BARTHOLOMEO AMMANATO
ARCHITETTO FIORENTINO.
(2) Pres de cette porte, mais sur le mur extérieur des bâtiments exposés au nord , on remarque une croisée dont les prolils ont beaucoup d’analogie avec ceux de la porte. Cette croisée est supportée par des consoles du style d’Ammanäti, cé qui pourrait faire croire que la porte est également son ouvrage; mais comment supposer alors qu’il ait, sans aucun motif, voulu détruire Pharmonie du vestibule? Je persiste done à attribuer la première porte aux architectes ses prédécesseurs, que je viens de nommer.
(3) Voyez les planches 159 et suivantes, où ce palais est représenté avec ses meilleurs détails.
A64 NOTICES HISTORIQUES et franche. On y reconnaît les tergiversations habituelles du maitre, et même, il faut le dire, des incertitudes de goût chez les trois artistes, qu'il faut envelopper dans le même blâme. L'éloignement de Vignole semble avoir porté un coup funeste à cette partie des constructions ; on dirait que les vues d’ensemble cessèrent avec lui, et que ses successeurs manquèrent du vrai sens architectural. C’est ce qu'on est porté à croire en voyant la manière inhabile dont sont reliées entre elles les deux loges des extrémités. J’admets que la difficulté était grande ; que l'obligation d'utiliser huit colonnes d'un petit diamètre, et de rattacher par un ajustement celles-ci aux colonnes de l’autre loge, dont le diamètre était plus considérable, demandait des efforts et de grandes ressources dans l'esprit; mais quand on voit cependant de quelle manière la jonction des deux ordonnances a été combinée, on ne trouve pas de raisons pour excuser une telle incurie ; et certes ce n’est pas ainsi que Peruzzi ou Vignole eussent résolu le problème (1). Toutefois, abstraction faite de ces négligences, les facades des deux loges ne sont pas sans mérite, Comme on le verra en étudiant la planche suivante. Quant à la nymphée, elle est d'une agréable conception, et l'exécution en est très-soignée. Vasari y prit quelque part, s'il faut l'en croire; mais l'étude et les détails sont probablement d’Ammanati : les cariatides passent mème pour avoir été sculptées par lui. Les balustres placés sous l'appui entre les colonnes de la première loge, et ceux qui forment la balustrade de la double rampe, n'existent plus aujourd'hui, et sont remplacés par des barreaux de fer. J'ai rétabli ces balustres dans la coupe, d’après l'autorité de Giovanni Stern, qui affirme en avoir retrouvé des débris, et qui nous en à
transmis le détail.
(t) Pour cette appreciation critique , je n’ai pas tenu compte de circonstances particulières que je puis ignorer; car les architectes n’ont que trop souvent la main forcée, et il serait injuste de les accuser toujours de fautes dont ils ne sont que les éditeurs responsables. S'il est vrai que les huit colonnes antiques de la petite loge aient été trouvées à Tivoli au temps des constructions, leur emploi devint un embarras pour les architectes, dont les dispositions étaient peut être déjà prises pour une décoration semblable à celle de la face opposée.
On remarque sur l'ordre dorique du fond, attribué à Michel-Ange, une particularité assez singulière : la partie supérieure de la corniche est recouverte d’un stuc assez mince, qui a modifié les moulures. Est-ce Ammanati qui a jugé cette modification utile, afin de mettre les moulures dans un meilleur rapport avec l'étage supérieur ? Cela est peu probable. En admettant, comme on le dit, que l’ordre dorique soit de Michel-Ange, l'autorité de celui-ci était trop grande pour qu'Ammanati osât se permettre une correction. N'est-il pas plus croyable que l'application du stuc est d’une époque postérieure, et fut faite à la suite d'une restauration exécutée au temps de Paul V ou de Clément XIV? Aujourd’hui le stuc, presque entièrement détaché, n'est plus visible que sur quelques points.
Les deux petits escaliers à limaçon qui de la cour basse montent directement à la loge du fond sont en ruine, et des éclats de pierre se sont séparés du noyau central. Comme le moindre choc pourrait déterminer l’affaissement de ces escaliers, on a pris la sage précaution d’en interdire l'usage.
La voûte de la salle fraiche placée à l'opposé, sous la principale loge, est décorée de belles fresques. Ce luxe, bien que placé dans un soubassement, ne saurait surprendre; car cette pièce était peut-être la plus agréable à habiter à certaines heures du jour.
Pour compléter la décoration de cette cour, et lui donner l'apparence de ce qu’elle devait être dans le principe, nous avons dù orner les niches de statues, afin de remplacer celles qui s’y trouvaient au temps de Jules IT (1).
Parlons enfin des deux longues inscriptions gravées sur des tables de marbre qui sont fixées à droite et à gauche entre les deux niches du soubassement et dans l’entre-pilastre dorique du milieu. Ces inscriptions sont relatives à la cession de la propriété, aux travaux exécutés, et à la
(1) Un petit nombre de ces dernières ont été gravées dans un recueil qui doit être rare, et
qui porte le nom de lo. Baptista de Cavalleriis, et la date de 1585. Ce recueil est dédié au cardinal Ludovico Madrucio, et contient cent gravures de statues antiques.
police de la villa. Voici celle de gauche, qui est indiquée sur la coupe :
Ivuil ul. PONT . Max
AVSPICIO BALDVINVS Eivs FRATER . PRAEDIOLVM. SVBVRBANVM PROPE FLAMINIAM . AB ANTONIO PATRVO . CARDINALE . OLIM
ANIMI CAVSA . COMPARATVM SYLVA . HORTIS . VILLIS . VINETISQ CONTIGVIS . ET CVIVSVIS PLANTAR . GENERIS . NVMERO PENE IN FINITO . A SE AVCTVM . NOVOQ . AC POLITIORE CYLTV . NVLLO NON LOCO . DIRECTVM . ATQ . ILLVSTRATVM . AQVA . VIRGINE ET FONTIE SALVBERRIMIS . E LATEBRIS TERRAE INACCESSIS . NON MINVS AD COM
MVNE OMNIVM . QVAM AD PRIVATVM COMMODVM . IN LVCEM EDV
CTIS . VNDIQ. IRRIGVVM FACTVM . SALIENTIBVS . PISCINA AVIARIO ATQ . HOC QVASI THEATRO . ADMIRABILI . PICTVRAE STATVARVM EMBLEMATVM SPLENDORE CONSTRVCTIS TEMPLOQ . IN PRIMIS DEO OPT . MAX . AC DIVO ANDREAE AB IPsO Î[vLio PONTIFICE ERECTO . ATQ . DICATO SIBI INNOCENTIO CARDINALI . ET FABIANO COMITI FILIIS ET EORVM POSTERIS IN AMPLIOREM . ET AVGVSTIOREM FORMAM REDEGIT
PRAEDIVM AVTEM HOC IPSVM . AC QVIDQOVID VSPIAM IN EO ORTVM-. CVLTVM . STRVCTVM . AMPLIATVM . ORNATVM :…. VEL IN PRAESENTI EST . VEL ERIT IN POSTERVM . SIVE TOTVM . SIVE.- ALI QVA EX PARTE . CVIVSQVEMODI . ET QUANTVLA EA CVNQ . FVERIT
PRAETER IPSOS FRVCTVS
VTI NVLLO PRORSVS PRECIO . NVLLO PACTO . NVLLO IVRE CVIQVAM : VNQVAM . ALICVBI . VENDI . OBLIGARI . DONARI . ALI QVE QVOVIS MODO ALIENARI POSSIT : TESTAMENTO . IN PER
