‹ Edifices de Rome moderneChapitre 43 sur 154 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

LE

quoique petite, suffit pour lui donner beaucoup de clarté ; lorsqu'il est vu du portique opposé, il est d’un effet assez piquant, parce qu'on apercoit de là les balustrades se croiser à diverses profondeurs. Le petit escalier de dégagement, dont l'entrée existe au pied de l'escalier principal , est dissimulé avec adresse : il est dans une situation parfai-

tement choisie.

Plan d'un palais près de la piazza de” SS. Apostol.

On retrouve ici, dans la magnificence et la grandeur des dispositions, l'un des types distinctifs de l'habitation romaine. Nous ne saurions néanmoins approuver les escaliers de ce plan : non-seulement ils sont trop multüpliés, mais ils ont le défaut de rivaliser entre eux d’importance. La longue et large galerie qui traverse le palais procure un

accès facile et commode aux escaliers, aux cours et aux écuries.

Elévation de l'Eglise S. Omobono, située au pied du mont Capitolino.

La confrérie des tailleurs fit construire, l'an 1573, cette église dont la facade présente une belle masse, et un heureux motif qui se recommande autant par la bonne étude de ses proportions que par la pureté

de ses détails.

Elévation de l'entrée della casa professa de’ Gesuiti, piazza del Gesu.

Cette habitation, composée de bâtiments considérables, sert de maison professe à la compagnie des jésuites et de résidence à leur général. Elle est attenante à l’église del Gesu, et fut bâtie, l’an 1623, par le cardinal Odoardo Farnese, sur les dessins de Girolamo

Rainaldi.

Quoique l'élévation, du côté de l'entrée, que nous avons figurée

sur cette planche, soit moins étendue que celle des autres faces, elle est pourtant la plus intéressante. Elle est concue dans un caractère grave, simple et plein de convenance. Si quelques détails en sont incorrects, la plupart du moins sont recommandables pour la proportion de leur masse avec l’ensemble; la corniche supérieure est

surtout bien divisée et forme un couronnement d’un bon effet.

Plan et vue du vestibule du palais Guarniert, via di porta Pinciana.

L’escalier de ce palais, dont on peut juger l'effet d’après la perspective que nous en donnons, se présente avec avantage au milieu du vestibule ; et offre quelques combinaisons assez adroites. Ainsi, à partir du premier palier, il se divise en deux branches conduisant toutes deux à l’entre-sol; celle de gauche, se continuant, fait arriver d'abord au jardin, puis aux divers appartements des étages supérieurs. Le sol du jardin se trouve intermédiaire entre l’entre-sol

et le premier étage,

Plan, coupe et vue du vestibule d'une maison, via de’ Lucchesti.

On peut d’abord remarquer dans ce plan combien les écuries et remises sont commodes et d’un accès facile ; mais l'attention doit principalement se porter sur l'escalier, dont la disposition ne manque pas d'originalité. L'ordonnance à double étage, qu'on distingue à l'extrémité du long passage formant vestibule, accuse bien l'escalier ; le motif de celui-ci se compose de deux rangs de pilastres accompagnés d’arcades. La coupe et la vue donnent une idée assez exacte de ce vestibule , dont l'effet frappe toujours d'une manière inattendue. L'ordre dorique du rez-de-chaussée est étudié avec élégance, mais

les piédroits de l’entre-sol sont profilés avec moins de goût. | d P g

IT, prés 133.

Elévation du palais Costa, via di Borgo nuovo.

Jacobus Brixianus, chirurgien du pape Léon X, fit bâtir ce palais, qui, depuis, doit avoir appartenu successivement aux familles Costa, Colonna et Ceva. IT est situé près du palais Accaramboni, à peu de distance de la place de S. Pietro. Quelques auteurs en attribuent la construction à Baldassarre Peruzzi, d’autres ont cru y retrouver la manière de Raphaël. Nous nous rangerons de l'avis des premiers sans pouvoir, toutefois, l’'appuyer de preuves, ou d’analogies décisives. Au-dessus d’un rez-de-chaussée , traité en bossages, d’un caractère sévère, où l’heureux ajustement des boutiques et des croisées de l'entre-sol se fait remarquer, s'élève un étage décoré d’un ordre dorique et de belles croisées à fronton. L’étage supérieur est traité en attique et d'une facon tout à fait secondaire : des pilastres ou plutôt des piédestaux allongés continuent perpendiculairement les lignes de l’aplomb de l’ordre inférieur; enfin, des croisées d’une richesse et d'une proportion convenable complètent la décoration de cet attique. L'heureuse masse de cette façade, l'excellente division et proportion des étages, le motif si bien raisonné de sa décoration, enfin, ses détails généralement bien profilés, tels sont les genres de mérite qui l'ont fait apprécier des connaisseurs, Quelques incorreetions, il est vrai, pourraient d'abord provoquer la critique, mais un plus muür examen en fait bientôt reconnaître l’origine, et prouve que l'esprit judicieux et expérimenté, qui à présidé à tous ces ajustements, a su faire à

propos quelques sacrifices pour obtenir un ensemble harmonieux.

C'est ainsi que les contre-pilastres du premier étage peuvent trouver

une excuse, car, ils servent comme d’encadrements aux croisées ; ils diminuent non-seulement l'intervalle trop considérable entre les pilastres, mais ils préservent ceux-ci d’une apparence de maigreur qui eût

été choquante.

