparaît au loin la ville moderne, ou plutôt un groupe de ses
principaux monuments.
Palais Palma, via delle Coppelle.
Antonio da Sangallo construisit pour Messer Marchionne Baldassini vin, ce palais qui, depuis, fut successivement la demeure du cardinal
Roma et de la famille Mellini : il appartient aujourd'hui au comte Palma. pe
« [l est ordonné de telle sorte, dit Vasari, qu'on le regarde , mal-
(x) Les arabesques et les ornements sont tirés de la chancellerie des palais Giraud et Massimi, du Vatican, de S. Agostino, etc. Les peintures ont été choisies parmi les fresques de Raphaël, d’Annibal Carrache et du Guide. Les sculptures sont des statues de Michel-Ange et de Guglielmo della Porta.
(2) Les deux portraits compris dans les médaillons sont ceux de Bramante et de Baldassarre Peruzzi.
5 (3) Tous ces numéros hors de marge correspondent à ceux du plan général. Voyez l’explica-
tion de ce plan sur la gravure.
gré son peu d’étendue, comme le plus commode et le plus logeable
qu'il y ait à Rome.
« L’escalier, la cour, les portiques, les portes et les cheminées, sont
«exécutés avec une élégance infinie. Messer Marchionne en fut telle-
AR
ment satisfait, qu'il se détermina à faire peindre l’une des salles
à fresque par Perino del Vaga.»
Notre opinion sur cet ouvrage estimable s'éloigne peu de celle de Vasari; cependant, en l’examinant en détail, nous aurons occasion d'y signaler quelques imperfections qui tiennent au système et à la manière de Sangallo ; système pour lequel il a encouru des censures quelquefois méritées.
Le plan est concu dans un excellent parti et offre une distribution commode. Le soin avec lequel il est étudié dans ses moindres parties, pour obtenir une régularité parfaite, doit être remarqué. L’escalier mérite surtout de fixer l'attention, et principalement pour la manière adroite dont on a su lui ménager à la fois des jours sur la grande et. sur la petite cour.
L'entrée des voitures, qui a été reportée sur la face postérieure du palais, serait une disposition blämable, si l’exhaussement du sol ne l’avait rendue obligatoire.
La facade principale , représentée sur la même planche, est d’un aspect mâle et sévère, mais la division des étages n’en est pas fort heureuse : on y condamne la hauteur trop considérable du rez-dechaussée , qui enlève au premier étage son importance et sa noblesse. Peut-être suffirait-il de baisser l'appui des croisées pour que tout reprit des proportions convenables. Quant aux détails, ils sont, en général, d’une masse trop pesante. Ce reproche peut s'adresser spéclalement aux bandeaux et à la porte d'entrée , dont les colonnes sont
trop courtes et les piédestaux trop allongés.
Cour du palais Palma.
La décoration de cette cour se compose de deux ordres de pilas- vur. ; tres : celui du rez-de-chaussée, qui est dorique, est. accompagné d’arcades fermées, ou plutôt occupées par des portes et des croisées, excepté du côté de l'entrée où les arcades sont ouvertes et forment portique. L'ordre du premier étage est ionique , mais sans arcades, si ce n’est au-dessus du portique mentionné, lequel se trouve ainsi répété au premier étage. Enfin, les entre-pilastres des trois autres côtés sont percés de croisées. De ces diverses combinaisons, amenées par les besoins, résultent de la variété et tout à la fois de l'unité dans l’ensemble. Il règne, soit entre les ordres, soit dans les proportions des étages, un accord si heureux, qu'il fait oublier la pesan-
Hieur des détails du rez-de-chaussée et quelques autres imperfections ; et l'on ne peut nier, malgré nos critiques, que cet ouvrage , l’une des premières productions de Sangallo , ne soit encore digne de ce maître.
Nous avons cru pouvoir, sans inconvénient, supprimer, comme n appartenant pas à la construction primitive, l'étage supérieur, exécuté en moellon. Cette surélévation est d’ailleurs une adjonction malheu-
reuse pour cette cour, déjà petite, qu'il prive ainsi de lumière.
Détails de l'élévation du palais Palma.
Ces détails sont en général bien profilés ; mais leur masse et la vu, plupart des moulures sont traitées dans un système d’exagération qu'on ne saurait approuver. Ce reproche ne peut toutefois s’appliquer aux croisées du rez-de-chaussée, que nous considérons comme recommandables à tous égards. La manière dont les triglyphes de la
porte sont étudiés aux angles mérite d'être observée.
