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Collége de la Sapienza; plan et élévation.

On fait remonter l’origine de cet établissement jusqu’en 1244, sous le pontificat d’Innocent IV ; mais les écoles publiques ne furent instituées dans ce lieu qu’en 1295, sous Boniface VIITL. Clément V, en 1310, et Eugène IV, en 1432, y fondèrent de nouvelles chaires et l’enrichirent de plusieurs dotations. La construction des bâtiments actuels ne remonte guère qu'au commencement du XVI siècle, sous le pontificat de Pie HT et de Jules IT, dont le nom et les armes se voient encore au-dessus des deux croisées du premier étage, du côté de l'entrée. Léon X, à qui l'honneur de cette fondation est attribué, donna, en effet, plus d'extension aux plans primitifs, en adoptant ceux que lui présenta Michel’ Angelo Buonarroti. La mort de ce pape ayant interrompu les travaux, ils ne furent repris qu'en 1575, sous le pontificat de Grégoire XIIT, et lon commenca alors le portique de la cour sur les dessins de Giacomo della Porta. Les constructions continuèrent sous Sixte V; la facade principale, située à l’occident, fut terminée, et le double portique achevé en entier. Clément VIII et Paul V édifièrent les parties latérales au nord et au midi. Urbain VITE, ayant confié la direction des travaux à Borromini, termina la facade septentrionale et bâtit l’église. Innocent X éleva ensuite la coupole; enfin, en 1660, Alexandre VIT mit la dernière main à l'édifice, acheva la décoration intérieure de l’église, la facade orientale vers S. Eustachio, et construisit la grande salle de la bibliothèque.

Ce somptueux édifice, désigné souvent sous le nom d’Archigymnase, est le siége de l’université de Rome. Il est situé entre le Panthéon et la place Navona. Le nom de {a Sapienzælui vient de cette inscription : INITIUM SAPIENTIÆ TIMOR DOMINI, qui est gravée sur la facade. Les papes y ont fondé successivement des chaires où l’on enseigne gratuitement le droit, la théologie, la médecine, l'archéologie, les langues

orientales et les diverses branches des sciences et des lettres. L'école des beaux-arts , dirigée par l’Académie de $S. Luce, a été récemment transportée dans les salles du rez-de-chaussée. Dans les appartements du troisième étage est placée l’école des ingénieurs , créée par Pie VII et organisée par Léon XI. |

La disposition du plan est à la fois simple, commode, et très-convenable pour un établissement de ce genre. Les salles sont belles et spacieuses , les abords faciles, les communications bien établies, enfin, les escaliers parfaitement situés pour desservir les étages supérieurs ; la seule chose qui choque et dépare la noble simplicité du reste, est la forme singulière que Borromini à choisie pour son église. Il a cherché, pour faire allusion aux armes du pape Urbain VITE, à reproduire dans son plan la figure d’une abeille; idée puérile et ridicule qui, à l'intérieur, a donné naissance à une foule de combinaisons bizarres, d'autant moins tolérables, que loin d’être rachetées par d’élégants ajustements, ceux-ci sont, au contraire, du gout le plus capricieux. Cette église est dédiée aux saints Luc l’évangéliste, Léon le Grand, et Yves, l'avocat des pauvres.

La facade principale , que construisit Giacomo della Porta, offre un ensemble d’un aspect simple et sévère, très-convenable pour un monument destiné à l'étude. Le grand mur lisse du rez-de-chaussée. contribue à lui donner ce caractère de tranquillité qui rend cette facade si remarquable. Les étages y sont dans un heureux rapport, la porte et les croisées d’une belle masse, la corniche et les bandeaux d’un bon effet. A l'extrémité, sur la gauche, existe un clocher peu impor-

tant, et que, pour cette raison, nous n'avons pas cru devoir indiquer. PLANCHE 71.

Collége de la Sapienza; portions de l'élévation et de la coupe.

On retrouve ici les parties principales de la facade, savoir, Vangle vi, 56

et le milieu de cette façade mis à l'échelle ordinaire des élévations.

