NT
588 NOTICES HISTORIQUES le supporte est courte et exprime la force; elle se termine par une griffe qui l’assoit bien.
Les fenêtres du vestibule étant placées dans un entre-colonnement assez étroit, leur chambranle ne pouvait avoir un grand développement; aussi se compose-t-1l de quelques moulures fort simples, s'harmonisant très-bien du reste avec les refends, qui semblent à
peine interrompus par ces ouvertures.
Vue du vestibule d'entrée du palais Pietro-Masstmt.
Après le tracé des plans, après les coupes et les détails du vestibule, une vue était encore nécessaire pour ajouter plus de clarté à notre description. Nous l'avons prise au point le plus favorable, de manière à faire sentir la forme. cintrée du lieu, l'effet de l'accouplement des colonnes, celui de la porte, de la niche, du soffite et du pavé. Tout ce qui compose le vestibule, les pilastres, les fenêtres, le banc et les refends, se trouve compris dans notre vue et peut être parfaitement apprécié. Cependant, quelque perfection que nous ayons cherché à donner à nos dessins, ils ne peuvent pas entièrement communiquer au lecteur l’impression d’éenchantement qu'on éprouve à la vue d’un ensemble aussi accompli.
On regrette qu'on n'ait pas placé de belles statues antiques aux deux extrémités de ce vestibule; c'eut été à la fois compléter la pensée de l’architecte et donner à ces statues elles-mêmes l’encadre-
ment le plus favorable.
Corridor d'entrée et coupe principale du palais Pietro-Massint.
Au bas de cette planche est la vue du corridor d'entrée; on peut,
d’après ce dessin, se faire une idée de l’ensemble de la décoration et
ET CRITIQUES. 589 de Ja première impression qu'on recoit en avançant vers la cour. On aperçoit dans l'éloignement, à travers les portiques, une partie de la pétite cour de l’ancien palais. Nous développerons sur l’une des planches qui suivent la voûte de ce corridor, dont la décoration mérite d'être donnée en détail.
La portion de plan figurée à gauche sert à montrer la disposition du carrelage. La coupe sur la ligne AB indique l’arrangement intérieur de la porte du vestibule et des croisées des pièces voisines, et au-dessus-de la porte le sujet en stuc qui décore le fond de la voute.
La coupe générale du palais fait embrasser d’un seul coup d'œil presque tout cé que cet édifice offre d'intéressant à l'intérieur: le vestibule, le corridor d'entrée, les deux portiques, l’une des facades de- la cour, la naissance de l'escalier, son arrivée dans la loge du premier étage, enfin le grand salon et les appartements du bâtiment du fond. |
En parcourant du regard les diverses parties de l'architecture, que cétte coupe générale met en lumière, l'œil est partout charmé par l’heureuse disposition des motifs. Quelques rares objets seulement semblent former comme une dissonance au milieu de cet harmonieux ensemble, et principalement le dessin de la fontaine de la cour. Telle est la pureté de style de Peruzzi, que l’on s'étonne au premier abord d’apercevoir ici ce fronton brisé, d’où part une fausse fenêtre, portant un écusson, avec les mauvais details de ces consoles renversées et des pots à feu qui les surchargent. On s’explique difficilement ces singuliers contrastes avec la suavité de style de Peruzzi. Ils ne lui sont pas imputables, en effet; ces motifs, on le verra plus bas à l’article relatif à la planche 289, sont des additions postérieures. Nous devons prévenir également que le petit étage en attique, qui règne au-dessus de la fontaine, est une construction
moderne; il a remplacé la terrasse qui existait dans l’origine.
eue
5q0 NOTICES HISTORIQUES
Elévations diverses de la cour du palais Pietro-Masstünr.
La coupe générale de la planche précédente, en donnant une idée sommaire de l’ensemble du palais, fait connaître l’une des façades de la cour. Les trois autres façades sont représentées sur la planche que nous avons maintenant sous les yeux : toutes sont variées et d’une élégance remarquable. On ne peut se lasser d'admirer le talent si souple de l'artiste, se jouant avec les difficultés, et parvenant, sans nuire à l'unité, à répandre partout de la variété.
Sur la facade, du côté de l'entrée, au-dessus de la loge du premier étage, existe unattique qui ne passe pas pour l’œuvre de Peruzzi. Nous pouvons attester le contraire; les dessins manuscrits de ce maître que nous possédons en fournissent la preuve. L’intention de l'architecte n'est-elle pas d’ailleurs évidente, et ne voit-on pas qu'il a cherché de ce côté à obtenir de grandes ouvertures et une construction légère pour ne pas charger les colonnes de la loge ?