Remarquons encore avec quelle adresse ces mêmes pilastres sont accusés; comme on a su les faire ressortir et pour ainsi dire les détacher, et cela avec quelques combinaisons de moulures bien simples. La base des contre-pilastres a été supprimée, la corniche de leurs piédestaux remplacée par un simple bandeau, d’où il résulte que le piédestal des pilastres en brille davantage. Si la base des piédestaux règne à la fois sur les contre-piédestaux, c’est sans doute pour constituer une sorte d'empatement à l’ordre, lequel repose ainsi d’une manière plus ferme sur le soubassement rustique.

Quant aux croisées, elles sont ornées de consoles, mais sans contrechambranle, leur soutien ou plutôt leur accompagnement habituel. S'il a été supprimé, c'était, sans doute, pour obtenir un champ égal autour des croisées et les faire paraître plus légères. C’est vraisemblablement dans la même intention qu'on a profilé l'appui sur lequel elles portent pour le faire, en quelque sorte, participer à leur hauteur.

En considérant cette facade avec attention, on s'aperçoit que les entre-axes des pilastres sont inégaux, et que cette différence, quoique graduée, est néanmoins assez sensible à la dernière division. L'architecte a cherché à dissimuler cette irrégularité en variant la grosseur des triglyphes et en portant jusqu'à cinq dans l'entre-pilastre de gauche, leur nombre qui, partout ailleurs, n’est que de trois. Ces differences , presque inaperçues sur le lieu même, fussent devenues visibles et choquantes en dessin : leur reproduction étant ici sans utilité réelle, nous avons cru préférable de conserver au palais l'exacte proportion de sa masse, d'adopter des divisions égales pour les entreaxes des pilastres, et enfin de mettre quatre triglyphes entre chacun d'eux , au lieu de trois et de cinq, qui s’y trouvent en réalité. Ce moyen terme nous à procuré un grand avantage, dont on eüùt été privé en s'attachant à la représentation fidèle, celui de donner des métopes carrées.

Mais d'où peuvent done provenir toutes ces irrégularités , si ce n’est

de l'obligation imposée à l'architecte de respecter des constructions

existantes qu'on voulait utiliser, d’où il résulterait que son travail ne fut qu'une restauration? Cette opinion acquiert beaucoup de vraisemblance quand on considère le plan, et combien peu sa composition répond au talent et à l'intelligence qui se manifeste partout à l’extérieur. Ce plan dut être primitivement compris dans un espace triangulaire, et les boutiques, aujourd’hui placées perpendiculairement à ; l'un des côtés du triangle, seraient, selon nous, l’adjonction qu'on aurait faite postérieurement : alors l'angle aigu qui devait exister précédemment à gauche, aurait été remplacé par une

facade latérale, laquelle se trouve avoir préei-

sément en largeur la profondeur des boutiques. (7 oyez les figures ci-contre.)

Nous dirons peu de chose de cette façade latérale, qui est étroite

et n'a qu’une seule baie au rez-de-chaussée; elle n'offre, au reste, qu'une continuation de la facade principale dont le motif a été prolongé en retour.

Les seules modifications qu'on y remarque sont lé-

gères et n'existent qu'au premier étage, où l'on apercoit encore des ajustements d’armes ayant évi-

demment appartenu aux Médicis. On lit près de ces

armes l'inscription suivante :

LEONIS X PONT. MAX. LIBERALITATE JACOBUS BRIXIANUS CHIRURGUS ÆDIFICAVIT (1).

Élévation de l'église S: Pietro in Montorio, sur le mont Gtanicolo:

XII, 25. On prétend que la fondation de cette église remonte au temps de

Constantin, et qu'elle porta d’abord le nom de : ë7 monte Aureo,

1) Cette inscription, ainsi que les armes, ont disparu à la suite d’une restauration recente.

et anciennement celui de : ir castro Æureo. Après avoir été une des vingt abbayes de Rome, elle fut abandonnée , puis cédée, en 1472, aux frères mineurs de l’observance, ensuite aux réformés de Saint- Francois, pour lesquels le roi d’Espagne, Ferdinand IV, et la reine Isabelle , la firent rebâtir sur les dessins de Baccio Pintelli. Philippe IT, en 1605, fit faire, devant l’église, une place et une fontaine aujourd'hui détruite. C’est à lui qu’on doit aussi la construction de ce gros mur de soutènement destiné à maintenir et à encaisser les terres de la colline qui menacaient de s’ébouler par suite, peut-être, de la charge des constructions.

Il y'a une sorte de sécheresse dans l'élévation de cette église comme dans la plupart des œuvres de Baccio Pintelli; mais lhabile architecte rachetait, presque toujours, cette imperfection par une foule d’excellentes qualités. Ici, par exemple ; on ne pourrait s'empècher de louer la simplicité et l'élégance du motif, l’heureuse proportion de l’ensemble et en particulier celle du fronton ; enfin, la convenance et la délicatesse des détails. La porte est, sous ce rapport, la partie la plus remarquable ; elle est fort riche, bien profilée, et d’une belle exécution. A l'exception de cette porte, qui est en marbré blane, toute la facade a été construite en pierre travertine.

La charmante petite chapelle circulaire, connue sous le nom de Temple de Bramante, existe au centre de l’une des cours du eloître attenant à l’église; nous l’avons représentée à la page 103.

De l’esplanade qui précède l'église, on jouit d’un des spectacles les plus magnifiques et les plus imposants qu'on puisse voir : Rome tout entière se découvre à vos pieds, et, au loin, l'immense plaine qui l'environne, limitée par le mont Marius, le Soracte, la chaîne de

l’Apennin, et le riant coteau de Tivoli.

XIV, pres 59.

se

en y

Porte de S. Spirito, via della Longara.

