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Palais Negront ; suite des détails de la facade.
Nous complétons sur cette planche les détails de la façade : à plus d’un titre nous ne pouvions les omettre. Ils sont tous recommandables à divers degrés, mais nous signalerons surtout le bandeau du premier étage, qui est orné de postes d’un si bon goût et d’un effet si merveilleux ; les bossages qui s’y rattachent sont heureusement divisés, et présentent un grand caractère de fermeté. La croisée du premier étage s’harmonise parfaitement avec les autres détails : les moulures et les profils ont de la correction, et les consoles, de la suavité dans le contour ; seulement la feuille qui les accompagne est d’une exécution maigre et indécise. Le bandeau du deuxième étage se combine adroitement avec les refends; enfin la corniche de couronnement est bien divisée, son profil est correct, les ornements sont bien répartis, mais exécutés avec une sécheresse que notre gravure a peut-être outrée.
La coupe sur l’angle de la cour et le plan font juger de la proportion des ordres, du rapport des étages et de l'entrée de l'escalier, qui se présente avec une certaine magnificence. On peut reconnaître, par des comparaisons, que les ordres ont de l’analogie avec ceux de la cour du collége Romain, et confirment, par les rapprochements qu’on peut faire, que les deux édifices sont sortis de la même main; mais le palais Negroni est une œuvre plus importante, et supérieure à l’autre en mérite.
Nous parlerons plus en détail de cette cour quand nous examine-
rons la planche suivante.
Palais Negroni; coupe et vue de la cour.
L'architecture de cette cour est simple et régulière; l'effet en est agréable, mais n'offre rien de saisissant et de caractéristique. L'étude
des ordres et des arcades, leur proportion relative, la division des étages sont fort bien raisonnées et dignes d’éloges ; mais à tout cela il manque la verve, l’entrain, et cet éclat et cette touche indéfinissable qui classe une œuvre d'art, et lui imprime le sceau d’une véritable supériorité. On remarque qu'il existe entre les deux ordres un assez grand espace ; on dirait en quelque sorte deux piédestaux posés l’un sur l’autre, et l’on se demande pourquoi cette répétition. Après y avoir bien réfléchi, nous croyons être entré dans la pensée de l'architecte et pouvoir rendre raison de cette singularité. Suivant toute probabilité, Ammanati dut composer la facade extérieure du palais avant d’arrèter celle de la cour. Après avoir établi la première dans des proportions grandioses, il devenait d'autant plus difficile de combiner l'ordonnance de la cour, que les dimensions de celle-ci sont fort petites, et que le niveau des planchers déjà fixé par les bandeaux de la facade ne pouvait s’obtenir qu'aux dépens de sacrifices dans la décoration de la cour. Alors, pour que l’ordre du rez-de-chaussée püt atteindre à la hauteur du plancher du premier étage, il était nécessaire d’élever l’ordre dorique sur un piédestal, ce qui rendait les arcades beaucoup trop longues ; ou bien, pour éviter cet inconvénient, il fallait imaginer entre les deux ordres une sorte de remplissage. C’est à ce dernier parti qu’on s'est arrêté; c'était le plus sage et celui qui devait le mieux réussir. En traitant de la disposition du plan, nous avons parlé de l'existence d’un petit entresol situé au centre de la facade. Lei, d’après la coupe que nous avons sous les yeux, on se rendra parfaitement compte de la manière dont il est combiné et comment il est éclairé. : On reconnaitra, sur la facade (pl. 159), les trois petites ouvertures qui lui donnent du jour. Elles se voient au-dessus du bandeau, et sont pratiquées dans le socle des trois croisées centrales du premier étage. La terrasse du fond de la cour a été supprimée, et remplacée, au premier étage, par un bâtiment dont la décoration ne diffère en rien de celle des autres côtés. Ce changement est attribué à Gherardo de’ Rossi, père de la duchesse de Sermonetta. Nous avons supprimé ce
DO NPC
nouveau batiment ainsi qu'une autre construction moderne établie au troisième étage, et cela d'autant plus volontiers que l’un et l’autre déparent la cour, et la privent d’air et de jour.
Les croisées pratiquées dans les arcades latérales du premier étage datent de l’origine du palais, tandis que les arcades du côté de l'entrée étaient primitivement à Jour. On ne doit donc pas s'étonner de nous voir revenir à l’ancienne ordonnance.