À la partie intérieure des arcades qui au premier étage éclairent l'escalier, on remarque des demi-balustres qui témoignent de lintention de Peruzzi, d'interdire de ce côté la communication avec la terrasse, au-dessus de laquelle on a ensuite construit un corridor en attique.
Les deux plans des portiques ont reçu quelques mesures prineipales ; ils rendent les élévations respectives plus intelligibles et donnent les compartiments du pavé, exécuté partie en briques et partie en travertin.
Le rez-de-chaussée des quatre façades de la cour est exécuté en travertin et les autres étages en briques revêtues de stuc. Les pilastres de la loge sont en marbre blane et les deux colonnes en
marbre.
L’architrave au-dessus de ces colonnes est en bois, ainsi que la
corniche à modillons qui forme le couronnement. PLANCHE 9289.
[a oupes sur le portique de l'entrée de la cour du palais Pietro-Massime.
Les trois coupes réunies sur cette planche sont prises sur le pre- vi, mier portique de la cour et sur la loge du premier étage. [Voir ce portique et cette loge en perspective dans la planche 290.) Elles sont établies sur une échelle assez grande pour qu'on puisse apprécier non-seulement la forme et la proportion de chaque chose, mais encore la plupart des détails.
La.coupe du haut de la planche fait voir les pilastres du rez-dechaussée correspondant aux colonnes du portique; l’intérieur de l'escalier ; les compartiments de la voute ; l’ensemble des croisées ; et, au premier étage, la décoration de la loge, exécutée tout entière en peinture, à l'exception de la porte, qui est en marbre blanc.
La seconde coupe, au bas de la planche, à gauche, représente la décoration de la face du portique du côté de l'escalier et celle de la loge au premier étage. Outre les mesures des deux ordres et des deux étages, on y trouve celles des portes du rez-de-chaussée, des voûtes, des arcades, etc.
Les pilastres cannelés de la loge sont en pierre et en relief, tandis que les contre-pilastres qui les accompagnent sont en peinture et mis en perspective. .
Les cadres au-dessus de la cour, ceux des niches de l'escalier aux divers étages et les ornements intérieurs de la fontaine sont postérieurs à Peruzzi. Suivant un compte qui existe dans les archives de la famille Massimi, ils furent exécutés, en 1610, par un stucateur nommé Gian. Battista Solari, qui fut également chargé de blanchir
une partie du palais.
La troisième coupe, celle de droite, donne la face opposée à l'escalier. Elle fait connaître au rez de-chaussée : la croisée ajustée dans l’arcade (elle ne diffère des antres qu’en ce qu’elle est cintrée, disposition motivée par le besoin de la mettre en harmonie avec la porte cintrée de l'escalier qui lui fait face); les stucs de la voûte du portique et du corridor d'entrée; au premier étage, la décoration du fond de la loge, exécütée tout entière en peinture; les croisées et les refends d'une des façades sur la cour; enfin les portes latérales du grand salon. Un bon nombre de mesures principales sont de même
inscrites sur cette coupe.
Vue générale de la cour du palais Pietro-Massimi, prise sous
le portique du fond.
Trois côtés de cette cour apparaissent sur cette vue; on peut ainsi
juger de la variété des facades, de la ‘manière dont elles sont reliées
entre elles et de l'harmonie qui règne dans ce bel ensemble. Ce dessin, nous en avons l'espoir, suffira pour convaincre le lecteur que nos appréciations n'ont rien eu d’exagéré et peut-être pour lui faire partager le charme indéfinissable qu'on éprouve à la vue de ce délicieux intérieur, où tout est grand dans un espace si étroit, où tout est marqué au sceau d’un goût pur et exquis.
Nul autre point de vue ne pouvait, aussi bien que celui que nous avons choisi, présenter à la fois autant de choses intéressantes. Il réunit la fontaine, le portique avec l'escalier, la jolie loge avec son attique et ses mezzanines; l'œil même pénètre à travers le corridor d'entrée jusque dans le vestibule, et à son issue dans la rue.
Les compartiments de la voûte du portique (du fond de la cour), occupant le premier plan dans la gravure, sont par cela même à une plus grande échelle, qui a permis d'en reproduire nettement et avec détail l’ornementation.
l'oûtes diverses du palais Pietro-Massime.
Sur cette planche se trouvent réunis les ensembles et les détails de 1, 5. trois voutes du rez-de-chaussée : celle du corridor d’entrée, celle du premier portique, enfin celle du portique du fond de la cour.