PETVVM . AB EODEM BALDVINO . OMNIBVS EST INTERDICTVM NE DE NOMINE EXEAT FAMILIAE SVAE
ET CRITIQUES. 467 L'inscription qui est à droite, eten face de la précédente, est ainsi
conçue E D£EOo . ET LOCI DOMINIS
VOLENTIBVS
Hoc IN SVBVRBANO . OMNIVM . SI NON QVOT IN ORBIS . AT QVOT IN VRBIS SVNT AMBITV . PVLCHERRIMO . AD HONE STAM POTISSIME VOLVPTATEM FACTO . HONESTE VOLVPTV ARIRER . CVNCTIS FAS HONESTIS ESTO . SET NE FORTE QVIS GRATIS INGRATVS SIET . IVSSA HAECCE . ANTE OMNIA . OMNIS CAPESSVNTO
QVOVIS QVISQ . AMBVLANTO . VBIVIS QVIESCVNTO . VERVM HOC CITRA SOMNIVM . CIRCVM SEPTA ILLVD
PASSIM QVIDLIBET ILLVSTRANTO . AST NEC HILVM QVIDEM VSQVAM ATTINGVNTO
QVI SECVS FAXINT . QVIDQVAMVE CLEPSERINT . AVT RAPSE RINT . NON IAM VT HONESTI MORIBVS . SED VT FVRTIS O NVSTI . IN CRVCEM PESSVMAM ARCENTOR
OLLIS VERO QVI FLORVM . FRONDIVM . POMORVM . OLERVM ALIQUID PETIERINT . VILLICI . PRO ANNI TEMPORE . PRO RE RVM COPIA ET INOPIA . PROQ . MERITO CVIVSQVE . LARGI VNTOR
AQVAM HANC . QVOD VIRGO EST . NE TEMPERANTO SITIMQ FISTYLIS . NOM FLVMINE . POCVLIS . NON OSCVLO . AVT VO LIS . EXTINGVVNTO
PISCIVM LVSV OBLECTANTOR . CANTV AVIVM MVLCENTOR AT NE QVEM INTERTVRBENT INTERIM . CAVENTO
SIGNA . STATVAS . LAPIDES . PICTVRAS . ET CAETERA TOTIVS OPERIS MIRACVLA . QVUANDIV LVBET . OBTVENTOR . DVM NE NIMIO STVPORE IN EA VORTANTVR
SICVI QVID . TAMEN HAVD ITA MIRVM VIDEBITVR . EORVM CAVSSA . QUAE NEMO MIRARI SAT QVIVIT . AEQVO POTIVS SILENTIO . QVAM SERMONIBVS INIQVIS . PRAETERITO.
DEHINC . PROXVMO IN TEMPLO . DEO . AC DIVO ANDREAE GRATIAS AGVNTO . VITAMQ . ET SALVTEM . IVIIO IT. poNT Max . BALDVINO EIVS FRATRI . ET EORVM FAMILIAE VNI VERSAE . PLVRIMAM ET AEVITERNAM PRECANTOR
HVIC AVTEM SVBVRBANO . SPECIEM ATQ . AMPLITVDINEM PVLCHRIOREM . INDIES . MAIOREMQ . AC IN EO QVIDQVID
INEST . FELIX . FAVSTVM . PERPETVVM OPTANTO HISCE ACTIS . VALENTO . ET SALVI AREVNTO
Villa di papa Giulio ; plan détaillé de la nymphée, élévations diverses
de la cour basse, comprenant les coupes sur la nymphée.
Le plan est d’un gracieux aspect; sa forme doublement cintrée, les pilastres et les niches ornées de rochers, font pressentir une riche et pittoresque décoration. L'eau jaillit de ces rochers, et s'écoule dans un canal où elle est renouvelée sans cesse. Les quatre piliers isolés marqués sur le plan indiquent la situation des cariatides qui supportent une partie de la balustrade, et qui forment au-dessous de celle-ci une sorte de portique demi-cireulaire.
On s'étonne de trouver sur le plan, dans la disposition des deux escaliers qui conduisent à l’étage supérieur, une irrégularité qui ne semble pas motivée, à moins de supposer qu’on a voulu faciliter la descente aux souterrains en donnant à l’un de ces escaliers la forme d’une pente douce, tandis que l’autre est en spirale. Les deux façades principales, représentées sur cette planche, rendent parfaitement compte de la décoration de la cour. La façade du haut est composée à peu près des mêmes éléments que celle du fond de la grande cour à laquelle elle est adossée (voyez pl. 21g) ; mais l’adjonction du soubassement et de la double cordonata lui donne beaucoup de relief et d’importance. Le parti en est louable, et les détails, quoique sans finesse, sont à peu près irréprochables.
Quant à la façade opposée, qu’on voit au bas de la planche, elle manque complétement d'unité : le premier étage n'est nullement en rapport avec le soubassement ; il a du subir une modification radicale, et n’a certes pas été exécuté tel qu’il avait été projeté. On sent même, d’après les ressauts des pilastres du soubassement, que l’ordre ionique de l’autre façade devait naturellement se continuer sur celle-ci; la restitution pourrait donc se faire sans difficulté, ce qui serait pour
cette loge, comme pour la cour, une amélioration notable.
On prétend qu'à l’époque où s'élevait cette partie des constructions, les huit colonnes antiques de la loge furent découvertes à Tivoli, et que l’architecte reçut l’ordre de les utiliser. Celui-ci, sans presque rien changer au parti arrêté, sans chercher une liaison nouvelle, se borna à élever sur un piédestal les colonnes trop petites qui lui étaient données ; combinaison déplorable qui a jeté le désordre dans l'ajustement général, en même temps que l’harmonie cessait entre les deux étages, par suite d’une disproportion choquante entre les deux ordonnances.
L'ordre dorique du rez-de-chaussée est attribué à Michel-Ange, ét Je ne vois pas d’objection qui puisse établir le contraire. Quant au premier étage, il appartient vraisemblablement à Ammanati, et n’est pas , 1l faut en convenir, un titre bien glorieux pour lui auprès de la postérité.
N'omettons pas de mentionner l’heuireuse idée qui a fait établir des volières dans les deux larges baies du premier étage. Le chant des oiseaux, en se mariant au murmure des eaux, devait ajouter un charme de plus aux agréments de cette cour.
Les deux figures de fleuve qu'on voit couchées dans les deux grandes baies du soubassement, et qui correspondent aux volières, sont en stuc; elles remplacent les fleuves antiques et en marbre qui dans l’origine ornaient ces baies.
Villa di papa Giulio; plan et vue intérieure de la grotte qui sert
d'entrée à la glacière, et médaille de Jules 111.
La grotte et la glacière sont l’une et l’autre taillées dans le roc de la colline située au sud de la villa. Ce roc, à l'extérieur et à l’intérieur. est resté apparent ; la grotte seule est revêtue d'une décoration en rocaille ou cailloux colorés. Elle est d’un bel aspect, bien qu'aujourd'hui fort dégradée. Vignole est reconnu pour l’auteur de cette décoration ; les profils et les ajustements sont en effet, pour la correction et la
470 NOTICES HISTORIQUES grâce, trop éloignés de la manière de ses successeurs pour qu'on puisse s'y méprendre.
On ne verra pas sans intérêt la médaille que nous reproduisons ici: non-seulement elle donne par le profil les traits de Jules IF, auquel nous devons ce bel édifice, mais on y trouve sur le revers le dessin du projet primitif, qui peut faire juger des changements apportés aux premiers plans dans le cours de l'exécution. Ainsi, d’après la médaille, la facade extérieure devait avoir des mezzanines au rez-dechaussée, sur l’avant-corps comme sur l’arrière-corps, tandis qu’aucune mezzanine ne devait exister au premier étage. Les croisées de celui-ci devaient être couronnées de frontons; enfin, les escaliers eirculaires des arrière-corps, qui dans l’origine furent peut-être projetés semblables, étaient terminés par de petites coupoles ou lanternes, pouvant servir à les éclairer.
