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partie, où se trouve la facade principale avec les avant-corps et les

ET CRITIQUES. 389 facades latérales, c'est-à-dire la majeure partie de l'édifice, fut accordée à Bernini, dont le caractère était plus liant, l'esprit plus insinuant, et qui avait les bonnes grâces de la famille Barberini. H en fut de même des deux escaliers placés à l'entrée du vestibule : celui de droite, qui est ovale, fut confié à Borromini, et-Bernini obtint celui de gauche, qui est plus vaste. Ces diverses suppositions ne sont pas arbitraires, mais raisonnées, et portent, selon nous, tout le caractère de la vérité. En effet, Borromini en exécutant l'escalier ovale dut l’éclairer par une croisée aux trois étages, et il composa la décoration de ces croisées sans s'inquiéter de ce que pouvait faire son collaborateur, qu'il voulait embarrasser ou obliger à suivre sa décoration, à lui particulière, sur toute la longueur des bâtiments. Bernini, en homme d'esprit, se contenta, pour la symétrie, de répéter, du côté gauche, les trois croisées de Borromini, et il reprit ensuite sur les avant-corps et les facades latérales son propre système de décoration. C’est ainsi que, par un trait de malice et de bon sens tout à la fois, 1l sut tourner contre Borromini le piége qu'il lui avait tendu, et afficher à tous les yeux l’infériorité de son rival. Qu'on cherche donc à expliquer d'une autre facon comment ces détails de croisées, d’un caractère si différent , composés d'éléments si tranchés, ont pu être ainsi entremêlés ; je doute qu’on puisse trouver une interprétation plus satisfaisante.

Arrivons maintenant à l'examen des diverses parties de l'édifice, et parlons d’abord des plans. Le palais est bâti à mi-côte, sur un terrain fouillé et déblayé de manière à obtenir l'isolement des bâtiments. Les terres, encaissées dans des murs de soutènement, sont tenues à distance, et de là il est résulté de grands avantages. L'édifice, ainsi assaini, est préservé de l'humidité; les appartements du premier étage se trouvent de plain-pied avec les jardins, auxquels ils communiquent à l’aide de deux ponts; une pente douce ou gradinata, bien étudiée, accessible aux voitures, fait arriver sans fatigue à l'étage supérieur, auquel on parvient également et à couvert, en suivant divers escaliers établis sous le vestibule principal : disposi-

tion trop peu remarquée, bien digne de l'être pourtant, qui joint à des avantages nombreux et divers, de beaux effets de perspective et de lumière.

Le plan du rez-de-chaussée se compose de deux corps de logis en saillie, réunis par un vaste bâtiment en arrière-corps, où se présente d’abord un vestibule spacieux qui se rétréeit graduellement. A l’extérieur, ce vestibule est ouvert de sept arcades, qui se réduisent successivement à cinq, puis à trois, et enfin à une seule, laquelle donne entrée à un second vestibule elliptique, à la suite duquel se trouve cette longue et belle rampe déjà mentionnée, qui forme une magnifique perspective, terminée au loin par la fontaine de lApollon, que ci-dessus nous avons fait connaître. En revenant sur nos pas jusqu’au premier portique de ce même vestibule, on aperçoit aux deux extrémités deux arcades symétriques précédées de quelques marches. L'une et l’autre introduisent aux deux principaux escaliers du palais, et conduisent aux appartements des divers étages. Celui de droite, qui est ovale, fait communiquer avec la bibliothèque établie au dernier étage. Cette précieuse bibliothèque, où le publie est généreusement admis, est aujourd’hui composée d'environ soixante mille volumes et de dix mille manuscrits, provenant la plupart de la bibliothèque Strozzi à Florence. Elle à été formée par les soins du fondateur du palais, le cardinal Francesco Barberini.

Les appartements du premier étage sont spacieux et d’une grande magnificence. Ils sont décorés de statues antiques, et l’on y trouve une riche collection de tableaux, la plupart de l’école italienne, et des plus illustres maîtres.

Les bâtiments sont reliés aux jardins par deux ponts, dont l’un est situé derrière et dans l’axe du palais, et l’autre rattaché à Ja façade latérale de droite ; tous les deux sont indiqués sur les plans.

La petite vue du bas de la planche est destinée à faire connaître le fond du grand vestibule, où se trouve la partie cintrée; à donner une idée de la décoration du second vestibule de forme elliptique, où l’on

ET CRITIQUES. 591 distingue les rampes d'un double escalier ; enfin, à indiquer cette magnifique montée à l'extrémité de laquelle apparaît la grille qui ferme la partie réservée des jardins.

