‹ Edifices de Rome moderneChapitre 65 sur 154 · WATT MOT · texte numérisé non relu

WATT MOT

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Palais Lante ; coupe et vue de la cour.

Les deux gravures réunies sur cette planche donnent une idée très-vraie et très-complète de la cour du palais Lante. La coupe représente l’exacte proportion des étages; elle exprime avec précision les moulures et les profils, tandis que la vue fait juger de l'effet de l’ensemble, de la finesse et de la variété des détails, et du goût de l’ornementation. Les voûtes qui se développent sous les portiques ajoutent du mouvement et du charme à la perspective. L'ajustement du soubassement de la fontaine a le caractère monumental : ce soubassement supporte un groupe antique, qu'on croit être [no allaitant Bacchus. On ne peut nier que l’aspect de cette fontaine ne soit noble et pittoresque, et qu'il ne donne à la cour de l’agrément et de la vie. Les arcades du premier étage sont aujourd’hui bouchées. Il nous a été facile de restituer l’état primitif en supprimant ces tristes et malheureuses adjonctions.

Au-dessus des deux rangs d’arcades que présentent nos dessins, s'élèvent encore deux autres étages dont la masse et les divisions ont quelque analogie avec les étages correspondants de la cour du palais de la chancellerie ; mais comme ceux du palais Lante n’offrent aucune sorte d'intérêt et font disparate avec la partie inférieure, nous avons dû nous abstenir, et nous limiter à la seule partie artistique. Sur les dix colonnes du portique inférieur, six sont en granit del foro, deux en marbre cipollino, une de porta-santa, enfin une de marbre gris. Au premier étage quatre sont en granit gris et six en cipollino.

Palais Lante ; détails de la cour.

La plupart des détails de la cour du palais Lante réunis sur cette

planche ont le profil délicat et fin, et l’ornementation élégante. Bien que les ajustements n’atteignent pas, pour la grâce, à ceux de la chancellerie, qu'ils n’en aient ni l'éclat ni la va-

LE =7. riété, on ne leur refusera pas du mérite et LEZ LL = __Æ

du prix. Les uns comme les autres proviennent probablement de la même main; mais alors celle-ci était appesantie par l’âge. Le sentiment de l’ornementation est le méme dans les deux édifices, et quelques détails, tels que celui-ci par exemple, se retrouvent au palais Giraud. (foyez pl. 148.)

Les attributs dont il a été question plus haut, l’écusson et la couronne ducale des Médicis, le joug et le panache de Léon X , sont ici

clairement exprimés.

Eglise S. ÆAgostuno; plan, élévation, détails, et vue intérieure.

Depuis le xr1r° siècle, les religieux de l’ordre de Saint- Augustin possédaient à Rome un couvent et une petite église que, deux siècles plus tard, ils résolurent d'agrandir. Ils chargèrent alors de la direction des constructions les architectes Giacomo da Pietra Santa et un Florentin nommé Sebastiano. En 1580, Baccio Pintelli reprit les travaux, executa la coupole, la première qu’on ait élevée à Rome, et la facade principale, qui fut achevée en 1583, ainsi que le témoigne l’inscription située au-dessus de la porte du milieu. Ce fut un Français, le cardinal et camerlingue Guillaume d’Estouteville, de Rouen, qui se chargea de pourvoir aux dépenses.

L'église futrestaurée vers le milieu du xvir siècle et le couvent rebâti par Vanvitelli. Cet architecte établit dans le couvent une bibliothèque d'environ cent cinquante mille volumes, qui porte le nom d’Ængelica , du nom de son fondateur, le prélat Angelo Rocca. Depuis, la sacristie a été renouvelée sur les dessins de Carlo Murena, élève de Vanvitelli.

L'église S. Agostino n'offre dans la disposition de son plan rien d'original et de particulier qu’on puisse citer ; tout son mérite consiste dans une distribution sage et régulière, et l’heureuse proportion des nefs. Sur la façade principale se trouvent trois entrées, et deux autres sur les façades latérales, dont une donne accès au couvent.

Le maître-autel est fort riche, et de la composition de Bernini. Sur le troisième pilastre à gauche en entrant, on admire le prophète Isaie, fresque sublime due au génie de Raphaël.

La vue gravée près du plan a été établie de manière à donner une idée de la coupole, dont on voit la naissance et les pendentifs ; à faire juger de l'effet intérieur de l’église, obtenu par des oppositions ; enfin à faire connaître l’architecture des nefs, qui appartiennent à la fois à l’ère gothique par les nervures des voûtes, et à la première renaissance par l'étude, encore incertaine, des ordres antiques.

La façade n’est pas une des meilleures œuvres de Baccio Pintelli ; mais la masse en est imposante, et on y rencontre plusieurs détails d’un goût exquis. Les grandes consoles des ailes, destinées à masquer la toiture des bas-côtés, sont d’un contour agréable, et le dessin a de l'ampleur. Quoiqu’elles soient, peut-être, le premier essai de ce senre de décoration, fort répété depuis, elles sont encore classées parmi les meilleures. On reconnaît néanmoins qu'elles ont trop d’importance, et qu'ainsi elles nuisent aux détails du deuxième ordre; mais tout le talent de Baccio Pintelli pour l’ornementation, toute la délicatesse de son goût reparaissent dans le détail de la porte principale, représenté isolément à droite de la planche. Dans d’autres circonstances Pintelli a été plus heureux dans la disposition de ses lignes, car ici la corniche a de la maigreur; mais il n’a jamais été mieux inspiré dans sa décoration, jamais 1l n’a distribué avec plus de sentiment les fleurs et les fruits. Ils ont sur cette porte une telle fraîcheur d’exécution, qu'on les dirait doués de parfum et de saveur.

Quant aux arabesques du contre-chambranle, il faut les étudier

sur la planche suivante.

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Eglise S. Agostino; détail des arabesques de la porte principale.

Ces arabesques ont tant d'élégance et tant de variété dans la composition, qu'elles méritaient d’être reproduites en entier et sur une grande échelle. Nous avouons que la gravure, bien qu'exacte, a été impuissante à rendre la grâce et la souplesse de l'exécution.

Palais Negroni, aujourd'hui d? Sermonetta; plan et élévation.

Ce palais, qui est à Rome le plus bel ouvrage de l'architecte Bartolomeo Ammanati, fut bâti en 1564 pour Ludovico Mattei (1). Quarante ans plus tard, vers 1602, un autre membre de la famille Mattei, Asdrubal Mattei, fit construire, à la suite du palais de Ludovico, une habitation plus vaste, le palais Mattei di Giove (voyez pl. 107 et 108), qui n’est séparé du premier que par un simple mur de clôture. Le palais de Ludovico, qui fait l’objet de cette notice, fut ensuite cédé à la famille Negroni dont il a conservé le nom, puis devint la propriété de la famille Durazzo, et enfin des Caetani, dues de Sermonetta, qui le possèdent encore aujourd’hui (2).

Le plan du palais Negroni n'offre aucun de ces ajustements brillants qui frappent l'esprit et s’y gravent; mais il est conçu avec intelligence, la distribution en est sage et régulière, et l'on y reconnait une main habile et exercée.

L'entrée du palais est placée au centre de la facade principale. Elle consiste en un vestibule dont le sol est en pente et monte au premier

(1) Quelques années avant, un autre Mattei, ou peut-être le même Ludovico, avait élevé dans le même îlot de maisons nn autre palais plus petit. (Voyez la notice de la planche 232.)

(2) Une inscription, gravée dans la frise d’une porte du premier étage, nous fait savoir qu’en 1775 le palais appartenait à Francesco Caetanus.

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