La facade du fond de la grande cour parait, toujours selon la médaille, n'avoir pas subi de modification, et les cariatides y sont même indiquées. On ne trouve pareillement aucun changement à la facade du fond de la cour basse, si ce n’est la suppression de l'attique sur les deux ailes, qu'on devait décorer de statues.
Cette médaille ne portant pas de millésime, on est autorisé à croire qu'elle a été commencée au début des travaux, et que, tandis que l’artiste exécutait le portrait du pape et la facade extérieure de la villa d’après le projet de Vignole, des changements furent décidés dans les bâtiments du fond, changements auxquels dut se conformer le gra-
veur pour le deuxième et le troisième plan de sa vue.
Tombeau de Giovanni Arberini, situé sous le vestibule de l'église
S. M. sopra Minerva.
Ce tombeau de Jean Arberini, mort à quatre-vingt-cinq ans six mois et cinq jours, suivant l'inscription, est dû à la piété filiale, et fut
ET CRITIQUES. 47a élevé par Jacob Arberini. Il est adossé au mur d’un vestibule étroit. Le caractère de la sculpture détermine approximativement l'age de ce monument, qui doit remonter au milieu du xv° siècle.
L'ordonnance générale est fort simple, les proportions y sont louables, les profils excellents, et les ornements d’un goût irréprochable. Mais c’est la conception en elle-même, ou, si l’on veut, la pensée intime et religieuse de l'artiste, qu'il faut surtout étudier pour s’en bien pénétrer ; car elle est de nature à pouvoir s'appliquer parfaitement à d’autres monuments de ce genre, même beaucoup plus splendides.
Les armes du défunt sont sculptées sur les piédestaux des deux extrémités du soubassement, et l'inscription qui consacre le tombeau est gravée au centre. Au-dessus de ce soubassement s'élève, entre deux pilastres, un socle sur lequel est étendu Jean Arberini. On à voulu caractériser la force d’âme de celui-ci, ou rappeler quelques faits particuliers de sa vie, sur un bas-relief allégorique dont le sujet est la lutte d’un homme contre un lion. Le personnage est représenté couché, et dans l'attitude de la prière ; il semble assisté de deux anges, portant l’un et l’autre un flambeau. Ces douces figures, d’un style plein de naïveté, paraissent animées de la mème pensée que le défunt, et prier avec lui. Tous les trois s'adressent à la Vierge, qui apparait au-dessus d'eux au milieu d’un groupe d’anges. Le visage et la pose de celle-ci respirent la bienveillance, et font pressentir que la prière doit être exaucée. Toute cette scène muette, où domine le sentiment chrétien, est parfaitement exprimée, et nous regrettons de ne pouvoir appliquer un nom d'auteur à cette œuvre estimable.
La peinture qui dans l’origine décorait la partie supérieure et cintrée du monument ayant disparu, nous avons dû emprunter à un autre tombeau le tableau de la Vierge, afin de conserver au monument
son aspect primitif et toute la pensée de l'artiste.
LES mu] D
Plan de l'église S. Carlo, via del Corso.
Sixte IV, en 1471, accorda aux Lombards une petite église appelée S. Niccolo del Fufo, qu'ils restaurèrent et dédièrent au célèbre docteur de l’Église latine, saint Ambroise, archevèque de Milan, leur protecteur. Saint Charles Borromée ;: autre archevêque de Milan, mort en 1585, ayant été canonisé en 1610, aux applaudissements de la ville de Rome et de toute la chrétienté, des cardinaux lombards et plusieurs riches personnages de cette nation fournirent les fonds nécessaires pour élever en l'honneur des saints Ambrogio et Carlo la somptueuse église dont nous avons le plan sous les yeux. Après avoir préalablement démoli un grand nombre de maisons, on posa la première pierre de ce bel édifice le 29 janvier 1612, et les constructions s’élevèrent sur les dessins d'Onorio Lunghi, et furent continuées par son fils Martino Lunghi. Pietro da Cortona vint ensuite, et ce fut lui qui exécuta la décoration, la croisée, la tribune et la coupole. Enfin, vers 1690, le cardinal Omodei ayant rejeté un projet composé par Carlo Rainaldi pour la façade, fit construire celle-ci par Gio : Baptista Menicucci, assisté du frère capucin Mario da Canepina. Du reste, cette facade est du plus mauvais goût ; l’ordre y est lourd, et a beaucoup trop d'importance ; enfin les croisées sont un non-sens, puisqu'elles accusent un étage qui n'existe pas à l’intérieur.
Quant au plan, il est digne au contraire d’une attention sérieuse ; la disposition en est largement conçue et parfaitement régulière. Il est combiné de manière que tout à l’intérieur a l'apparence grandiose : les arcades qui divisent les nefs ont de l'ampleur, la circulation autour de l’abside est facile, l'entrée à la sacristie est commode ; enfin, des accès à l’église, avec d’utiles dégagements, ont été habilement ménagés sur divers points.
Dans les bâtiments annexés à l’église se trouvent un oratoire et un hôpital destiné aux nationaux, c’est-à-dire où l’on recoit seulement
les malades lombards.
Basilique de San Giovanni in Laterano (de Saint-Jean de Latran);
plan général et vue d'ensemble de l'église, de ses dépendances, et
du palais pontifical à
LÉGENDE. Nora.
a Facade principale. Pour qu'on puisse
B, » Ancienne Basilique.
C, e Abside, — 4 Monastère.
E, e Facade latérale et clochers de Pie IV.
f' Vortique de S. Venanzio.
mieux suivre le récit que nous allons faire de l'origine cet des agrandissements successifs des bâtiments de G, g Baptistère de Constantin. S'-Jean de Latran, nous H, 4 Oratoire deSainte-Croix. produisons en tête de 1, à Salles des Conciles, K, À Loge dela Bénédiet”, L, { Palais de Latran.
m Triclinium de saint
cette notice le plan qui représente l'état des constructions avantque Sixte V vint y apporter Léon HI. de grands changemens n Escalier Saint.
o Restes de la biblio-
Ce plan doit être comparé à celui de la planthèq. de SHHilaire. che 225,quiexprime l’e
p Siluation de de Ne tat actuel des localités. bélisque de Sixte V. È La vue qui est dis- 4 Aqueduc de Claude. > >
r Hôpital S.Salvatore.
pesnemsss##|s posée au-dessus du plan
K représente le palais à RAS ; \\\|| une époque également
antérieure à Sixte V, mais elle ne concorde pas parfaitement avec les indicatious du plan, L'une et l’autre sont extraits de
l'ouvrage de Cesare Rasponi (De basilica et patriarchio Lateranenst), qui sans doute les a lui-même puisés à des sources différentes. Ces deux renseignements que nous donnons étant d’un très-haut iutérêt, nous avons voulu les présenter intacts et sans
la moindre altération, én laissant au lecteur le soin de faire les rectifications nécessaires pour mettre la vue d'accord avec le plan.
Après avoir livré bataille à Maxence, son compétiteur à l'empire, 1 69, 100, r04, 105, 106, 107,
Constantin le Grand entra victorieux dans Rome, et choisit pour habi- 46
tation, sur un plateau du Celius situé à l’est, un palais qui avait appar-
(as NOTICES HISTORIQUES
tenu aux Laterant, ancienne et puissante famille dont parle Tacite à l’occasion de Plautius Lateranus, mis à mort par Néron. Après avoir recu le baptème des mains de saint Sylvestre, Constantin , vers l'an 324, fit élever une basilique au Sauveur au milieu même de son palais, qu'il agrandit considérablement. Lorsqu'il quitta Rome pour aller se fixer à Constantinople, il fit don à saint Sylvestre de l’église et du palais, qui depuis fut habité par les papes jusqu'à leur départ pour Avignon.