VIIL, 20

À l’aide de ces dessins, on pourra non-seulement connaître les mesures les plus essentielles, mais encore juger assez bien du caractère des moulures, lesquelles se font plutôt remarquer par l'excellent rapport de leur masse que par la délicatesse de leurs profils. Nous devons faire observer qu'ici vue isolément, la porte d'entrée paraît trèslourde, tandis que sur l’ensemble de la façade, sur le mur lisse qu'elle seule décore, elle produit un excellent effet. C’est ainsi que les détails doivent varier de proportion suivant les circonstances et se modifier de manière qu'ils contribuent à donner toujours à l'édifice qu'ils décorent un caractère conforme à sa destination.

La coupe transversale, dont une moitié est représentée sur cette même feuille, reproduit à l'œil, d’une manière exacte, la proportion des ordres et des arcades, et fait de plus connaître les moulures et les mesures principales. Nous parlerons plus amplement de cette cour à l’occasion de la planche suivante.

Collége de la Sapienza ; coupe et vue de la cour.

L'effet de la cour de la Sapienza peut très-bien s’apprécier d’après notre perspective qui en donne une idée assez complète. Le parti général de cette cour mérite d’être cité avec éloge, et l’on doit approuver particulièrement la retraite de la largeur du portique pratiquée adroitement au deuxième étage sur les deux parties latérales. Par suite de cette disposition, non-seulement la cour semble agrandie, mais il en résulte un mouvement dans les lignes d'architecture qui ajoute à cette cour un aspect pittoresque. Les ordres et les arcades sont entre eux dans une excellente proportion et bien en harmonie avec l’ensemble. Quant aux détails, on en jugera beaucoup mieux en consultant la figure de la page précédente. Ils sont bien entendus comme effet, mais ils ne se recommandent ni par leur finesse, ni par

leur correction. Giacomo della Porta , qui a élevé ce double portique,

architecte d'un talent fécond , s’est plutôt fait remarquer par le grandiose de ses compositions que par la grâce de leurs détails, et, sous ce rapport, il ne semblait nullement appartenir à l’école de Vignole, dont il fut pourtant l'élève le plus distingué. Au dernier étage, cette œuvre malheureuse de Borromini, on ne trouve que d’assez pauvres ajustements. Cet étage paraît trop élevé comparativement à ceux qui le supportent. Au reste, ce défaut est dissimulé sur les deux ailes de la cour par la saillie du portique.

Nous nous sommes abstenu, dans la coupe longitudinale, de faire connaître l'intérieur de l’église à cause des combinaisons et des ajustements de mauvais goût qui y règnent ; et c'est pour un motifsemblable que nous avons évité, dans la vue perspective de la cour, d'offrir aux yeux la facade de l’église, dont le dôme est surmonté d’une lanterne se terminant en spirale : chef-d'œuvre d’extravagance, production d’une imagination en délire, où la bizarrerie des détails rivalise de ridicule avec la conception générale! Il faut autant que possible voiler de tels objets et se garder d’en offenser la vue (1).

Plan du palais di Venezia et de l'église de S. Marco.

L'église de S. Marco fut fondée en 336, sous le règne de Constantin, par le pontife romain saint Marc I", qui la dédia à saint Mare l’évangéliste. Elle fut réparée vers l'an 772, par Adrien [*, et restaurée en entier environ l'an 833, par Grégoire IV, auquel on doit les mosaïques de la tribune; enfin, vers l'an 1468, le pape Paul II y fit faire des réparations très-importantes sous la direction de Giuliano da Majano. Cet architecte en éleva la facade et construisit l'immense palais adjacent. Une restauration plus moderne a été faite à l'église

par l'architecte Orazio Turriani.

(1) Milzia, en pareille circonstance, se sert d’une expression aussi originale qu’énergique , lorsqu'il dit : avvelena la vista, elle empoisonne la vue.

Depuis Paul IT, le palais servit d'habitation d'été aux pontifes ses successeurs jusqu'à Pie IV, qui le donna à la république de Venise pour y loger ses ambassadeurs. Depuis la réunion de Venise à l'Empire, il sert de résidence aux ambassadeurs d'Autriche.

