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on à fait depuis un usage si fréquent et si abusif, mais qui trouve ici une application raisonnable. Ces avant-corps prononcent davantage les angles et semblent leur donner plus de force. Leur saillie, quoique peu considérable, suffit pour rompre les lignes déjà trop étendues de la façade. Celle-ci est entièrement construite en travertin, à l'exception des croisées du premier étage et des colonnes de la porte
d'entrée. Les unes comme les autres sont exécutées en marbre.
Palais della Cancellaria; parties principales de l'élévation.
Comme cette planche ne pouvait contenir la facade entière, mise à l'échelle ordinaire des élévations, il a fallu, pour donner une idée bien arrêtée de cette facade, se borner à en représenter les parties principales, savoir : l’un des avant-corps, et les deux sections comprenant d’une part la porte d’entrée du palais, et de l’autre célle de l’église. On pourra done, au moyen de ces portions de façades, nonseulement connaître les mesures ou cotes , mais juger beaucoup mieux que sur le petit ensemble de la planche précédente, du rapport des étages, de la proportion des ordres et des croisées, enfin de l'effet relatif des profils et des ornements.
La porte de l’église fut construite par Vignole, et se voit, pl. 83, avec tous ses détails. La porte du palais n'étant pas d’un goût trèspur, ne méritait pas, comme celle de l’église, d’être reproduite avec ses détails. Elle fut établie sous la direction de Domenico Fontana, lorsque le cardinal Alessandro Montalto , neveu de Sixte V, fut nommé
vice-chancelier.
Palais della Cancellaria ; détails de l'élévation.
Tous les détails du deuxième étage, et ceux du premier, à lex-
ET CRITIQUES. Die
ception de la croisée, sont réunis sur cette planche. Ils sont recommandables autant par la délicatesse et la fermeté des profils que par l'excellente combinaison et le juste rapport des moulures. La corniche de couronnement, répétée dans la cour du mème palais, se retrouve, ainsi que les chapiteaux composites, dans plusieurs autres productions de Bramante, et notamment aux palais Giraud et Doria. Ces chapiteaux sont du genre de ceux qu'on recherchait beaucoup à cette époque où l’on aimait surtout la variété. Ils semblent inspirés de chapiteaux antiques dont il existe d'assez nombreux exemples ; Bramante, en les adoptant, a fait preuve de discernement et de goût; ils s’harmonisent parfaitement avec l'élégance des croisées et les autres détails, et la nature même de leur ajustement fait qu'ils conservent de la valeur et produisent encore de l'effet à des hauteurs même assez considérables.
Palais della Cancellaria ; suite des détails de l'élévation, croisée du premier étage.
Rien de plus élégant que les détails de ces belles croisées; elles sont vi, 3. en marbre blanc et exécutées avec le plus grand soin. Les arabesques,
dont le füt des pilastres est décoré, sont d’une finesse et d’une variété
qui enchantent. Le balcon n'existe qu'à la seule croisée du pan-coupé ; quoique déjà très-remarquable par la richesse de ses sculptures, il
l’est encore davantage pour le bon goût de son ajustement, l'heureuse combinaison des consoles avee les panneaux, et la grâce de ses
ingénieuses arabesques. :
Palais della Cancellaria ; suite des détails de l'élévation.
Tous les détails du rez-de-chaussée sont rassemblés sur cette plan- vw, 3
EE
che. Il faut y remarquer la convenance parfaite du profil des moulures servant à diviser la hauteur du rez-de-chaussée, et la noble simplicité du soubassement. Quant à la porte de l’église S. Lorenzo in Damazo, ce fut le cardinal Alexandre Farnèse, neveu de Paul IT, qui la fit exécuter sur les dessins de Vignole. La pureté de ses profils, la forme heureuse de ses consoles, et l’ajustement du soffite du larmier,
la font regarder, à juste titre, comme un des beaux modèles qu'on
puisse offrir en ce genre.
Palais della Cancellaria; vues de la cour et de l'entrée de l'escalier.
