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L’escalier dérobé que, vu sa petitesse, on distingue à peine dans la salle de l’angle à gauche, aboutit aux appartements du premier étage.
. 3. . L) ss Le k ax 4 Palais Giraud; plan de divers étages et facade principale.
Les trois plans réunis au bas de cette planche complètent nos renseignements sur la distribution des divers étages. Le plan des fondations explique parfaitement l'utilité de la pente douce, et comment elle fait arriver les chevaux à l’écurie souterraine. Celle-ci est spacieuse et d’une belle ordonnance : bien que placée au-dessous du sol, elle n’a pas les inconvénients d’une telle situation, parce qu’elle est bien aérée et exposée au midi. On voit avec regret que Bramante, toujours aventureux et trop confiant, a négligé de fonder les murs de réfend : au lieu de les faire poser sur le sol, il les a élevés au-dessus des voûtes surbaissées de l’écurie, dont le diamètre est assez considérable. Pour remédier à cette faute grave, et sans doute par suite de tassements, il a fallu, au-dessous des murs de refend, établir des arcs en saillie concentriques à la voûte, et supportés par de forts piliers. Nous avons supprimé ceux-ci pour nous conformer au projet de Bramante, bien que l'expérience ait démontré leur utilité. On a dû recourir au même expédient dans les caves du bâtiment en aile à gauche, pour fortifier des voûtes qui fléchissaient également sous le poids des murs de refend.
On trouve indiqué sur ce mème plan, dans les caves de l'aile droite, un escalier circulaire servant à la communication usuelle du rez-dechaussée avec les souterrains ; il vient aboutir à la première arcade du portique du rez-de-chaussée, au-dessous de la troisième rampe du grand escalier.
On voit, d’après le plan, qu'au portique du rez-de-chaussée correspond un corridor spacieux au premier étage, servant à faire communiquer les diverses pièces disposées autour de la cour. La salle la
ET CRITIQUES. 331 plus importante se voit à droite, à l'angle de la façade : €’est le grand salon ; 1l est éclairé par cinq croisées, ou plutôt par dix, car il comprend deux hauteurs d’étages, et recoit du jour des eroisées carrées du deuxième étage. Le soffite du grand salon n’a pas été terminé, et les poutres sont restées apparentes. Nous les avons indiquées par des lignes ponctuées. Les caissons carrés des salles voisines sont de même désignés par des lignes ponctuées.
Nous n'avons aucune observation à faire sur le plan du deuxième étage, sinon que toutes les pièces ne sont pas de plain-pied, et que le grand escalier monte seulement au niveau du plancher du corridor. De là est résulté que pour faire arriver aux salles situées du côté de, la place et du bâtiment de l'aile gauche, dont le sol est plus élevé d'environ deux mètres, il a fallu établir un escalier supplémentaire qu'on aperçoit au fond du premier corridor. Dans la petite salle voisine du grand salon, et sur le mur de refend commun aux deux pieces, on distingue deux croisées qui ont vue sur le salon. C'était là sans doute qu'on plaçait l'orchestre aux Jours de fête.
Plusieurs salles du même étage sont éclairées par deux rangs de eroisées, les unes carrées et les autres cintrées. D'autres salles, et notamment celles qui sont situées au-dessus du grand salon, ne prennent de
jour que des petites croisées cintrées les plus voisines du couronnement. Elévation principale.