Les suppressions faites sur la coupe l’ont été également sur la vue du bas de la planche , et cette vue y a beaucoup gagné. Celle-ci, ainsi rétablie, donne l’idée de l’effet primitif de la première et de la seconde cour, ainsi que de la fontaine. On à pu alors y ajouter les bâtiments lointains et pittoresques du palais Mattei di Giove, aujourd'hui masqués par les constructions nouvelles, et dont la vue contri-
Puait jadis à l'agrément des appartements du palais Negroni.
Plan de l'église S. Bartolomeo all isola.
L'église S. Bartolomeo, située dans la partie sud de l’île Tibérine, existait déjà sous le nom de Saint-Adalbert, martyr, lorsqu’en 973 l’empereur Othon [IT y transporta le corps de saint Bartolomeo, qui repose dans une urne de porphyre sous le grand autel. En 1113, Pascal IT la restaura, et Gélase IT, son successeur, acheva les travaux.
Enfin, le cardinal Jules Santorio la rétablit dans l’état actuel, et fit
‘élever le maître-autel et la façade par Martino Lunghi, le jeune.
L'église est précédée d’une place dont le sol est en pente et incline vers le portique de la façade. Cette fâcheuse disposition du terrain enlève à la facade toute sa majesté. Au centre de la place, est une colonne surmontée d’une croix, motif souvent répété, mais qui produit toujours un bon effet.
L’ordonnance de la façade est recommandable à quelques égards, mais le manque d’étude lui fait perdre de sa valeur. Les principes du
gout, d'accord avec ceux de la stabilité, demandent que les angles d’une facade soient fortifiés, tandis qu'ici ils ont malheureusement trop de maigreur. Quant à la disposition du plan, elle ne mérite que des éloges. Le vestibule est d’une belle forme, les nefs de l’église sont bien divisées, le chœur et les deux grandes chapelles du fond d’un bel effet, ce qui tient principalement à la surélévation de cette partie de l’église. Les soffites datent de l’année 1624 : celui de la grande nef est doré et orné de peintures.
La colonne isolée sur la place est cannelée, et en marbre tasio.
Les quatre colonnes de la façade sont en granit del foro. A l’intérieur quatorze colonnes divisent les nefs : une est de granit rouge, une de marbre imezio, deux de marbre gris, et dix en granit del foro ; enfin, les deux colonnes sous l'orgue sont en marbre imezio. Toutes ces colonnes proviennent sans doute du temple d’'Esculape, qui était situé près de là, et peut-être à la même place.
Chapelles de SSS. Andrea, Barbara et Silvia.
Ces trois petits édifices n’offrent rien de remarquable dans leur architecture, si ce n’est leur disposition pittoresque, provenant de la manière dont ils sont groupés et reliés entre eux. Après avoir été bäties par saint Grégoire, ces chapelles furent restaurées par le cardinal Baronius. La chapelle dédiée à sainte Silvia, mère de saint Grégoire, et située à droite, possède deux colonnes de porphyre rouge. Le cardinal Borghèse, en 1608, l’orna d’un soffite, et chargea le Guide des peintures de l’abside. Sur la frise de la porte d’entrée on lit cette inscription :
MEMORIA-S-SILVIAE RESTITUTA.
La chapelle de S. Andrea, au centre, dédiée à l’apôtre saint André, a été restaurée par le cardinal Scipion Borghèse; on y admire une peinture du Guide, et surtout la Flagellation de saint André, chetd'œuvre du Dominiquin. Les quatre colonnes de l'extérieur sont en marbre cipollin, et les deux colonnes de l’intérieur, en vert antique.
360 NOTICES HISTORIQUES Sur la frise de la porte d’entrée est gravée cette inscription :
ORATORIVM-S-MARIAE-VIRG -ET-S-ANDRAE-:APOST
A-S-GREGORIO ERECTVM ITÉRVM RESTITVTVM.
Enfin , la chapelle de Sainte-Barbara, qu’on voit à gauche, est ornée d’une statue ébauchée par Michel-Ange et achevée par son élève Nicolas Cordieri. Les deux colonnes de l’äutel sont en brèche rouge. L'inscription mise sur la frise de la porte d'entrée est celle-ci :
TRICLINIVM PAVPERVM.
Les élévations des trois chapelles sont d’une extrême simplieite. Isolées, elles ne mériteraient, à aucun titre, de fixer l'attention, tandis que l’ensemble compose un groupe dont l'aspect est d’un effet agréable et piquant.