On peut déjà, d’après la plus importante de ces deux vues, apprécier l'architecture de la cour de la Chancellerie : cette architecture est à la fois noble, élégante et pittoresque. Les effets de perspective y ont été calculés de la manière la plus brillante. Ainsi, tandis qu'on apercoit sous les portiques une foule de lignes qui se croisent, l’œil suit en même temps avec complaisance, sur les façades, le cours régulier et calme des longues lignes horizontales des corniches. Ce contraste, en donnant beaucoup de charme à l’ensemble, détruit en outre toute idée de confusion et de désordre.
La notice sur la planche suivante nous fournira l’occasion de parler plus en détail de cette cour si généralement et si Justement admirée.
La petite vue prise en face de l'escalier sert à la fois à faire connaître le vestibule, l’arrangement particulier des voutes sous le premier portique ; enfin, l'entrée de l'escalier. Cette vue devenait indis-
pensable pour donner une idée complète du rez-de-chaussée.
Palais della Cancellaria ; coupe sur la cour.
Lorsqu'on pénètre dans cette belle cour, si l’on est frappé de la
magnificence rare de ses portiques, et de l’heureux rapport des étages, on n’est pas moins charmé de trouver dans l’ensemble une admirable harmonie. L'habile architecte ayant à sa disposition les colonnes de l’ancienne basilique de S. Lorenzo in Damazo, démolie lors de la reconstruction du palais, lesquelles, dit-on, appartenaient antérieurement au portique de Pompée, situé à peu de distance de cette église, sut distribuer ces riches dépouilles autour de sa cour nouvelle, de manière à en former un portique à double étage. Cette première disposition seule proeurait déjà de brillants effets; mais la tache était loin d’être remplie, puisque des besoins nombreux restaient à satisfaire : il fallait établir des bureaux, créer des appartements d'habitation, élever même de nouveaux étages, et, comme les matériaux tout faconnés vinrent à manquer, on dut recourir au travertin pour remplacer le marbre aux étages supérieurs : alors des pilastres placés au-dessus des colonnes en continuèrent les lignes verticales, et pour que le motif en fut mieux senti, un mur de briques d'un bel appareil servit à les détacher : heureuse combinaison de matériaux où se montrent toutes les ressources, toute la fécondité du génie, qui sait, à l’occasion, dissimuler les difficultés qu'il avait à vaincre et jusqu'à la pauvreté de ses moyens d'exécution !
Pour fortifier les angles, dont la solidité contribue tant à la durée des édifices, l'architecte a judicieusement préféré des pieds-droits aux colonnes, qui sont des supports en général un peu grèles, insuffisants même dans certains cas; ce parti offre, en outre, l'avantage non-seulement de satisfaire l'œil, en articulant mieux les angles de la cour, mais de permettre en même temps aux archivoltes d'achever leur course circulaire sans se confondre l’une dans l’autre.
Nous remarquons ici, comme dans la plupart des œuvres du Bramante, que les croisées des étages supérieurs décroissent d’une manière très-sensible. Cette méthode, il est vrai, n’a rien que de conforme aux lois de la raison, puisqu'à l'intérieur d’une habitation dominée par d’autres, l'intensité de la lumière doit augmenter à
298 NOTICES HISTORIQUES mesure qu'on s'élève davantage au-dessus du sol. Cependant, comme la diminution des croisées n’est pas ici dans une proportion graduée, mais, au contraire, dans un rapport beaucoup plus considérable, il faut croire qu'en placant de petites ouvertures à de grandes hauteurs, ce fut de la part de l'artiste un calcul fait en vue d'augmenter par des contrastes le grandiose et l'effet de ses masses. Cette pratique, d'ailleurs, trouvait plus aisément une excuse dans l’heureux climat
où il exercait son art.
Palais della Cancellaria ; détails de la cour.
Tous les détails du deuxième étage et une partie de ceux du premier ont été réunis sur cette planche. On observe dans la composition de ces détails le même gout, la même recherche, que dans ceux de la facade ; et la sculpture y est traitée avec le même soin. Les chapiteaux du premier étage sont surtout remarquables par la grâce de leur ajustement. Bramante a du les composer de manière à procurer une hauteur suffisante aux belles colonnes en granit dont il avait à trouver l'emploi.