Le palais contigu , que J'ai désigné sous le nom de petit palais di l’enezia, n'a été mentionné d’une manière particulière dans aucune description de Rome, et tous les auteurs attribuent, sans distinction, la construction des deux palais à Giuliano da Majano. Cependant il + a une différence si marquée dans le style de leur architecture, et même dans leur physionomie, que cette différence frappe de prime abord.

La manière extraordinaire dont ils sont liés entre eux démontre, d'ailleurs, jusqu'à l'évidence, qu'ils n’ont été ni concus, ni exécutés d'un seul jet. De plus, nous ferons observer que le petit palais ne se compose, pour ainsi dire, que d'un portique intérieur à double étage, servant seulement à entourer un Jardin, et revêtu à l'extérieur d’une facade; du reste, aucune distribution intérieure propre à en rendre l'habitation possible: il n'y à même aucune entrée directe. Comment expliquer cette singulière construction, si ce n’est en la considérant comme une dépendance du premier palais, et en supposant qu'elle fut entreprise pour procurer une promenade ou bien une communication avec le Capitole, au moyen d’un pont jeté au-dessus de la rue S. Marco? On retrouve, en effet, la mème intention au Vatican, la demeure actuelle des papes, dans cette galerie destinée à le faire communiquer avec le fort Saint-Ange, où, en cas de surprise et d'attaque subite, ils peuvent trouver un asile assuré.

Ainsi, il paraît non-seulement prouvé que le petit palais di Venezia est d'une construction postérieure au grand édifice, mais tout porte à croire que Sixte IV, successeur de Paul IT, fut le continuateur des travaux; du moins il est évident pour nous qu'ils ont été dirigés par son architecte, Baccio Pintelli, en qui le pontife, suivant Vasari, avait toute

confiance, et qu'il consultait en toute occasion. Le style de ce maître

s'y reconnaît tout de suite; si l’on en doutait, il suffirait, pour s'en convaincre , de comparer l'intérieur de la cour du petit palais avec la facade de l’église de’ SS. Apostoli, œuvre bien authentique de Baccio Pintelli, et l’on y trouverait l'identité la plus complète : même système d’arcades, supportées, au rez-de-chaussée, par des pieds-droits à pans coupés, et au premier étage, par des colonnes; mêmes chapiteaux, mêmes consoles entre les archivoltes; enfin les corniches profilées de la même manière.

Venons maintenant à l'examen détaillé de l'édifice. L'église est, dans le plan, la partie qui offre le plus d'intérêt; elle est enclavée avec talent dans le palais; la disposition en est bonne et les accès faciles. L'entrée principale existe sous le portique de la facade, que nous avons déja mentionné comme étant l'œuvre de Giuliano da Majano. Les entrées latérales se prennent, l'une sous le portique de la cour, et l’autre au fond d'un des vestibules du palais. Le sol actuel est au-dessous de celui de la voie publique : peut-être est-ce le sol antique, celui enfin de l’église primitive, à laquelle il fallait sans doute monter, dans le principe, tandis que, pour y arriver, il faut maintenant descendre plusieurs degrés. Les colonnes de la nef sont en marbre diapré de Sicile, et les pieds-droits revêtus d’un marbre blane veiné.

Nous avons jugé à propos de signaler par une teinte plus pale cette partie du grand palais transformée en petites habitations. Les nombreux changements qu'elle a subis ne permettent que difficilement, aujourd'hui, d'en reconnaître l'état primitif. Un simple trait indique de même la suite présumée du portique et la masse des bâtiments dont

la cour devait être environnée.

Palais di Venezia; élévations et coupes.

On trouve réunies, sur cette seule planche, les facades principales 1x,

et les coupes sur les deux cours du grand et du petit palais. Nous

nous occuperons d’abord du premier de ces édifices. Son élévation étonne moins encore par la grandeur de sa masse que par le caractère imposant qu'on a su lui imprimer. Tout, en effet, et divisions d’étages, et détails, a été calculé de manière à obtenir du grandiose, et avec l'intention d'augmenter à l'œil des dimensions déjà considérables par elles-mêmes. La hauteur du soubassement qui domine les autres étages, et surtout ce couronnement énorme, cette corniche si mäle et si fière, avec ses consoles saillantes surmontées de créneaux, contribuent sinsulicrement à donner à l’ensemble un aspect imposant et formidable.