Dans la première voüte on distingue trois tableaux où Peruzzi, continuant son système poétique de décoration, a représenté des sujets antiques : les Courses du cirque, les Joutes de la naumachie, et dans le tableau du centre, une Offrande aux dieux. Les ornements, ajustés autour des cadres, sont traités avec gout et exécutés en stue, ainsi que les sujets. On remarquera particulièrement les enroulements, où se voient des enfants couverts d'un bouclier et qui, l'épée au poing, attaquent avec résolution un monstre ailé. Quant aux figures semées dans les champs lisses entre les encadrements, elles présentent une disposition un peu singulière et d’un choix contestable.
La distribution des compartiments des voûtes étant absolument la même pour les deux portiques de la cour, nous avons pu, à l’aide d’un seul dessin, indiquer toutes les variantes sur chaque moitié de l’ensemble et suivre la même méthode pour le détail de ces deux
voutes.
Cour du palais Pietro-Massimt; vue prise sous le portique
du rez-de-chaussée, et détails divers.
Au moyen de la vue placée au haut de cette planche, on peut se v1. 5. rendre compte de l'effet du premier portique; de l’entrée de l’escalier; des croisées qui éclairent la salle à manger; des ornements de la
voûte, et enfin de ses compartiments, dont trois sont à Jour, afin
94 NOTICES HISTORIQUES d'obtenir à l’intérieur des salles une lumière plus vive et plus directe. Les profils des deux portes, donnés au bas de la planche, ont entre eux beaucoup d’analogie et sont dans un bon sentiment. Le chambranle très-orné, figuré entre les profils précédents, est en stuc et sert d'encadrement à un bas-relief antique, placé au dessus de la porte située dans la cour, près de la fontaine. Ce chambranle
est postérieur à Peruzzi et date de 1610.
Cour du palais Pietro-Massimi ; vue et détails de la loge
, ’ du preruer etage.
L’élégance est le sentiment qui domine dans l'architecture de cette loge; la vue que nous en donnons fait bien juger de la proportion des colonnes, de celle de l’arcade ouverte sur l'escalier et de l'effet de la porte du grand salon; elle indique les fresques qui décorent le mur du fond, et elle montre en perspective le beau soffite, suspendu sur cette loge. Pour faire connaître plus complétement ce soffite, nous avons dû ajouter la coupe et le plan, avec toute l’admirable variété des ornements qui décorent les caissons. Les armes de la maison Massimi sont sculptées dans le caisson du milieu.
Ce plafond est exécuté entièrement en chêne ; les ornements sont dorés et se détachent sur fond blanc. Le fond des caissons forme une sorte de marqueterie or et blanc.
Le carrelage offre un dessin bien assorti : il est exécuté en terre
cuite de deux couleurs, rouge et blanc.
Détails de la cour du palais Pietro-Massim.
Parmi ces détails, profilés dans un bon sentiment, l'attention doit particulièrement se fixer sur la manière dont a été employé l’ordre
dorique. Sa corniche architravée est réduite à un petit nombre de moulures. Cette simplification est motivée par des considérations faciles à comprendre : comme le caractère dorique se trouvait presque effacé dans l’entablement ainsi mutilé, l'architecte a voulu le rappeler en conservant sous le filet de l’architrave les gouttes qui accompagnent les triglyphes, ici supprimés.
On doit remarquer, à droite et dans la partie supérieure de la planche, la corniche du corridor d’entrée, dont les moulures sont combinées de manière à se confondre avec celles du chapiteau dorique. Le rapprochement des deux profils permettra de saisir aisé-
ment la manière dont ces moulures se pénètrent.
Détails de la cour du palais Pietro-Massimi.
L'ordre ionique à un caractère qui lui est propre et qui tient du style grec. Le chapiteau et la base sont surtout étudiés dans ce principe. L'ordre, il est vrai, manque d’ampleur, mais ila de la finesse, et son ornementation est brillante. Toute la richesse a été réservée pour le premier étage. Sans donner à l’entablement une grande saillie, l'architecte a su le faire dominer par des oppositions. S'il s’est montré ailleurs sobre d’ornements, il les prodigue pour l’entablement, On doit observer que la corniche de l’ordre a quelque analogie dans le profil avec celle du rez-de-chaussée, ce qui contribue à lier les deux ordres.entre eux et à maintenir l'harmonie générale.