La grandeur de l'échelle à permis d'indiquer ici l'appareil du mur de briques du deuxième étage, lequel, comme on peut en juger,
produit en exécution un très-bon effet.
Palais della Cancellaria; suite des détails de la cour.
Sur la partie gauche de cette page, se voit la suite des détails du premier étage; on y distingue principalement une belle porte surmontée d’une mezzanine. Ce motif de porte est reproduit souvent dans
les œuvres de Vignole, mais cet architecte a été rarement aussi heu-
reux qu'en cette circonstance.
Tous les détails du rez-de-chaussée sont compris dans le cadre à droite de la même page : plus simples et plus sévères que ceux des étages supérieurs, ils sont traités dans le même caractère, et suivant le même principe , de sorte que partout règne l'unité la plus parfaite.
Les colonnes et les pieds-droits des portiques sont en granit rouge, mais les chapiteaux et les bases ont été exécutés en marbre blane, ainsi que les médaillons entre les archivoltes et les cadres des armoiries. Pour les pilastres, corniches, archivoltes et chambranles, on à employé le travertin. Le mur du dernier étage, sur lequel se déta-
chent les pilastres et les croisées, est seul en briques appareillées.
Palais della Cancellaria ; suite des détails de la cour.
Ces portes ont été comprises dans les détails de la cour, parce vi, s3 qu'elles se trouvent sous le portique ou sur le palier du premier étage. Toutes les trois sont en marbre blanc et exécutées avec beau-
coup de soin et de délicatesse.
Palais della Cancellaria; peinture de la voüte d'une des salles
du prernuer étage.
Nous lisons dans Vasari qu'il travailla, ainsi que Baldassarre Peruzzi, vr, 23 aux peintures des salles de la Chancellerie. Celles que nous avons représentées sur cette planche ne peuvent être attribuées à Vasari ; c’est du moins l'opinion d'un grand artiste (1) qui à fait une étude approfondie de la manière et du style des maîtres italiens. Cette conception est d’un style si pur et si élevé, elle décèle d’ailleurs une
connaissance si juste et si savante de la manière antique, que ce n’est
(3) M. Ingres.
qu'en Peruzzi, et en lui seul, qu'on pouvait rencontrer réunis, le savoir et les talents que dénote un tel ouvrage. Peut-être avoueraiton que la composition en est un peu confuse, mais en reconnaissant , du moins, qu'elle abonde en charmants détails, et que les ornements du meilleur goût, les ajustements les plus gracieux, y ont été répandus à profusion. Les tableaux qui enrichissent les divers compartiments sont généralement bien composés : quelques-uns sont traités dans le style de Raphaël, et cette ressemblance les lui à fait attribuer. Ces peintures ont été malheureusement fort maltraitées par le temps; plusieurs parties même, ne se distinguant qu'avec peine, j'ai été obligé de prendre ailleurs l’un des tableaux , celui de la recon-
naissance de Joseph par ses frères (Tr).
Palais della Cancellaria ; vues des deux cours.
Pour donner une idée tout à fait complète de la cour, il nous à paru nécessaire d’en faire connaître l'effet, lorsque le point de vue est reporté au premier étage. La cour, considérée à cette hauteur, prend un aspect moins sévère et devient plus pittoresque.
La perspective qui se voit au haut de la même page, indique la décoration de la petite cour et l'entrée du jardin.
Église et cloitre de S. Salvatore in Lauro.
Cette église et le monastère adjacent furent fondés par Latino
Orsino, fait cardinal l'an 1450. Ce prélat appela de Venise des chanoines de Saint-George in Alga, destinés à desservir l’église : celle- (1) J'ai revu ces fresques en 1831, lorsqu'on était occupé à les restaurer. La voûte de la
salle, et toute la façade du palais donnant sur le jardin, offraient de nombreuses crevasses ; on avait senti l'urgence d'une reprise générale, et l'architecte, M. Valadier, l'exécutait alors.
el ayant été en partie détruite par un incendie, les religieux la firent restaurer par Ottavio Mascherino. L'ordre de ces religieux ayant été supprimé, l’église et le couvent, l’an 1670, furent concédés par Clément X à la province des Marches. Les confratelli, où membres de la confrérie, attachés à l’église, construisirent alors l’oratoire pour leur propre usage, et y fondèrent le collége, où, pendant cinq ans, sont élevés gratuitement douze enfants, dont la majeure partie doit être de la province des Marches ; les autres ne sont admis qu'autant qu'ils sont Romains.