Cette basilique est considérée comme la principale église du monde catholique ; elle est le siége épiscopal des papes en qualité d'évèques de Rome, et on la regarde comme la mère et la tête des églises de la ville et du monde entier : Ecclesiarum urbis et orbis mater et caput. Son nom a varié à diverses époques : on l’a appelée basilique Constantinienne, parce que Constantin en fut le premier fondateur ; bastlique du Sauveur, parce qu'elle fut d'abord dédiée au Sauveur par le mème empereur; basilique d'Or (Aurea}, à cause des richesses considérables et des dons magnifiques dont elle avait été comblée; basilique du Latran (basilica Lateranense), parce qu'elle fut fondée sur le palais des Laterani; enfin, basilique de Saint-Jean, parce qu'elle fut dédiée aux saints Jean-Baptiste et Jean l’évangéliste.
La basilique primitive a subsisté environ mille ans, à l’aide de restaurations successives faites par différents pontifes, et principalement par saint Zacharie, saint Léon 1°, Benoît III, Sergius HT, Adrien V et Nicolas [IV ; mais en 1308 elle fut, ainsi que le palais, presque entiérement détruite par un incendie; toute la toiture, le portique, l’habitation des chanoines, enfin le palais tout entier, à l'exception de la chapelle Saint-Laurent, appelée Sancta sanctorum, à cause des reliques qu'elle contenait, devint la proie des flammes. L’incendie détruisit quantité de tentures d’or et d'argent, un grand nombre d’habits sacerdotaux, et les vases sacrés. Alors les papes résidaient à Avignon, et Clément V, qui en ce temps gouvernait l'Église , mit le
plus grand zèle à réparer le désastre. Il excita la piété des fidèles
ET CRITIQUES. 475 pour les faire coopérer à une œuvre aussi sainte, et dès l’année suivante 1] put envoyer à Rome des sommes considérables pour la réédification de la basilique. Celle-ci, grâce à ses soins, ne tarda pas à se relever plus belle et plus riche que jamais. Mais un demi-siècle après, au mois d'août 1361, un nouvel incendie détruisit les nefs et les chapelles, jusqu’à celle dite Sancta sanctorum ; rien ne fut épargné, et de tout l'édifice il ne resta que les murs (1). On peut se faire une idée de toute l'étendue de la catastrophe par ce passage d’une lettre de Pétrarque à Urbain V : « Le Latran, dit-il, gît à terre; et la mère « des églises, manquant de toiture, est ouverte aux vents et à la pluie. « Lateranum humi jacet; et ecclesiarum mater omnium, tecto ca- «rens, et ventis patet ac pluvus.»
Le pontife Grégoire XI, cédant aux sollicitations des Romains, reporta le saint-siége d'Avignon à Rome; mais comme le palais de Latran était en ruine, il dut s'installer au Vatican. D’après ses ordres, l’église fut réparée, et en cela il fut aidé, comme son prédécesseur, par la piété des fidèles. Diverses inscriptions portant la date de 1364 et 1365 désignent même plusieurs particuliers comme ayant remplacé des colonnes détruites ou endommagées (2). On doit cependant croire que quelques parties de l’église furent épargnées par le feu, notamment la mosaique de l’abside que Nicolas IV avait fait exécuter, et qui subsiste encore de nos jours. Grégoire XI fit divers embellissements à la basilique, et ouvrit une nouvelle entrée à l'extrémité de
(1) Ces deux incendies furent occasionnés par des ouvriers plombiers occupés à réparer la toiture. L’incendie qui de nos jours, en 1823, a consumé la magnifique basilique de Saint-Paul
hors les murs, provient de la mème cause. A toutes les époques , et dans tous les pays, ces ouvriers ont la même incurie, et on ne saurait trop se prémunir contre eux.
(2) Voici quelques-unes de ces pieuses dédicaces :
In romine Domini. Amen. In nomine Domini. In nomine Domini, Amen.
Anno Domini 1365, Del mese di marzo 1364 , Francesco Anno Domini 1365 del mense Jul. Questa co- | Gottardo di Milano fece fare queste due | mese di ottobre. Questa lonna fece fare Thomai | colonne a riverenzia di messer santo Jo. | colonna fece fare Cola suo degli Astalli, per anima di | Battista, in merito dell” anima sua e di | per l’anima di Diello Boc- Alesso filio mio. tutti i suoi morti, e in riposo. | cabella suo padre,
ôt
la nef transversale, qu'il décora en marbre de Paros d’un beau travail. Après lui, Martin V fit exécuter dans la grande nef un pavé d'un dessin agréable, et chargea Pisanello et Gentile da Fabriano des peintures, dont il aurait voulu, suivant Vasari, confier une partie à Masaccio. Ensuite Eugène IV fit revêtir en maçonnerie la plupart des colonnes de la grande nef que l'incendie avait fort endommagées, remplacer par des ares les entablements des colonnes, et construire la grande sacristie aujourd'hui à l’usage des chanoines. Sixte IV y fit des améliorations ; il renouvela le clocher et les murs latéraux, fit daller les petites nefs, et ajouta quelques embellissements au-dessus du portique de la facade. Après lui, Alexandre VI fit exécuter le grand arc qui pose sur deux grosses colonnes de granit oriental, dont la hauteur est de cinquante palmes (11,15), et qui s'élève au-dessus de l'autel pontifical. Léon X y fit quelques travaux , cela est certain, mais on ne saurait dire en quoi ils consistèrent. Pie IV, après avoir fait réparer le mur situé au nord à l’extrémité de la nef transversale, éleva au-dessus deux nouveaux elochers qui existent encore de nos jours, et forma de ce côté une façade imposante (voyez planche 225) ; il s'occupa également de l’intérieur, et on lui doit le magnifique plafond de la grande nef, auquel son successeur saint Pie V mit la dernière main. Sixte V a laissé 1ci de nombreux souvenirs de sa munificence. C'est lui, en effet, qui fit élever par Domenico Fontana le double portique en saillie sur la facade du nord construite par Pie IV. Ce fut encore lui qui fit batir, sous la direction du même architecte, le palais pontifical qui tient à l’église, et l'édifice voisin, la Scala santa. Enfin, l'érection du grand obélisque qui fait l’ornement de la place est encore due aux soins du même pontife, au génie du même architecte. Sous les règnes suivants, les embellissements continuèrent. Ainsi en 1600 (1) Clément VIII chargea Giacomo della Porta de reconstruire toute la nef transversale, qu'il
(1) Cette date, admise par plusieurs auteurs, me semble aventurée, En effet, en. 1589, quand Gia: della Porta exécutait la grande coupole de Saint-Pierre, on parlait déjà de son grand âge, et on lui donnait un auxiliaire. On se demande si en 1600ilest probable qu'il vécüt encore.
décora de peintures et de sculptures. Il fit don à l’église du bel orgue placé à l'extrémité de la nef transversale et adossé au portique de Sixte V, et c’est lui qui fit exécuter les fresques de la sacristie.
