EST
L’escalier, dont les marches sont en marbre blanc d’un seul morceau , se présente avantageusement et d’une manière imposante : il tire encore un grand charme des effets de lumière résultant de l’opposition entre la demi-teinte répandue sur les murs de l’hémicycle, où il prend naissance, et la vive clarté qui règne derrière dans le second vestibule, ou premier palier. L'arrivée de ce même escalier au premier étage est d’une disposition originale d’un très-bon effet.
Plusieurs auteurs, ainsi que nous l'avons déjà indiqué, attribuent à Borromini et à Pietro da Cortona la construction de toute cette partie du palais, située vers la place del Collegio Romano. Quoique Bernini ne soit cité que par un seul d’entre eux, 1l nous paraît néanmoins devoir être considéré comme l'architecte du vestibule et de l'escalier, sans nier toutefois que les deux autres architectes aient pu coopérer à la construction des bâtiments environnants. On trouve ici dans les détails une simplicité et une sagesse de style qui s'écartent beaucoup de la manière incorrecte et bizarre de Borromini et de Pietro da Cortona : tandis que la disposition du plan présente, au contraire, des analogies frappantes avec celle du palais Barberini, élevé en grande partie sous la direction de Bernini. Les rapproche-
ments qu'on pourrait faire seraient faciles à saisir.
Suite du palais Doria Panfil.
La coupe et la vue, représentées sur cette planche, confirment ce que nous avons dit plus haut relativement à l’aspect noble et grandiose du vestibule et de l'escalier. On peut se convaincre, par cet exemple, comme par tant d’autres qu'on pourrait citer, que les brillants effets d'architecture ressortent principalement d’une disposition habilement conçue, et que la simplicité de la décoration est
loin de les exclure.
Palais Ossoli, via de’ Balestrari.
La tradition attribue ce charmant petit palais à Baldassarre Peruzzi, et nous avons dù partager cette opinion en comparant le parti du plan , l'ordonnance et les détails de la façade avec ceux des palais Massimi, de la Farnesina et de la Vigna di papa Giulio, ravissantes productions du même auteur, mais aussi différentes entre elles que celle-ci peut l'être à leur égard. On retrouve néanmoins dans la plupart de ces édifices des points de comparaison, ou, si l’on veut, des airs de parenté frappants qui établissent, en faveur de Peruzzi, sinon des preuves irrécusables, du moins de fortes présomptions. Malgré leur étonnante variété, on sent fort bien que c’est le même esprit qui a présidé à toutes ces constructions, mais que le fécond génie de l'artiste a su leur donner à toutes le charme de l'originalité.
Le plan est d’une disposition simple et commode, et la facade est empreinte d'un beau caractère. L'aspect de sévérité, qui domine dans le soubassement, contribue, par le contraste, à faire valoir les étages supérieurs, lesquels semblent solidement assis sur des rangs de bossages. Les petits ordres et les croisées sont étudiés avec goût, et leur rapport avec l’ensemble parfaitement concerté.
La frise placée au-dessus de la porte est un fragment antique posé là comme décoration.
Coupes du palais Ossoli, via de’ Balestrari.
Les deux coupes réunies sur cette planche rendent compte de ce qu'il restait à faire connaître de ce petit et élégant édifice. La cour, malgré sa simplicité, se soutient à côté de la façade et forme avec elle
un tout bien assorti et complet.
Église et cloitre de S. M. della Pace.
Sixte IV commenca, en 1487, sous la direction de Baccio Pintelli, cette église, qu'il donna ensuite aux chanoines réguliers de Saint- Jean de Latran. Il avait fait vœu de l’élever en l'honneur de la Vierge, si, par son intercession, il obtenait un terme aux guerres qui désolaient alors l'Italie. Le nom della Pace (de la paix), qu'elle porte encore aujourd'hui, dérive du motif même qui en détermina la fondation.
Le monastère adjacent, commencé également par Sixte IV, ne fut achevé qu’en 1504, sur les dessins de Bramante Lazzari, par le cardinal napolitain Oliviero Caraffa, comme le témoigne une inscription du cloître (1). Plus tard, Alexandre VIT fit restaurer complétement l’église par Pietro da Cortona, qu'il chargea en outre de renouveler entièrement la facade. |
La forme irrégulière du terrain fut sans doute une grande gêne imposée à l’architecte, et probablement on exigea de lui qu'il utilisât les fondations d’une ancienne église qui existait à la même place. Baccio Pintelli, malgré toutes les difficultés qu'il eut à surmonter, a réussi néanmoins à réaliser un ensemble très-satisfaisant. Il est vrai qu’on peut reprocher à la nef d’être un peu étroite, mais l’octogone qui la continue a de la grandeur : c’est une conception noble et d’un bel effet. Enfin des chapelles ou des portes ont été établies dans
les arcades situées sur les côtés de l’octogone. Ces portes procurent
(1) Cette inscription se lit dans la frise de l’ordre du rez-de-chaussée ; elle est amsi conçue :
OLIVERIVS CARRAPHA EPS HOSTIENSIS CARD NEAPOLITAN
PIE À FVNDAMENTIS EREXIT ANNO SALVTIS CRISTIANE MDIIII DEO OPT MAX ET DIVE MARIE VIRGINI GLORIOSE DEIPARE CANONICIS Q.Z REGVLARIBVS CONGREGATIONIS LATERANENSIS.