Le cloître est d’un agréable effet; son architecture a quelque rapport avec celle des cloîtres de la Toscane, comme on en pourra juger d’après la coupe. Le plan général, représenté sur la même planche,
donne de même une idée de l’ensemble de l’église et du monastère.
Hôpital de” Genovest.
Mario Duce Cigala, noble génois, fit construire l’église S. Giovanni Battista de’ Genovesi et l'hôpital qui en dépend. Il assigna une dotation à cet hôpital, afin qu'on püt y recevoir et y soigner, en cas de maladie, les marins ses compatriotes durant leur séjour à Rome. Depuis sa fondation, l’église a subi diverses restaurations, mais la cour de l'hôpital est restée intacte. L'architecture de celle-ci se distingue par sa convenance autant que par son extrême simplicité. D’après le caractère qu’elle porte, on juge qu'elle appartient au milieu ou à la fin du xv' siècle. Je crois y reconnaître la manière de Baccio Pintelli, et n'ai même que peu de doutes à cet égard. [Il est vrai qu'on n’a d'autre autorité à citer à l'appui de cette opinion que le témoignage assez vague de Vasari, qui, après avoir avancé, dans la vie de Baecio Pintelli, que cet architecte construisit à Rome une infinité d’églises,se borne à en désigner un petit nombre. Nous savons, toutefois, qu’à la même
époque, Pintelli bâtit un autre hôpital, celui de 5. Spuirito in Sassia,
XIII, 4o.
» Pres 21e
232 NOTICES HISTORIQUES ce qui pourrait autoriser à croire que la direction de celui de’ Genovest lui fut également confiée.
Le plan de la cour de ce dernier édifice étant parfaitement régulier, il nous à paru suffisant d'en indiquer le quart, pour en donner une idée complète. La vue perspective fait juger de l’ensemble, et, d’après les deux portions de coupe, on connaîtra l'angle de la cour,
le puits qui la décore, et jusqu'aux principales mesures.
Maison, via delle Quattro fontane.
Cette petite maison, située à peu de distance du palais Barberini, fut probablement construite comme dépendance de ce palais. La disposition agréable de son plan, le joli motif de la facade sur la cour, et l’arrangement ingénieux du vestibule, nous porteraient à l’attribuer
à Bernini ou à quelque habile architecte de son époque.
Petit palais Corandini, via di Marforio.
Il est situé sur le penchant du Capitole entre les rues di Marforio et di Testa Spaccata. L'escalier qui aboutit à cette rue et fait monter de ce côté au vestibule, procure une seconde entrée à l'habitation. Il est combiné avec adresse. On doit remarquer que la terrasse, se trouvant de plain-pied avec le premier étage, non-seulement donne beaucoup d'agrément à l'appartement dont elle dépend, mais qu'elle
sert en même temps d’abri à l'escalier que nous venons de mentionner.
Elévation d'une maison, piazza Serlupr.
Le caractère sévère qui domine dans cette facade, l'ajustement de la porte d'entrée, le bon effet du couronnement, enfin, l'élégant parti
de la loge supérieure, méritent de fixer l'attention.
Plan du palais Sacchetti, via Giulia.