C'est à Paul IIT qu'est due la construction de cette belle et majestueuse porte élevée par Antonio da Sangallo , à l’époque où l’on s’occupait de réparer et d'agrandir les murs de la cité Léonine. Elle. est traitée dans un style sévère, et son apparence de solidité convient parfaitement à un monument lié aux remparts. On doit y admirer la noble simplicité de la composition , heureuse proportion des diverses parties , la convenance et la beauté des profils. Sans vouloir expliquer ce qui a motivé la surélévation des divers points de centre des ares, et la largeur peut-être exagérée des archivoltes dont les niches sont couronnées , nous nous contenterons d'en faire ici l’objet d’une simple observation.

La vue de ce noble ouvrage, si recommandable sous tant de rapports, laisse toujours à un ami des arts un vif sujet de regrets : le monument est malheureusement resté inachevé. Vasari le compare à tout ce que l'antiquité offre de plus magnifique en ce genre , et ajoute

qu'après la mort de Sangallo, on chercha, mais sans succès, à le

Jaire détruire, et que ce fut plutôt l'envie que la raison qui réclama

cette mesure (1). Il ne cite personne, par respect, peut-être, pour, Michel-Ange, auquel il avait voué une sorte de culte, mais qu'on a depuis accusé de cette coupable intrigue (2). Ce serait un acte odieux,

peu honorable pour le grand homme, et, il faut en convenir, étran-

(1) Voici les expressions de Vasari : « La quale opera dopo la morte d’Antonio fù chi cerco , « più da invidia mosso che da alcuna ragionevole cagione, per vie straordinarie di farla rovi- « hare, ma non fù permesso da chi poteva. » (Fie d'Antonio da Sangallo.)

(2) C’est peut-être un autre passage de Vasari qui a pu donner lieu à cette accusation. Ce biographe raconte en détail une altercation très-animée qui eut lieu, en présence du pape, entre Michel-Ange et Sangallo, à l’occasion des murs que ce dernier exécutait alors , ‘et que Michel-Ange, consulté, critiqua amèrement. Les paroles échangées entre les deux artistes furent si vives, que Paul IF se vit obligé de leur imposer silence (Vie de Michel-Ange). Toujours

est-il que le travail fut dès ce moment interrompu et n’a plus été repris.

ET CRITIQUES. 189 ger méme à son caractere ; bien que cependant il n'ait pas fait preuve de modération dans ses démélés antérieurs avec Sangallo , qu'il entrava plus d'une fois dans ses opérations et auquel il enleva l'honneur d'achever son plus bel ouvrage en se faisant adjuger l'exécution du couronnement du palais Farnèse.

Nous ne pensons pas qu'il existe de l’auteur de ce monument des dessins figurant la partie inachevée ; mais à défaut de ces renseignements, si l'on voulait en faire une restauration, 1l conviendrait de recourir aux ouvrages du même architecte ayant quelque analogie d'ensemble avec celui-ci : telle serait, par exemple, la facade du haut de la planche 47.

Détails de la porte de S. Spirito, via della Longara.

Ces profils mäles, purs et pleins de convenance, produisent le meilleur effet à la place qu'ils occupent, et sont en parfaite harmonie avec le monument qu'ils décorent. Leur dimension est si considérable, que, mis à l'échelle ordinaire de nos détails, ils ont pris un développement tel que nous avons été obligé de leur consacrer une page entière.

Élévation de la banque, via del Banco di S. Spirito.

Cet édifice, occupé aujourd’hui par la banque de Rome, fut élevé sur les dessins d’Antonio da Sangallo, pour servir d'hôtel des monnaies, et, pour cette raison, nommé la Zecca. Il est situé à l'angle de deux rues, formant un pan coupé dont la façade est représentée au haut de cette planche.

Quoique d’une architecture fort recommandable, on peut néanmoins reprocher à l'élévation de ce petit palais de manquer d'unité.

XIV, près 39.

à EX

Il ne règne pas une harmonie parfaite entre le soubassement et l’ordonnance de la partie supérieure. Ce soubassement est traité dans un style trop sévère pour supporter immédiatement un ordre composite. Mais chacune de ces parties offre isolément un charmant motif : la composition n’en est pas moins remarquable que l'étude.

Le soubassement se distingue par un bel appareil, et il est couronné dignement d’un bandeau fort riche , orné de grecques. L'ordre composite est dans une Jolie proportion, et n’a pas les feuilles de son chapiteau détaillées. On trouve dans l'élévation de l’église S. M. di Loreto, construite par le même architecte et représentée planche 7, l'exemple d’un chapiteau semblable et d’autres analogies dans les profils. Nous avons cru pouvoir nous dispenser de faire sentir, dans le dessin, la légère courbure de cette facade. C’est une pratique que

Sangallo a de même employée à la porte de S. Spirito. (Voyez pl. 45.)

Elévation et détails d'une maison, piazza di S. Salvatore

in Lauro.

Nous avons à signaler principalement dans cette petite facade l’élésance des proportions réunie à la pureté des profils. La direction d’un architecte habile s’y fait reconnaitre, mais son nom, ignoré aujourd’hui, restera sans doute toujours inconnu.

La porte, malgré quelques incorrections, produit un bon effet. On blâme avec raison , à tous les étages, la grandeur disproportionnée des refends.

Cette maison menaçait ruine, il y a quelques années ; déjà même on l’étayait pour la réparer : il est à craindre que la restauration dont elle est menacée ne lui soit funeste et qu’elle n’en sorte défi-

gurée (1).

(x) Nos prévisions ne se sont que trop réalisées. En 1831 j'ai revu cette façade, et c’est à peine si je pouvais la reconnaître, tant les améliorations qu’on à prétendu y faire ont été maladroites.