Toute cette facade est construite en moellons recouverts d’un enduit de pouzzolane de couleur grise. La corniche, les bandeaux et les eroisées du rez-de-chaussée sont en travertin; la porte d'entrée et les croisées du premier et du deuxième étage sont seules exécutées en marbre blanc.

La cour du grand palais est restée inachevée, mais le fragment qui existe suffit pour donner une idée avantageuse de l’ensemble s’il eût été complété. La longueur trop considérable des colonnes engagées du rez-de-chaussée, l’inconvenance du rapprochement du corinthien et du dorique, donné comme support immédiat au premier ordre, et quelques impuretés dans les profils, ne manqueront pas de provoquer la critique ; mais, pour être Juste envers Giuliano, on ne doit pas oublier qu'il a été l’un des précurseurs de l’art, et reconnaître en même temps que les arcades et les deux étages sont d’une heureuse proportion, que la masse des moulures est d’un bon rapport, enfin que, sans augmenter la dimension et la richesse de la corniche de couronnement, ilest parvenu, à l’aide d’une adroite combinaison, à lui donner plus de valeur et d'importance, et cela, en profilant la corniche du rez-de-chaussée au-dessus de chaque colonne. Cet heureux motif semble lier davantage les deux ordres entre eux, et décèle, dans l'artiste qui l'a imaginé, une grande intelligence des effets de perspective.

Quelques auteurs ont avancé, mais sans pouvoir l'affirmer, que ce

palais, ainsi que plusieurs autres de la même ville, avaient été cons-

truits des débris du Colisée; leurs doutes à cet égard ne sont même pas éclaircis de nos jours (1); mais, ce qui paraît plus certain, c'est que le célèbre amphithéâtre dut servir d'étude à Giuliano. Les analogies de plus d’un genre qu'on retrouve entre l'architecture de cette cour et celle du Colisée en sont la preuve.

Les larges voûtes des portiques, surtout celle du premier étage, dont le diamètre est d'environ 6", 50, sembleront peut-être faiblement contre-butées. Cette crainte serait fondée, si la voûte n’était de peu d'épaisseur et même établie en mortier de pouzzolane, conséquemment avec une extrême légèreté. D'ailleurs les pieds-droits, sur lesquels cette voûte repose, étant construits en blocs de travertin . présentent, par leur poids seul, une assez forte résistance à la poussée.

Plusieurs salles de cé palais ont de quoi surprendre par leur immense étendue en tous sens. Sous ce rapport, la pièce à l’angle de la place et celle qui la précède sont l’une et l’autre à citer.

L’élévation du petit palais porte le caractère d’un monument d’architecture militaire; pour les édifices de ce genre, pour un arsenal, par exemple, ce serait, sinon un modèle, du moins comme un type précieux qu'on pourrait appliquer avec succes.

Les étages de cette facade sont bien divisés, les arcades d’une bonne proportion, les profils pleins de convenance et de finesse, enfin le

motif des arceaux et des créneaux d’un rapport parfait avec l’ensemble.

(1) On ne peut rejeter complétement la tradition populaire sur les dégradations commises au Colisée: mais s’il est probable qué les énormes blocs de travertin, formant dans lorigine toute la partie méridionale du grand amphithéâtre, ont été employés dans la construction des monuments modernes , il est néanmoins douteux qu'ils en aient été arrachés violemment, et qu’on ait ainsi dégradé comme à plaisir le majestueux et vénérable édifice. Cette dévastation me parait d'autant moins croyable, que généralement les papes, depuis le milieu du XV° siècle, ne se montrèrent pas moins conservateurs zélés des antiquités qu'amis et protecteurs des lettres. Tout fait donc présumer qu’on se sera borné à enlever les débris gisant à terre, où seulement les pierres qui n’étaient plus qu'imparfaitement liées à l'édifice. Et comment d'ailleurs pourrait-on expliquer cette profanation de la part des grands architectes qui ont employé ces matériaux, lorsqu'on sait que, pleins d’admiration pour les chefs-d'œuvre antiques, ils ne cessaient de les étudier ?