Quoique ce palais ne soit pas cité comme un des plus considérables de Rome, c’est un de ceux pourtant que les architectes observent avec le plus d'attention, Antonio da Sangallo le construisit pour sa propre habitation, et, travaillant pour lui-même, il put y déployer sans entraves, les théories de son art telles qu'il les comprenait (1). Il ne pouvait, au reste, choisir un site dans des conditions plus favorables. La facade principale est, en effet, établie sur la rue Giulia, à cette époque la plus belle et la plus fréquentée de la ville, et le jardin est situé sur le bord du Tibre, dont les rives pittoresques forment, avec les jolies habitations et la brillante verdure qui couvrent le Janicule, un tableau ravissant, que la vue solennelle du Vatican et de la coupole de Saint-Pierre, s'élevant sur la droite, rend encore plus magnifique et plus imposant. Une demeure qui réunissait tant d’avantages devait être un délicieux séjour pour Sangallo, si bien fait pour apprécier les beautés de l’art associées à celles de la nature.
Après la mort de cet illustre artiste, le palais fut acheté par le eardinal Gio: Pueci di Montepulciano, lequel, ajoutant aux dépenses considérables déjà faites, chargea Nanni Bigio, architecte et sculpteur florentin, élève de Sangallo, de l'achever et de l'agrandir. Devenu successivement la propriété des familles Cevoli et Acquaviva , il passa enfin aux Sacchetti, qui le possèdent encore.
La disposition du plan est simple, mais d’une belle ordonnance ; l'escalier est commode et se présente avec noblesse : il tire un effet pittoresque d’une petite cour qui l'éclaire à mi-étage et à la hauteur du premier palier. Ce même motif a été répété par Sangallo, au palais
Farnèse, et Michel-Ange l’a imité au palais de’ Conversatorti, situé
(1) On remarque dans ce palais les armes du pape Paul HT, qui avait discerné le génie de Sangallo et fait sa fortune. La reconnaissance de l’artiste est heureusement exprimée par cette
inscription : 7ù mihi quodcumque hoc rerum est. 4
sur le Capitole. La loge, ou petit pavillon, bâtie sur les bords du
Tibre, est dans une position délicieuse.
Elévation du palais Sacchett.
v,36 La réputation de cette facade est justifiée par la belle ordonnance de son ensemble, l'excellent rapport de ses étages , l'heureuse répartition du rez-de-chaussée , non moins que par la correction et la beauté de ses détails.
Cependant elle n'est pas, peut-être, à l'abri de toute critique, et l’on pourrait, ce nous semble, reprocher aux croisées du premier étage d’être trop peu importantes comparativement à celles du rezde-chaussée et du deuxième étage. On trouve, en outre, dans les premières, une particularité remarquable. Suivant le précepte de Vitruve, elles vont s’élargissant graduellement de haut en bas. Sangallo qui, pour les croisées et quelques portes du rez-de-chaussée de la cour du palais Farnèse, a usé du mème système, avait trouvé des exemples antiques d'une telle pratique, soit au temple de la Sibylle à Tivoli, soit à celui d'Hercule à Cora.
Toute la façade est construite en briques apparentes : ces briques, suivant l'intention probable de l'architecte, devaient être revêtues d'un enduit. Les bandeaux, la corniche de couronnement, la porte
et les croisées, sont seuls en travertin.
Détails de l'élévation du palais Sacchett.
v,35 On pourrait difficilement offrir de plus beaux modèles de détails tant pour la nature des profils que pour la division des moulures. Ils sont traités dans une manière large et sévère, et peuvent être cités
pour la pureté du style. Nous avons représenté le balcon tel qu'il
existe aujourd’hui au-dessus de la porte d'entrée. Il ne paraît pas, à la vérité, appartenir au premier jet de l’auteur, mais il pourrait bien être une adjonction que le besoin lui aura prescrite plus tard. La composition, au reste, nous en paraît si gracieuse, qu'elle pourrait fort bien, et sans préjudice pour lui, être attribuée à Sangallo, bien qu'avec plus de vraisemblance elle doive être considérée comme
l’œuvre d’un des continuateurs du palais.
Suite des détails de l'élévation du palais Sacchett.
Les détails figurés sur cette planche sont, ainsi que les précédents, v, 36 fort remarquables. La croisée du rez-de-chaussée surtout se distingue par toutes sortes de mérites. Son ensemble est noble et simple, sa proportion heureuse, ses moulures bien entendues, enfin, ses consoles d’une forme et d’un galbe parfaits.