Éclise S. Stefano del Cacco.
Elle fut fondée sur les ruines de l’ancien temple dé Sérapis, et accordée, en 1561, aux moines de l’ordre des Silvestrini, qui la restaurerent en 1607. Elle est divisée en trois nefs par douze colonnes, dont cinq sont en marbre gris, deux en cipollin, une en pavonazzetto, et
quatre en granit gris.
Eglise Ch Gregorio Magno.
Le pape saint Grégoire le Grand, qui descendait de l'ancienne famille Anicia, avait sa maison sur cette partie du mont Celius où se trouve aujourd’hui l’église S. Gregorio. Il changea cette maison en un monastère de bénédictins, et construisit près de là les trois petites chapelles dont nous venons de parler, et réprésentées sur eetté même planche. Au vin‘ siècle, Grégoire Il éleva à saint Grégoire le Grand l’église dont nous donnons ici le plan. Le cardinal Scipion Borghèse, en 1633, fit bâtir par Gio. Battista Soria l’atrium ou portique qui précède l’église, ainsi que la façade et son vaste perron. Enfin,
sous Clément XI, l’église fut entièrement renouvelée par les moines, et terminée en 1734 par l'architecte Francesco Ferrari.
générale de ces constructions est bien conçue, et l’ensemble produit un assez bel effet. La façade a de la magnifi-
La disposition
cence, ainsi placée au sommet d’un triple rang de gradins. Le portique qui vient ensuite est comme une enceinte sacrée qui prépare au recueillement; enfin, à son extrémité, on trouve l’église, dont le parti n'est pas sans mérite. Au reste, la petite vue du haut de la planche explique assez bien le perron et la façade de l’église; elle donne la situation des trois chapelles dédiées à saint Andrea et aux saintes Barbara et Silvia, et indique sur le palier, entre les deuxième et troisième rampes du perron, la porte d'entrée de l'enceinte de ces chapelles.
Plan et coupe d'une maison via dell Anima.
La disposition du plan et le caractère de l'architecture de la coupe semblent annoncer une habitation de la fin du xv° siècle. La distribution en est plus pittoresque que commode, et la décoration, peu conforme aux règles de l’art, ne manque pas d’une certaine
grace.
Plan du palais Lancellotti, piazza Navona.
Ce palais, bâti en 1560 par Pirro Ligorio pour la famille Torrès, est situé à l'extrémité sud de la place Navona. L'architecture de la facade et de la coupe est régulière, irréprochable, mais sans originalité.
Elévation d'une maison via di S. Catarina de Funari.
Façade fort simple, mais très-recommandable pour l'excellente division des étages, la bonne proportion des croisées , et surtout pour leur décoration judicieuse et bien graduée.
562 | NOTICES HISTORIQUES Palais Mattei di Giove ; détails de l'escalier.
Nous avons déjà décrit le palais Mattei di Giove à l’occasion des planches 107 et 108 ; mais nous n'avons pas fait connaître les détails de l'escalier principal, qui sont pourtant sous plusieurs rapports dignes d'intérêt ; aussi allons-nous chercher à réparer cette omission. Pour être mieux compris du lecteur, nous avons reproduit le plan de l'escalier, en désignant les divers paliers qui ont servi de points de vue aux perspectives qui feront le sujet des deux planches suivantes.
L’ornementation des encadrements des bas-reliefs antiques disposés au-dessus des paliers est d’assez bon goût, bien qu'un peu sèche, comme on en peut juger par un fragment gravé au haut de la planche.
La décoration de la coupole du quatrième palier, qu'on voit audessous, est exécutée en stuc dans le goût facile et licencieux de l’époque ; mais les ajustements ne manquent ni d'élégance ni de grâce.
Afin de bien connaître l’ensemble et la décoration de l’escalier , il faut recourir aux deux vues que nous venons d’annoncer : on les
trouvera sur les deux planches suivantes.
Palais Mattei di Giove; vue de l'escalier prise du deuxième palier.
Nous avons dit (page 248) qu’Asdrubal Mattei, propriétaire de ce palais, ayant voulu faire une espèce de musée de son habitation, avait placé à profusion, sous les portiques et autour de la cour, des antiquités de toutes sortes, des statues, des bustes et des bas-reliefs.