ET CRITIQUES. 20) des communications commodes et directes , soit avec la sacristie, soit avee l'extérieur.
La décoration intérieure peut être appréciée d’après la coupe. Elle est assez bien entendue, mais malheureusement elle manque d'harmonie, et les ornements qu'on y trouve ne laissent que trop apercevoir les diverses époques auxquelles ils appartiennent. Audessus des arcades, l'ajustement des tableaux entre les pilastres de l’octogone offre un système de décoration d’un effet très-agréable. Parmi ces tableaux, il faut distinguer un bel ouvrage du peintrearchitecte Baldassarre Peruzzi. Au-dessus de la première chapelle de la nef, à droite en entrant, existe une admirable fresque de Raphaël, représentant les sibylles. Pour rappeler que cette peinture célèbre orne l’église, nous n'avons vu aucun inconvénient à l’indiquer sur la coupe, en face de sa véritable place. Le pavé, à compartiments, est exécuté en marbre de diverses couleurs, et répond à la magnificence du monument.
On reconnaît moins, dans la facade de cette église, l'œuvre d'un architecte que celle d’un peintre : il semble que Pietro da Cortona, en élevant cette construction, ait visé principalement à un effet théâtral. Sans doute le parti général présente des combinaisons fort adroites ,et il faut avouer que l'artiste a parfaitement réussi à dissimuler, derrière les deux ailes de l'élévation, l'aspect discordant des habitations voisines et de l’église S. M. dell Anima; mais cette heureuse pensée est singulièrement déparée par d’étranges bizarreries et par une foule de détails de mauvais goût. Il est encore à regretter qu'un porche, d’un caractère simple et noble, n'ait pas été préféré, pour le devant de la façade, à cette imitation mesquine
des temples circulaires des anciens.
Coupe sur la cour du cloitre de S. M. della Pace.
0. Le cloître de S. M. dellæ Pace fut, à Rome, l’un des premiers ouvrages de Bramante, et lui acquit, selon Vasari, une grande réputation : c'est de là peut-être que date l’origine de ses brillantes destinées. L'architecture de cette cour n’est pas néanmoins exempte de tout reproche, et le constructeur mérite bien quelque blâme pour avoir osé mettre des colonnes en porte-à-faux au-dessus des arcades du rez-de-chaussée. On comprend très-bien, au reste, comment Bramante a été conduit à cette infraction aux règles les plus simples’ de la stabilité. Il à voulu éviter ces espacements énormes qui choquent si souvent la vue dans les cloîtres d’une époque antérieure. Il semble même que l'habile architecte ait prévu où cherché à atténuer les reproches qu'on pouvait lui adresser en accusant fortement les véritables supports, qui sont les pilastres carrés du premier étage. Son intention, évidemment, a été de faire considérer les colonnes intermédiaires comme de simples ornements destinés à dissimuler des vides trop considérables. De telles licences sont condamnables, sans doute, mais la raison la plus sévère doit se montrer tolérante toutes les fois que le talent a réussi à déguiser un défaut, ou à le racheter par d’ingénieux ajustements.
Nous trouvons particulièrement à louer dans ‘ce cloître la bonne proportion des ordres, l'harmonie qui règne entre les deux étages et quelques heureux détails. La construction en est également bien établie et entièrement exécutée en travertin.
On voit en outre, sur la même planche, un tombeau érigé en 1505 à la mémoire de deux enfants enlevés en bas âge par la peste. L'inscription en est touchante. Il est situé dans la nef de l’église, à gauche, en entrant. Les ajustements y sont d’un goût exquis, et
d'une exécution précieuse. [l nous paraît assez croyable que Bra-
mante, qui terminait le cloître voisin, à peu près à la même époque,
ait pu présider également à l'érection de cet élégant monument funéraire. Les arabesques, du moins, se rapprochent, pour le style, de celles de la chancellerie, et pourraient bien être sorties de la même
main.