Cour du palais Sacchett.
Nous n'avons consacré qu'une seule planche à la cour, la partie v 3 I L) ?
la moins méritante du palais. Il n’y a même à y distinguer que le rez-de-chaussée et une portion du premier étage, les seules choses qu'on puisse raisonnablement attribuer à Sangallo. Le reste est évidemment l’œuvre d’une autre main, et probablement de son élève Nanni Bigio, lequel, loin d’imiter la correction de son maître, se jeta 810, lEQUEL, » Se J dans les impuretés que Michel-Ange introduisait alors, et dont ses
démêlés avec le grand homme ne purent même le garantir.
XIV, 30
Eglise et couvent de SMaArin Trivio:
Cette église fut fondée par l'illustre Bélisaire, lan 527, sous le règne de Justinien. Grégoire XIII l'ayant depuis concédée à des religieux nommés Croctfert, ceux-ci, vers 1580 , la firent reconstruire, ainsi que le monastère contigu , par Giacomo del Duca. Leur ordre ayant été supprimé par Innocent X, elle passa aux cleres réguliers institués par saint Camille de Lellis pour secourir les malades. On l’appelle aujourd'hui S. M. 77 Trivio, à cause de la proximité de la fontaine de Trevi. Cette église est petite, mais jolie; la facade est d'un motif agréable, l’intérieur très-riche et décoré de peintures assez estimées. Le petit cloître est d’une disposition commode et se lie
bien avec l’église; enfin, l'arrangement du jardin est combiné avec goût.
Église S. Lorenzo in Piscibus.
Ilest vraisemblable que cette église fut ainsi nommée d’un marché aux poissons, qui probablement a existé en cet endroit à une époque éloignée : elle est fort ancienne, de même que les douze belles colonnes de marbre précieux dont la nef est ornée. En 1200, elle dépendait de la basilique de Saint-Pierre. Léon X la concéda ensuite à la confrérie des séculiers de l’église de S. Spirito in Sassia. En 1659, elle fut reconstruite par la famille des Cesi, ducs d’Acquasparta , sous la direction de l'architecte Francesco Massari, et livrée alors aux Pères des écoles pies. Ceux-ci établirent leur noviciat dans les bâtiments de sa dépendance, et une école pour les enfants des habitants du quartier du Trastevere. Sous le pontificat de Clément XIT, on fit quelques augmentations et des embellissements à la façade sur les dessins de Navone. Le plan, que nous avons seul représenté, est recom-
mandable par sa bonne disposition et sa simplicité.
Plan et coupe de la chapelle Ghigi, située dans l’éclise de S. M. del Popolo.
Cette chapelle, la seconde, à gauche, en entrant dans l’église de S. M. del Popolo, fut construite par Agostino Ghigi. Raphaël, chargé de la décoration de cette chapelle, fit les cartons de la coupole, des huit compartiments de l’attique, des quatre ronds des pendentifs et du tableau de l'autel. L'une des quatre statues placées dans les niches qu'on voit aux angles est également attribuée à Raphaël : toutefois l'exécution en appartient à Lorenzetto Lotti, sculpteur habile, qui avait fréquenté l’école du grand peintre d'Urbin.
Malgré l’assertion unanime d’une foule d'auteurs, attribuant tous à Raphaël l'architecture de cette chapelle, je ne pouvais me résoudre à confirmer une opinion hasardée, et à mon avis dénuée de fondement. En effet, je retrouvais partout, dans la composition comme dans les détails, les traces visibles d’études plus sérieuses et plus profondes que celles qu'on pourrait supposer dans Raphaël. Je cherchai alors à établir par des preuves une conviction dont j'étais pénétré. Je me demandai d'abord s'il était probable que Baldassarre Peruzzi, ayant toute la confiance d’Agostino Ghigi, son protecteur et son ami, n'eùt pas été appelé dans cette circonstance; si, comme à la Farnesina, il n’avait pas travaillé de concert avec Raphaël, chaeun d'eux chargé de ce qui avait trait à l’art dans lequel il excellait. Je découvris ensuite des rapports si frappants entre l’ordre corinthien publié par Serlio , observateur constant des préceptes de Peruzzi, son maître, et celui de la chapelle Ghigi, que mes présomptions en acquirent un degré de certitude équivalant pour moi à des preuves. Depuis, j'ai retrouvé dans un seul auteur, dans Lalande, une opinion conforme à la mienne : j'ignore à quelle source 1l l'aura puisée.