Carlo Maderno, l'architecte de ce palais, comprit fort bien que ce senre de décoration devait tout naturellement se prolonger dans l’escalier ; qu'alors il fallait y distribuer des antiquités et les marier à l’ornementation. Malheureusement l'artiste était dominé par le goût de son époque : son style s'éloigne du caractère antique, et son œuvre manque ainsi d'unité. Rendons toutefois justice à Maderno, et convenons
que les ajustements qu'il a imaginés sont pleins d'élégance, et ses détails fort gracieux. Comme dernière observation, disons que la décoration de cet escalier a beaucoup d’éelat, et que le caractère monu-
mental ne S'y dément nulle part.
Palais Matter di Giove ; vue de l'escalier, prise du quatrieme palier.
Fout ce que nous venons d'exprimer au sujet de la planche précédente pourrait être répété pour celle-ci. Ajoutons que, dans cette vue comme dans l’autre, les motifs de l'ornementation ont une grande variété, et qu'il règne dans les ajustements beaucoup d'élégance,
d'harmonie et de goût.
Église de SS. Apostoli; plan et élévation.
La fondation de cette basilique remonte, dit-on, à Constantin ; mais d’autres prétendent qu'il faut l’attribuer à Pélage [°° et à Jean II, son successeur, qui du moins y exécutèrent des travaux. Au xv° siècle, elle fut renouvelée en entier par Martin V, et Sixte IV construisit l’abside. Jules IT, lorsqu'il était encore simple cardinal, fit des améliorations intérieures et bâtit le portique de la facade. Sixte V agrandit le couvent qui dépend de l’église, et l’orna de plusieurs fontaines. On doit à la générosité du cardinal Brancato, dit cardinal de Lauria, les statues en travertin qui représentent le Christ et les douze apôtres, et qui couronnent le portique de la façade. La belle grille qui ferme ce portique est un autre don du même cardinal. Enfin, l’église venant à menacer ruine, les trois nefs furent entièrement renouvelées par Francesco Fontana. Clément XI, le 27 février 1702, posa la première pierre du nouvel édifice, qui fut consacré en 1724 par Benoît XIII.
La disposition du plan de cette église n’est pas sans mérite. On peut,
ilest vrai, y noter quelques erreurs ; les colonnes des bas-côtés, vu leur saillie, sont plutôt un embarras qu'un ornement ; on peut trouver les piliers trop lourds, et reprocher à l'ordonnance générale de manquer de correction : mais la nef principale est imposante et a de la grandeur, et dans plusieurs parties du plan on signale d’ingénieux ajustements. Nous citerons surtout la facilité des communications avec la sacristie, à laquelle on arrive librement, soit de l’église, soit du chœur, soit du couvent; enfin, la proximité des petits escaliers de service. A l’autre extrémité de l’église, il faut remarquer, à gauche, avec quelle adresse on a su ménager un baptistère dans l’évidement des murs, et pratiquer de petits escaliers dans leur épaisseur, en cherchant à dissimuler les différences qui existent entre l’axe de la façade et celui de l’église : cette irrégularité, au reste, s'explique aisément. L'ancienne église, rebâtie par Martin V, n'avait pas été établie d'équerre avec la place actuelle de’SS. Apostoli, laquelle date vraisemblablement d’une époque plus moderne. Mais lorsqu’ensuite l’architecte du cardinal Jules eut à construire la facade, il dut se conformer à un alignement donné; et de là vient, à n’en pas douter, l’origine de ces différences d’axes. Francesco Fontana, ayant à renouveler l’église, chercha à son tour à profiter des fondations existantes, et perpétua ainsi l’irrégularité.
La façade de’ SS. Apostoli se reconnaît aisément pour une œuvre de Baccio Pintelli. Le double rang d’areades, les piliers à pans coupés, le style des moulures et de l’ornementation sont autant de détails caractéristiques très-reconnaissables, et qui révèlent la direction de Baccio Pintelli. Vasari, au reste, est explicite sur ce point, et désigne formellement cet architecte, qui d’ailleurs prit part à presque tous les grands ouvrages entrepris au temps de Sixte IV. Enfin, peut-on supposer que le cardinal Jules, ayant à faire construire cette façade de’ SS. Apostoli, ait pu s'adresser à un autre qu’à Pintelli ? Celui-ci n’étaitil pas l’architecte du pape son oncle, l’artiste en réputation ? Non, cela n'est pas croyable, alors surtout qu'entre le cardinal et Giuliano da Sangallo il n’y avait pas encore de relations établies. Baccio Pintelli
bâtit à la même époque une partie du couvent voisin, dépendant de l’église ; sa manière s y reconnaît dans quelques détails. Quant aux bâtiments ajoutés depuis par Sixte V, ils sont empreints d’un tout autre caractère qui ne permet pas qu'on puisse les confondre avec ceux des époques antérieures.