Palais Maccarani, via Margana.

Ce n'est ni dans les élévations, ni dans les détails de ce palais, qu'il faut chercher quelque trace de talent : dans le plan seul réside, en effet, tout le mérite et tout l'intérêt. C’est même à l’ingénieuse disposition de ce plan qu'il faut attribuer l'aspect pittoresque de la cour et du vestibule. On doit y remarquer la manière dont les deux cours communiquent entre elles, et comment l'escalier est rattaché au portique au moyen d’une arcade formant un passage abrité : cet escalier, dont la composition et l'effet ont été combinés avec la vue des treilles et des terrasses voisines, est lui-même digne de fixer l'attention.

La maison adjacente est tellement enclavée dans le palais, que les deux édifices paraissent essentiellement liés l'un à l’autre et avoir été élevés simultanément. Leur réunion forme un ensemble qui méritait d'être connu et étudié, surtout à cause de l’adroite combinaison des

deux escahers.

Plan et élévation du palais Linotte, vicolo dell Æquila.

Le palais Linotte, autrefois Silvestri, est situé à peu de distance de la chancellerie ; son élévation principale fait face au vicolo dell Aquila, et l'élévation postérieure à la via de’ Baullart.

Il n'existe aucune tradition relative à ce palais ; on ignore la date de sa construction, le nom du personnage pour lequel il fut élevé, et celui de l'architecte qui en dirigea l'exécution. Nous allons toutefois indiquer les conjectures qui nous paraissent les plus probables à cet égard.

I fut d’abord connu sous le nom de la Farnesina , et de là, peutêtre, on en a conclu que ce fut le modèle du palais Farnèse. La eom-

paraison des deux édifices fait de suite juger combien cette assertion est peu vraisemblable (1). La seule conséquence qu'il nous paraît possible d’en tirer, c’est qu'il a dù appartenir à la famille Farnèse ; ce qui le prouve encore, ce sont les armes distinetives de cette famille, les fleurs de lis, qu'on voit sculptées sur les bandeaux des facades et sur les métopes de l’ordre de la cour; une circonstance ajoute un nouveau poids à eette opinion, c'est que le Casin, élevé par Ghigi, de l'autre côté du Tibre, fut également appelé la Farnesina, lorsqu'il devint la propriété des Farnèse.

Le petit palais dont il est ici question, après avoir été possédé depuis par le marquis Silvestri, est passé au comte Linotte, sous le nom duquel nous l'avons désigné, ayant à cet égard toute liberté, puisqu'il ne porte aucune dénomination sur le plan de Nolli.

Quelques auteurs en ont attribué la construction à Bramante, d’autres à Michel-Ange, et enfin, le plus grand nombre, à Baldassare Peruzzi. Il est impossible d’y reconnaître le style du Bramante, ou d'y retrouver la manière incorrecte de Michel-Ange, tandis que la marche du plan, le caractère des élévations, et quelques analogies de détails avec des ouvrages authentiques de Peruzzi rendent tresvraisemblable l'hypothèse qui le fait considérer comme l'architecte du palais Linotte (2). On doit craindre d’ailleurs d'être injuste envers ce grand artiste et de lui dérober l'honneur de ses œuvres; car après avoir consacré sa vie tout entière à l'étude de l’art qu'il exerca avec tant de distinction et de désintéressement, après avoir légué à la pos-

térité, moins injuste que son siècle, tant de beaux ouvrages, il mou-

(1) On y retrouve bien, à la vérité, quelques ressemblances : les ornements des bandeaux au premier et au deuxième étage sont à peu près les mêmes; les vestibules, les colonnes engagées de la cour, et surtout leur arrangement aux angles, sont étudiés dans le même esprit; mais loin d'y voir le modèle du palais Farnèse, je serais plutôt porté à croire que celui-ci fut le modèle du palais Linotte. Il n’est pas impossible, en effet, que celui des Farnèse qui fit élever cette petite habitation, ait désiré qu’elle eût le caractère du grand palais que sa famille édifiait alors dans Ja même ville.

(2) Pour en acquérir une certaine conviction il convient d'établir des rapprochements avee

ET CRITIQUES. 100 rut pauvre sans avoir été dignement apprécié de ses contemporains.

À moins de se rendre bien compte de l’exiguité du terrain occupé par les constructions, on ne pourrait croire que dans un espace aussi borné il fut possible de trouver place pour tant de choses : cependant, rien n’y paraît à l’étroit, tout y porte mème l'empreinte d'une sorte de grandiose : résultat admirable dû à l'inspiration, et que le talent lui-même n'obtient pas toujours. Je ne connais, au reste, aucun exemple où l'on ait porté aussi loin l’art de tromper les veux et de faire une illusion aussi complète sur les dimensions réelles.

Le plan présente d'abord un vestibule conduisant au portique qui précède la cour, lequel donne entrée à l'escalier et à toutes les pièces du rez-de-chaussée. Ce plan est tracé sur un terrain isolé de trois côtés, et engagé seulement au nord dans des constructions voisines. Sa forme irrégulière a été dissimulée avec beaucoup d'adresse : de l'intérieur de la cour, cette irrégularité ne s'apercoit nullement, et c'est à peine si on la juge à l'extérieur d’après le léger biais qui existe aux angles des facades.