Les profils de la corniche de couronnement (voir au bas de la planche, à gauche) sont loin d’avoir l'élégance et la finesse de ceux du reste de la cour. Nous doutons qu’elle soit l'œuvre de Peruzzi, bien qu'on la trouve indiquée dans ses croquis manuscrits ; mais la mort l'aura peut-être surpris avant qu’elle fût exécutée, et le sentiment du maître n'aura pas été conservé. Cette corniche est fort saillante, ce qui est logique, afin de mieux abriter les façades. La
partie supérieure, qui à le plus de saillie, est en bois, tandis que le reste est en stuc.
La porte, dont les détails sont au bas de la planche, à droite, offre un ensemble d’une noble simplicité. Aucune de ses moulures n’a reçu d’ornements; mais toutes sont du rapport le plus heureux et d’un profil irréprochable. Les battants de cette porte sont en chêne et divisés en compartiments bien ajustés. Quelques sculptures y jettent de la variété et produisent un agréable etfet.
PTANCHE 296.
Vue. du grand salon du palais Pietro-Massimi, et plafonds
divers.
La vue du grand salon du premier étage, ou salle du dais, donne l'idée de la décoration de ces grandes salles d’apparat qu’on remarque dans les principaux palais de Rome. Il en existe de semblables aux palais Mattei, Giraud, Farnèse, di Venezia..., et nous en avons déjà parlé. Les princes romains et quatre marquis seulement ont le privilége de pouvoir y élever un baldaquin.
Il y a du grandiose et de beaux détails dans la décoration de ce salon, mais l'architecture en est lourde. Toute la partie inférieure de cette décoration semble avoir été traitée comme du provisoire : on le dirait en voyant les pilastres et les panneaux figurés seulement en peinture, bien qu'ils soient mis en perspective de manière à faire illusion. L’exécution de la partie supérieure est au contraire plus monumentale. Le plafond surtout porte un grand caractère, mais 1l conviendrait mieux à une salle plus vaste et plus élevée, bien que celleci pourtant comprenne deux hauteurs d'étage; cela vient de ce que les caissons sont profonds, les moulures fortes et la corniche pesante. Le motif de la frise se combine à la fois avec l’ordre ionique et avec les compartiments du plafond. Il présente deux sortes de
panneaux, décorés de peintures encadrées dans une moulure ren-
foncée. Chaque petit panneau contient une des divinités de la Fable, tandis que dans les grands panneaux sont représentés quelques traits éclatants de l'histoire des Fabius de l’ancienne Rome {1).
L'ensemble du plafond qu'on voit au bas de la planche servira à faire mieux comprendre la disposition des caissons, qui résulte de l’irrégularité de la salle. Nous en donnons le détail sur la planche suivante.
Les détails accessoires : la belle cheminée de marbre surmontée d’un buste de Raphaël, le baldaquin avec ses riches tapisseries et sa balustrade, le candélabre ou porte-tlambeau de marbre, enfin les statues, bien que médiocres, contribuent à donner au salon un aspect monumental.
Les quatre petites portes latérales sont bien étudiées, mais celle du fond, qui sert d'entrée au salon, est mesquine et n’est pas placée au milieu de l’entre-colonnement. ;
Au-dessous des armes des Massimi, peintes sur les banes qui forment le mobilier du salon, on lit cette devise que nous avons déjà citée : Cunctando restituit, qui fait allusion à la tactique militaire de Fabius Maximus.
Le plancher haut de cette salle, c’est-à-dire celui qui supporte le plafond, ayant fléchi d’une manière sensible, on a dû le rattacher au comble: cette opération, m'a-t-on dit, a été exécutée vers 1828. Jignore ce qui a pu obliger à prendre le point d'attache sur le côté de la ferme, vers le milieu de l’arbalétrier, lorsqu'il était plus naturel et plus sûr de se suspendre au poinçon.
Le plafond de la salle n°2 (voir la planche 281) a quelques bons
ajustements, mais il y a de la sécheresse dans les détails. 1/écusson
(1) On attribue ces peintures à Jules Romain; ce qui nous paraît peu probable. En effet, Juies Romain, d’après Vasari, fut autorisé par Clément VII, à passer au service de Frédéric Gonzague, marquis de Mantoue, auprès duquel il se fixa pour toujours. Le pape étant mort en 1534, les peintures seraient alors antérieures à cette année, et cependant, en 1536, lorsque Peruzzi mourut, le palais n’était pas achevé. Il faudrait alors supposer qu'avant 1534 les
constructions étaient assez avancées pour recevoir des peintures.