Cependant, après tant de travaux et de restaurations, toute la parue principale de l’église, la grande et les petites nefs ne présentaient pas un caractère de solidité rassurant ; aussi, sous Innocent X, la question de la démolition entière de l’ancienne basilique fut-elle agitée ; mais le respect qu'on portait à la mémoire de Constantin et de saint Sylvestre fit hésiter, et l’on se demanda s’il ne valait pas mieux reprendre les vieux murs et les fortifier. Cette opinion ayant prévalu, Innocent X donna l’ordre à Borromini, qu'il avait choisi pour arehitecte, de se conformer à cette décision. Les travaux furent entrepris aussitôt, et terminés en six années, pour l’époque du jubilé de 1650. Tout le système de décoration de l'ancienne église fut changé. Aux colonnes de marbre et de maconnerie endommagées par le feu et les tremblements de terre, et jugées ne pas présenter des garanties de solidité suffisantes, Borromini substitua de forts piliers ornés de pilastres composites accouplés. L'ordre fut élevé jusqu'au soffite de Pie IV, que l'architecte eut le bon esprit de conserver intact. Les piliers furent reliés par des arcades, et les entre-pilastres décorés de grandes niches dont les frontons sont supportés par des colonnes de marbre vert antique, ayant appartenu à l’ancienne basilique. Pour se faire une idée de la restauration de Borromini, il faut comparer sur les deux plans les anciennes nefs avec les nouvelles. (Page 473 et planche 224.)
Quelque considérable qu'ait été la restauration de la nef transversale au temps de Clément VIT, elle ne fut cependant pas complète. L’abside menaçait ruine (1), lorsqu'en 1663 Alexandre VIT en ordonna
la réparation. Ce même pontife fit enlever les panneaux antiques et de
(1) Ce fait démontre que la démolition entière, à laquelle on avait songe dix-neuf ans auparavant, eût été le meilleur parti à suivre, du moins au point de vue du constructenr. Mais on doit pourtant se feliciter de ce que plusieurs débris vénérables de l’ancienne basilique aient été ainsi épargnés.
Gr.
bronze d’une porte de l’église Saint-Adrien , pour les adapter à la porte de l'entrée latérale sous le portique de Sixte V. Clément XI s’occupa plus particulièrement de la décoration intérieure. Les peintures des médaillons ovales placés près des chapiteaux dans les entrepilastres de la grande nef manquaient : il en ordonna l'exécution. Les grandes niches qui leur correspondent au-dessous étaient restées vides ; grâce à ses soins, douze statues de marbre, représentant les douze apôtres et ayant 4",68 de hauteur, y furent placées. Ces statuües, généralement estimées, furent autant de dons faits à l’église par d’éminents personnages, et le prix de chacune d'elles s’éleva à la somme de cinq mille écus romains (environ 26,750 francs), qui équivaut aujourd’hui à une somme peut-être double. Le mème pontife fit restaurer de nouveau le plafond et les peintures de la nef transversale, et réparer l’un des clochers de Sixte IV. 11 songeait encore à reconstruire la façade principale , et déjà il avait institué une sorte de souscription (moltiplico) pour en couvrir les frais. Les deux frères Pamfili, le prince et le cardinal, y figuraient même pour une somme de seize mille écus romains. Il était réservé à Clément XII d'accomplir ce projet qui l’honore, ainsi que son architecte Alessandro Galileï. Mais la gloire principale du prince et de l'artiste repose plutôt sur la construction de cette élégante et magnifique chapelle appelée Corsini, du nom du pontife, qu'on trouve la première à gauche dans l’église. Enfin, au temps de Pie VI, on exécuta des réparations importantes au soffite de la grande nef; et, pour perpétuer le souvenir de cette restauration, les armes de ce pape furent placées au centre de la première travée. Les armes de Pie IV figurent dans la travée du milieu, et celles de Pie V dans la troisième et dernière travée : on a ainsi fait l’historique du plafond par ce rapprochement des trois papes qui ont commencé, continué et réparé ce magnifique ornement de la grande nef.
Nous avons retracé sommairement la suite des vicissitudes éprouvées par cette mère des basiliques ; mais notre tableau reste incom-
plet, et nous y reviendrons pour y ajouter quelques autres détails quand nous aurons à faire l'examen des planches suivantes.
Considérons maintenant, sur la planche 223, le plan d'ensemble, ou se trouve indiquée la situation précise des divers édifices qui se rattachent à la basilique de Saint-Jean de Latran. Comme nous allons les passer successivement en revue, il importait de bien définir les localités par un plan général. Quoique ces monuments soient ici groupés en désordre et sans régularité, ils n’en présentent pas moins le programme le mieux écrit et le plus complet d’un grand établissement religieux dans une ville épiscopale de première importance. Les exigences de chaque édifice, les accessoires, les dépendances, et jusqu'aux proportions relatives, y sont clairement exprimés. Vous y trouvez la cathédrale, le baptistère, le palais épiscopal, le monastère, l'hôpital des hommes, celui des femmes, le cimetière, la chapelle (cer la Scala santa), pour recevoir des reliques en grande vénération ; l’abside (Le triclinium), sorte de reposoir d'un bel effet qui figure avec à-propos aux abords des temples ; le monument destiné à décorer la place, et qui, surmonté d’une croix , comme ici l’'obélisque, annonce au loin la proximité d’une cathédrale ; enfin la fontaine, qui répond aux nécessités du culte et doit être empreinte d’un caractère religieux. Un plan tel que celui-ci, qui renferme des éléments aussi sûrs, sera toujours consulté avec fruit par l'architecte qui aurait à produire une œuvre de ce genre et aussi complexe; il y trouvera les bases fondamentales de son travail.
La vue du haut de la planche vient ajouter quelques éclaircissements aux renseignements donnés par le plan général, et reproduit la physionomie des lieux. Le baptistère octogone s'y présente d’abord à droite, puis la facade latérale de la basilique; en face se trouve l’obélisque et la fontaine; derrière est le palais pontifical, et à la suite la Scala santa (1) avec le profil du triclinium; enfin, des
(1) L’érection de ces quatre derniers monuments est due à Sixte V et à son architecte Domenico Fontana.
débris d’aqueducs se prolongent au loin vers la gauche. Les édifices dont nous venons de faire l’'énumération seront représentés sur une plus grande échelle et décrits tour à tour; mais comme nous n’aurons plus occasion de parler de l’obélisque, de l'hôpital et de ses dé-
pendances , nous allons nous en acquitter immédiatement.
Hôpital et cimetière.
L'hôpital qui est situé à l’angle de la place ét de la rue deS. Gio : in Laterano fut fondé en 1216, sous le nom de Saint-Sauveur, par le cardinal Jean Colonna. Depuis il a été restauré et agrandi. Il peut recevoir environ trois cents lits. L'hôpital des femmes, bâti en face, est moderne, et peut contenir soixante lits. À la suite vient le cimetière, auquel on arrive en montant une rampe en pente douce : à gauche est l’entrée de la chapelle funèbre, et à droite celle du cimetière, dont l'enceinte est fermée par un mur d'appui. Cette disposition est satisfaisante, mais la décoration est sans aucune valeur architecturale.
L'établissement est desservi, comme les hôpitaux de France, par des sœurs hospitalières installées, il y a peu d'années, par la prin-
cesse Doria.
Obélisque.
On savait que, depuis bien des siècles qu'un obélisque égyptien, le plus grand qui eût jamais été transporté à Rome, était enfoui dans le cirque Maxime, ainsi qu’un autre d’une moindre dimension ; mais on ignorait le lieu précis où il se trouvait, lorsqu'il fut découvert par hasard le 15 avril 1587, à la profondeur de 24 palmes (5",35).
Sixte V faisait alors pousser avec une grande activité les vastes constructions qu'il avait entreprises au Latran. Il apprend la découverte qu'on vient de faire, et aussitôt sa résolution est prise. Îl veut
que le grand obélisque serve d'ornement à la place Saint-Jean de La-
ET CRITIQUES. 4S1 tran, qu'il soit placé en face de l'entrée latérale de l'église, et dans l’axe de la longue rue ir Merulana ouverte par Grégoire XIIT, et qui conduit à Sainte-Marie Majeure.