X , prés 16.
Portique sur le Capitole.
Ce portique se trouve répété deux fois sur le Capitole : l'un donne entrée au couvent de l’Ara Celi, et l’autre à cette partie de la colline appelée roche Tarpéienne ou monte Caprino; on croit généralement qu'ils sont l'ouvrage de Vignola, qui, en cette circonstance , se serait montré observateur peu rigoureux des règles qu'il posa lui- mêmé | dans son traité des Ordres. Ici, en effet, il a changé le parti des moulures du dorique et supprimé les triglyphes.
Ce petit monument, quoique d’une extrème simplicité, se fait remarquer par la belle proportion de l’ordre dorique, par celle des arcades et de la porte, enfin, par l'élégance et la pureté des profils. Les deux portiques sont précédés de nombreux gradins qui contri-
buent à leur donner du pittoresque et de la légèreté.
Elévation de l'église S. M. in Domnica située sur le mont Celio.
Elle est plus connue sous le nom de S. M. della Navicella : cette dénomination lui vient d’une nacelle en marbre, copiée, dit-on, d’après l'antique, et que Léon X fit ériger sur la place qui précède l’église. On croit que celle-ci occupe l’emplacement de la maison de sainte Cyriaque; mais on ignore le nom du premier fondateur. Suivant Anastase, Pascal [”, en 817, l’agrandit et la fit reconstruire en entier. Léon X, qui en avait été le cardinal titulaire , l'ayant trouvée découverte et presque en ruine, la fit rebâtir sur les dessins de Raphaël. Enfin, en 1566, le cardinal Alessandro Medici, depuis Léon XI, y ajouta de nouveaux embellissements.
Cette facade se distingue par la simplicité de son ordonnance, la
bonne proportion de sa masse, et par l'expression sage des be-
soins et des éonvenances. On regrette que l’ordre dorique y soit allongé outre mesure, et que les détails n'aient pas toute la correction
désirable.
Elévation du rez-de-chaussée de l'église S. Catarina de” Funari.
Cette église, construite sur les ruines du cirque Flaminius, fut commencée l’an 1544 : le cardinal Frédéric GCesi, en 1563, fit achever l'intérieur et élever la facade sur les dessins de Giacomo della Porta.
Un motif gracieux , des profils d’une grande pureté, et surtout l’exécution soignée et pleine de délicatesse des moulures, des chapiteaux et des guirlandes , recommandent le rez-de-chaussée de cette facade à l’étude de l'architecte. L'étage supérieur est loin d'offrir les mêmes perfections sous le rapport de l'ajustement et de l'exécution. Il appartient probablement à une époque postérieure à la construction du rez-de-chaussée. S'il est l’œuvre du même artiste , c’est qu’en effet Giacomo della Porta, influencé par l'exemple de ses contemporains, semble avoir oublié, dans un âge avancé, les judicieux préceptes de Vignole, son maître. La façade latérale mérite d’être signalée pour son heureux motif et pour l’adroite combinaison de ses lignes avec celles de l’élévation principale.
La porte est exécutée en marbre blanc, et le reste du monument en pierre travertine.
Plan et vue du vestibule d'une maison via dell” Angelo Custode.
Ce petit plan est un modèle de grâce et de simplicité; la distribution en est aussi sage que commode. Il offre un exemple frappant de cette vérité dont on ne saurait trop se pénétrer : que le mérite d’un ouvrage d'architecture ne réside ni dans la magnificence de la décoration, ni dans la richesse des matériaux, ni enfin dans la grandeur des pro-
[l, prés 12.
portions, mais dans une juste et saine appréciation des besoins et des convenances. Faute de se régler d’après ce principe, on ne cherche que trop souvent à obtenir des effets en prodiguant à l'infini les ornements de toute espèce, tandis qu'on pourrait arriver à un résultat, souvent même plus brillant, sans dépense, ou du moins sans folle profusion. C’est au reste ce que démontre avec évidence l’aspect de ce petit vestibule. Une seule colonne en fait pour ainsi dire tous les frais ; mais cette colonne est placée avec un art qui révèle le vrai talent, lequel sait donner aux moindres choses du charme et de l’orioinalité.