L'élévation principale se fait surtout remarquer par la justesse de ses proportions et l'unité parfaite de son ensemble. Les détails ne sont pas non plus dépourvus d’une certaine grâce; la porte, les croisées et les soupiraux du rez-de-chaussée, y sont disposés avec gout et avec la plus judicieuse méthode. L'étude des bossages présente même d’élégantes combinaisons qui tempèrent l’idée de solidité qu'on a su imprimer à tout le soubassement. Le style sévère du rez-de-chaussée, dont

la limite est déterminée par le bandeau lisse qui le couronne, se pro-

le palais Piazza de’ Satiri, planche 31; la chapelle Ghigi, planche 97; la Farnesina, planche 1071, et Ze palais Pirro Massimi où l'on trouvera quelques détails qui semblent sortir de la même main. dy

Si toutefois il m'était bien démontré que Peruzzi ne dut prendre aucune part à cette construction , c’est à Antonio da Sangallo et à lui seul que je l’attribuerais, bien qu'il ne soit désigne par aucun auteur; et pour motiver cette opinion, je pourrais non-seulement rappeler qu'il fut l'architecte des Farnèse, appuyer davantage sur les analogies que j'ai fait apercevoir dans la note précédente, mais même en citer quelques autres encore.

longe toutefois, mais d’une manière moins prononcée, et va en quelque sorte en se dégradant jusqu'à l'appui des croisées du premier étage. Au lieu de bossages, ce ne sont plus, sur cet appui, que de simples refends traités même avec finesse. Les chaînes de pierre dont on a renforcé les angles n’augmentent pas seulement la solidité, mais elles font, pour ainsi dire, participer les étages supérieurs au système du rez-de-chaussée, et lient le tout ensemble. Les croisées du premier étage sont d’une belle masse, et leurs détails entendus avec goût. Leurs frontons, comme cela se pratiquait fréquemment au xvi‘ siècle, sont alternativement triangulaires et cintrés ; cette différence est peu sensible et donne de la variété sans détruire l'harmonie. Enfin, la corniche

supérieure forme un couronnement très-noble et digne de l’ensemble.

Coupe sur le palais Linotte.

On est surpris, en considérant cette coupe, de trouver dans un espace aussi resserré un motif de décoration architectonique d’une telle complication. Cependant nulle confusion; l’ordre y règne, rien n'y choque, rien n'y paraît à la gène. Les causes qui agrandissent à l'œil cette petite cour et font oublier son excessive exiguité, tiennent à des effets d'optique toujours difficiles à bien apprécier : aussi, sans entrer dans aucune dissertation à ce sujet, nous bornerons-nous à faire remarquer que la cour n'est totalement fermée qu'au rez-de-chaussée , et comme elle est ouverte d’un côté, à partir du premier étage, la lumière pénètre librement et en abondance à l’intérieur.

Quelques dispositions dans l'ordonnance de l’ensemble sembleront blämables et même choquantes sur le dessin; mais l’excuse de ces prétendues incorrections se trouve sur le lieu même. On ne saurait sans doute approuver la superposition d'un ordre dorique à un autre, le second dorique étant surtout moins riche et moins complet; mais on

doit considérer que ce défaut n'est pas appréciable pour celui qui est

placé à l'intérieur de la cour, car, vu la petitesse de celle-ci, l'œil ne peut embrasser que le rez-de-chaussée : conséquemment c'était sur cette partie qu'il fallait principalement porter la richesse et multiplier les détails. De même, si les proportions de l’ordre composite semblent trop fortes comparativement à celles de l’ordre inférieur, on en jugerait autrement en se reportant à l'extérieur du palais : de là, en effet, il n’est possible de distinguer qu'une faible partie du premier étage, tandis que le second se voit en entier. Ce dernier, étant le plus important, devait donc être mis en harmonie de proportion et de richesse, moins avec l’ordre inférieur qu'avec les masses supérieures du bâtiment qui, seules, pouvaient lui être comparées. De là vint la nécessité d'avoir un ordre d’une dimension assez forte et dont la richesse püt s’allier avec celle de la corniche de couronnement. C’est ainsi qu'après un muür examen, nous avons cherché à rendre raison de ce qui nous avait paru d’abord défectueux, et qu'ayant à prononcer sur l’ouvrage d’un grand homme, nous avons, ici comme en toute circonstance, préféré nous montrer plutôt circonspect que témératre.

Il nous paraît utile de faire remarquer avec quelle adresse on a su, dans un système de décoration si différent de celui des façades, continuer dans la cour les bandeaux et corniches de celles-ci, pour relier d'autant mieux l’intérieur avec l'extérieur.

Quoique riche par le motif de son architecture, le vestibule conserve néanmoins un caractère simple et ferme. Les caissons de la voute y sont distribués avec sagesse, et l’ordre dorique n’a aucun ornement dans la frise. Ce même ordre, se continuant sous le portique et dans la cour, est dans cette partie enrichi de triglyphes et de métopes ornées. Le puits est ajusté avec goût et placé à l’écart, de manière à ne pas anticiper sur la cour.

IE

Elévation postérieure et détails divers du palais Lainotte.

Nous avons évité, dans beaucoup de circonstances, de reproduire la partie faible d’un ouvrage, et nous eussions fait de même pour cette facade postérieure, s'il n’était certains ouvrages tellement recommandables, qu'on regretterait de ne pouvoir être à même de les apprécier sous tous les points. D'ailleurs, le dessin que nous joignons ici ne servira pas seulement à présenter de nouveaux éclaireissements et à compléter l'intelligence de la coupe, mais il fera de plus connaître l’heureux motif des avant-corps, leur rapport avec la masse, et combien cette simple disposition contribue à donner du mouvement et de la variété aux lignes du petit édifice.