Les arcades du premier étage de la facade de l’église ayant été bouchées, 1l a fallu, pour supporter le poids de cette nouvelle construcuon , fortifier les piliers du rez-de-chaussée, et les rendre tels qu'on les voit aujourd’hui.
Le double portique de la façade étant la partie la plus intéressante de l'édifice, nous avons dù chercher à le rétablir dans son état primitif. Ainsi, après avoir dégagé le premier étage des lourdes adjonctions qui le déparent et enlevé aux piliers du rez-de-chaussée les massifs grossiers qui les enveloppent, nous avons eu quelque difficulté à déterminer les pénétrations dans les voûtes ; ce qui nous a fait hésiter à ouvrir le portique sur les faces latérales. Ayant ensuite remarqué que le sol de la place avait été surélevé d’une quantité notable par l'effet du temps qui a enfoui les bases des piliers, nous avons rétabli le soubassement à l'instar de celui de la facade de l’église de S. Pietro in Vincoli, qui est du même auteur et dont la disposition est entièrement semblable.
Résumons ainsi nos appréciations sur cette facade. Le motif général, qui se compose d’un double rang d’arcades, a de l'ampleur et un caractère de fermeté très-marqué. Les colonnes et les piliers sont courts et fortement constitués ; les piles d'angle présentent des massifs d’une grande force de résistance. Ce caractère de solidité, qui se maintient partout, est encore exprimé par une certaine exagération, soit dans les moulures, soit dans les profils. Ajoutons que les consoles qu'on distingue entre les archivoltes, qui d’abord peuvent sembler un détail insignifiant, un ornement inutile, sont pourtant motivées, et peuvent s'expliquer comme étant le support des colonnes du premier étage, ou comme celui des piédestaux et des statues du deuxième étage.
Sans se montrer trop sévère à l'égard de Baccio Pintelli, ne pourrait-on pas lui reprocher d’avoir appliqué trop souvent cette ordonnance aux façades d’églises, et de l'avoir mème répétée jusque dans la cour du petit palais di Venezia (planche 77), sans y faire de modifications sensibles ?
Fontaine située dans une cour du couvent de’ SS. Apostoli.
Nous avons déjà mentionné les agrandissements faits par Sixte V au couvent de l’église de’ SS. Apostoli, dans la notice que nous venons de donner sur cette église. Évidemment, la fontaine dont nous allons parler fait partie des travaux exécutés par Sixte V. Les armes de ce pape, la tiare et le lion posé debout et portant un lis, en font foi. Cette fontaine est très-probablement l’œuvre de Domenico Fontana, l'architecte favori de Sixte V. L’emblème du lion s'y trouve reproduit à l'infini; il y a quatre lions marins qui dominent le bassin supérieur ; au-dessous, quatre tètes de lions, et enfin quatre écussons où sont figurés autant de lions posés debout. Il faut convenir qu'il y a ici-abus de la même idée, et qu’une seule image répétée tant de fois, bien qu'avec des variantes, est fastidieuse pour l'œil.
La forme anguleuse et tourmentée du grand bassin n'est pas ce qu'on doit préconiser: de cette forme néanmoins résulte cet avantage, que les quatre lions marins semblent posséder chacun un bassin distinct pour recevoir l'eau qu'ils répandent, et qu'entre ces bassins saillants et cintrés on a pu en pratiquer quatre autres, de forme elliptique, dans lesquels s’écoule l’eau versée par les têtes de lions. Ces divers Jets d’eau, disposés symétriquement à des hauteurs différentes, constituent un motif des mieux étagés. Dans la partie centrale, qui se compose de plusieurs balustres superposés et couronnés de vasques, et au sommet d’un champignon, les diverses parties sont bien agencées, d’un
bon rapport, et disposées de manière à pyramider. En somme, cette
fontaine, eu égard à la belle forme des coupes et de leurs supports, à
la multiplicité des jets, à l’adroite combinaison des bassins, et enfin
à l'abondance des eaux, nous semble une des conceptions le mieux raisonnées et des plus pittoresques qu'on puisse citer en ce genre.