La cour est carrée et entourée d’un portique à double étage; de mème que la facade , elle est traitée dans un style sévère, qui ne manque pas d'agrément, et lui donne une physionomie particulière. Les arcades, lescolonnes, les pieds-droits à pans coupés, sont dans des proportions mäles et courtes, mais en harmonie dans les deux étages ; les corniches sont d'une hauteur et d’une saillie très-prononcée; en un mot, l’on retrouve partout l'empreinte de la force et de la fermeté, caractérisée encore par cette ligne de créneaux qui se découpe sur le ciel d’une manière si

pittoresque.

Palais di Venezia; partie de l'élévation et de la coupe du grand

palais.

Nous reproduisons 1c1, sur une échelle plus grande, une portion de l'élévation et de la coupe du grand palais, dont nous venons de présenter les ensembles. A l’aide de ces nouveaux dessins, on pourra beaucoup mieux juger du style de l'architecture de cette partie importante du monument, et apprécier l'exactitude des jugements que

nous avons portés.

Palais di Venezia ; détails de l'élévation du grand palais.

Les détails de l'élévation étant bien assortis au caractère de la facade, et dignes d’ailleurs d’être connus, nous avons jugé à propos de leur consacrer une planche. Nous signalons plus particulièrement à l’attention la corniche de couronnement, la croisée du premier étage, dont les profils sont parfaitement bien entendus, et surtout cette belle porte du même étage, non moins remarquable pour la grâce et la

richesse de ses ajustements, que pour la délicatesse de son exécution.

Palais di Venezia; partie de l'élévation et de la coupe du petit palais.

Nous renvoyons, pour cette planche, aux observations que nous 1x, % avons déjà faites, sur le petit palais, à la fin de notre article, sur la planche 74 : l'échelle étant ici plus grande, on pourra juger beaucoup

mieux de la justesse de nos remarques.

Palais di Venezia ; vues du grand et du petit palais et de l’église

S. Marco.

Ces deux perspectives contribueront à donner une idée exacte et 1x 5) complète de l'aspect extraordinaire de ce noble et majestueux édifice. La première fait connaître la facade de l’église S. Marco et l'effet sévère et pittoresque du petit palais. La seconde indique, non-seulement la jonction des deux palais, mais fait comprendre tout ce que le plus grand a d'imposant et de gigantesque; ce qu'un dessin géométral ne pouvait rendre que d’une manière imparfaite.

En donnant beaucoup d’étendue à nos observations sur ce monument , notre but a été d'appeler l'attention sur cette œuvre si remarquable du milieu du xv° siècle, et d'engager le lecteur à en faire une

étude approfondie.

Palais della Cancellaria ; plan et élévation.

Ce palais, l'an des plus-beaux et des plus magnifiques qu'il y ait \ à Rome, est situé entre la place Navona et la place Farnèse. Depuis Clément VIT, il sert d'habitation au cardinal vice-chancelier, et de résidence à la Chancellerie apostolique. En 1435, le cardinal Ludovico

Mezzarota de Padoue y fit faire des réparations; mais, d’après l’inscription gravée sur la frise du premier étage de la facade, le cardinal Raphaël Riario de Savone, neveu de Sixte IV, et enrichi par lui, le fit rebâtir à ses frais, à partir des fondations. Bramante Lazzari fut chargé de cette vaste construction (1).

On croit communément que la majeure partie de cet édifice fut construite avec les débris du Colisée (2), de l’are de Gordien et de bains antiques existant dans la villa Ceretta, habitation située à l’est des thermes de Dioclétien.

En considérant l’ensemble de ce plan, on découvre de suite que

l'architecte eut à surmonter trois difficultés majeures; il lui fallut :

(1) Ici se présentent plusieurs difficultés à l'égard du célèbre architecte : nous les avons examinées avec le plus grand soin sans pouvoir arriver, selon nous, à une conclusion bien satisfaisante.