Le petit portique qu'on trouve immédiatement après le vestibule, donne entrée aux appartements du rez-de-chaussée, et à l'escalier, dont les voûtes correspondantes aux paliers sont, ainsi que celles du
vestibule, ornées de rosaces et de compartiments.
Église S. M. di Loreto, Piazza Trajana.
La communauté des boulangers chargea, en 1507, Antonio da Sangallo, de la construction de cette église : Giacomo del Duca y mit la dernière main l'an 1580, et exécuta la lanterne de la coupole, qui est d’une invention si bizarre.
Le plan de l’église présente à l'extérieur la forme d’un carré parfait, et celle d’un octogone à l'intérieur. Les quatre angles du carré étant évidés, forment autant de grandes niches où l’on à établi des chapelles ayant leur ouverture sur quatre des côtés de l’octogone. Trois des autres côtés de celui-ci sont percés de portes conduisant à la place et aux rues adjacentes ; enfin, lé huitième côté, celui du fond , offre une arcade formant l'entrée du chœur, près duquel on à ménagé deux corridors qui mènent au dehors et à la sacristie. Telles sont, en résumé, les dispositions principales de ce plan si remarqua-
ble par sa simplicité et par l'étude savante de ses moindres parties.
L'intérieur de l’église est décoré avec richesse. L'ordre corinthien, l'imposte et les archivoltes des arcades sont en partie ornés de dorures qui se détachent sur un fond blanc; mais ce qu'on remarque particulièrement, c’est l'effet brillant et merveilleux de la voûte du chœur, dont les caissons dorés sont frappés obliquement d’une lumière tres-vive provenant d'une ouverture demi-circulaire, pratiquée audessus de la sacristie et à l'extrémité de la voûte. On trouve encore à l'intérieur un orgue d’un ajustement fort gracieux et quelques statues modernes assez estimées. Les compartiments du pavé offrent des divisions d’un dessin agréable.
La coupole est double, et fut, à Rome, la première construite dans ce système. Elle dut être une imitation de celle que Bramante avait projetée pour Saint-Pierre; on sait que cette coupole ne fut exécutée que beaucoup plus tard d’après les modifications indiquées par Michel-Ange.
Le rez-de-chaussée de la facade est d’une ordonnance simple et noble. La partie supérieure est surchargée d’ornements bizarres introduits postérieurement : leur adjonction malheureuse à détruit le charme et l'harmonie de l’œuvre de Sangallo. La mort de celui-ci ayant eu lieu en 1546, il est présumable que la porte principale sur laquelle se voit une inscription avec la date de 1550 n’a été exécutée ni par lui ni sur ses dessins. Cette porte est en marbre blanc, et ne serait pas, au reste, indigne du grand architecte qui présida à l'érection de l’ensemble.
Plan et élévation du palais Muti Papazzuri, piazza della Pilotta.
Il est à croire que les nombreuses irrégularités que présente le périmètre de ce plan sont la conséquence des conditions imposées à l'architecte, qui fut, sans doute, obligé d'établir ses constructions sur d'anciennes fondations. La cour principale tire beaucoup d’agrément des fontaines, des bancs décorés de fleurs qui l’environnent,
Er
et du perron élevé à son extrémité. Dans l’autre partie du plan, on peut encore remarquer la combinaison de l'escalier et la manière dont on à su ménager des communications commodes sur les trois rues. La facade plaît à la première vue par la proportion de sa masse, la bonne distribution de ses étages, et l’heureux motif des deux avantcorps. Les détails sont dans un rapport satisfaisant, mais malheureusement d’un goût très-bizarre. Quant à l’ordonnance dorique qui occupe le milieu du rez-de-chaussée, elle est traitée’ avee moins d'incorrection que le reste, et sa disposition produit un bon effet. Cette habitation fut construite par l'élève favori de Bernini, par Mattia de Rossi, qui accompagna son maître lorsque celui-ci vint en
France, à la demande de Louis XIV.
Plan de l'église et de l'hospice della T rinità de’ Pellegrint.
Cet hospice fut fondé par les soins de saint Philippe de Néri, l'an
1548, et l’église bâtie en 1614, aux frais de Gio : Battista de Rossi,
par Paolo Maggi. L'architecte Francesco de Sanctis en éleva la facade plus d’un siècle après.
On recoit dans cet établissement les pèlerins de toutes les nations, et les convalescents des autres hôpitaux ÿ sont logés et nourris pendant trois Jours.