Il nous reste encore à nous prononcer sur la facade principale, dont la masse est si imposante et si accidentée. Le grand effet qu'elle produit tient d’abord au motif-des deux pavillons en saillie, qui donne du mouvement et de la variété aux lignes des corniches ; puis à la surélévation de l’arrière-corps qui brise ces lignes. Celui-ci doit sans doute une partie de son importance à son étendue qui est considérable, mais elle lui vient surtout du grand parti de son ordonnance; de ce qu'il est fortement caractérisé par sept arcades de front , répétées aux trois étages, et enrichies de colonnes et de pilastres. Quant à la décoration architectonique, elle n’est pas irréprochable. On regrette, en effet, que les détails ne répondent pas aux qualités éminentes de l’ensemble, et qu'ils manquent de fini et de goût. Toutefois on peut constater la bonne proportion des arcades et des ordres, en convenant qu’il faudrait refondre ou améliorer et les moulures et l’'ornementation.

On a peu de chose à dire des croisées qui éclairent les salles des avant-corps ou des façades latérales, sinon qu’elles sont insignifiantes et sans distinction. Mais on doit signaler pour leur bizarrerie les trois croisées de l’arrière-corps qui éclairent aux trois-étages l'escalier ovale. Borromini, nous l'avons déjà dit, doit être accusé de ces productions étranges qui déparent la façade; et Bernini, pour se conformer aux exigences de la symétrie, fut obligé à les reproduire du côté opposé.

Le balcon établi au premier étage, dans l'axe du palais, est judicieusement supporté par deux colonnes en saillie qui marquent davantage le milieu de la facade. Ajoutons que les refends qui décorent la totalité du rez-de-chaussée donnent à celui-ci plus de gravité, et le rendent plus homogène.

Les lignes des avant-corps se relient convenablement avec celles

du bâtiment central, à l'exception du couronnement, qui ne s’y rat-

tache par aucune ligne, et vient mourir contre les pilastres du troisième ordre, à la hauteur du centre des arcades. Ce manque de liaison, condamnable au point de vue de l'ajustement, à pourtant ce résultat de faire ici triompher davantage le bâtiment central, et trouve sa justification dans le bel effet qu'il produit. Au reste, les deux couronnements, celui de l’avant-corps comme celui de l’arrière-corps , sont parfaitement conçus, parfaitement raisonnés, leur valeur relative bien marquée, les divisions principales bien senties; mais, il faut le dire, dans l’un comme dans l’autre les détails manquent de correction.

La lanterne qui s'élève au-dessus de la toiture ajoute du pittoresque

à la silhouette générale.

Palais Barberini ; détails de la partie centrale des plans du rez-de-

chaussée et du premier étage.

La partie centrale du plan du palais Barberini, si admirablement étudiée, est ici reproduite sur une grande échelle, afin qu’on puisse mieux juger, non-seulement l'ordonnance générale de cette belle composition, mais jusqu'aux moindres détails. Il faut considérer ce vaste et beau vestibule, qui se rétrécit graduellement et d’une facon si ingénieuse ; le petit vestibule elliptique avec son double escalier, qui abrége l’arrivée au premier étage et vous dispense de suivre la pente douce ; puis, revenant sur ses pas, il faut examiner avec soin ces deux grands escaliers qui se présentent noblement aux deux extrémités de la première travée du vestibule. L'entrée de ces deux escaliers est entièrement semblable, leur débouché absolument le même, quoique trèsdifférents l’un de l’autre pour la forme comme pour l’allure. Celui de droite, exécuté par Borromini, est en spirale, et d’une disposition élésante; celui de gauche, qui est l’œuvre de Bernini, a plus d’étendue et est d’un plus noble aspect. La cage de celui-ci se régularise et s'amoindrit au premier étage, et devient carrée; tous les deux tirent leur Jour,

soit de petites cours placées au centre, soit de croisées ouvertes à l’extérieur. [ls donnent accès à deux pièces semblables, symétriquement placées, qui communiquent au grand salon. Cette immense salle, la plus importante detoutes, est située dans l'axe du palais ; elle estaussi ouverte sur la cour, et a un balcon à son usage. Elle sert de débouché à plusieurs appartements, et est précédée de trois antichambres ou vestibules, soit du côté de la cour, soit du côté du jardin; enfin elle est desservie directement par deux beaux escaliers, sans compter la belle rampe et les escaliers du côté du jardin. Où trouver ailleurs une disposition aussi admirable, des combinaisons étudiées avec tant de prévoyance et de réflexion, en un mot, un résultat qui ait cette grandeur et cet éclat ? Nous engageons le lecteur à s’y arrêter longtemps, à bien se rendre compte de la manière dont les plans du rez-de-chaussée et du premier étage se combinent et se pénètrent, et il reconnaitra qu'il n'y a rien d’exagéré dans nos appréciations.