La petite vue vient à l'appui du plan et de l'élévation, pour lever
toute difficulté à l'égard de certaines dispositions qui d’abord auraient
pu sembler inintelligibles.
Elévation d'une maison située piazza Borghèse.
Le joli plan de cette maison et la vue de son vestibule ont été représentés sur la planche 99, et l’on peut y recourir. lei nous reproduisons la façade, qui méritait d’être connue au même titre que le plan.
L’extrème simplicité de cette façade empêche qu’on ne s’y arrête d'abord; mais pour peu qu'on lexamine, on ne manquera pas d’y remarquer l’excellente division des étages, l'harmonieuse proportion des croisées, le motif du balcon central, enfin les bossages si bien appliqués au rez-de-chaussée, comme expression de la force.
On pourrait presque dire qu'une habitation italienne n’est pas complète si elle manque du belvédère connu sous le nom de loggia. lei cette loge existe ; simple comme tout le reste, elle produit un excellent effet.
Palais Grimani, via Rasella.
Quoique cette habitation ait peu d’étendue, il y règne une certaine magnificence qu'elle doit surtout à sa distribution. Le vestibule est spacieux, et l’escalier présente un noble aspect. La petite fontaine du vestibule est un agrément qu'il faut y compter, et elle sert encore de
point de vue à l’escalier. Les écuries et remises sont en nombre con-
venable, et leur situation bien choisie. Quant aux deux rampes indiquées au fond de la cour, elles descendent à la rue degli Avignonesi.
Palais Albani, via delle Quattro Fontane.
On ne peut juger de l'agrément de cette habitation, si on ignore quels sont les accidents du terrain. Les bâtiments et la cour sont établis sur un plateau qui domine le jardin, lequel à son tour forme un second plateau élevé au-dessus des vignes et des jardins du voisinage. De cette disposition du sol résultent des points de vue pittoresques et champêtres, en sorte que le palais pourrait aussi bien passer pour une maison de campagne que pour une maison de ville.
Quant à la distribution intérieure des bâtiments, elle est commode et bien raisonnée : mais on ne trouve rien dans les façades qui soit digne d’être mentionné, sinon le bon effet des parties en avant-corps de la façade sur la cour. La fontaine qui figure à l'extrémité de celleci s'élève au-dessus du mur d'appui servant de clôture, et son profil
se détache agréablement sur le fond du ciel.
Plan du palais Altemps, piazza Fiammetta.
Selon la tradition, ce palais fut commencé par Baldassarre Peruzzi et achevé par Martino Lunghi le vieux. Nous n'avons rien rétrouvé, soit dans les dispositions générales, soit dans les détails, qui fût assez bien caractérisé pour pouvoir nous prononcer. Cependant, il y a des parties de l'édifice assez belles pour qu’on puisse les attribuer à Peruzzi. Nous devons, d’ailleurs, avoir quelque confiance dans les traditions, que plus d’une fois nous avons confirmées par des preuves irrécusables.
On peut citer dans le plan quelques bonnes dispositions ; et telles seraient les deux entrées, dont l’une est située sur la façade prineipale, et l’autre sur la facade postérieure. Toutes les deux aboutissent à un portique qui introduit à un grand escalier. [l résulte donc de cette
ET CRITIQUES: 369 disposition deux escaliers principaux desservant deux appartements distincts, et situés aux deux extrémités de la cour.
Les cuisines ont été ménagées à proximité d’une cour de service ; qu’on a rejetée sur le côté. [Il est à regretter que les écuries et remises n'aient pas été placées dans les mêmes conditions.
L'architecture des façades n’a aucun caractère décidé ; elle est terne, sans couleur, quoique d’un goût assez correct, et ne manque pas non plus d’une certaine grandeur. À l'angle droit de la facade principale les bâtiments se continuent, mais en retraite, ce qui produit du mouvement dans les lignes et ajoute à l’effet. À ce même angle on a élevé, au-dessus de la toiture, une loge d’une assez belle apparence, qui donne à l’ensemble un caractère monumental. Nous renvoyons à la notice de la planche suivante les observations que nous avons à faire sur la cour.
Palais Altemps ; coupe et vue de la cour.