Le mérite de ce plan consiste dans le bel ensemble qu'il présente : les percés y sont ménagés avec beaucoup d'art et les communieations établies avec intelligence. Nous citerons surtout celles de la cuisine et de la dépense avec les deux réfectoires comme étant d’une commodité extrême pour le service.
On s'aperçoit toutefois qu’il règne dans les dispositions générales une sorte de décousu qui semble annoncer que des accroissements successifs ont eu lieu, et qu'on a cherché à utiliser des bâtiments vraisemblablement acquis ou légués pour être réunis à l'établissement. Il est juste de
reconnaitre qu'on est parvenu à les enclaver dans l’ensemble avec un talent supérieur.
Les facades sont loin de répondre au mérite du plan.
Elévation d'une maison via di S. Giovanni in Laterano.
Cette petite habitation est située près du Colisée, dans le jardin x, Fini. Le motif de la facade est gracieux, et l’arrangement des rampes de l'escalier d’un effet pittoresque.
Élévation d’un palais porto di Ripetta.
- Le caractère de cette facade est simple et sévère: le rez-de-chaussée 1v, 55. surtout doit être cité avec éloge ; les croisées et le soubassement y sont habilement étudiés. Le nom de l'architecte est resté inconnu, et il ne serait possible de l'indiquer aujourd'hui que par conjecture. I] est vrai qu'on pourrait citer avec quelque vraisemblance Alessandro Speechi ou Carlo Fontana, qui ont construit le port voisin de Ripetta. Mais en cherchant à expliquer pourquoi la fontaine qu'on voit sur la facade a été établie en cette place et surtout à cette hauteur, on est conduit à penser que l'architecte, chargé de décorer les appartements du palais Borghèse, éleva également cette facade et la disposa de manière à ce qu'elle püt recevoir, à une hauteur con-
F venable; une fontaine destinée à faire point de vue aux' magnifiques # & appartements du prince Borghèse. Si celui-ci ne fit pas bâtir lui- __ même cette habitation, il dut au moins, pour ajouter de l'agrément à son palais, acheter du propriétaire voisin cette con-
cession gênante (1).
(1) Quoique la petite machine hydraulique servant à faire arriver les eaux à la hauteur de la fontaine dont nous venons de parler soit fort simple, elle nous à paru ingénieuse et mériter
ne pres 19
X, près 15.
Maison via Gregoriana.
La disposition du plan est agréable et commode. Le vestibule surtout est d’une proportion charmante, et l'entrée de l'escalier fort bien étudiée. La facade porte à la fois le caractère de l'élégance et
de la simplicité.
Maison située au pied de la roche Tarpéienne, via di Tor de’ Specchi.
Il serait difficile de trouver un plan d’une composition plus simple et une cour dont l'architecture fût autant dépourvue d’ornements. Cependant, malgré l'espèce de pauvreté qu'on y remarque, les effets pittoresques y sont si bien entendus, qu'on doit croire que le parti adopté était le plus convenable et le mieux approprié aux localités. Ces constructions sont, en effet, d’un genre qui se lie parfaitement bien avec les rochers et les fabriques qu’on aperçoit au fond sur la hauteur. En un mot, il résulte de toutes les dispositions
suivies un tableau harmonieux , agréable et complet.
d’être connue. Nous en donnons ici la figure , à laquelle nous joignons cette courte explication :
Le niveau de la source, à son arrivée, est au point M. Cette source suit les deux directions MA et MN. L'eau qui s'échappe du point A tombe dans une sorte de cuiller B, fixée à l'extrémité d’un levier CD, mobile autour d’un point central E,
et portant à son autre extrémité un contre-poids F. A mesure que la cuiller s’emplit, elle s’abaisse par l’effet de la pesanteur de l’eau dont le jet est continu et surpasse bientôt celle du contre-poids F, Enfin, lorsque l'inclinaison du levier est suffisante, la cuiller se vide, : et le contre-poids l'emporte à son tour. De à naît un
mouvement continu d’oscillations qui, transmis par la
tige intermédiaire R à l’autre tige G, est communiqué à la pompe H, laquelle fait monter dans la direction KL l’eau arrivant suivant MN.
. Dans la seconde vue, on est surtout frappé du mouvement produit à tous les étages par les voutes d’arêtes qui semblent, pour ainsi dire, s'y multiplier. L'arcade du milieu, comprenant deux hauteurs d'étage, est d’un motif original et dont on pourrait faire l'application dans beaucoup de circonstances.