Suivant Vasari et d’autres biographes , Bramante, après avoir exécuté de nombreuses constructions dans la Romagne et dans le Milanais, ne vint à Rome qu'en 1600. Il s’y livra d’abord avec ardeur à l'étude des monuments antiques et poussa ses recherches et ses excursions jusqu'à Naples. Cependant linscription de la Chancellerie, édifice qu’on ne pourrait contester à Bramante, porte la date de 1495; c’est-à-dire, fixe une époque antérieure de cinq années à l’arrivée de cet architecte à Rome : d’où il faudrait conclure qu'il n'eut pas, dès l’origine, la direction des travaux, et admettre , avec Pietro Ferrerio, la date de 1512, laquelle serait alors celle de l'achèvement du palais.

Vasari prétend encore que le cloître de S. M. della pace fut à Rome son premier ouvrage et fit sa réputation : or, d’après l’inscription, ce cloître fut bâti en 1504, la même année qu’une autre construction très-considérable, celle du palais Géraud. Enfin, ce qui est encore plus en opposition avec le dire de Vasari, c’est la date du petit temple de $. Pietro ir Montorio, bâti en 102, et celle de 1500, qu’on lit sur une frise de la maison Ficolo del governo vecchio. (Voyez pl. 13.)

Malgré l'admiration que nous professons pour Bramante, et tout en admettant l’extrème fécondité de son génie et son activité bien reconnue, nous doutons qu'il ait pu exécuter tant de belles choses en moins de dix années, où même de quatorze, puisqu'il mourut en 1514. Il est également peu croyable que, deux ans après la construction du cloître de $. M. della pace, il ait acquis en aussi peu de temps assez de crédit et de renom, pour mériter qu’en 1506, Jules IT lui confiât une entreprise aussi immense que la construction de la basilique de Saint-Pierre. D’après toutes ces considérations, je serais donc porté à croire que son arrivée à Rome est antérieure à l'an 1500.

(2) Voyez nos précédentes observations sur le Colisée, dans la note du bas de la page 219

ET CRITIQUES. 223 1° Assujettir ses constructions au périmètre irrégulier du terrain. »0 Élever une église sur un lieu déjà consacré, avec l'obligation probable d'utiliser d'anciens murs. |

3° Enfin, procurer de nombreux bureaux à l'usage de la chambre apostolique, en sachant conserver à l'édifice un grand caractère, malgré toutes les petites divisions exigées par un tel programme : or, toutes ces conditions sont ici remplies sans qu'on s’aperçoive des efforts qu'elles ont dù coûter. L'entrée du palais est commode, la cour d'une ordonnance simple, noble et régulière, les portiques spacieux, l'escalier principal bien accusé, enfin la communication avec l’église, facile et directe. La petite cour, dont l’entrée particulière existe sur une façade latérale, procure en même temps, avec la grande cour et le jardin, une communication utile, et satisfait ainsi à une foule de besoins.

Après avoir donné, sur une petite échelle, "le plan général de l’église, du palais et du jardin, j'ai cru devoir reproduire sur l'échelle ordinaire la partie la plus intéressante du plan, celle qui comprend

la facade et la cour, et doit faire l’objet des planches suivantes.

La façade, qui est d’une composition si sage, d’un caractère si noble, offre à la fois de belles lignes, des divisions heureuses, et une foule de riches détails. Elle est empreinte au plus haut degré, de la manière du Bramante , et pourrait en être considérée comme le type véritable. Il est à regretter que Vignole et Domenico Fontana, chargés d’exécuter des travaux dans ce palais, n'aient pas conservé dans les ad- Jonctions peu importantes qu’ils ont eues à faire à l'élévation, le style et le caractère du maître dont ils complétaient le chef-d'œuvre. S'ils ne jugeaient pas à propos de suivre exactement les dessins de Bramante , ils devaient, au moins, imaginer des détails plus en harmonie avec l’ensemble.

Les avant-corps qu’on distingue aux extrémités de la facade furent,

à cette époque, un exemple fort rare encore, d’une pratique dont

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