Ce qui charme, ce qui enchante surtout dans cette délicieuse chapelle, c’est sa belle disposition et l'heureux rapport de ses diverses
parties. Les détails sont aussi parfaitement étudiés ; ils sont, pour
VE
l'exécution comme pour le choix des ornements, dignes d’être comparés aux ouvrages des anciens. La beauté, la variété et l'harmonie des marbres, le gracieux dessin des compartiments du pavé, et enfin, les peintures mosaïques de la composition de Raphaël lui-même, ajoutent singulièrement au prix de ce petit chef-d'œuvre, lequel ,-chose
bien rare, n'est déparé par aucune tache de mauvais gout.
Détails de la chapelle Glugi.
La correction des profils, l’agréable et savante combinaison des moulures, rendent ces détails extrèmement précieux. L'ordre corinthien, dont l’entablement à tant de rapport avec celui que Serlio indique, mérite d’être remarqué. La décoration de l’arcade de l’entrée de la chapelle est à la fois riche et de bon goût. La division des compartiments de la coupole est dans un très-beau parti, et les peintures mosaïques sont dignes du grand maître qui en dirigea l’exécution; étudiées d’une manière ravissante pour l'effet de l’ensemble, elles sont admirables pour la variété des attitudes et la grâce de l'expression. Enfin, de deux talents aussi bien assortis que ceux de l'architecte et du peintre, devait nécessairement résulter la perfection. Honneur donc à Ghigi, auquel on doit ce chef-d'œuvre, et qui s’est immortalisé lui-même en mélant son nom à celui des deux grands
artistes dont il fut le Mécène!
Maison, prazza Borghese.
Le plan de cette maison est d'une disposition sage et commode : quoique fort simple, eette disposition ne laisse pas de produire plusieurs effets agréables et pittoresques. Le charme qu'on trouve dans
le vestibule peut s'’apprécier à l’aide de la vue perspective que nous en Î q
donnons : bien que ce vestibule soit dépourvu de toute richesse, il plaît néanmoins pour sa forme, pour ses proportions, et parce qu'on y découvre, dès l'entrée, qu'on a songé et pourvu aux principaux besoins. L’escalier est bien situé et se présente tout d’abord et en face. Le passage ménagé dans l’arcade du milieu est d’une grande commodité, Ce motif facilite l'accès des voitures et permet qu'on puisse v monter à couvert. La facade participe de la simplicité du plan : elle à
peu d’ornements ; l'excellent rapport des étages en fait tout le prix (1).
Maison, via delle Coppelle.
Cette habitation a peu d'importance, mais il y a dans son plan
plusieurs bonnes dispositions qui lui donnent de l'agrément.
Maison, via di S. Lucia.
Quelques combinaisons assez heureuses font distinguer le plan de cette petite maison : quoiqu'il n'ait d’ailleurs rien de fort remarquable, il offre pourtant une singularité assez pittoresque dans la disposition de l’escalier, qui rappelle ceux de Naples. Au-dessus de la partie de cet escalier, ponctuée sur le plan, existe une arcade occupant toute la largeur de la cour, et au travers de laquelle on voit les marches s'élever graduellement. La facade est intéressante, et, sous plus d’un rapport, digne d'attention. Les bossages et la porte rustique donnent un caractère de fermeté au rez-de-chaussée, que les chaines de pierre continuent aux autres étages. Ceux-c1 sont ornés de stucs, fort en usage à l’époque où ils furent exécutés; ces stucs sont ici ajustés avec grâce et font un bon effet. Quant aux eroisées de l’en-
tre-sol et du premier étage, elles ont une importance bien graduée :
(1) Cette facade n’ayant été dessinée que pendant mon dernier voyage, ne sera publiée que dans le second volume.