D’après la notice historique que nous avons donnée, les plans du palais seraient une œuvre collective, qui dans cette condition défavorable a cependant réussi. Pour la villa di papa Giulio,'et dans des conditions analogues, un résultat brillant a de même été obtenu. Voilà bien deux exemples de succès, mais ils sont rares. Tant qu'il ne s’agit que de disposer un plan, c’est-à-dire d'accomplir une œuvre de raison, les collaborateurs peuvent s'entendre; chacun peut faire écouter ses observations ou apporter une amélioration partielle à l’ensemble : mais dès que la partie artistique apparaît, sitôt qu’elle est discutée , l'accord cesse, et vous ne pouvez plus obtenir d’une réunion semblable qu'un résultat bâtard, sans verve, incolore et disparate ; et c’est aussi ce qui est arrivé pour le palais Barberini.

On remarquera, dans le vestibule elliptique du premier étage, les deux petits escaliers obliques G, G' servant à monter aux deux balcons H,H° de la façade sur le jardin. Ces deux escaliers, peu recommandables du reste sous le rapport de l'ajustement, étaient d’une nécessité absolue, afin que les deux escaliers F,E", qui partent du rez-

de-chaussée, eussent une échappée suffisante pour aboutir sous ces mêmes balcons.

Le grand salon à 24",69 de long sur 14",40 de large. La voûte en a été peinte par Pierre de Cortone, dont elle est l'ouvrage capital. Cette immense fresque, qui représente le triomphe de la Gloire sous les attributs de la famille Barberini, est une production remarquable par la verve de sa composition, le beau caractère des figures, l'éclat de la couleur et l'intelligence du clair-obseur. Les stucs y sont également d’une belle exécution. Nous ne pouvons nous dispenser de mentionner un lion antique et de grandeur naturelle qui décore l'escalier principal. Ce bas-relief renommé est encastré dans le mur à la hau-

teur du second palier.

Palais Barberini; escalier ovale.

L’escalier en spirale, exécuté par Bramante au Vatican, semble avoir excité chez les architectes de Rome le désir de le surpasser. Environ quarante ans après sa construction, Vignole fait au château de Caprarola une première tentative d'imitation. Dans cet escalier, d’une noble apparence, il ne fait usage que d’un seul ordre, de l’ordre dorique accouplé et portant triglyphes ; ensemble et détails, tout y est parfaitement étudié. L'ordre ionique qu’on voit au sommet n'appartient plus, à vrai dire, à l'escalier. Il est placé au-dessus, mais sur la paroi du mur d'enceinte, et il y figure comme une décoration indépendante de la première. L’escalier de Bramante a moins de grandeur et de correction, mais son allure est plus franche et plus originale. On peut y blämer cette succession de tous les ordres supportant un entablement invariable ; mais néanmoins il plaît davantage par une apparence de simplicité, et par une plus grande variété. Vignole, en élevant son ordre sur un piédestal, a produit sans doute un ajustement parfaitement motivé; mais 1] à enlevé à son ensemble l'élégance et la légèreté qui

font le charme de l'escalier de Bramante et qui le caractérisent.

Au commencement du xvu° siècle, Martino Lunghi construisit aussi au palais Borghèse un escalier ovale, dans le système de celui de Vignole, mais qui lui est inférieur pour la correction et l’ajustement. Enfin Borromini, peu d’années après, vers 1626, exécuta au palais Barberini l'escalier dont nous avons à parler, et qui fait le sujet de cette planche. Pour la forme, qui est ovale, il ressemble à celui de Lunghi; mais dans tout le reste il a une grande analogie avec celui de Vignole. Borromini, ainsi que Vignole, n’a admis qu’un seul ordre, l’ordre dorique : comme lui, il a accouplé les colonnes, et les a placées sur des piédestaux qui comprennent une balustrade; mais il à supprimé les triglyphes, peut-être pour éviter les difficultés de leur arrangement.

Que Vignole, ne pouvant faire varier l’entablement de son escalier, ait renoncé à faire varier l’ordre qui le supporte, et qu’en cela il se soit montré plus logicien que Bramante, on n’en sera pas surpris de la part d’un artiste aussi calme et aussi sage; mais on s'étonne de trouver ce même esprit de réflexion et de sagesse chez Borromini, qui ne visait qu'à l’exagération, et ne recherchait que les détails bizarres. Il est vrai qu'alors il était jeune, que son goût était moins perverti, et qu'enfin ses extravagances n'avaient pas encore été consacrées où encouragées par ces applaudissements funestes qui plus tard ont perdu ce novateur.

Louons donc Borromini du parti général qu'il a suivi, de la simplicité de son ordonnance et même de ses détails; chose rare et tout exceptionnelle chez lui. Donnons-lui volontiers des éloges pour avoir su ménager divers paliers qui n'existent pas, nous le croyons, dans l'escalier du château de Caprarola. Et ceci n’était point une minime difficulté, car il fallait calculer le parcours d’un palier à l’autre pour conserver partout une hauteur moyenne à la balustrade, variant sans cesse de hauteur. Cette balustrade étant assujettie au cours régulier de l’ordre, on ne pouvait alors agir que sur l'épaisseur des voûtes et la

hauteur des marches. C’est aussi ce qu'a pratiqué Borromini ; et dans DE

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