L’obélisque, qui est en granit rouge et chargé d'hiéroglyphes , fut d'abord, suivant l'interprétation qu'on leur donne, érigé à Thèbes dans la haute Égypte par le roi Toutmosis IT. Constantin, qui voulait le transporter à Constantinople, lui avait déjà fait descendre le Nil À © jusqu’à Alexandrie, lorsqu'il vint à mourir ; son fils Constant, changeant sa destination, le dirigea sur Rome, porté sur un vaisseau de trois cents rameurs. Le monolithe remonta le Tibre, entra dans la ville par la porte Ostiense, et
fut placé, l’an 3/40, sur la Spina du cirque Maxime.
Domenico Fontana, qui avait transporté et élevé avec tant de succès l’obélisque de Saint-Pierre, dut naturellement être chargé par Sixte V de cette nouvelle entreprise, qui pré-
ES Primes Sr es
| sentait en outre plusieurs difficultés d’un autre genre. | /obélisque avait été retrouvé brisé en trois morceaux, dont on voit ci-contre la figure et les dimensions :
mn,
Le morceau du bas a de longueur... 66 palmes, ou 14,718
TA tonne
Code alasute..,....".. 44... 9,912 Enfin celui du haut, compris la
pointe ou pyramidium . ....... 0 vo 7,805
LR Longueur totale. :.-..... 145 palmes, ou 32,335 197 ed
A la base, les faces sont d’inégale largeur ; la moyenne est de 13 palmes : (2",917); au sommet, à la naissance du pyramidium, la face est large de 8 palmes = (1",8/0).
La première opération que Fontana eut à faire fut de retirer l'obélisque du terrain fangeux où il était plongé à une profondeur, avonsnous dit, de plus de cinq mètres. Mais sur ce point déprimé de la ville le sol est constamment détrempé par les eaux qui y abondent ; aussi
trois cents travailleurs sur cinq cents furent-ils constamment occupés
à épuiser l'eau. Cette opération préliminaire terminée , l'obélisque , pour arriver à Saint-Jean de Latran, dut suivre des rues étroites et toujours monter dans un parcours de 2,350 mètres.
Le massif en maconnerie destiné à recevoir l’obélisque fut établi à une profondeur de 42 palmes (9",366), et porte de largeur dans les deux sens: 40 palmes (8",920); au-dessus s'élève un piédestal tout entier en travertin, dont la largeur est de 16 palmes : (3",679), et la hauteur jusqu'à la naissance de l’obélisque, 38 palmes (8",474); enfin, la hauteur totale du monument, depuis le sol jusqu'au sommet de la croix, de 20/ palmes (45",492). Quant au poids, il monte, d’après le calcul, à 1,310,494 livres de 12 onces, ou 491,435 kil.
Pour dresser l’obélisque de Saint-Pierre et soulever cette masse d'un poids énorme, Fontana avait imaginé un châssis formidable qui avait obtenu un plein succès. Mais ici se présentait une difficulté nouvelle, une question ardue. Il s'agissait d’asseoir les uns sur les autres des morceaux séparés, et de les réunir par un moyen puissant et sûr. L’habile architecte dut réfléchir longtemps et mürement avant de s'arrêter à un parti. Le procédé ingénieux qu’il préféra et mit en pratique démontre combien son esprit était fertile en expédients. Il fit creuser, dans le joint inférieur et supérieur de deux des morceaux qu'il
s'agissait de réunir, une entaille en forme de croix
qui lui servit à deux fins : d'abord à maintenir les cordages qu’on introduisait dans cette entaille, et qu'on pouvait retirer à volonté; ensuite, à relier ensemble un morceau avec l’autre. Cette entaille
ut creusée à queue d'hironde, c’est-à-dire plus fut I d 3 I
large au fond et plus étroite à l’orifice, et de telle sorte que la croix supérieure renconträt avec une exactitude rigoureuse la croix inférieure. Des blocs de granit de même nature furent ensuite taillés de manière à pouvoir remplir le
vide des entailles; ces blocs ayant conséquemment sur la face ex-
térieure la forme d’une double queue d’hironde, plus larges aux extrémités et plus étroits au milieu, pénètrent sur les quatre faces jusqu'au centre de l’obélisque ; puis, étant scellés et plombés, ils rattachent et enchaînent avec une telle force le morceau supérieur au morceau inférieur, que, s'il était possible d'enlever l’obélisque par la pointe, les deux morceaux dont nous parlons, et le troisième qui leur est aussi adjoint par le même procédé, suivraient le mouvement comme s'ils ne formaient qu’un seul morceau. La jonction est si bien faite, qu'aujourd'hui il semble qu’il n’y à jamais eu de rupture.
Tous ces travaux furent achevés le 10 août 1588, et accueillis par d'unanimes applaudissements. La croix plantée au sommet de l’obélisque fut saluée avec solennité, et en signe d’allégresse, par l’artillerie du fort Saint-Ange, et par celle qu'on avait amenée sur le mont Celius.
Basilique de S. Gio : in Laterano ; plan détaillé de l’église, du
cloitre, et du palais pontifical.
Le plan que nous avons sous les yeux est établi sur une échelle assez grande pour qu'on puisse l’apprécier dans ses moindres parties. Nous ne nions pas qu'il n’ait plusieurs points vulnérables et accessibles à la critique. On y trouve des formes bizarres, des ajustements mal étudiés, des liaisons combinées sans art; mais à part ces détails, qu'on peut oublier pour ne considérer que le vaste ensemble, on conviendra que l’église, le cloître et le palais présentent un groupe de bâtiments d’une disposition pleine de grandeur, des rapports de masse d’une rare justesse; qu'on y a ménagé des accès nombreux, et rendu partout la circulation facile. Ce plan seul fait déjà pressentir une architecture d’un caractère imposant à l'extérieur, et une ordonnance à l’intérieur qui produira de brillants effets.
La disposition de l’église est d’une grande magnificence; elle est régulière, mais un peu décousue dans la partie du fond. Cela devait être ainsi; et pour le concevoir il suffit de se rappeler que cette église, dans son état actuel, est le produit de restaurations successives opérées à de longs intervalles ; que la partie véritablement ancienne se borne à l’abside, et au portique appelé Zéonien qui enveloppe cette abside. On ne doit pas non plus oublier que la restauration de la nef transversale n’a été effectuée que longtemps après ; qu’on a procédé ensuite à l'exécution du portique de la facade latérale du nord et du palais pontifical tout entier; puis au renouvellement total des cinq nefs, et enfin à la construction du vestibule et de la façade principale. Toutes ces différentes parties, exécutées à des époques si éloignées les unes des autres, par des artistes de doctrines si diverses, devaient amener bien des discordances , et 1l y a lieu de s'étonner qu’elles ne soient pas plus marquées.
Quant aux chapelles, et il y en a de très-belles, elles complètent l’église et lui donnent plus d'importance. On ne peut toutefois s’empècher de regretter l'absence d’uniformité dans le périmètre, et que l'ordonnance du plan soit ainsi déparée par une suite de petits bâtiments incohérents. Cette irrégularité, si fàcheuse à l'extérieur, n’a pas le même inconvénient à l’intérieur, et n’y produit pas toujours des disparates choquantes.