Toutefois, on a lieu d’être surpris de ne plus retrouver sur cette facade l'esprit d'ordre et de prévision que nous admirions tout à l'heure. Ici, nulle symétrie, nul ajustement, nul indice de goût ni d'adresse. Sans doute ce n’était pas chose facile de parvenir à accorder les jours nécessaires à l'escalier avec l’économie de la facade, mais on eut désiré apercevoir quelques efforts, quelques traces d’une lutte avec les difficultés. Il semble, au contraire, qu'ayant désespéré de la réussite, l'artiste ait renoncé dès lors à toute tentative. Une égale négligence peut être observée dans l'escalier, dont les marches ont été si peu étudiées, que, pour faire arriver au deuxième étage, il a fallu en exagérer la hauteur et même mettre la dernière marche en saillie sur le palier. D'après ces considérations, il serait assez naturel de croire que cette partie du palais eut un continuateur inexpérimenté.

L'élévation latérale, située vers le sud, est tout à fait semblable à la facade principale , si ce n’est que le portone , qui n'existe pas de ce côté, a été remplacé par une croisée. Les détails des bandeaux et des croisées, réunis au bas de cette feuille, sont profilés avec goût et con-

venalhnce.

Détails de la cour du palais Linotte.

La plupart de ces détails ne se font pas, sans doute, remarquer par une grande correction; mais, en se rappelant nos observations sur la planche 50, on peut assez bien se rendre compte de leur effet sur le monument, pour en conclure qu'ils ont été judicieusement composés

et étudiés pour la place qu'ils occupent.

Palais Mignanelli, piazzu Mignanell.

Ce palais est situé sur le penchant du mont Pincius, à peu près vers le lieu où existèrent autrefois les jardins de Lucullus. Comme les constructions n'ont pas été établies sur un terrain déblayé, et qu'elles suivent le mouvement de la colline, il en résulte qu'aux étages supérieurs les appartements ont dù communiquer de plain-pied avec le sol, qui varie à mesure qu'on s'élève. Ce sol, pour le rez-de-chaussée, est au pied du mont; il est à mi-côte pour le premier étage, enfin il atteint à peu près au sommet de la colline pour le deuxième étage et les jardins qui en dépendent. Il eut sans doute été nécessaire, pour rendre ces dispositions parfaitement intelligibles, de faire usage de plusieurs plans, pris à diverses hauteurs : mais ce travail devenait beaucoup plus compliqué sans être d’un grand intérèt; nous avons préféré n'offrir qu'un seul plan d'ensemble, que la coupe et les éclaircissements que nous donnons ici, suffiront pour bien expliquer.

Le grand escalier qu'on trouve à droite sous le portique du fond, conduit au sol de la petite cour, et de là mène aux étages supérieurs, en prenant l’arcade du milieu. Autour de cette petite cour sont disposées, d’abord en face, des salles de bain et une grotte pénétrant

sous les terres du jardin; puis, à gauche, une vaste cuisine desservant

VIIT, 30.

une belle salle à manger, située au-dessus d’elle, et avec laquelle elle communique au moyen d’un petit escalier à limaçon. Nous avons préféré représenter ici la salle à manger, pour faire mieux connaître son heureuse situation, et quel agrément elle tire de la vue des jardins qui l'entourent.

L'architecture de la grande cour est d’un aspect sévère, mais n'a rien de très-remarquable. Le motif de la petite cour est fort gracieux;

sa position surtout lui donne du pittoresque et de la gaieté.

Plan du palais Nari, près l’église S. Cluara.

L’escalier compris dans les trois arcades du fond de la cour de ce palais, est d’une combinaison originale qui mérite d’être remarquée. Il conduit, après deux révolutions, à une loge donnant entrée aux appartements de l’entre-sol; puis fait arriver, après une troisième révolution, à un vestibule assez vaste et bien décoré, lequel introduit aux grands appartements du premier étage. Ce vestibule tire son jour d'une arcade qui le prend elle-même sur la petite cour. L’arcade se lie non-seulement à la décoration de cette cour, mais à celle du vestibule.

Plan du palais Grimaldi, via de Lucchest.

La partie intéressante de ce palais est encore l'escalier qui est adroitement rattaché au vestibule : celui-ci, ayant trois issues et des dimensions assez étendues, permet aux voitures de remiser et de cireuler

librement.

Vue de la cour du palais Parracciant, via della Ripresa

de’ Barberi.

L'aspect pittoresque du fond de eette cour attire l’attention de ceux qui passent près du palais et l’apercoivent de la rue. Quoique cette partie de lhabitation soit maintenant fort négligée, on n’en doit pas moins apprécier le charmant motif des fontaines et des deux pavil-

lons en terrasse.

Maison, via di Parione.

Il ne serait pas moins difficile de fixer aujourd'hui la date précise de la construction de cette maison que d’en indiquer l'architecte. Elle est assez souvent désignée sous le nom de Maison de Sixte-Quint ; mais comme 1il n’en est fait mention dans aucun auteur, nous ignorons jusqu'à l’origine de cette dénomination (1). Aurait-elle été bâtie par ce pontife, ou seulement habitée par lui? La première hypothèse paraît peu probable, si l’on vient à considérer la composition du plan et le caractère de l'architecture ou des arabesques qui appartiennent évidemment à une époque antérieure à celle de Sixte-Quint. Les peintures de la vouüte du vestibule sont attribuées à Baldassarre Peruzzi ou à Giovanni da Udine : nous n'avons pour décider la question aucune preuve à apporter; mais il ne serait pas impossible que ces habiles maîtres eussent contribué tous les deux à l’embellissement de cette habitation, l’un comme architecte et l’autre comme peintre.