Détails de la cour du cloïttre de S. M. della Pace.
Les détails réunis sur cette planche n’offrent pas tous au même degré cette délicatesse et ce goût qui caractérisent la plupart des ouvrages de Bramante. Cependant ils présentent déjà beaucoup d’analogie avec ceux que ce maître fit exécuter postérieurement dans d’autres édifices.
Vue de la cour du cloïtre de S. M. della Pace, prise du premier étage.
S'il convient de donner à l'architecture des monastères, de ces habitations consacrées à la retraite et à la vie religieuse, un caractère grave et sévère, on doit aussi s’efforcer d'animer ces paisibles solitudes, soit par de la verdure, soit par l’aspect de sites pittoresques. Ici le terrain était trop resserré, sa forme trop irrégulière et la vue trop bornée pour pouvoir recourir à de pareils moyens d'embellissement. L'architecture, alors, y devait faire tous les frais, et l’on voit avec satisfaction qu’elle a surmonté les difficultés et rempli sa tâche avec un rare bonheur; en effet, cette cour est d’un aspect aussi varié qu'agréable, comme on en pourra juger par la vue qui fait le sujet de cette planche.
La disposition des siéges est un ajustement heureux qu'il faut y remarquer. Cet arrangement procure aux religieux un lieu commode
pour y converser où pour se distraire du triste silence de la cellule.
Plan du palais Altieri, via del Gesu.
Ce magnifique palais, l'un des plus vastes qu'il y ait à Rome, fut commencé sous la direction de Gio: Antonio de Rossi, par le cardinal camerlingue Gio: Battista Altieri, et achevé sous le pontificat de Clément X, par le cardinal Paluzzo Altieri. Dans cette circonstance, comme dans plusieurs autres, l’intelligent architecte a su donner à son plan une disposition à la fois grandiose et ingénieuse.
La cour principale est entourée de larges portiques, et ses dimensions dans les deux sens sont en parfaite harmonie avee la hauteur des bâtiments environnants. De plus, elle communique directement avec trois rues et la belle cour de service du même palais. Le grand escalier mérite surtout de fixer l'attention; il se présente avec dignité, et se développe à la seconde rampe d’une manière imposante. Il est exécuté dans des proportions considérables, et pourrait encore, à plusieurs titres, figurer convenablement dans l'habitation d’un souverain. La décoration en est noble et plutôt grave que simple. Il faut y observer des combinaisons qui n’ont pu s’obtenir qu'avec une extrême difficulté et beaucoup d'étude : l’arrivée de l'escalier au premier étage est de ce nombre. Après la première révolution, le palier vient précisément correspondre à l’arcade du milieu de la loge ou vestibule qui précède le grand salon, en sorte que ce vestibule, ce salon et la suite de l’escalier, se trouvent placés sur le même axe : disposition véritablement admirable, autant pour l'extrême commodité qu’elle procure que pour le bel effet qui en résulte.
Les écuries sont spacieuses, et leur magnificence est en harmonie avec le reste du palais. Elles sont adossées aux remises et reportées adroïtement dans un lieu écarté. C'est ainsi qu’on est parvenu à éloigner le bruit et l'odeur, sans pour cela empêcher l’utile surveillance
du maître. Au-dessus des portiques de la cour principale, existent les
Le
grands et riches appartements qu'il eût été nécessaire de traverser pour communiquer avec les bâtiments du fond et les dépendances du palais, si l’habile architecte n'avait remédié à ce grave inconvément en ménageant une galerie de communication au-dessus de ces piédroits allongés que le plan indique au rez-de-chaussée , entre les deux cours.
Au deuxième étage, sur la cour de service, se distinguent, en plusieurs endroits, des terrasses disposées de manière à recevoir des plantations et jusqu’à des arbres.
L'architecture des façades, comme celle des cours, n'offre rien de remarquable, si ce n’est, de belles lignes et un aspect de grandeur;
quant aux détails, ils sont généralement fort impurs et ne méritent
aucune attention.
Plan et élévation de l’église S. M. in Cosmedin.
Elle est construite sur les restes d’un édifice antique, dont plusieurs colonnes sont engagées dans l'épaisseur des murs de son enceinte ou se voient dans la sacristie. Les antiquaires ne sont pas d'accord sur la première destination de ce monument. Les uns prétendent que c'était le temple de la Pudicité patricienne, d’autres l’école de Cassius, qui devint par suite l’école grecque; quelques-uns croient y reconnaître le temple de la Fortune ou de Matuta, ou enfin celui de Cérès et de Proserpine.