Le mérite artistique du palais Giraud est tout entier dans la facade. On retrouve dans celle-ci l’alliance d’une raison souveraine et d’un goût exquis, l'expression des nécessités et des convenances , et à un haut degré l'élégance et la beauté de la forme. Rien n'y retrace la demeure de l’opulence; l'architecture n’y affecte pas des allures superbes, mais elle est grave, sévère, telle qu’elle devait être pour l'habitation d'un patricien. Chaque étage a son caractère propre; celui
Î 5 du rez-de-chaussée est rustique, et c’est là, en effet, qu'existent les magasins, les dépôts d’approvisionnements, et que sont rassemblés
les objets nécessaires aux divers services. L'importance du premier étage, la richesse des détails, révèlent à la première vue que la résidence du maitre est là. Enfin, l'étage supérieur, avec ses subdivisions, est traité comme dépendance, et sa destination est manifeste. On juge qu'il est consacré à la famille, aux enfants, aux secrétaires, aux serviteurs, aux vestiaires et aux lingeries. On ne saurait trop admirer la justesse et la supériorité d'esprit de l'architecte, qui a su faire une classification si nette, et parler un langage si clair et si plein de vérité. Mais une difficulté non moins grande était de relier entre eux des éléments si variés, pour en faire un tout homogène et harmonieux. Or, tel est le propre du génie, qu'il sait toujours improviser des expédients, quand pour d’autres la situation semble désespérée. Ici Bramante est parvenu à coordonner les étages en répétant partout les refends, et à réunir plus intimement les étages supérieurs en appliquant à tous les deux un ordre composite semblable pour la masse, différent par le détail.
Il y a dans cette façade je ne sais quoi de jeune qui sent la primeur. C'est bien une œuvre naïve et facile, mais où se manifeste toutefois l'artiste consommé, réglant tout d’une main ferme et sûre. Le motif d'architecture est ici le même qu'à la chancellerie (PI. 79), on le reconnaît tout d’abord; mais il trouve au palais Giraud, pour des dimensions beaucoup moindres, une application plus heureuse et plus juste. Le seul reproche qu'on a l'habitude de lui faire, c’est de manquer d'ampleur et de saillie, et d’appartenir au genre bas-relief. Pour moi, je crois que le mouvement et les grands effets doivent être réservés pour les monuments publics, et que l’architecture privée ne doit pas afficher de ces prétentions ambitieuses. Aussi, après avoir reconnu dans le palais Giraud des qualités aussi rares et aussi éminentes, n’hésitonsnous pas à le classer parmi ceux qui honorent le plus l’école romaine.
La porte d'entrée, comme celle de la chancellerie, n’a pas été exécutée par Bramante ; celle qui existe aujourd’hui, et qui est moderne, a la forme d’une arcade, avec un entourage de cartouches du plus
ET CRITIQUES. 333 mauvais gout. En reproduisant ces bizarreries, cet été altérer profondément le caractère du monument et y introduire un élément étranger. En cette situation, nous nous sommes cru parfaitement autorisé à suivre de préférence l'indication d’une porte à linteau droit, donnée par Pietro Ferrerio, et confirmée par une gravure placée dans un itinéraire de Rome en date de 1652. C’est donc le principe de la porte à linteau, avec chambranle et corniche, que nous avons Suivi ; mais, pour ne pas nous écarter dans le détail du style de Bramante, nous avons choisi une porte de cet architecte prise au premier étage du palais de la chancellerie sur le palier du grand escalier (PL. 88). Cette porte, d'un caractère ferme et simple, s'adapte parfaitement au rez-de-chaussée du palais Giraud, et correspond si bien à la hauteur des croisées, que nous ne croyons pas qu'il füt possible de faire un choix plus heureux. N'oublions pas qu’au temps de Bramante, au commencement du XV siècle, les grands personnages cheminaient, soit à cheval, soit en litière : il parait donc probable que la porte d'entrée du palais a été changée quand l’usage de la voiture a remplacé les autres modes de transport ; les portes, alors devenues trop étroites, ont dû être élargies.
La facade principale est exécutée tout entière en pierre travertine, d'une teinte plus ou moins foncée, et qui, à l'exception des entablements, s’éclaircit graduellement aux étages supérieurs. Le chambranle des croisées est en marbre blanc. Cette facade est une sorte de devanture, car les trois autres facades sont exécutées en moellon et n’ont plus rien de monumental. On voit donc, par le simple fait de cette éco-
nomie, qu'il est possible d'obtenir des chefs-d'œuvre même à bas prix. PLANCHE 147.
Palais Giraud; détails de la facade principale.
Nous n'avons pas voulu présenter nos observations sur les détails de la facade du palais Giraud sans produire à la fois la figure mise à