La jolie disposition du plan, le caractère à la fois élégant et sévère

de la porte d’entrée, l’agréable motif des demi-arceaux ou lunettes

(1) J'ai retrouvé dernièrement sur une petite vue de l'ouvrage de Vasi, à la suite d’un chiffre de renvoi, cette indication : «Palais de la nation du Picenum, habité autrefois par Sixte-Quint, lorsqu'il était cardinal. » On peut se demander à quelle source Vasi avait lui-même puisé ce renseignement.

Il, 60

Dar

qui supportent le corridor découvert servant de communication entre les pièces du premier étage, sont choses à remarquer et à étudier : mais l'attention doit principalement se fixer sur l'ajustement gracieux des arabesques de la voûte, dont les stucs sont malheureusement

aujourd'hui fort dégradés.

Elévation du palais Boadile, via de” Cesarini.

Ce palais, désigné sur le plan de Nolli sous le nom della comp. del Salvatore ad Sancta Sanctorum, est maintenant connu à Rome sous celui de Boadile. Il est attribué avec vraisemblance à Giacomo della Porta, dont le style est ordinairement peu difficile à reconnaître. L’élévation est d’une belle masse, mais elle a moins d'élégance que de noblesse. Les deux derniers étages sont bien distribués, et les détails de la porte, des croisées, des bandeaux et de la corniche de couronnement, ont le caractère et les proportions convenables.

On voit avec regret que la porte n’a pas été placée au milieu de la facade, et que l'ajustement du rez-de-chaussée est traité avec beaucoup de négligence. Il est vrai, si l’on en juge d’après une ancienne gravure, que ce rez-de-chaussée n'existait pas ainsi dans l’origine.

La cour de ce palais est restée inachevée : des trois élévations en partie exécutées, celle qui est adossée à la facade sur la rue, est seule digne d’être mentionnée; elle est concue dans un beau parti. Les deux étages inférieurs y sont décorés d’arcades et de pilastres doriques au rez-de-chaussée et ioniques au premier étage. Les profils y sont généralement bien entendus, et leur correction témoigne qu'ils appartiennent au beau temps de Giacomo della Porta, c’est-à-dire à la pre-

mière époque de sa carrière.

Plan du palais Cardelli, piazza Cardell.

L'escalier et le portique qui le précède sont les seules parties de ce plan qu'on puisse citer. Elles sont décorées avec richesse, mais

dans un gout un peu capricieux.

Plan de la chapelle Sancta Sanctorum et de la Scala Santa.

L'ancien palais de Latran ayant été consumé par un incendie, Sixte-Quint, qui le fit rebätir, voulut qu'on respectät, à cause des reliques précieuses qu’elle renfermait, la chapelle dite Sancta Sanctorum que le feu avait épargnée. Il chargea Domenico Fontana de cette construction, en lui prescrivant d'y adjoindre quelques dépendances et d'y placer l'escalier saint (la scala santa), lequel est composé de 28 marches en marbre blanc, qui passent pour avoir appartenu au palais de Pilate à Jérusalem, et sur lesquelles on pense que Jésus dut monter, lorsqu'il fut appelé à comparaître devant son Juge.

Fontana nous semble avoir aussi bien rempli les intentions du pontife que prévu tous les besoins du monument qu'il élevait, en établissant des escaliers spacieux et des vestibules assez vastes pour que, au moyen d’un corridor et du palier, ils puissent communiquer aisément entre eux. La foule qui se porte sur ce point aux jours solennels peut, d’après cette disposition, circuler librement.

L’escalier du milieu est en grande vénération et doit ne se monter qu'a genoux. Les deux petits escaliers compris dans l'épaisseur des murs latéraux conduisent à l'habitation des religieux préposés à la garde des saints lieux.

La facade est d’une jolie masse et d’une ordonnance heureuse ; le

rez-de-chaussée est percé d’arcades, et le premier étage éclairé par

des croisées. L'un est orné d’un ordre dorique et l’autre d’un ordre

ionique.

Plan d'une maison, via Alessandrina.

Ici la forme bizarre du terrain était une difficulté que l'architecte avait à surmonter pour obtenir une distribution commode et une facade régulière. L'examen de ce plan fait juger de son habileté et

de son adresse.

Palais Doria Panfili, via del Corso.

Le cardinal Fazio Santorio ayant acheté le monastère de Saint-Cyriaque, supprimé en 1435 par le pape Eugène IV, fit construire sur son emplacement un palais avec une cour entourée de portiques, palais qu'il céda ensuite à Jules IT, lequel, à sa mort, le laissa à son neveu Francesco Maria della Rovere, duc d’Urbin. Sous Clément VITE, il passa aux Aldobrandini, puis aux Panfili, et enfin aux héritiers de ceux-ci, les Doria de Gènes. Ce fut le prince D. Camillo Panfili qui fit embellir la partie du palais située vers la rue del Corso, et construire la facade sur la même rue par Valvasori: de plus, il commença sur la place du Collége Romain une autre partie de bâtiment, que termina son frère. Ces dernières constructions sont attribuées par les uns à Borromini, par d’autres à Pietro da Cortona, qui éleva la facade de l’église contiguë de S. M. in via lata, ou même à Bernini. Il est possible que ces trois architectes aient été appelés successivement à y prendre part: mais la manière de Bernini s’y reconnaît plutôt que celle des deux autres, comme nous le montrerons à l'occasion de la planche suivante. Enfin, le dernier propriétaire du nom de Panfili fit élever la partie qui se prolonge derrière le palais d’Aste et fait

face au palais di Venezia , par l'architecte Paolo Amali.

On peut juger de suite, d’après le petit plan général et à la maniere dont les diverses parties en sont disposées, que cet ensemble manque de l'unité qui caractérise ordinairement les ouvrages exécutés d’un seul jet et par un seul homme. Les élévations portent aussi le caractère distinctif des diverses époques auxquelles elles furent construites, époques désastreuses et de décadence.

