IV-II-PO-MAX SVIS-LIG-ILIBER SCISMATE R-AVÉ EXRC-IEC
XISTI-IIII-NEPO ASSERTIS EXTINCTO RECÉPTO
Recherchons maintenant quel fut l'architecte du cloître et dela eiterne. Ainsi que la plupart des auteurs, nous avons désigné plus haut Giuliano da Sangallo ; Condivi, au contraire, nomme Bramante, qui cependant ne fut architecte de Jules Il-que plusieurs années après son élévation au pontificat. L'avis des premiers nous semble beaucoup mieux établi. Il est fondé d’abord sur ce passage de Vasari : « Jules 11 « lui fit faire le modèle du palais de Saint-Pierre in Vincok (1);» et puis le style de Giuliano s’y reconnaît assez clairement. Celui-ci, au temps du cardinal Jules , répara donc le bâtiment du palais et éleva la citerne. Le cardinal étant devenu pape, les constructions furent continuées par le même architecte, qui bâtit le portique du cloître. Giuliano était le favori du cardinal, et ne perdit jamais la bienveillance du pape; mais il fut cependant supplanté par Bramante dans la confiance de Jules IT, qui, lors de la reconstruction de la basilique de Saint-Pierre, donna la préférence aux projets de Bramante. Giuliano da Sangallo, qui figurait au nombre des concurrents, en fut fort irrité, et quitta Rome de dépit.
On a cité Michel-Ange comme architecte de la eïterne. Cette tradition, dénuée de tout fondement, se débite encore aujourd’hui. Ne sait-on pas que Michel-Ange n’exerca l'architecture que longtemps après la mort de Jules IT? Ce qui a pu accréditer cette croyance au sujet de la citerne, c’est que l'illustre artiste a exécuté de grands travaux de sculpture à l’intérieur de l’église. C’est lui qui a élevé le tom-
(1) « Gl fece fare il modello del palazzo di S. Pietro in Vincula. » (Vie de Giuliano da Sangallo. )
beau de Jules IT, où triomphe la fameuse statue de Moïse, et qu'on voit à droite, à l’extrémité de la nef transversale.
Le plan de l’église est d’une disposition fort simple, et la nef du milieu bien accusée ; quant à l'effet général et aux détails, ils n’ont aucun intérêt, et nous devons nous abstenir d’en parler. Nous mentionnerons seulement les vingt belles colonnes cannelées d'ordre dorique grec, quisont antiques et de marbre mezio (du mont Hymette); mais les deux colonnes corinthiennes à l’extrémité de la nef sont de granit gris. Quelques peintures du Guerchin et du Dominiquin, et la statue de Moïse par Michel-Ange, sont l’ornement le plus précieux de cette église. La sacristie est décorée avec goût, et l’on y remarque, à la voûte, des arabesques gracieuses. Quant à la facade, le portique exécuté par Baccio Pintelli est d’un style grave, et les détails ont de la fermeté ; mais le premier étage, produit d’une époque postérieure, comme le témoignent les profils et l'inscription de la frise des croisées, ne répond nullement au rez-de-chaussée, et même a fait perdre à Fensemble $on caractère religieux. Si Pintelli eût complété son œuvre, il est probable qu'au premier étage il eût élevé un second portique analogue à celui dont il a décoré la façade de l’église de’ SS. Apostoli. (PI. 167.)
Vue et détails du cloître de San Pietro in Vincolr.
Rien de plus simple que l’architecture de ce cloître. Les colonnes du portique et la citerne ont seules quelque richesse. Les arcades ont de l’ampleur, et l’ensemble de la cour porte un caractère pittoresque toujours désirable dans une habitation destinée à des solitaires. La citerne et la petite fontaine décorée de l'abeille qui caractérise les armes des Barberini, contribuent l’une et l’autre à donner du charme et de la variété à cette enceinte, qui manque de plantations et d'ombrages.
Les détails réunis au haut de la planche sont à consulter pour leur
précision, l'exactitude de leurs proportions, et parce qu'enfin ils sont A2
ni
accompagnés de mesures. Ces divers motifs les recommandent à l’attention de l’architecte.
On remarque, dans les corridors du premier étage, divers détails qui portent un certain cachet d'originalité : ainsi, au devant des croisées, des bancs de pierre sont supportés par des balustres d’une forme primitive, et, sous les poutres des planchers, sont posées des consoles en pierre servant de corbeaux. Ces particularités doivent être notées et étudiées avec soin : car elles peuvent servir à caractériser, soit un maître, soit une époque, et aider souvent à donner l’âge d’un monu-
ment et à en faire connaître l’auteur.
Citerne du clottre de San Pietro in Vincoli.
Pour compléter notre travail et nos renseignements sur ce cloître, nous donnons ici une vue séparée de la citerne. Notre dessin fera juger de toute l'importance de ce petit monument, et permettra d’en mieux apprécier les détails. |
Nous avons fait voir que la décoration architecturale de la citerne, c'est-à-dire les quatre colonnes avec leur entablement, fut exécutée au temps du cardinal Jules, par Giuliano da Sangallo. Vasari , dans la Vie de Simone Mosca, nous donne cet autre renseignement, qu'Antonio da Sangallo, qui dirigea la construction de la bouche du puits, confia les sculptures de la margelle au célèbre sculpteur Simone Mosca, qui l’orna de très-beaux mascarons (1). Il est à remarquer que Vasari parle ici avec précision, et qu'il ne désigne que la bouche du puits, qui seule, en effet, restait à faire. Nous ne répéterons pas ce que nous avons déjà dit au sujet des inscriptions commémoratives dont le cardinal Léonard orna le petit monument; on retrouvera ces documents aux pages 321 et 322.