Si quelques parties du palais Altemps peuvent être attribuées à Baldassarre Peruzzi, les probabilités seraient seulement pour la cour ; encore ne pourrait-on se prononcer pour l’affirmative, bien qu'à la rigueur on puisse retrouver dans la disposition des deux ordres et de l’attique, et même dans les détails, quelque analogie avec la manière de Peruzzi.
Les deux étages inférieurs, aussi bien que les ordres qui les décorent, sont dans un bon rapport et d’une proportion harmonieuse ; toutefois, on ne peut se dissimuler que les arcades du rez-de-chaussée ne soient réellement trop courtes. Quant à l’attique, il semble lourd, ét cet effet doit provenir de ce que les croisées sont trop larges et l'ornementation presque nulle; ce qui rend le contraste trop frappant avec la richesse des étages inférieurs. La corniche supérieure est bien divisée, bien décorée, et forme un couronnement parfaitement assorti et fort convenable.
XIE, g.
Les facades latérales de la cour, dont rend compte la vue du bas de la planche, sont d'un effet moins agréable que les portiques de l'entrée et du fond de la même cour. Il faut surtout l’attribuer au peu de goût avec lequel les croisées sont ajustées dans les arcades. On voit à droite une fontaine où figurent une statue de Neptune et deux Termes. Cette décoration donne bien quelque variété à la cour, mais pas assez pour détruire la monotonie de l'aspect général.
On a établi au premier étage, derrière le portique du fond, une chapelle dédiée à S. Aniceto, martyr et pape en 168.
Les statues qu'on voit à l'extrémité de la cour sont presque les seuls restes d’une riche collection d’antiques réunie autrefois dans ce palais. Les piédestaux qui supportent les statues sont entaillés sur la face principale, de manière à former des soupiraux qui correspondent à ceux qu’on a pratiqués sous les croisées du rez-de-chaussée. Cet ajustement est original et ingénieux.
Le duc Angelo Altemps, en 1652, avait formé dans ce palais une bibliothèque assez considérable et rassemblé un grand nombre de
dessins : les livres comme les dessins sont aujourd’hui dispersés.
Église et cloitre de S. Giovanni decollato.
Vers 1450 il se forma à Rome une confrérie pour assister les condamnés à mort. Les membres de cette compagnie ne pouvaient être que Florentins d’origine et de naissance. D’après leurs statuts, ils se rendent près des condamnés à minuit, la veille de leur supplice, les encouragent, les accompagnent jusqu'au lieu de l'exécution, et enfin les ensevelissent. Dans le principe, leur église fut établie rue Giulia, et porta le nom deS. M. della Fossa.
Le plan de cet établissement est d’une disposition toute simple,
toute naturelle, et parfaitement entendue. Les bâtiments compren-
ET CRITIQUES. 371 nent une petite église, avec une sacristie, un oratoire ayant aussi une sacristie particulière, un cimetière entouré d’un portique, enfin quelques pièces ménagées au premier étage. Les entrées à l’église, à l’oratoire, aux sacristies,au cimetière, sont libres et ecommodes. Il y a dans ce plan tout ce qu'il faut, et pourtant rien de superflu.
La facade de l’église est d’une proportion et d’un goût irréprochables, mais à l’intérieur le motif des pilastres est lourd : toutefois, l’ensemble de la décoration n’est pas sans mérite. Comme détails, nous citerons particulièrement les ajustements, tous variés, des instruments de la Passion. Le tableau du maître-autel est l’œuvre de Gior- 910 Vasari, et deux tableaux de la main de Pirro Ligorio sont à remarquer dans l’oratoire. On jugera de l'architecture du cloître et de
son effet pittoresque d’après la petite vue que nous en donnons. Porte d'un palais, piazza de” Caprettari.
Le motif de cette porte ne brille pas, sans doute, par l'originalité, mais 1] y a dans l’ensemble une harmonie parfaite qui fait apprécier l’œuvre. Les détails et les profils sont corrects , d’une excellente proportion, et l’ornementation est d’un bon style. Le tout est exécuté en travertin.
Fontaine piazza Montanara.
Il faut remarquer dans cette fontaine la beauté mâle des profils et la fermeté du galbe des deux vasques et du balustre qui les supporte. C'est en cela que consiste tout le mérite du petit monument, qui est situé à proximité et en vue du théâtre de Marcellus.
Fontaine du palais di Monte di Pieta.
Cette fontaine, placée au centre de la cour de l'établissement du