Lorsqu'on pénètre dans l’église du côté de la façade principale, on trouve d’abord un vestibule étroit, sans mouvement de lignes, et conséquemment sans effet ; seulement il est riche et orné de vingt-quatre pilastres de marbre blanc, qui se détachent sur un fond de marbre laune antique. Les compartiments du pavé sont en marbres variés, et la voûte surbaissée est ornée de nombreuses rosaces , le tout d’un goût sec et médiocre. À gauche et à l’extrémité du vestibule, on voit une statue en marbre de Constantin ; elle manque de caractère, et elle porte dans l’exécution les symptômes de la décadence du goût au
iv siècle. Cinq portes avec chambranles de marbre donnent accès à
l’église; celle du milieu est ornée des panneaux de bronze qu’Alexandre VIT avait d’abord fait transporter à l'extrémité de la nef transversale, et qui furent depuis reportés par Clément XII à l'endroit que nous désignons. La porte qu'on remarque à droite, sous le même vestibule, est ordinairement murée, et ne s'ouvre que pendant l’année du jubilé.
À l’intérieur de l’église, la seconde chapelle de droite en entrant appartient à la famille Torlonia, qui l’a décorée avec magnificence. La chapelle Massimi, qui vient ensuite, est d’une ordonnance dorique, et fut construite par Giacomo della Porta. Du même côté, et dans la seconde petite nef, on voit une peinture du Giotto, autrefois placée sous l’ancien portique du cloître; elle représente Boniface VIIT, qui en 1300 publia l’indulgence du jubilé. Dans la mème petite nef existent des épitaphes et divers tombeaux, parmi lesquels nous citerons celui du cardinal Ranuccio Farnèse, archiprètre de la basilique, exécuté sur les dessins de Vignole, qui fut son architecte ; mais ce monument, qui manque à la fois de caractère et de goût, est peu digne de l'artiste.
Si on se reporte de l’autre côté de l’église, la première chapelle qui se présente à gauche en entrant est celle de la famille Corsini : monument splendide, d’une élégance et d’un goût parfait, dont nous aurons bientôt à faire ressortir en détail les rares beautés. La troisième chapelle, de forme ovale, fut décorée d’un ordre ionique par Onorio Lunghi; après avoir appartenu aux Santori et aux Ceva, elle est aujourd’hui la propriété du prince de la Paix, l'Espagnol Godoi. La famille Lancellotti possède la quatrième chapelle, qui fut élevée par Francesco da Volterra, et renouvelée par Antonio de’ Rossi. Après, vient le tombeau du cardinal Casanata, qui a bien mérité de la ville pour l'avoir dotée d’une riche bibliothèque, placée dans le couvent de l’église de la Minerva. Ce tombeau est une œuvre estimée de Le-
gros, sculpteur français.
Plus avant, en entrant dans la nef transversale, on voit à gauche
le grand autel du Saint-Sacrement, que Clément VIT fit exécuter par Pietro Paolo Olivieri. Cet autel est enrichi de matériaux d’un grand prix, mais il est d’une mince valeur artistique. Les quatre petites colonnes du fond qui entourent le tabernacle sont de marbre vert antique, tandis que les quatre grosses colonnes cannelées et composites qui viennent en avant sont de bronze doré, ainsi que l’entablement et le fronton qu'elles supportent. Leur diamètre est de 0",92; elles furent, dit-on, données à la basilique par Constantin. Jadis elles étaient rangées sur une seule ligne près du mur intérieur de la nef transversale, à peu de distance du maître-autel (1). On prétend qu'elles remontent au delà de Constantin, et que ce fut Auguste qui les fit faconner avec le bronze des éperons de navires pris sur les Égyptiens à la bataille d’Actium. Près de cet autel, et en face des bas-côtés, existe une chapelle servant de chœur d'hiver aux chanoines. Elle est ornée de très-belles stalles en noyer que la famille Colonna, dont les armes sont ici souvent répétées, fit exécuter sur les dessins de Girolamo Rainaldi.
Au fond de l’église et derrière l’abside, on distingue un portique dit Zéonien, jadis ouvert, qu’on attribue à saint Léon [°, et alors bâti vers le milieu du v‘siècle. Sous ce portique sont disposés plusieurs monuments d’art et des tombeaux d'illustres personnages. On y remarque diverses épitaphes, et notamment celles de l’architecte Alessandro Galilei et des peintres André Sacchi et Giuseppe Cesari, dit le Joseplun.
L'abside, qui vraisemblablement date de l’origine de l’église, fut reparée par Nicolas IV, ainsi que la facade principale. l’inseription qu'on lit à droite, près de l’entrée du portique Léonien, en fait foi : Partem posteriorem et anteriorem ruinosas hujus sancti templi a Jundamentis reedificari fecit. Ce fut encore le même pape qui orna cette abside de belles mosaïques qui ont échappé aux terribles incendies de 1308 et 1361. Ces peintures furent exécutées par Jacques Torrit, appelé aussi Mino da Torrita, et par frère Jacques de Camerino.
(1) Voyez le plan de l’ancienne basilique, mis en tête de cette notice (page 473).
Elles sont signées ainsi : X Jacobus Toriti pictor hoc opus fecit, et fr. Jacobus de Camerino socius magistri operis. En 1292, Gaddo Gaddi, artiste florentin, y mit la dernière main en exécutant la partie inférieure, c’est-à-dire les figures placées entre les croisées. Nous ne donnerons pas la description de ces mosaïques, et il suffira de savoir que Nicolas IV y est représenté à genoux, les mains jointes, et revêtu de ses habits pontificaux.
Jadis le siége de marbre où trônait le pontife se voyait au fond de l’abside ; il est aujourd'hui remplacé par l'autel des chanoines, dont le chœur a été établi dans l’abside. En avant de celle-ci, et dans l’axe de la grande nef, est situéle maître-autel, construit vers 1367 par Urbain V, aux frais de Charles V, roi de France. Il est composé de deux étages, dont le second , destiné à recueillir de précieuses reliques, à recu la forme d’un tabernacle. On distingue ce monument intéressant au fond de la vue intérieure de la planche 226, et nous en produirons le détail sur la planche 228.
A l'extrémité nord de la nef transversale, on remarque deux belles colonnes cannelées de jaune antique qui supportent l'orgue. Ces colonnes, qui ont 8”,92 de hauteur, proviennent, dit-on, l’une de l’arc de Constantin, et l’autre du forum de Trajan. Derrière et à l'extérieur se trouve le portique à double étage d’où les papes ont donné longtemps la bénédiction, et qui fut construit à cet effet par Sixte V. Cette partie du plan, disposée par Fontana, se relie parfaitement aux anciennes constructions. Le même portique débouche d’un côté dans une salle où l’on distingue un piédestal qui porte la statue de Henri IV, roi de France, élevée au monarque par les chanoines de la basilique, en reconnaissance du don qu'il leur avait fait de l’abbaye de Clérac, dans le diocèse d'Agen. La statue est de bronze, et fut exécutée par Nicolas Cordier, sculpteur français. Le 13 décembre, jour de l’anniversaire de la naissance du roi, le chapitre célèbre une messe solen-
nelle en son honneur.
Palais pontifical.
Le palais de l’ancienne famille des Laterani, habité et agrandi par Constantin au commencement du 1v° siècle, et cédé par cet empereur au pape saint Sylvestre, pour qu'il servit d'habitation aux souverains pontifes, a subi de cruelles catastrophes. Incendié plusieurs fois, pille par les barbares, et enfin abandonné par les papes, il était réduit à l’état le plus déplorable, quand, à la fin du xvi‘ siècle, Sixte V le fit rebâtir. D'après le petit plan et la vue mis en tête de la page 473, on peut se faire une idée de ce que pouvait être le vieux palais avant qu'il füt démoli. Domenico Fontana, qui a élevéle nouvel édifice, en a donné une description exacte, et nous croyons ne pouvoir mieux faire que d'en produire ici la traduction. L'auteur indique les conditions du programme, et rend compte des dispositions qu'il a suivies pour y répondre.