Si l'architecture pittoresque ne devait pas être jugée avec beaucoup d’indulgence, nous condamnerions l’are surbaissé, qu'on pou-
vait d’ailleurs éviter aisément.
Plan, élévation et détails d'une maison située via del Governo F'ecchio.
L'inscription qui se lit sur la façade fixe à l’an 1500 la date de la construction de cette maison. C'était l’époque où, suivant Vasari, Bramante arrivait à Rome, et conséquemment cette charmante habitation dut être, en cette ville, l'un de ses premiers ouvrages. En examinant avec quelque attention la distribution des étages, la forme des croisées, la corniche de couronnement et les profils en général, on trouve en eux un tel caractère de fraternité avec ceux de la chancellerie et du palais Giraud , que la comparaison seule suffit pour faire reconnaître la main de Bramante dans cette œuvre comme dans les précédentes.
L'ordonnance si sage et si gracieuse de l'élévation frappe et charme dès la première vue. On y remarque trois divisions bien distinctes. La première comprend le rez-de-chaussée et l’entresol ; la seconde est consacrée tout entière au premier étages qui méritait cette distinction comme étage principal ; enfin, le deuxième et le troisième étage forment la troisième division. Le rez-de-chaussée et l’entresol sont accusés l’un par des refends, et l’autre par des espèces de piédroits ; une même corniche d’un assez beau profil les couronne tous les deux. Telle est la décoration de la première partie. Celle de la seconde se compose d’un ordre, sorte de toscan qui encadre des croisées avec
Vi,
V, prés 24
corniches employées à cet étage seulement. Quant à la troisième partie , elle est ornée d’un ordre dorique dont l’entablement, sans lui appartenir en propre, s'y adapte pourtant assez bien et forme, pour l’ensemble, un couronnement très-convenable.
Cette petite facade est exécutée avec beaucoup de soin. Elle est entièrement construite en travertin, à l'exception de ces parties de mur comprises entre les pilastres et les chambranles des croisées, lesquelles sont formées de briques apparentes parfaitement bien appareillées.
Le puits indiqué sur le plan et près de l'escalier est disposé avec
adresse et de manière qu'on peut y puiser de tous les étages.
Plan et élévation du palais Niccolini, via de’ Banchi. 1 p
Vers l'an 1520, Jacopo Sansovino, sculpteur et architecte florentin, fut chargé d'élever, pour Giovanni Gaddi , son protecteur et son ami, cette charmante habitation qui devint ensuite la propriété de Roberto Strozzi, et enfin celle des marquis Niccolini. Ce fut principalement à Venise que Sansovino eut occasion de donner des preuves multipliées de ses talents comme architecte, et Rome ne possède de lui qu'un très-petit nombre d'ouvrages. Le meilleur, sans contredit, est celui que nous allons examiner.
On ne peut nier qu'il n'ait fallu une très-grande habileté pour trouver une distribution commode dans un terrain aussi étroit et aussi ingrat, et pour avoir su en dissimuler toutes les irrégularités. Cependant, l’aspeet du plan, pour celui qui ne l’examine qu'imparfaitement, ne donne l’idée d'aucune difficulté sérieuse : et c’est en effet le propre d’un talent supérieur de savoir déguiser toujours, sous l'apparence du naturel et de la simplicité, les combinaisons obtenues même avec le plus de peine.
Nous signalerons principalement. dans le plan : 1° le bon effet des
deux portiques, dont l’un forme le vestibule, et l’autre sert à isoler la cour de service, en contribuant tous les deux à orner la cour principale ; 2° l'adresse qu'on a déployée dans l'étude de l'escalier; 3° La combinaison et l'utilité de la petite cour qui procure à la fois du jour à l'escalier et à ce long passage aboutissant au vestibule.
L'élévation est un modèle d'élégance et de simplicité : chaque étage est marqué du caractère qui lui est propre, et les besoins de l'habitation s'y trouvent partout accusés. La porte d'entrée, située au milieu de la facade, entre les deux larges baies des boutiques, est traitée, comme celles-ci, dans un style sévère (1). Deux croisées, sans moulures, éclairent, à l’entresol , les dépendances de ces boutiques. le premier étage, dont la décoration conserve toujours un caractère de simplicité, se distingue par une ‘plus grande hauteur et par l’importance de ses croisées ; on juge à la première vue que c’est là que doit exister l'appartement principal, dont les dépendances qu’il com- | porte sont accusées par des mezzanines. Le dernier étage, qui est en harmonie de convenance et de proportion avec le précédent, est moins élevé, moins riche, et sans aucunes dépendances. Quant aux détails , ils sont en général d’une belle masse , et leurs profils simples et bien divisés.