VIIL, près =.
VIP, pres 2;
XIIL, x4
leur proportion comme leurs profils sont très-convenables, On peut dire qu'en général tout, dans cette façade, décèle un maître habile, que toutefois je ne saurais désigner. Je crus d’abord y reconnaitre la manière de Sansovino ; auteur du palais Niccolini, représenté planches 14 et 15, mais un plus mür examen me fit abandonner cette idée. Le nom des papes Jules IIT, Paul IV et Urbain VIIF, gravé sur le bandeau supérieur, indique probablement que cette maison leur servit d'habitation; l'inscription que porte l’autre bandeau , contient le nom du fondateur (1).
Palais dit la Farnesina; plans.
Agostino Ghigi, riche et célèbre banquier du xvi' siecle, connu principalement pour la protection éclairée et les encouragements nombreux qu'il aecorda aux arts, fit construire cette charmante habitation d’après les plans et sous la direction de Baldassarre Peruzzi, et sur l'emplacement occupé jadis par les jardins de l’empereur Geta. La décoration des salles fut ensuite confiée aux peintres les plus has biles, parmi lesquels on distingue surtout Raphaël, Jules Romain, Sébastien del Piombo, Daniel de Volterre, et Annibal Carrache. C'est dans ce lieu enchanteur que Ghigi aimait à recevoir Léon X, divers cardinaux , et les plus illustres personnages de l’époque.
Si rien n'est plus simple que la distribution de ce plan, on doit convenir en même temps qu'elle est parfaitement appropriée à un édifice uniquement consacré au plaisir. Le judicieux architecte a su comprendre que, en cette circonstance ; il fallait savoir tout sacrifier à la
représentation; qu'ici, Sa mission consistait à disposer, soit des gale-
(1) Ce nom était d’abord illisible, mais ayant fait depuis nettoyer la frise, on a pu distinguer linscription suivante :
PETRVS . CRIBELLVS . MEDIOLANEN . SIBI . AC SVIS . A . FVNDAMENTIS. EREXIT
ries, soit de vastes salles propres à des réunions ou à des fêtes, et en même temps susceptibles de recevoir les éclatants et poétiques embellissements de la peinture : le résultat brillant auquel il est arrivé à suffisamment démontré qu’on ne pouvait ni mieux concevoir un pareil programme , ni mieux en remplir les conditions essentielles.
Le plan général donne une idée de la position délicieuse de ce Casin, situé à proximité d’une grande et belle rue, au milieu de jardins agréables, sur les rives pittoresques d’un fleuve, au delà duquel on découvre une partie des édifices de la ville.
Elévation du palais dit la Farnesina.
Cette facade est divisée en trois parties, et ses masses principales, c'est-à-dire les deux avant-corps et le milieu , sont entre elles dans un fort bon rapport. On ne saurait contester que la loge du rez-dechaussée, ouverte par cinq arcades, n’accuse bien l'entrée, et que la décoration de cette facade, si remarquable par sa grâce et son éléwance, ne soit bien assortie à la destination de l'édifice. Cependant, malgré tout le charme et tout le mérite de l’ensemble, on n’a pas laissé de reprocher à Peruzzi plusieurs détails : on a critiqué, sans doute à
tort, la longueur démesurée des ordres; elle serait , en effet, choquante pour des colonnes, mais elle l’est beaucoup moins pour des pilastres. D'ailleurs, ces ordres ne sont pas de véritables doriques, ils ne le sont ni pour la proportion ni pour les profils. Quant à la pesanteur de l'entablement supérieur, qu'on bläme également, ne pourrait-on pas l'excuser en considérant cet entablement moins comme le couronnement du second ordre, que comme celui de l’édifice entier? Après tout, serait-il possible de ne pas remarquer avec quel goût lhabile architecte a su lier à la décoration générale, ces petites croisées de la frise, qui n'y paraissent plus que comme de simples cadres ? Et comment ne pas admirer dans l’ensemble l’heureux rapport