« L'église de Saint-Jean de Latran, dit-il, étant la principale de
« toutes les églises du monde, notre seigneur Sixte V avant pris cela «en considération, a voulu bâtir en même temps que la loge de la bé-
« nédiction (1), et près d’elle, un palais apostolique d’une grande éten-
«due, autant pour servir d'habitation commode aux pontifes, que , . . L Va e F
« pour l’embellissement de ce lieu, qui auparavant était occupé par
« de vieux bâtiments de peu de valeur, la majeure partie ruinés, sans
« eommodité aucune, et formaient un encombrement : bâtiments obs-
« eurs et odieux à voir, surtout dans un lieu si révéré. Pour décrire
« la superbe construction de cet édifice, je commencerai par dire
«qu'il est le plus grand de tous les palais de Rome qui ait été fondé «et achevé par le même prince, où l’on puisse loger, non-seulement «toutes les personnes attachées à son service, mais réunir, soit un
« consistoire, soit un concile, et toute sorte d’assemblées. Dans la
(1) Cette loge est le double portique construit par Sixte V, en suillie sur la façade latérale
de l’église.
ET CRITIQUES. 48g
« partie du levant on a fait un escalier à cordons (1), le plus grand de «ce genre qu'il y ait à Rome, puisqu'il est large de 32 palmes « (7",136)(2), d’où les papes, quand ils voudront faire chapelle, pour- «ront descendre en habits pontificaux avec une très-grande commodité, « pour entrer par la porte principale de l’église Saint-Jean, pratiquée « de ce côté sous un portique construit en avant, dans lequel aboutit «cet escalier. Dans ledit palais, outre cet escalier, il y en a beaucoup «d’autres pour la plus grande commodité ; car, outre ledit escalier , «il y en a un autre qui est le plus grand qu'il y ait à Rome, lequel «est large de 17 palmes (3",791), et part du bas et va jusqu’au som- «met du palais, également fait 4 cordons (3). De plus, il y en a un « autre à limaçon et évidé, dont la largeur est de 4 palmes (2",007), « qui va depuis le rez-de-chaussée jusqu’à la loge qui s'élève au-des- «sus du toit ; et, vers le nord, il y a un escalier secret. Il y a cinq « portes d'entrée principales : une qui se trouve au milieu de l’église, «et qui correspond à un corridor très-long et très-large du palais ; «une seconde sous le portique en avant de la porte principale, de la
« même église (4); les trois autres entrées existent sur la place, au « milieu des trois façades du palais, une pour chaque. Il y a une cour, « la plus grande aussi qu’il y ait à Rome, excepté celle du Vatican. « Cette cour est entourée, au premier étage, de loges formées de « piliers avec sept arcades sur chaque face. Au second étage, lesdites « loges n'existent que de trois côtés seulement, l’autre côté étant « occupé par des chambres doubles. Au troisième étage, on circule « autour comme au premier, mais les arcades sont remplacées par des « croisées ; le premier ordre est dorique, le second ionique, et le troi-
(1) L’escalier à cordons (4 cordoni) est formé de marches rampantes dont le giron est ordinairement exécuté en briques de champ, qui sont maintenues sur le bord par un ourlet ou cordon en pierre. Les Italiens désignent souvent cet escalier par le mot de cordonata.
(2) Je trouve cet escalier indiqué sur d’anciens plans; aujourd’hui il n’existe plus.
(3) Je crois qu'il y a ici erreur; l'escalier n’est pas à cordons : je ne saurais toutefois dire s’il a été modifié, et si dans le principe il était ainsi disposé.
(4) Depuis qu’on a élevé en ce lieu la statue de Henri IV, la communication avec le portique a été supprimée,
« sième composite, de facon que des Termes sont placés au-devant des « pilastres, et couronnés de mascarons d’une composition agréable. « Les salles et les loges du rez-de-chaussée sont toutes voütées, ainsi «que l'étage principal qui est au-dessus, à l'exception de quatre salles
qui ont des plafonds en bois d’un très-beau travail, et dorés et peints. Toutes les loges et les escaliers sont ornés de peintures ara-
« besques et de paysages avec écussons variés. Les salles du premier «étage sont toutes décorées de stucs, de dorures, et de peintures « d'histoire. »
Nous n'avons que peu de chose à ajouter à la description de Fontana. Nous applaudissons comme lui aux grandes dispositions du plan, qui répondent parfaitement aux nécessités d’une habitation pontificale. Ces grandes salles d’assemblée, ces larges portiques, ces escaliers spacieux, les accès rendus faciles, ont un mérite réel , et il y aurait injustice à ne pas le reconnaître. Cependant ce plan, aussi bien que les facades, se ressentent de la précipitation avec laquelle tout se faisait au temps de Sixte V. Tourmenté d’une agitation fiévreuse, ce pontife n'accordait jamais à l'artiste ces heures de méditation qui lui permettent d'accomplir une œuvre d’une véritable beauté. Il faut donc s'attendre à ne trouver dans les édifices de Fontana ni originalité, ni aucune de ces hautes perfections dans les détails qui manifestent une étude profonde et sérieuse des anciens. Sixte V, dans le choix qu'il fit de Fontana, fut moins heureux que ne l'avait été Jules [E, qui avait, comme l’autre pontife, une ardeur immodérée de produire, et qui fut si merveilleusement secondé dans ses projets par son architecte Bramante. Celui-ci joignait au talent d'improvisation l'instinct du beau, de fortes études , et un goût inné qui ne l’abandonna jamais. Aussi, malgré les exigences d’un maître impérieux, ne cessa-t-il jamais d’être artiste. Fontana fut toutefois un architecte d’une valeur incontestable ; mais on regrette de ne pas trouver chez lui cet amour du fini et de la perfection, qui est aussi une qualité précieuse et indispensable. On
ne S'apercoit que trop. aux négligences de son stvle et à un laisser aller pere Ï ) 5 Y
ET CRITIQUES. Ag sans grace, qu'il a subi l'influence des doctrines nouvelles, et qu’il n’a pas su résister aux entrainements de son époque.
Le palais de Sixte V fut abandonné par les papes à cause de son éloinement du centre de la ville, et parce qu'il manque de jardins. Les pontifes ont dû lui préférer le séjour du Quirinal, où ils trouvent un meilleur air, des jardins spacieux, des eaux abondantes, une situation plus centrale, enfin des dépendances plus considérables.
Le palais a souffert de cet abandon et du manque d'entretien. Innocent XIT, au commencement de son pontificat, y avait créé un hospice de jeunes orphelines occupées au travail de la soie. Au temps du gouvernement français, on y avait établi un dépôt de mendicité pour les hommes. Enfin, de nos jours, sous Grégoire XVI, les bâtiments ont été restaurés, et transformés en un musée de sculpture sous la direc-
tion habile de M. l'architecte Luigi Poletti.
Basilique de S. Gio : in Laterano ; facade latérale et dépendances
diverses de l'église.
Grégoire XI fut le premier qui ouvrit une porte à la basilique sur la façade latérale. Cette porte, située au nord, à l’extrémité de la nef transversale , étain décorée de marbre de Paros d’un beau travail. Pie IV restaura cette facade latérale et éleva les deux clochers qui existent aujourd’hui, comme cela est confirmé par son écusson répété deux fois près de ces clochers. Il est probable que Pirro Ligorio, son architecte, fut chargé de ce travail ; et quelques détails, par leur analogie avec ceux de la villa Pia, semblent mème l'indiquer. C'était de ce côté, et d’un balcon incommode et fort dégradé par la vétusté, que les papes donnaient alors la bénédiction au peuple (1). Sixte V ayant reconnu ees inconvénients, et voulant y porter remède, Fontana fut
1) Sur le plan et la petite vue de la page 47%, la loge de la bénédiction est désignée par les
lettres 4 et K.