ILest à regretter qu'un bel entablement ne vienne pas couronner un ensemble où tout est si bien assorti. Cependant, quand on voit la facade , les cours et les intérieurs complétement achevés, il n’est pas présumable que cette partie importante de l'édifice ait pu rester seule imparfaite. Le couronnement, comme on le pratiquait quelquefois à cette époque, par des raisons d'économie ou pour ne pas trop charger les murs, peut fort bien avoir été exécuté en bois : dégradé par le temps, on l'aura supprimé, comme on pourrait en citer plusieurs exemples dans la même ville. |
(1) On doit considérer comme une chose fâcheuse que ces boutiques aient été jugées néces-
saires ; leur largeur extrême fait une opposition très-marquée avec l’arcade du milieu, dont la proportion , déjà trop allongée, semble alors moins supportable,
Coupe du palais ÎNiccolini.
V,rrést On peut, d’après cette coupe, avoir une idée bien complète de la
HT
décoration des deux cours du palais. L’une est riche , ornée, et porte le caractère d’une cour principale; l’autre n'a que des ajustements fort simples et convenables pour une cour secondaire. La première, quoique remarquable par le motif et le rapport agréable de son ensemble, prête néanmoins à la critique. On ne saurait, en effet, approuver la manière dont l’ordre ionique y est étudié; la trop grande longueur des pilastres, la hauteur de l’entablement et la pesanteur des ornements de la frise sont des erreurs de goût qui n'ont pas d'excuse.
Il existe, au fond de la seconde cour, un groupe de Mars et Vénus dont Vasari fait le plus grand éloge. Ce groupe est dü au
ciseau de Moschino, fils de Simon Mosca.
Elévation du palais Ferospi, via del Corso.
Onorio Longhi fut l'architecte de ce palais, auquel Alessandro Specchi fit depuis quelques changements ou,restaurations. La facade est d’une belle masse et d’un caractère simple et grave. Quelques détails, tels que la corniche de couronnement et.les croisées du rezde-chaussée, peuvent ètre cités avec éloge. La porte d'entrée, malgré quelques ajustements incorrects, offre un ensemble satisfaisant et d'un assez bon effet en exécution. |
La cour est ornée de statues antiques et n'est pas sans mérite. On voit dans les appartements une petite galerie dont les fresques du plafond sont de la main d’Albani, qui a représenté les planètes et les
Heures sous des allégories poétiques.
Palais del Bufalo, ia della Valle.
Le palais della Falle, aujourd'hui del Bufalo, fat construit pour le cardinal Andrea della Valle, par Lorenzo Lotti, dit Lorenzetto, sculpteur et architecte florentin. Celui-ci employa à la décoration de la cour des colonnes , des bases et des chapiteaux antiques. Il disposa avec habileté des frises et des niches destinées à recevoir des basreliefs, des bustes ou des statues qu'il restaurait souvent lui-même.
Toutes ces antiquités furent distribuées avec un tel succès, que le sout de semblables embellissements, partagé d’abord par plusieurs ardinaux et quelques autres personnages riches, devint bientôt général à Rome.
Cette cour doit son effet séduisant à l’élégante proportion et au motif agréable de son architecture. Les détails sont, pour la plupart, bien composés et d’une exécution délicate. Les croisées du premier étage méritent surtout une mention particulière.
L’escalier est étudié avec goût, et l’arrivée au premier étage présente un morceau d'architecture très-soigné dont nous avons donné quelques détails. Cette portion de l'escalier, les croisées du premier étage de la cour, et la corniche leur servant d'appui, sont en marbre blanc, ainsi que les chapiteaux et bases des colonnes, dont le fût seul est en granit oriental. Tout le reste de la construction est exécuté, partie en travertin, partie en briques.
Plan d'une maison, via delle cinque Lune.
Ce qu'il y a de plus particulièrement remarquable dans le plan de
cette habitation, c’est la disposition et l’arrangement de l'escalier.