Avant d'examiner les parties intéressantes de cet édifice, qui feront successivement le sujet des planches suivantes, et qu'on a signalées sur le plan général par une indication détaullée, tandis que le reste des bâtiments nese voit qu'en masse, nous ferons remarquer l'adresse que l’architecte, chargé de continuer ce palais, a su mettre dans la disposition du grand vestibule et de l'escalier, qu'il a eu l'heureuse idée de placer, pour la commodité des communications, dans le prolongement de l'une des galeries aboutissant à la rue del Corso : de là résulte une longue perspective, animée, à diverses distances, par des oppositions d'ombre et de lumière, et terminée d’une manière théâtrale par l’escalier.

Les écuries, dont nous nous occuperons d’abord et qu'on trouve représentées sur cette planche, ont été vraisemblablement construites à la même époque que la cour principale, et sans doute par le même architecte, par Bramante, comme nous le ferons voir lorsque nous aurons à traiter de cette cour. Les colonnes de celle-ci et celles de l'écurie sont, en effet, d’un égal diamètre ; analogie qui vient à l'appui de notre opinion. Il n’y a de différence que dans la hauteur, qu'on a du réduire pour les dernières, afin de leur donner la proportion toscane. Ces écuries sont spacieuses et disposées avec magnificence : l’ordre toscan qui les décore est bien profilé, et la proportion en est heureuse; enfin, jusque dans l'ajustement des stalles, on retrouve même de l'étude et de la recherche.

IR Te

Suite du palais Doria Panfili; cour et vestibule.

Le style et la manière du Bramante se reconnaissent dans l’architecture de cette cour, surtout en la comparant à la chancellerie (voyez PI. 85), avec laquelle elle a des analogies frappantes. Ici, comme au palais de la chancellerie, existent deux rangs d’arcades portées sur des colonnes et dans des proportions semblables; les chapiteaux du rez-de-chaussée et ceux du premier étage, sans être d’une conformité parfaite, sont évidemment composés dans le même style que ceux du rez-de-chaussée et du second étage de la chancellerie. Le motif des médaillons placés entre les archivoltes est le même dans les deux palais, et ces médaillons sont également ornés d'armes à l’intérieur. La corniche de couronnement et la corniche inférieure ont des profils presque identiques dans les deux cours: à la chancellerie, les angles sont fortifiés par des pieds-droits carrés; ici, la même précaution a paru nécessaire; mais comme la cour est plus petite et les bâtiments moins élevés, on s’est contenté d'augmenter la grosseur des colonnes de l'angle. Toutes ces considérations nous ont paru tellement concluantes, qu'il nous semble difficile qu'on puisse nier que cette partie des deux édifices ne soit l’œuvre du même architecte. Cette opinion, d’ailleurs, concorde parfaitement avee la date de la construction de la cour du palais Doria, laquelle, avons-nous dit, fut élevée au temps du cardinal Fazio Santorio, contemporain de Jules IT, et conséquemment de Bramante, architecte de ce pontfe (1).

L'aspect de cette cour produit à la première vue une sensation

agréable, qu'il faut attribuer à l'harmonie qui règne entre toutes les

(a) Il est toutefois probable que cette cour n'a pas été exécutée tout entière à la même epoque : des différences notables existent, en effet, dans la qualité des matériaux et dans le mode d'exécution. Le portique, situé au sud du côté de la place dt Venezia, nous sem-

blerait de la première époque.

parties de son ordonnance. La hauteur des bâtiments du pourtour, le rapport des étages et la proportion des arcades, peuvernit être cités comme des exemples bons à imiter. Nous devons faire remarquer qu'ici les colonnes du premier étage reposent directement sur la corniche du rez-de-chaussée et non sur un appui comme à la chancellerie; enfin, nous n'omettrons pas d'appeler l'attention sur les divers détails, où l’on retrouve en général cette raison et cette finesse qui distinguent les productions de Bramante.

Il est à regretter que l'architecte Valvasori, auquel fut confiée la construction de la façade sur la rue del Corso, ait surchargé celle-ci d'ornements et de détails aussi bizarres que ridicules, et qu'il ait détruit une partie du charme que pouvait offrir la cour au moyen des tristes adjonctions qu'il s’est permis de faire au premier étage. En substituant des croisées aux arcades, dont il a rempli les vides, il a non-seulement fait preuve d’un mauvais esprit, mais il a de plus imprimé sur tout ce qu'il introduisait le cachet de son goût déréglé à Hexcèsa( 1):

On voit au bas de cette planche le plan du vestibule et de l’escalier situés sur la place del Collegio Romano. Le vestibule est spacieux, commode et d’une magnificence qu'il doit uniquement à sa belle disposition. Les deux hémicycles qui le terminent dans le sens de la longueur sont, l’un et l’autre, percés d’une arcade dans leur milieu. Ces deux oùvertures forment d’un côté une entrée à l'escalier, et de l’autre introduisent à ce long portique déjà mentionné, et aboutissant à la rue del Corso. La voute de ce vestibule est citée comme une construction remarquable ; elle est, en effet, très-méplate, quoique d’une grande portée. On observe qu'elle est contre-butée en tous sens avec infiniment d'adresse, et les colonnes soit isolées , soit groupées, sont disposées de manière à opposer une forte résistance, tout en conservant aux arcades l'apparence d’une extrème légèreté.

(1) Ces croïsées ont été établies pour éclairer une belle et riche galerie de tableaux, connue sous le nom de Galerie Dorta.

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