(1) «Dopo il medesimo Sangallo, che faceva condurre nel chiostro di S. Pietro in Vincula la bocca di quel pozzo fece fare al Mosca le sponde con alcuni mascheroni bellissimi, »
Il nous reste encore à faire une observation : c’est que l'architecte Ant. da Sangallo a considéré la margelle comme une sorte de tasse ou d'amphore destinée à contenir l’eau, principe plein d’à-propos, image qui nous semble ici trouver une application si juste.
Les quatre colonnes sont en granit gris, et la margelle en marbre cipollin.
Plan de l’église et du couvent de Sant Andrea delle Fratte.
Le terrain de la partie de Rome où cette église a été bâtie était 111,18 jadis divisé par des haies, d’où lui est venu le nom delle Fratte. Avant le schisme de Henri VIIL, elle appartenait aux Écossais. Depuis, elle fut mise sous le patronage de la famille del Bufalo, dont le palais est situé à proximité. En 1605, Léon XI commença à la reconstruire suivant les plans de l'architecte modénois Gaspare Guerra. Le pape étant mort peu de temps après, Ottavio del Bufalo continua les constructions, et à sa mort, en 1612, il laissa une somme importante destinée à leur achèvement.
On remarque quelques bonnes dispositions dans ce plan. Les communications de l’église, soit avec l'extérieur, soit avec le couvent et la sacristie, sont ménagées avec intelligence. Les deux principaux autels qu’on voit à droite et à gauche, à l'extrémité de la nef, sont enrichis de marbres variés : ils ont été exécutés par Bernini et Vanvitelli, mais ils font peu d'honneur au goût de ces architectes.
Le clocher, qui n’est pas complétement achevé, est une des conceptions les plus bizarres et les plus extravagantes de Borromini. Quand les cloches sont mises en mouvement, le clocher, dit-on, oscille sensiblement à l’œil.
La facade, dont l'architecture est fort simple, fut construite en 1826, sur les dessins de Giuseppe Valadier, avec les fonds légués pau le cardinal Consalvi.
Palais Sciarra di Carbognano ; élévation principale.
Le plan de ce palais n'offre aucune espèce d'intérêt, et nous nous abstiendrons d’en parler. La façade, au contraire, est douée de beautés incontestables ; c'est l'ouvrage capital de l’habile architecte Flaminio Ponzio, et peut-être le plus remarquable pour le goût qui ait paru depuis lors. II date du commencement du xvr° sièele, mais à plusieurs égards il semble comme un fruit attardé, et appartenir au siècle précédent. Depuis longtemps Sangallo était mort, Vignole et Palladio n’existaient déjà plus, et la décadence avait commencé pour l'Italie. On éprouve une satisfaction infinie à constater ce retour aux principes de la grande école, à retrouver une œuvre qui semble comme une dernière lueur d’une époque qui a jeté tant d'éclat, une œuvre enfin qui brille par les qualités les plus rares et les plus méritoires.
Cette façade est d'une grande simplicité; l’ornementation y est mème distribuée avec parcimonie, mais aussi avec tant d’à-propos que l’ensemble vous captive et vous tient sous le charme en présence de l'harmonie qui règne sur tous les points et qui ne se dément nulle part. La division des étages y est aussi judicieuse que bien caractérisée ; les bandeaux ont une importance relative parfaitement graduée, et sont attachés au point précis marqué par le goût; les croisées sont d’une belle proportion, et accompagnées de détails pleins de sentiment et de finesse; enfin l’entablement est d’un aspect sévère, et couronne dignement ce noble et imposant édifice.
On reconnaît aisément que le portone ou porte d'entrée n’appartient pas au premier jet, soit parce que sa liaison avec le corps du palais n’est pas d’un ajustement irréprochable, soit parce que l’exécution est entachée d’une sorte de sécheresse dont le reste est exempt,
soit enfin parce que les ornements sculptés sur les balustres du bal-
con sont d’un style moins sévère et d’un goût discordant. On à prétendu que cette porte avait été exécutée par Antonio Labacco; mais cette opinion est sinon absurde, du moins bien hasardée, si l'on réfléchit que Liabacco, né au commencement du xvi® siècle, n’a pu prendre part à des travaux qui s’exécutaient pendant les premières années du siècle suivant. Pour concilier cette tradition que je trouve répétée dans plusieurs ouvrages, il faut admettre que cette porte tant préconisée est une imitation d’une composition de Labacco; et, en effet, elle a quelque analogie avec ses œuvres gravées.
On remarque, sur les piédestaux de l'ordre et sur ceux de la balustrade, une petite colonne en relief, qui rappelle l'alliance de la famille Sciarra di Carbognano avec la famille Colonna, qui porte une colonne dans ses armes.
Dans un ancien itinéraire de Rome, publié en 1652, il est dit que le-palais avait été renouvelé dernièrement par le prince de Carbognano. D’après ce renseignement, on pourrait croire que l’exécution du portone date de cette restauration, qui eut lieu sans doute vers 1640.
Il y a dans les appartements du palais une galerie de tableaux qui est plutôt citée pour la valeur des œuvres que pour leur nombre.
Palais Sciarra di Carbognano ; détails de l'élévation.
Nous avons déjà exprimé notre opinion sur les détails du palais Sciarra, et nous n'avons à rétracter aucun de nos éloges. Une seule observation nous reste à ajouter ; elle est relative à la croisée du rezde-chaussée. Dans la partie supérieure de celle-ci, les moulures, d’ailleurs profilées avec infiniment de goût, sont trop délicates et trop élégantes comparativement à celles de la partie inférieure. Il en est de même des consoles du chambranle; elles sont trop légères pour un soubassement, et contrastent avec les détails correspondants du premier étage, qui ont été traités avec plus de fermeté et d’accent.