En 772, Adrien [°° reconstruisit cette église. La magnificence qu'il y déploya lui fit donner le nom de ën Cosmedin, du mot grec xéouos, qui signifie ornement. On l’appela encore, et cette désignation lui est restée, la Bouche de la vérité (la Bocca della verità), à cause d’un grand masque exposé à gauche en entrant dans le vestibule. Ce masque servit vraisemblablement à recouvrir l'ouverture d’un ancien égout. On lui supposait une propriété merveilleuse, celle de fermer la bouche sur
la main de celui qui, en l'y plaçant, osait prêter un faux serment. En 1718, le cardinal Annibal Albani, étant titulaire de cette diaconie, refit le portique et la façade d’après les dessins de l'architecte Giuseppe Sardi. Le chœur d'hiver fut élevé par le chevalier Tommaso Matte, aux frais du chanoine Gio: Battista Gasparri.
Le plan est composé dans le système des anciennes églises ; il est simple et d’une bonne disposition. Les adjonctions modernes, le chœur d'hiver et le portique de la facade, ont pourvu à de nouveaux besoins et procuré plus de commodité. On aime à retrouver à l’extrémité de la nef et dans un bon état de conservation les deux arnbons où pupitres de marbre, sur lesquels, suivant le rite de la primitive Église , on lisait au peuple l’épitre et l'Évangile. Les détails de la facade sont d’une grande impureté ; il faut les oublier pour ne voir
que le motif assez agréable de l’ensemble.
Plan et coupe de l’éghse S. M. dell Anima.
Cette église et l'hôpital de sa dépendance furent commencés en 1400, avec les fonds qu'un Flamand , nommé Giovanni di Pietro, avait laissés par testament. L'édifice a été agrandi depuis par les libéralités de la nation allemande, qui continue d'y entretenir un hôpital. A l’occasion de cet agrandissement, Bramante, selon Vasari, fut appelé à donner son avis sur les plans dont l'exécution fut ensuite confiée à un architecte allemand. Le nom de S. M. dell’ Ænima lui vient de ce qu'on trouva en cet endroit une ancienne image représentant la Vierge assise entre deux figures dont la pose semblait indiquer deux âmes de fidèles. Une copie de cette image a été sculptée sur le tympan du fronton de la principale porte d'entrée. On voit, à droite, dans le chœur, le tombeau du pape Adrien VI, exécuté d’après les dessins de Baldassarre Peruzzi ; 1l est placé en face de celui que nous
avons représenté sur la coupe.
Le plan est d’une disposition assez heureuse, et étudié de manière
à dissimuler le biais du terrain. En distribuant sur la longueur des bas-côtés de grandes niches, dont la profondeur décroît graduellement, l'architecte est parvenu à faire disparaître les différences d'équerre. Ces grandes niches montent à la même hauteur que les voûtes, et sont d’une proportion trop élancée; elles rappellent encore le système tudesque abandonné depuis peu de temps. Cette architecture légère, malgré sa maigreur, n’est cependant pas dépourvue d’un certain charme.
Élévation de l’église S. M. dell Anima.
Cette facade, qu’on dit avoir été construite en 1522, sous le pontificat d’Adrien VI, me paraît d'une époque antérieure, et si elle ne fut pas élevée par Bramante, du moins l'influence des avis de ce maître s’y fait apercevoir. On l'attribue généralement au vieux Antonio Giamberti da Sangallo, frère de Giuliano et oncle d’Antonio Picconi, le plus célèbre des Sangallo et l'architecte des palais Farnèse et Sacchetti; d’autres cependant ne reconnaissent Antonio Giamberti que pour l’auteur des belles portes d'entrée exécutées avec une rare précision en marbre blanc et en porta santa (1). Cette facade est, au reste, d’un aspect imposant, et le rapport des étages assez heureux. Le parti du rez-de-chaussée mérite surtout d’être mentionné avec éloge. Les pilastres, entablements et chambranles, sont en travertin, et les murs en briques apparentes. Le clocher, placé au-dessus de l'escalier cireu-
laire, est d’un motif agréable ; je regrette de n'avoir pu le représenter.
(1) D’après les rapports qui existent entre ces portes et le tombeau d’Adrien VI, tant pour la nature des matériaux que pour le style des ornements, je ne serais pas éloigné de penser qu'elles ne soient une production du même artiste, de Baldassarre Peruzzi, l'architecte d'Adrien VI. Ce ne serait plus alors l'élévation tout entière qu'on aurait construite en 152», mais seulement les trois portes : il paraît, en effet, très-probable que tous les travaux exécutés à cette époque, dans l’église, furent dirigés par le même architecte. Cette interprétation me semble devoir mettre d'accord les diverses opinions que j'ai relatées ci-dessus.